Au troisième étage , récit sur publie.net



Nouvelle présentation sur publie.net pour Au troisième étage.

« l’enfance comme bloc incompréhensible » ai-je indiqué.

Merci à François Bon d’avoir accueilli ce récit.



Le texte de présentation que l’on retrouve sur publie.net.


Approcher une enfance massacrée, tenter d’avancer avec cette idée dans la tête, entre les mains, une enfant à l’existence écrasée par la violence adulte… ce que le corps garde des souvenirs, ce que le silence porte en creux.
La fiction prendrait deux éclats, tenterait seulement de dire quelques bribes, incertaines et obsessionnelles. La violence des désirs et des contraintes, l’effondrement intime et le piège du temps qui mutile dans le silence. Quand on tente d’approcher cette enfance-là, on se heurte à un bloc incompréhensible.
Mais on essaye d’avancer vers une parole rentrée, enfouie, ravalée et inconnue. Alors lancer des phrases qui fassent tenir cette tension, des phrases qui, parfois, défassent la logique d’enchaînement. C’est par la ponctuation qu’on a cru y arriver, par un usage particulier du point.
La phrase se mesure à ses accidents, à ce qu’elle ne réussit pas à dire mais qu’elle tente de faire surgir au creux de son échec. La ponctuation serait ici l’assourdissante approche de l’effondrement de cette parole d’enfance. Les points coupant la logique syntaxique viennent contrecarrer l’immédiateté (le sens, l’événement, la logique d’enchaînement). Mettre un point, c’est alors avancer en brisant l’équilibre de la phrase (mais sans le systématiser à l’ensemble du texte) pour tenter de dire un tremblement.
Le texte avance au rythme d’une dissonance dont on ne saisit que des bribes. Les brisures du récit viennent crever les limites d’un personnage unifié par le regard d’un narrateur. Ces points viennent dissoudre une logique d’autorité du récit et induire une dislocation intérieure. Chaque point serait le centre de gravité de cette dislocation.
Et si le récit ne se radicalise pas dans une illisibilité, c’est qu’il cherche en bordure, à tenir une place inconfortable, celle d’approcher en fiction un corps dissout, une voix éteinte, massacrée de souvenirs.

Sébastien Rongier - 29 mars 2009