Godard, tendance Jean-Luc ?



Longtemps, j’ai préféré, quand on me parlait de Godard, afficher un amour immodéré pour Paulette. C’était ma tendance Goddard [1]. Je ne vois pas comment on pourrait ne pas être immédiatement amoureux de la gamine des Temps modernes, ou d’Hannah dans Le Dictateur. Bref, glisser de Godard à Chaplin, c’était un peu du snobisme suissophile mais surtout un agacement : la divinisation de Godard n’a toujours insupporté. Le cinéaste God-Ar(t)d en joue, la critique et la théorie françaises, parfois trop. Alors souvent, pratiquer l’évitement, ce qui m’a longtemps valu une image d’anti-godardien. Même si c’est injuste et surtout faux, ce n’est finalement pas si grave. Cela dit, dans la vie hexagonale, si on n’est ni normalien, ni agrégé, ni fils de quelque chose et de quelqu’un, ni radicalement godardien (voire godardolâtre), on est comme le dit Beck (ni Ulrich, ni Philippe, ni même Jeff, mais le chanteur contemporain... désolé), un pas-grand-chose.

Bref. L’effet aura été un éloignement progressif avec l’œuvre même si je continuais d’aller en salle voir les films et les admirer. Mais, incontestablement, je me suis coupé d’un horizon critique, d’une possibilité de réflexion. Mécanique un peu idiote, je le concède volontiers, de ne plus aller vers l’œuvre du bonhomme tant les discours hagiographiques dominants pouvaient paraître pesants. Me restaient pourtant les films et les lieux où on les a vu : pour Godard, cela me fait cela quasiment à chaque fois : tous les derniers films, Notre Musique, Eloge de l’amour, For ever Mozart, c’était au Cinéma des cinéastes (Paris), JLG/JLG, c’était à la Pagode (Paris), Nouvelle Vague à L’Eldorado (Dijon), Détective à l’Alpha (Auxerre). Et ce que m’ont appris les films de Godard, c’est que ce n’est pas grave de ne pas tout comprendre, que l’œuvre recèle une part profonde d’indécidable, et d’à-venir, bien avant d’avoir lu Blanchot ou Adorno. Seulement là, c’était intuitif. C’est bien parce qu’il y avait cette intuition-là que je continuais de voir ses films, d’avancer dans son cinéma, parce qu’aussi j’avançais, moi, de mon côté, un peu !

Puis le hasard des dvdthèques m’a permis de revoir, de reprendre langue : enchaîner A bout de souffle, Une Femme est une femme, Pierrot le fou, Vivre sa vie et One+One en attendant les autres sur la pile. Et de mesurer la puissance de ce cinéma, et de cette liberté. Et de me dire maintenant qu’arrivera sans doute un jour un espace de réflexion plus précis ; et désormais ce moment-là je l’attends avec bonheur : bonheur d’un échange avec une œuvre.

Et comme la boucle méritait d’être dé-bouclée, sur la pile des livres à la tête du lit, la biographie offerte d’Antoine de Baecque [2] sur un certain Jean-Luc Godard. C’est le vice de la quadrature du cercle qu’on a trop caressé. Après avoir été baigné par le structuralisme dans ma formation, le biographique rattrape, sans pourtant entre dans une saint-beuvisme effréné (nouvelle manie de l’époque soit dit en passant).

Mais qu’on se le dise, il restera toujours dans mon cœur une place pour Paulette G... ainsi que Claudine Longet. Mais ceci est une autre histoire de cinéma.



Bookmark and Share


Sébastien Rongier - 2 janvier 2011

[1]

[2]
Parmi les nombreux livres et travaux du prolifique Antoine de Baecque, il faut avoir lu L’Histoire-caméra