En chemin vers... (W.B. 1)



On s’était d’abord arrêté près de l’ancienne usine de dynamite. Le site, libéré de toute violence, s’était fait touristique. Pas de voiture. Des jardins, des fleurs rares, des bananiers et des palmiers massifs. L’endroit était désert. Les touristes qui doivent se croiser en nombre l’été, ne reviennent pas sur leurs pas lorsque novembre s’étale sur la plage des Paulilles. On a passé un long moment sur la plage, à profiter de la lumière et du soleil malgré la fraîcheur amenée par le vent. Quelques cailloux dans les poches avant de partir. Une habitude de remplir les poches et les sacs de cailloux, ou de sable. On avait pris un bouquet de pierres dorées, longue et fines comme des doigts.

Un autre arrêt à Banyuls pour déjeuner d’une crêpe et d’un café avant d’attaquer le lacet de la route, de traverser la frontière fantôme qui nous sépare de l’Espagne : deux postes vides et bouclés, des vitres grisées de saleté. Et les tags comme les marques du temps. Les traces lointaines d’une temporalité à rebrousse-poil, d’une image qui aurait pu être dialectique. La dernière buvette française a été désertée depuis longtemps, un monde comme un souvenir. Sans le savoir, la route est espagnole. La destination, le bout de la route, c’est le premier village après la frontière. Un village au bord des mondes. Un début et une fin.






On avait laissé la France après Cerbère, dernier village estampillé tricolore. Premier signe des enfers. Le savait-il, lui qui avait pris une autre route, d’autres chemins que ces lignes sinueuses. Cerbère, sa route posée au-dessus de l’océan. Cerbère et sa gare terminale au flanc de la montagne. Après Cerbère, on allait entrer à Portbou





L’ensemble des Variations W.B.






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Sébastien Rongier - 11 novembre 2012