Portbou (W.B. 3)









Portbou est une station balnéaire. Elle s’en donne l’air en se concentrant sur cette anse qui forme sa plage. Et les habitations autour qui semblent s’être multipliées, puis arrêtées.



Mais Portbou ressemble à une ville morte lorsqu’on traverse les rues en novembre vers 15 heures. Tous ont déserté la ville avec la fin de l’été. Et sur les hauteurs, le feu n’a pas épargné les flancs de collines. En bas, au plus près de l’eau immobile, un groupe de voyageurs et leurs chiens, errance internationale. Ils regardent l’eau. Comme moi tout à l’heure. Je pensais déjà à Portbou et à la recherche vaine de W.B. dans cette ville. Eux, les sdf et leurs sac à dos, que fuient-ils ? La France ? Les autres hommes ? Lui, Walter B. fuyait la France, celle qui collaborait et offrait à la mort juifs et étrangers à l’envahisseur nazi. C’est bien la France qu’il fuyait alors, quand il arrivait à Portbou.

Je ne fuis pas. Je ne viens même pas mimer les pas de l’autre. Juste approcher cet inconcevable d’un homme fuyant la France qui allait collaborer à son assassinat, et qui y collabora. On vient à Portbou pour ces fragments de mémoire et de pensée. Avec et au-delà des livres. Et récolter dans la ville ce qui n’est pas seulement elle, mais les sédiments du passage de W.B. et bientôt ses traces.

Pour l’heure, Portbou est une ville fantôme. Un peu comme ces tableaux de Zoran Music peignant Venise vidée, faite de figures humaines disparaissant, s’évanouissant sous les traits du pinceau. Ici, à Portbou, pas même un chien qui traîne. Un café au bord de la plage où gravitent les rares âmes errantes ou passantes. Comme moi. Des restaurants fermés. La saison est passée. Comme pour le syndicat d’initiative à côté du toboggan délaissé. Comme pour la boutique de souvenirs. Comme pour la maison de la Guardia Civil : bouclée, fermée, dérouillée et cependant vidéo-surveillée. Peut-être parce qu’à Portbou, c’est au cimetière que l’on va.
















L’ensemble des Variations W.B.





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Sébastien Rongier - 11 novembre 2012