Sur les murs

Un drôle de livre et d’écriture qu’Entre les murs.

Le livre de Bégaudeau est un beau moment. C’est d’abord une question d’écriture, celle de l’oralité. Il n’est évidemment ni le premier ni le dernier à se confronter à cela. Mais le livre réussit à livrer des bribes de cette époque de l’adolescence contemporaine, tout en n’oubliant rien des personnages, livrés sous la forme d’esquisse, enroulant les points de vue (la salle de classe, la salle des profs).

Aujourd’hui un film, de Laurent Cantet [1], forcément l’envie est grande. Le voici maintenant palmé... c’est de l’or et c’est tant mieux.



Et peut-être de le voir, un jour.

En attendant de lire :

Le texte évoquait une grève de mineurs. Finissant de le lire beaucoup plus que le marteau-piqueur, Sandra a tout de suite enchaîné.

— M’sieur ça sert à quoi le charbon ?

— Avant c’était le principal combustible.
Boucles d’oreilles en plastique triangulaires. Noires.

— C’est quoi combustible j’sais pas quoi ?

— C’est ce qui brûle.
Elle était seule à ne pas dormir. Le texte était nul, les questions proposées par le manuel trop dures. Je me suis jeté sur la date du jour.

— Qu’est-ce qui s’est passé d’important le 10 mai ?
Quelques nez ont relevé la tête, s’interrogeant.

— Le 10 mai 81, ça vous dit rien ?
Les nez étaient des flaques en histoire contemporaine.

— le 10 mai 81 il s’est passé deux choses, et on peut dire que l’une a un peu effacé l’autre.
Née le 3 janvier 1989, Aissatou s’activait les neurones sous son bandana noir.

— Un attentat ?

— A l’époque il y en avait pas autant que maintenant. La mode c’était plutôt le disco.
1981 ne réveillait personne. Ni Sandra qui avait disparu, et dont je ne réaliserais que plus tard qu’elle avait traversé le mur.

— Bon le 10 mai c’est aussi l’anniversaire de ma soeur mais ça on s’en fout un peu.
Soumaya a poussé un cri de pétasse.

— Elle a quel âge votre soeur m’sieur ?

— Devinez.
Des nombres ont fusé, qui allaient de douze à cinquante-deux.

— OK, j’vous dirai ça une autre fois. Le 10 mai 81, François Mitterand a été élu président de la République, et Bob Marley est mort. Evidemment on a pas parlé de Bob Marley parce que l’élection de Mitterand c’était quelque chose de très important à l’époque.

— Il est mort comment, m’sieur, Bob Marley ?

— Il est mort quand il a vu que Mitterand était élu.

— C’est vrai ?

— Complètement vrai.



A lire sur remue.net.



PS : Ceci dit, maintenant, l’entreprise-jeu-de-massacre d’une désacralisation de la littérature... pas sûr ! A-t-elle d’un antimanuel potache pour être quotidiennement désacralisée ? Sans parler des horizons footballistiques...

Sébastien Rongier - 28 novembre 2008

[1] Ressources humaines avait passionné et glacé ; souvenez-vous ce moment où le fils renverse les outils du père, cette rupture de pensée, de passé, de génération