Trilogie de Sens à la Conciergerie le mercredi 15 mai 2013 à 16h30




Je saisis l’invitation faite par Luc Dall’Armellina : participer à une table ronde autour de la question centrale des lieux et de la mémoire, et inviter un second auteur, Anthony Poiraudeau, pour tenter un contre-point littéraire à cette réunion universitaire et plasticienne qui précèdera le vernissage officiel de l’exposition Demeure(s) : histoire et mémoire à la Conciergerie qui permettra de découvrir les oeuvres des artistes Hervé Bacquet, Sabine Bouckaert, Agnès Foiret, Pierre Marc Foucault, Béatrice Martin, Sandrine Morsillo, Joël Paubel, Martine Royer Valentin, Yan Stéfan, Diane Watteau.

A cette question des lieux, je vais donc proposer de faire un point, un état de la situation de cette Trilogie de Sens par un ensemble de lectures de chacune des parties du projet et sans doute de quelques traversées photographiques.


Sachant que :

1. Ce matin est la première étape, la première traversée. Le livre est paru chez Flammarion en 2009.

2. Scènes de l’abandon est une deuxième étape en forme de station. Il s’écrit.

3. Description d’un coup de dès enroule une nouvelle temporalité au lieu. Il s’écrit lentement, mentalement.


Et de tenter d’établir cette introduction :

Trilogie de Sens



Il n’est pas question de logos. Si peu, à peine d’affects.
Le Sens, sa majuscule, n’est tourné vers aucune idée. Ce n’est le site d’aucune pensée.


Sens est un cercle, Sens prend la forme d’un cercle, d’une forme oblongue. Création à l’ancienne : on traverse un fleuve, on trace un cercle, on construit une cathédrale. C’est une ville.






Sens n’a aucune idée. C’est une ville, une petite ville au bord de l’Yonne sur la route de Paris. Enfin, avant les autoroutes quand on traversait encore les sous-préfectures pour ses arrêts gastronomiques. Ou par fatigue.
Sens est un cercle traversé par une route, une ligne droite qui indique, une sortie, un mouvement. Sens est un passage. Même l’imposante cathédrale n’a pas su garder son archevêché. Et son hôtel le plus connu est à Paris.


Je ne suis pas né à Sens. J’y ai vécu quelques années à l’adolescence mais la vie familiale a imposé une fréquentation intense depuis la naissance.
On aurait voulu que Sens n’existe pas mais on y est toujours ramené.


L’écriture, comme l’interrogation de cette aimantation.
Sens est ce qui demeure à l’exclusion de toute signification. Ecrire cette trilogie serait l’exploration de ce paradoxe : la mémoire d’un lieu inhabitable, ce qui demeure du lieu en l’absence de toute place.


1. Avec Ce matin, c’est la traversée d’une route qui mène d’un accident l’autre, d’une ville l’autre. Quatre espaces, quatre villes pour configurer un espace intérieur : Paris (là où l’on est), Sens (là où l’on revient incessamment), les Sables-d’Olonne (là où l’on va) et Olonne comme espace même de l’écriture rendant possible l’écriture d’une route, l’affrontement d’un accident.


2. Avec Scènes de l’abandon, c’est rester dans un lieu au bord de la route qui traverse la ville de Sens, une brasserie de la fin des années 1970. Un texte comme l’extension d’une phrase issue de Ce matin. C’est affronter le souvenir d’enfance en construisant un feuilletage narratif et fragmentaire (un enfant qui regarde une disparition, les personnages de la brasserie, leurs bribes de vies, et une forme fantomale enfermée dans lieu, instance à demeure, donc).


3. Description d’un coup de dès est la tentative de description d’un poème de Stéphane Mallarmé, entremêlé de rêveries biographique de l’auteur, Mallarmé ayant passé une adolescence (ennuyeuse) dans la ville de Sens. Double manière d’écrire l’ennui adolescent (qui a pu être le sien propre… à Sens) et d’interroger la question du sens poétique chez Mallarmé.


Manière à chaque fois de traverser l’intime tout à l’éloignant. Des textes comme des constructions d’écarts.








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Sébastien Rongier - 8 mai 2013