Quelques questions autour de 78

Pour accompagner la parution du livre, j’ai répondu pour Fayard à quelques questions que voici.


Que voyez-vous dans la France de 1978 qui éclaire notre époque ?

SR : 1978 est une date qui est d’abord significative pour moi mais elle revêt également un caractère historique important. En 1978, toutes les strates de la société modernes et contemporaine se fréquentent encore. Tous les acteurs des événements qui ont façonné notre histoire moderne peuvent encore se croiser dans une brasserie : les deux guerres mondiales, les décolonisations, et les évolutions socio-politiques qui sont les nôtres : les évolutions des classes populaires encore possibles alors, les évolutions politiques (je place la montée du FN à cette période), et déjà peut-être les générations futures qu’on abandonne.


Dans les années 70, les Trente Glorieuses touchent à leur fin mais personne ne le sait encore. A quoi correspond cette période pour vous ?

SR : Pour moi, la fin des années 1970, c’est d’abord un bruit de fond... la musique populaire en boucle dans un jukebox qui passe des 45 tours, le bruit quotidien d’un bar de province. La fin des 30 glorieuses, à hauteur de l’enfant que j’étais, ce sont des bribes qu’on croise à la télé ou à la radio. Le monde qui m’entourait était, je crois, à la même hauteur de l’enfant que j’étais, parfaitement inconscient des mouvements tectoniques qui nous déplaçaient.


Pourquoi avoir choisi de mettre un enfant au centre de votre dispositif narratif ?

SR : L’enfance est d’abord la forme d’un souvenir, la tentative de mettre des mots et un rythme sur quelque chose qui ne sera pas élucidé. Mais l’image d’enfance, et ce qui se dérobe dans cette brasserie, est aussi l’occasion de saisir les brisures du monde qui entoure cet enfant un soir de 1978 dans un bar de province. Le regard fixé de l’enfant est ce qui permet de traverser une époque et d’en saisir un battement, de trouver dans la fiction un au-delà de soi qui serait le monde, le temps d’une attente d’enfant.





Sébastien Rongier - 11 juin 2015