La route de Cormac Mc Carthy

Après l’apocalypse, l’apocalypse.

Evidemment venir après tout ce qui a été dit et écrit autour de ce livre relève sans doute de la banale répétition. Mais tout de même quel livre.

Terminé hier soir dans un état de tension et de fébrilité, il y a longtemps que la lecture d’un livre n’avait pas autant saisi.

Pourquoi un tel niveau de tension à chaque page que l’on s’apprête à tourner : que va-t-il encore se passer ? sur quoi vont-ils tomber, ces deux personnages, emblématiques seulement de l’état de désolation et de catastrophe ? Juste un homme et son fils au milieu de l’apocalypse après l’apocalypse.

Et ce qui fait la force du livre, c’est à la fois son dépouillement (le traitement du dialogue, sa sècheresse, les « D’accord » qui signifient l’essentiel, et le boulot du traducteur François Hirsch), et sa répétition (la recherche de la nourriture, entrer dans une maison, reprendre le caddie après la nuit, trouver un abri...).

« L’horreur, l’horreur » écrivit Conrard. On y est. Dans ce livre de Mc Carthy, elle est partout et c’est le décor d’une nouvelle banalité. Dès lors les descriptions extrêmement précises sillonnent de bout en bout le livre pour ne rien lâcher de cet état du monde duquel on ne saurait sortir, même dans les rêves, eux mêmes dévorés par l’apocalypse dont on sait rien, dont on ne connait pas la cause (autre force du livre : laisser tomber les arguments ou les causalités parce qu’il ne reste pus qu’à s’enfoncer plus loin dans la noirceur... même dans les moments de douceur, de calme, la menace ne quitte pas ces pages, c’est une ligne en basse continu qui ne quitte pas la lecture, et même après quand on a refermé le livre).

La route traversait un marécage desséché où des tuyaux de glace sortaient tout droits de la boue gelée, pareils à des formations dans une grotte. Les restes d’un ancien feu au bord de la route. Au-delà, une longue levée de ciment. Un marais d’eau morte. Des arbres morts émergeant de l’eau grise auxquels s’accrochait une mousse de tourbière grise et fossile. Les soyeuses retombées de cendre contre la bordure. Il s’appuyait au ciment rugueux du parapet. Peut-être que dans la destruction du monde il serait enfin possible de voir comment il était fait. Les océans, les montagnes. L’accablant contre-spectacle des choses en train de cesser d’être. L’absolue désolation, hydrotique et froidement temporelle. Le silence. (p. 234)


A près l’apocalypse, l’apocalypse.

##### #####

En complément, peut-être que ce pourrait être cela du côté de chez nous.

Photographie de Jean-Marie Vives, à retrouver sur son site ?

Sébastien Rongier - 28 novembre 2008