confession : Tiqqun

Il faut bien l’avouer, le dire à demi mot parce que cela devient dangereux, parce qu’on ne sait pas quel accident malheureux pourrait arriver après une telle confession.

Oui, au moment de sa sortie, j’ai tenu entre les mains la revue Tiqqun. Je l’ai feuilletée, j’ai même lu quelques pages, debout dans la librairie du Centre Georges Pompidou (devrait y avoir une prochaine visite avec cordon de sécurité, etc. parce que cette librairie (comme toute librairie d’ailleurs) est un endroit dangereux, propice aux mauvaises rencontres (on y trouve des livres et des revues), et n’hésitons pas à le dire, au dévoiement moral... il faudrait peut-être les interdire dans une sorte de mouvement de salubrité publique. Allez savoir).

J’ai donc tenu entre mes mains cet objet dangereux. Même si je ne partage pas toutes les vues de cette publication, je l’aurais pourtant volontiers acheté... mais j’étais alors assez fauché.

J’ai donc lu quelques lignes de Tiqqun et je prends très souvent le train depuis mon enfance.

Depuis j’ai peur ! Les Services de N. S. pourraient me suspecter, me surveiller. La police de N. S. et M.A.M. pourrait venir au petit matin m’arrêter.

Heureusement pour moi, je ne sais pas ce qu’est une caténaire. J’ai seulement appris au cours de cette pathétique affaire que le mot était au féminin.

Mais je ne sais pas si je suis hors de danger parce que je lis (donc je vis) des auteurs comme Giorgio Agemben, Jean-Luc Nancy, Jacques Rancière, Jean-Christophe Bailly, et quelques autres qui s’inquiètent.

J’ai même cité Daniel Bensaïd dans un article. Mon cas s’aggrave.

Non, c’est la situation générale. Un vieil air lourd d’Ancien Régime.

Je ne connais pas Julien Coupat, ni ses amis arrêtés, ou non. Je ne partage sans doute pas leurs idées, ou leurs choix de vie. Mais aujourd’hui cela n’a aucune importance. Aujourd’hui, je pense à eux et leur témoigne une simple amitié.

PS : c’est bien sûr tout à fait autre chose. Si je n’ai jamais rien écrit dans Libération, ni jamais fait le moindre commentaire sur son site, je reste lecteur du quotidien et du site, ce qui, de nos jours, équivaut à de la racaillerie. Mon cas s’aggrave d’heure en heure.

PS 2 : Toute chose étant égale par ailleurs, etc., et surtout n’y voir aucune comparaison ou effet d’accumulation qui croiserait des informations à ne pas mettre sur le même plan (c’est évident), un soutien aux jeunes gens de Levallois vivement arrêtés et mis en garde à vue au milieu du conseil municipal de la dite bourgade. Souvenez-vous, c’est ici.

Sébastien Rongier - 8 décembre 2008