Envoi

On a beau croire être au point, bien en retrait, éloigné de tout, on a beau savoir les silences et les incertitudes, les hasards de la réception ou de la lecture, on a beau s’attendre à ne s’attendre à rien, on a beau etc., c’est une curieuse lévitation quand le livre est envoyé, quand les lecteurs professionnels, quand les amis et les proches ont sans doute entre les mains (un moment au moins) ce livre qui attend sa sortie.

On s’invente des montagnes de défense et de précaution. Ne pas se monter le bourrichon. On est seulement au bord d’un pédiluve (pas le grand bain avec bonnet et bouées autour des bras, ou la mer et ses rouleaux)... mais un peu tout nu.

Etrange sensation ce risque de l’autre, ce qui s’offre et qu’on ne peut plus retenir. Soudaine consistance intime du lecteur (et son fantasme en négatif). Au fait, c’est quoi un lecteur ? Soudain on y pense. Affreuse banalité d’un petit désordre intérieur qu’on imagine faisant partie des étapes de ce parcours. En prendre acte et regarder ailleurs, se tourner par exemple vers le dernier livre de Dominique Dussidour, Le risque de l’histoire. Redevenir lecteur. Tenter de dire l’admiration, etl’écrire, finalement le meilleur moyen de rester au plus près de ce qui importe.

Sébastien Rongier - 12 décembre 2008