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lire, voir, rencontrer des oeuvres...

dimanche 6 février 2022, par Sébastien Rongier



MARS 2022



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Le temps manque en mars.

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Le Signal de Sophie Poirier paru chez Inculte. C’est une histoire d’amour. La narratrice du récit tombe amoureuse d’un immeuble abandonné, vidé de ses habitants pour des raisons de sécurité. Barre solitaire face à la mer, le lieu est laissé à l’abandon. Elle regarde l’océan, le vide et la disparition progressive de l’espace. Très belle traversée intime au d’un monde désertée et des questions soulevée aussi écologiques qu’intérieures, aussi sociales que personnelles.

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Je commence tout juste la série After life de Ricky Gervais. Son personnage de veuf inconsolable est aussi déchirant qu’insupportable. La présence de la femme par les vidéos est redoutable. Une grande écriture.

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Infernal affairs d’Andrew Lau et Alan Mak est l’occasion de retrouver Tony Leung en flic infiltré. La séquence centrale d’utilisation des téléphones est assez magistrale. Et dans la foulée voir les épisodes suivants. Le II est une sorte de prequel copier-coller moins convaincant alors que le III, suite immédiate du premier opus, multiplie les flash-backs permettant de retrouver les protagonistes. Un peu tordu mais passionnant, avec un sous-texte de rétrocession de Hong-Kong à la Chine... quel serait la suite possible aujourd’hui ?



FÉVRIER 2022



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Des monstres et de prodiges d’Ambroise Paré est un livre fort et puissant, le signe d’un monde où la science s’arrache progressivement de la croyance par une série de classifications. Mais c’est aussi un monde qui reste proche du mythe et du merveilleux. Un entre-deux tout à fait troublant. Mais c’est aussi une leçon d’humanisme où le « monstre » est parfaitement intégré à l’humanité mais aussi au dessein divin, manière de tordre et dénoncer les violences du réel.

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Si Patrick Modiano avait passé plus de temps dans les salles de cinéma peut-être serait devenu Didier Blonde, infatigable baudelairien de la mémoire. Autoportrait aux fantômes est un livre comme seul Blonde peut les écrire, traversé par un cinéma oublié de beaucoup et irrigué par une mémoire intime, celle des fantômes.

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Retrouver le chemin du théâtre avec un Dom Juan mis en scène pour la Comédie française par Emmanuel Daumas. Quelque chose d’étrange car on retrouve certains acteurs de Guermantes d’Honoré. Puis Molière prend le dessus dans cette proposition compacte au vieux Colombier. Une belle énergie même si la mise en scène ne trouve pas sa forme pour la fin de la pièce.

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Voir Harlequin de l’australien de Simon Wincer. Je garde le souvenir de l’affiche qui enfant m’avait marquée. C’est assez curieux cette belle naïveté de l’usage du fantastique dans les années quatre-vingt.

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Découvrir (si tard) Hallelujah de King Vidor. Ce film de 1929 demeure une œuvre singulière à tous points de vue. Film de la ferveur religieuse et de la musique, œuvre uniquement composée avec des comédiens noirs. Tout est radical, y compris le surgissement d’une modernité du parlant et de l’usage de la musique. Avec un trouble de lecture contemporaine.

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Pour les besoins d’un prochain article, revoir avec grand plaisir, la trilogie des super-héros minimalistes de Shyamalan. Il permet de comprendre (de confirmer) ce que l’on n’aime pas dans les films Marvel (ou DC voulant faire du Marvel), l’absence de personnage et tout un tas d’autres choses. Kevin Feige doit invariablement montrer Incassable aux nouveaux venus en leur faisant jurer sur une couverture dessinée par Jack Kirby : Jamais tu ne feras !

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J’ai agrandi la famille du genre de l’anaphore mémoriel à la suite de la lecture de Je ne me souviens plus de Philippe de Jonckheere. Après Joe Brainard, Georges Perec, Christophe Grossi, je viens de récupérer Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon et surtout Le Verger de Harry Mathews qui se souvient de Georges Perec. Comme aurait pu le crier le vitrier de Baudelaire, "la vie en boucle... la vie en boucle !"

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Hasard des croisements japonais, la lecture récente du dernier livre de Stéphane Audeguy Dejima paru au Seuil en janvier 2022. Connaissant un peu l’auteur et le projet d’un récit se déroulant au Japon, tout était possible. Il réussit ce tour de force à nous embarquer dans les strates historiques de ce pays, même si l’immédiate après seconde guerre mondiale est un pivot central. Il réussit surtout à maintenir une écriture qui traverse les mondes fantastiques de livres et livres. C’est le cas encore dans Dejima, livre qui part d’un récit géo-politique autour du motif de l’île pour arriver à un portrait très ironique du monde de l’art contemporain. Réjouissant.

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Replonger dans l’œuvre d’Ozu à l’occasion d’une publication de versions restaurées de ses films. Commence par Printemps tardif qui reste une œuvre magnifique de bout en bout : la présence sourde du poids de l’histoire contemporaine (le film date de 1949) sans en faire un film ouvertement politique mais ce contexte permet de mesurer les transformations en cours ; le portrait puissant des deux protagonistes, un père et sa fille et la délicatesse infinie de leur relation.

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J’avais toutes les prédispositions pour aimer le premier livre de Benoît Coquil Buenos Aires n’existe pas paru chez Flammarion à la rentrée 2021 : une rêverie littéraire autour des quelques mois énigmatiques de Marcel Duchamp à Buenos Aires. Je l’ai refermé sans avoir réussi à entrer dedans. Ce n’était sans doute pas le moment de le lire, trop absorbé que je suis dans mes propres projets (il est question de Marcel D. dans mon prochain roman Je ne déserterai pas ma vie). Je prendrai le temps de le relire mais plus tard. Une histoire d’horloge sans doute.

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Recevoir les épreuves non corrigées du prochain livre de Luc Chomarat, L’invention du cinéma. Le lire d’une traite en riant joyeusement. Ce garçon est incorrigible.

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A l’occasion d’un texte à écrire sur Annette de Leos Carax, j’ai parcouru rapidement ses films antérieurs. et j’ai lu l’essai brillant de Jérôme d’Estais sur le cinéaste La petite géographie réinventée de Leos Carax paru chez Marest. Je ne suis pas attiré par tous ses films. Certains me laissent très extérieurs d’autres m’emportent complétement. Je n’avais pas vu Holy Motors qui m’a sidéré. J’ai récupéré l’essai de Judith Revault d’Allonnes chez Yellow Now que je lirai bientôt. Et comme j’ai envie de préparer un petit cours sur la comédie musicale et la chanson au cinéma, il n’est pas impossible de le conclure par Annette.

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Ce Guermantes de Christophe Honoré m’a réjoui. Cette légèreté entre cabotinage et mise (à) nue des acteurs. Quelques belles traversées de Proust même si, je crois préférer le film sur une adaptation théâtrale qui ne verra pas le jour, à ce que je perçois de la "pièce".

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Revoir In the mood for love de Wong Kar-wai et retomber dans la même fascination qu’en 2000. Un écrin identique. Il y a des films qu’on revoit en mesurant nos propres évolutions intérieures. Celui-ci semble avoir trouvé une grâce et une délicatesse mélodramatique intangible. Il vient également compléter les pistes pour un petit projet de livre.

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Lire (enfin) les I Remember de Joe Brainard pour préparer la rencontre du 1er avril 2022 avec Philippe de Jonckheere à partir de son Je ne me souviens plus paru chez publie.net. Je retournerai lire Perec pour mesurer les zones influence ou le Ricordi de Christophe Grossi. Étrange sensation d’être à la fois dans une écriture très contemporaine et en même temps, une forme très ancienne de l’intime et du mémorial.