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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>Images de guerre, le cin&#233;ma est un combat (le cin&#233;ma de Fr&#233;d&#233;ric Tachou)</title>
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		<dc:date>2021-12-03T11:29:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Tachou Fr&#233;d&#233;ric</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Art Pr&#233;sence, num&#233;ro 47, juillet-ao&#251;t-septembre 2003&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique76" rel="directory"&gt;2003&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Tachou Fr&#233;d&#233;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici le texte tel qu'il a paru, sans ajout ni modification.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_869 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/img_9350_-_copie-55c4b.jpg?1751018124' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Images de guerre, le cin&#233;ma est un combat
(le cin&#233;ma de Fr&#233;d&#233;ric Tachou)&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma de Fr&#233;d&#233;ric Tachou explore l'image et la m&#233;moire dans une m&#234;me volont&#233; d'effacer la simple surface pour la confronter &#224; l'exp&#233;rience humaine. Ces films nous apprennent &#224; repenser l'id&#233;e d'une image cin&#233;matographique comme une pure pr&#233;sence.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; envisage, comme son titre l'indique avec une subtile provocation, la question du conflit militaire. Mais c'est aussi un enjeu de perception du pr&#233;sent qui est pos&#233; par Fr&#233;d&#233;ric Tachou. &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; appartient &#224; ce genre qu'on appelle le cin&#233;ma exp&#233;rimental&#8230; notion contestable qu'ailleurs Dominique Noguez a lui-m&#234;me critiqu&#233;e. Mais le sous-titre de ce film &#233;tant &#034;un film de guerre psychologique exp&#233;rimental&#034;, on peut comprendre que son cin&#233;ma d&#233;borde les cadres traditionnels du cin&#233;ma. Exigeant dans ce renversement des habitudes, ce film est lui-m&#234;me une interrogation sur l'image en tant que lieu de m&#233;moire possible.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tachou interroge ce d&#233;part, cette origine avec son corps, avec l'image et son imaginaire en &#233;laborant un r&#233;cit cin&#233;matographique, une fiction dans laquelle Histoire et histoires s'imbriqueront dans l'image.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le philosophe Jacques Ranci&#232;re pense que &#034;[l]a politique et l'art, comme les savoirs, construisent des &#034;fictions&#034; c'est-&#224;-dire des r&#233;agencements &lt;i&gt;mat&#233;riels&lt;/i&gt; des signes et des images, des rapports entre ce qu'on voit et ce qu'on dit, entre ce qu'on fait et ce qu'on peut faire&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ranci&#232;re, Jacques, La partage du sensible, Paris, La Fabrique-&#233;ditions, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fr&#233;d&#233;ric Tachou explore cette ligne de partage r&#233;agenc&#233;e &#224; partir du corps. Car ici le corps cherche, dans les interstices d'une forme r&#233;p&#233;t&#233;e du corps dans le corps de la guerre et de l'image, &#224; trouver sa place dans l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le film commence par une s&#233;rie de panoramiques montrant un homme courant, v&#234;tu d'un uniforme et d'une arme portant ba&#239;onnette. Il donne l'assaut, recommence et poursuit cette tentative. Ce soldat (interpr&#233;t&#233; par le r&#233;alisateur) essaye de trouver, de retrouver le geste, un geste qui serait mim&#233;tique du v&#233;ritable geste guerrier. Car il s'agit bien d'une recomposition, d'une mise en sc&#232;ne, d'une mise en image d'une posture de la premi&#232;re mondiale. Film&#233; en contre-plong&#233;e, ce point de vue de la tranch&#233;e se r&#233;p&#232;te, alternant avec des am&#233;nagements de barbel&#233;s, puis une avanc&#233;e frontale de l'apprenti militaire. Ce dernier semble &#234;tre un corps &#224; la recherche d'une place dans l'espace. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais cette duplication du r&#233;el, cette volont&#233; d'&#234;tre une empreinte du monde dans une tentative imitative &#233;choue en tant que telle. Car une voix off commence en avouant avec cette premi&#232;re exp&#233;rience : &#034;Au d&#233;but, j'imitais&#8230; pas mon p&#232;re mais d'autres, copi&#233;s sur des images, des films.&#034; Ceci indique d&#233;j&#224; la distance temporelle. La prise de conscience de l'impossibilit&#233; mim&#233;tique n'est pas une renonciation mais une prise de conscience esth&#233;tique et politique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La tentative analogique, sa r&#233;p&#233;tition, &#233;choue car elle montre l'impossibilit&#233; d'une transparence entre le monde et sa repr&#233;sentation. C'est au contraire dans une interrogation des formes m&#234;mes de la repr&#233;sentation que le cin&#233;aste cherche aussi bien &#224; comprendre le monde qu'&#224; y inscrire son corps. C'est dans les plis du r&#233;el que Tachou d&#233;cide de mener cette exploration. L'image va devenir le corps de cette interrogation. Le corps d&#233;pos&#233; dans l'image d&#233;borde de lui-m&#234;me pour formuler une voie lat&#233;rale et critique. La surface de l'image en devenant surface d'apparition absorbe une profondeur et dialectise la question du jeu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Car cette mim&#233;tique semble s'imposer comme un jeu. Jouer &#224; la guerre, c'est d&#233;j&#224; apprendre &#224; la faire. Voil&#224; ce que nous d&#233;couvrons. Mais d&#233;j&#224; le jeu ne doit pas &#234;tre entendu par son &#233;tymologie. Il ne s'agit pas ici d'un &lt;i&gt;ludus&lt;/i&gt; d'une forme festive et spectaculaire. Contre cette forme r&#233;ifiante du cin&#233;ma le jeu qui se d&#233;veloppe ici est un simulacre c'est-&#224;-dire, selon la formulation de Lyotard dans &lt;i&gt;l'acin&#233;ma&lt;/i&gt;, une forme de d&#233;bordement contre la &#034;normalisation libidinale&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyotard, Jean-Fran&#231;ois, L'acin&#233;ma, in Cin&#233;ma : th&#233;orie, lectures, textes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'interrogeant sur la guerre comme structure de l'histoire, Tachou montre que l'image de guerre est n&#233;cessairement image du temps. La perception du pr&#233;sent n'est pas une r&#233;p&#233;tition &#224; l'identique. Elle am&#232;ne au contraire d'autres images. Ce sont ces images autres, v&#233;cues comme telles, qui lient le pr&#233;sent &#224; la temporalit&#233; et nient l'id&#233;e d'une pure pr&#233;sence postmoderne comme &#233;tat de jouissance d'un individu devenu atemporel et r&#233;duit &#224; la seule actualit&#233; de ses sensations. Au contraire, le jeu que dialectise l'image de Fr&#233;d&#233;ric Tachou dans &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; n'est pas un masque carnavalesque mais un travail sur l'id&#233;e m&#234;me de repr&#233;sentation. La condition d'&#234;tre qui se formule dans les plis de la r&#233;p&#233;tition du corps dans le jeu de la guerre passe par la r&#233;appropriation de l'enfance.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Jouer &#224; la guerre, c'est apprendre &#224; la faire. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; De quoi se souvient ce corps qui joue &#224; la guerre ? Il semble se souvenir du processus de l'enfance, son imaginaire en marche, construisant cette &#034;fiction&#034; dont parle Ranci&#232;re, cette fiction qui recompose, efface et transforme. La voix off pr&#233;cise la mise en place du jeu : &#034;Le jardin, une plaine, un d&#233;sert ; les arbres, des for&#234;ts ; cette branche, un arc ; cette latte, une &#233;p&#233;e ; cette toile, un signe, un ralliement&#8230; la campagne, Verdun ; la maison, un fort, une position ; l'oreiller, un sac de sable&#034;. Mais le corps enfant a disparu, l'enfance a disparu. L'&#233;l&#233;ment qui pourrait encore signifier ce jeu de l'enfant, c'est le jouet. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tachou m&#234;le d'abord, dans un travail de surimpression, les images de la seconde guerre mondiale &#224; un paysage contemporain avant de laisser la place aux jouets : maquettes d'avions, de chars, de camions, figurines plastiques fig&#233;es dans des postures. Agemben nous apprend que le jouet est ancr&#233; dans le pass&#233; et permet de faire &#233;merger l'Histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Le jouet est une mat&#233;rialisation de l'historicit&#233; contenue dans les objets, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tachou le montre en travaillant &#224; partir de ces maquettes qu'il anime, produisant cette inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; et ce moment de trouble qui met en cause la r&#233;alit&#233; par cet effet de r&#233;el induit par le mat&#233;riau cin&#233;matographique. Filmant en tr&#232;s gros plan une maquette d'avion de guerre, Tachou r&#233;v&#232;le ici que les jouets ne sont ni tot&#233;miques ou anecdotiques. Formant d'abord le corps perdu de l'enfance qui jouait &#224; la guerre, ils montrent par le travail de l'image et du montage une totale absence de nostalgie. Ce qu'il souligne avant tout c'est que les jouets sont des &#233;l&#233;ments de construction id&#233;ologique. Ce travail n'est pas sans rappeler celui de l'artiste contemporain G&#233;rard Gasiorowski qui avait con&#231;u, en 1974, une installation appel&#233;e &lt;i&gt;la guerre&lt;/i&gt; : des jouets de guerre calcin&#233;s, &#233;ventr&#233;s et enchev&#234;tr&#233;s, renvoyant le mat&#233;riau &#224; cette tourbe d&#233;sastreuse et effroyable. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans le film, les jouets participent de cette repr&#233;sentation de la guerre autant que les images en surimpression. La tension dialectique d&#233;gage des enjeux qui sont cin&#233;matographiques. C'est avec des jouets qu'il construit et anime l'attaque d'une colonne de blind&#233;s. Mais c'est par le montage, c'est par un cadrage serr&#233;, une progression dramaturgique qu'il montre la guerre sans passer par l'illusion mim&#233;tique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il n'y a donc pas de pr&#233;sence dans l'imitation mais seulement dans un travail de l'image qui ouvre cette tension temporelle et historique. C'est encore Jean-Fran&#231;ois Lyotard qui nous apprend que la mise en ordre consiste &#034; &#224; disposer la mati&#232;re cin&#233;matographique selon la figure du &lt;i&gt;revenu&lt;/i&gt; &#034;. Ainsi, &#034;les mouvements du cin&#233;ma [seront] en g&#233;n&#233;ral ceux du revenu c'est-&#224;-dire la r&#233;p&#233;tition du m&#234;me et sa propagation.&#034; Donc &#034;[t]oute forme dite bonne implique le retour du m&#234;me, le rabattement du divers sur l'unit&#233; identique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lyotard, Art. cit., p.361.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;J'aime la guerre &lt;/i&gt;forme l'exp&#233;rience critique d'un cin&#233;ma enferm&#233; dans cette usure mim&#233;tique. Voici sans doute ce que signifie ce titre, une guerre contre les conventions et les convenances, une guerre d&#233;clar&#233;e contre un cin&#233;ma vou&#233; &#224; l'effet et &#224; la marchandisation des esprits et de l'esth&#233;tique, c'est-&#224;-dire la guerre d'une pens&#233;e active et critique contre l'artifice et la r&#233;ification. En cela, on pourrait comparer &lt;i&gt;Il faut sauver le soldat Ryan &lt;/i&gt;de Steven Spielberg et &lt;i&gt;J'aime la guerre&lt;/i&gt; de Fr&#233;d&#233;ric Tachou. Ce rapprochement qui n'est pas sans &#233;voquer David contre Goliath n'est pas hasardeux. Ces deux films abordent les m&#234;mes th&#232;mes. N'est-il pas question de part et d'autres d'un individu dans son rapport &#224; la communaut&#233;, d'une question de la guerre envisag&#233;e d'un point de vue individuel et charnel ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Bien s&#251;r la raison commerciale de l'un est irr&#233;conciliable avec la raison critique de l'autre. Mais c'est l&#224; tout l'enjeu d'une telle analyse, exercer une critique avec les enjeux du cin&#233;ma lui-m&#234;me. Car le cin&#233;ma produit ses propres outils d'analyse. Et le film de Fr&#233;d&#233;ric Tachou est le mat&#233;riau de cette critique. L'exp&#233;rience critique de ce court-m&#233;trage met en place une forme qui pose des bases cin&#233;matographiques d'une critique du cin&#233;ma lui-m&#234;me. En envisageant le travail cin&#233;matographique du jouet et du corps dans cette probl&#233;matique guerri&#232;re, il induit la critique du film de Spielberg. Ce qui a &#233;t&#233; vant&#233;, admir&#233; et pill&#233; dans cette production hollywoodienne, c'est le dispositif technique (notamment sonore), ce sont les effets sp&#233;ciaux, le tournage &#224; l'&#233;paule, trembl&#233;. Bref, l'&#233;l&#233;ment unanimement salu&#233; fut, lors de la sortie du film, le saisissant effet de r&#233;el de la s&#233;quence d'ouverture. Les anciens combattants du d&#233;barquement ont avou&#233; leur effroi devant ce &#034;comme si on y &#233;tait&#034; puisque, eux, y &#233;taient. Mais cette duplication spectaculaire est avant tout une question de technique cin&#233;matographique, r&#233;duisant la mati&#232;re filmique &#224; un attrait mim&#233;tique. Or ce cin&#233;ma en trompe-l'&#339;il est bien un trompe-l'esprit. Car cette forme n'ouvre &#224; rien d'autre qu'un abasourdissement de sensation, une prise au pi&#232;ge par le spectacle, neutralisant toute forme de pens&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A l'origine &#233;tait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Et pourtant, &#224; la diff&#233;rence, une fois encore du blockbuster hollywoodien, le film de Fr&#233;d&#233;ric Tachou ne se r&#233;fugie pas dans une valorisation de l'individualisme. Au contraire, plus il avance dans les formes de repr&#233;sentation qui construisent nos id&#233;ologies (la s&#233;quence centrale montrant un r&#233;cent d&#233;fil&#233; du 14 juillet souligne cette guerre pr&#233;sente et invisible en continuit&#233; avec les images de guerre en surimpression tout au long du film), plus il souligne l'id&#233;e communautaire de la guerre. La litanie des guerres et des batailles perdues (la Commune, la froide, d'Espagne, du ghetto de Varsovie, du 8 thermidor de Borodino), celles gagn&#233;es (Valmy, Little Big Horn, Stalingrad, Di&#234;n Bi&#234;n Ph&#251;) marquent cette conscience de la communaut&#233; des hommes. C'est l'ensemble des consciences qui participent &#224; cette id&#233;e de la guerre, formant des strates de m&#233;moires, comme Tachou forme des strates d'images. Les s&#233;quences finales montrant la famille du r&#233;alisateur (ses grands-parents, ses parents) et les surimpressions d'images de guerre soulignent cette interrogation sur la m&#233;moire de la guerre comme trace du temps. L'opposition entre les images contemporaines paisibles et les violentes images de guerre en noir et blancs, ce tressage dans le fondu des images fait &#233;merger ce trouble. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un montage found footage termine le film de Fr&#233;d&#233;ric Tachou. Ce sont les retrouvailles des familles russes apr&#232;s la guerre. Des visages marqu&#233;s, trac&#233;s par de longues rides, des joies, des pleurs, des retrouvailles, leurs sensations tendues et explosives, des baisers, des corps s'enla&#231;ant, s'embrassant et la douceur des gestes, cette main caressant les cheveux. La trag&#233;die est l&#224;, silencieuse et humaine, elle forme une douleur retenue et vibrante dans ces liens retrouv&#233;s entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui l'ont v&#233;cu, subi, ceux qui ont r&#233;sist&#233; &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Parce que l'humain n'existe qu'en dehors de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La voix off du r&#233;alisateur l'indiquait d&#233;j&#224; : &#034;Dans mon genre de guerre, il n'y a pas de victoire possible, uniquement des catastrophes. Mais petit d&#233;j&#224; je le savais.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ranci&#232;re, Jacques, &lt;i&gt;La partage du sensible&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique-&#233;ditions, 2000, page 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyotard, Jean-Fran&#231;ois, &lt;i&gt;L'acin&#233;ma&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in Cin&#233;ma : th&#233;orie, lectures&lt;/i&gt;, textes r&#233;unis et pr&#233;sent&#233;s par Dominique Noguez, Revue d'esth&#233;tique, num&#233;ro sp&#233;cial, Paris, Klincksieck, premi&#232;re &#233;dition 1973, deuxi&#232;me &#233;dition revue et mise &#224; jour 1978 , pages 359 et 364.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Le jouet est une mat&#233;rialisation de l'historicit&#233; contenue dans les objets, qu'une manipulation d'un genre particulier lui permet d'extraire.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Agemben, Gorgio, &lt;i&gt;Enfance et histoire&lt;/i&gt;, traduit de l'italien par Yves Hersant, Petite biblioth&#232;que Payot, Paris, 2002, page 131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lyotard, &lt;i&gt;Art. cit.&lt;/i&gt;, p.361.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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