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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>Ailleurs, au bord des routes&#8230; (Cambodge, Rwanda, R. Panh et J. Hatzfeld)</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Hatzfeld, Jean</dc:subject>
		<dc:subject>Panh, Rithy</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recherches en Esth&#233;tique, &#171; L'Ailleurs &#187;, num&#233;ro 10, octobre 2004&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique75" rel="directory"&gt;2004&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Hatzfeld, Jean&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot175" rel="tag"&gt;Panh, Rithy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot156" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'aventure continue avec cette belle revue annuelle. Voici le texte tel qu'il a paru, sans ajout ni modification.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_871 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L339xH480/l_ailleurs_ree_-_copie-8d0bf.jpg?1751018114' width='339' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt; Ailleurs, au bout des routes&#8230; (Cambodge, Rwanda)&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ailleurs est commun&#233;ment l'endroit o&#249; l'on n'est pas. C'est un autre endroit, un endroit autre auquel on attache diff&#233;rentes valeurs, r&#233;cits et projections. Comme il &#233;chappe au quotidien o&#249; l'on est, le mot &lt;i&gt;ailleurs&lt;/i&gt; d&#233;signe un &lt;i&gt;autre part&lt;/i&gt; qui &#233;chapperait au domaine de la reconnaissance. Le terme est souvent rattach&#233; au champ de l'exotisme. D&#233;couvrir l'ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette substantivation au singulier d&#233;rive de l'expression les ailleurs qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est avant tout prendre un rendez vous avec l'autre. L'&#233;tymologie latine &lt;i&gt;alius&lt;/i&gt; rappelle cette part d'alt&#233;rit&#233; attach&#233;e au terme. Suivant les soubresauts du langage et de l'usage, le terme est aujourd'hui un argument de vente pour la consommation aux couleurs de l'exotisme. Les destinations se multiplient en reposant souvent sur des clich&#233;s accrocheurs qui nous contentent (exotisme des plages, exotisme des grands espaces, exotisme des paysages et des temp&#233;ratures polaires&#8230;). Ainsi, en regardant les vitrines des agences de voyages, on multiplie les destinations, les ailleurs, en perdant de vue l'alt&#233;rit&#233; pour ne garder qu'une destination et ses contours. Devant ces magasins, l'exotisme tient lieu d'ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; A la surface de leurs vitrines, on voit parfois le reflet d'un marchand de journaux. Des images brouillent l'exotisme affich&#233; derri&#232;re le verre &#233;pais des marchands de voyages. En se retournant, on rencontre d'autres lieux, d'autres espaces qui ne se retrouvent pas dans les catalogues de vacances. Quelques Unes de presse captent les regards et les esprits. On y parle Rwanda, Cambodge, Auschwitz&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'ailleurs se d&#233;barrasse alors de tout exotisme. Il se confronte &#224; l'espace d'une radicalit&#233;. Il ouvre l'alt&#233;rit&#233; &#224; une dimension n&#233;gative et &#224; une forme d'impens&#233;. C'est en effet une alt&#233;rit&#233; totalement &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; face &#224; laquelle on se confronte, celle de l'effondrement, celle d'une humanit&#233; qui, contre elle-m&#234;me, renverse l'humanit&#233; m&#234;me de l'homme. Mais peut-on la situer ? La g&#233;ographie de l'ailleurs ne peut &#234;tre ici celle d'un non-lieu. Mais la radicalit&#233; de cet ailleurs constitu&#233; par le g&#233;nocide implique une distance port&#233;e par chacun de nous. Il s'agit donc d'un &#233;loignement qui met en cause l'intimit&#233; de chaque conscience et dont on ne peut prendre ses distances. L'ailleurs radical des g&#233;nocides est au c&#339;ur de notre conscience intime et de notre m&#233;moire humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aussi, face au flux contemporain qui nous place devant des images d'un r&#233;el insupportable, c&#233;dant la place &#224; d'autres images et &#224; d'autres &#233;v&#233;nements, sans nous laisser le temps d'entendre ce qui se dit et d'analyser ce qui se voit ou ne se voit pas (le flou de l'image contemporaine n'est pas seulement dans la litt&#233;ralisation des images d&#233;form&#233;es de la presse &#233;crite ou t&#233;l&#233;vis&#233;e), il faut parfois interrompre l'imm&#233;diatet&#233; et faire retour sur notre temporalit&#233;. Pour renverser l'id&#233;e d'une r&#233;alit&#233; vers&#233;e dans l'ultra-contemporain et dans une th&#233;ologie d'un temps coll&#233; au pr&#233;sent, r&#233;duit &#224; son imm&#233;diatet&#233;, il faut inscrire cette r&#233;alit&#233; dans une historicit&#233; et r&#233;injecter de la pens&#233;e dans le temps pr&#233;sent. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Deux &#339;uvres d'aujourd'hui semblent r&#233;pondre &#224; cette d&#233;marche en d&#233;ployant une interrogation profonde sur la m&#233;moire et sur la confrontation du t&#233;moignage &#224; cet ailleurs radical. Il s'agit de deux livres de l'&#233;crivain fran&#231;ais Jean Hatzfeld et du dernier film du r&#233;alisateur cambodgien Rithy Panh. Jean Hatzfeld poursuit un travail d'&#233;criture particuli&#232;rement saisissant sur la m&#233;moire du g&#233;nocide rwandais au travers de deux livres. &lt;i&gt;Dans le nu de la vie, R&#233;cits des marais rwandais&lt;/i&gt; publi&#233; en 2000 est constitu&#233; de t&#233;moignages des victimes Tutsies. &lt;i&gt;Une saison de machettes&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2003, est un retour au Rwanda pour se confronter aux paroles des bourreaux Hutus. Rithy Panh poursuit une construction de la m&#233;moire du g&#233;nocide qui a frapp&#233; son pays, le Cambodge. Son dernier film &lt;i&gt;S21, la machine de mort khm&#232;re rouge&lt;/i&gt; (2002) revient sur les lieux du g&#233;nocides, retrouve victimes et bourreaux et interrogent cette m&#233;moire qui doit se faire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Rapprocher ces deux auteurs ne se r&#233;duit pas &#224; un simple jeu de l'actualit&#233;. Leurs d&#233;marches respectives tissent au contraire un dialogue qui renverse cette contemporan&#233;it&#233; qui r&#233;duit le pr&#233;sent &#224; son flux. En effet, ces deux hommes posent les nouvelles conditions de r&#233;ception de cet ailleurs qui nous appartient pleinement, le g&#233;nocide. Des marais de Nyamata aux ge&#244;les de l'Angkar, Hatzfeld et Panh poursuivent cette construction de la m&#233;moire et du t&#233;moignage. Leurs deux d&#233;marches brisent des limites ou des fronti&#232;res, construisent des formes qui ne r&#233;pondent pas &#224; un objet connu ou conforme &#224; notre effet d'attente. En r&#233;sistant aux conditions de formes, ils d&#233;signent dans leur mat&#233;riau d'expression la profondeur de l'exp&#233;rience d'une alt&#233;rit&#233;. C'est bien ailleurs qu'il s'agit d'aller, mais il s'agit surtout d'un ailleurs impliquant une r&#233;sistance au conditionnement. C'est pourquoi la question du document se confronte &#224; sa propre condition car ils nous mettent en pr&#233;sence d'une zone qui remet en cause l'humanit&#233; m&#234;me de l'homme. Cet espace du g&#233;nocide, si loin de nous, est au c&#339;ur de notre intimit&#233;. C'est ce qu'ils nous apprennent en traversant les pages les plus sombres de notre temps. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Rithy Panh et le geste du bourreau &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le travail du cin&#233;aste Rithy Panh explore inlassablement depuis les ann&#233;es quatre vingt la m&#233;moire cambodgienne en combattant l'oubli programm&#233; du g&#233;nocide. Dans son dernier film &lt;i&gt;S21, la machine de mort khm&#232;re rouge&lt;/i&gt;, il revient sur le lieu de la machine destructrice : le camp S21 &#224; Phnom Penh. Il retrouve quelques survivants et quelques bourreaux. Il ne les confronte pas. Ils vont se retrouver en suivant les pas du r&#233;alisateur. Une part de l'extr&#234;me densit&#233; de ce film se tient &#224; la rencontre des victimes et des bourreaux. Elle n'a pas &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e ou programm&#233;e par Panh. C'est une forme du hasard qui d&#233;cide d'un face &#224; face entre la parole courageuse et terroris&#233;e des victimes et l'apathie et le d&#233;ni en forme d'indiff&#233;rence des anciens ge&#244;liers. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Vann Nath, peintre et victime survivante et participant au film, se rend sur le site S21 au moment o&#249; Panh filmait l'ancien bourreau Roy. La rencontre a lieu, involontaire, tendue, silencieuse jusqu'au moment o&#249; Nath emm&#232;ne Roy voir ce qu'il peint depuis la fin du g&#233;nocide. Il montre aux anciens bourreaux ses grandes huiles sur toile figuratives et r&#233;alistes repr&#233;sentant des sc&#232;nes de vie et de mort quotidienne dans le camp S21 : groupes de prisonniers attach&#233;s au cou et aux mains, les yeux band&#233;s, tir&#233;s par un garde adolescent, mais aussi dortoirs bond&#233;s de corps align&#233;s et entrav&#233;s. Images redoutables qui ne sont perdues dans l'oubli. Peintre officiel, victime du syst&#232;me, Nath a surv&#233;cu gr&#226;ce &#224; ce talent qu'il retourne depuis contre ses tortionnaires. Ce dont sa peinture t&#233;moigne, c'est aussi de ce qu'il n'a pas vu. Lui aussi &#233;tait entr&#233; dans le camp les yeux band&#233;s. Mais en confrontant ses tableaux de tortures et de massacres aux bourreaux eux-m&#234;mes, il valide leur authenticit&#233;. Le film explore la tension fragile du survivant confront&#233; &#224; son t&#233;moignage, tendue entre int&#233;riorit&#233; et ext&#233;riorit&#233;, entre une intimit&#233; et un ailleurs. Le cin&#233;ma vient explorer dans l'image ce travail de l'image. En construisant une longue intimit&#233; (le tournage s'est &#233;tal&#233; sur trois ans), Panh prend le temps de s'&#233;loigner d'une r&#233;alit&#233; r&#233;duite au pr&#233;sent pour &#233;laborer une autre forme de pr&#233;sent qui permette de faire surgir la v&#233;rit&#233; et la m&#233;moire. Car &#171; [la] m&#233;moire est, au Cambodge, profond&#233;ment d&#233;truite, &#233;miett&#233;e. Au-del&#224; des massacres et des souffrances, les Khmers rouges ont mis en place une machine &#224; effacer la m&#233;moire, une machine totalitaire d&#233;lirante &#187; pr&#233;cise Rithy Panh&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Panh, Rithy, La parole film&#233;e. Pour vaincre la terreur, in Le parti pris du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Face &#224; une amn&#233;sie grandissante, Rithy Panh tisse une &#339;uvre qui r&#233;siste &#224; l'actualit&#233; pour construire une m&#233;moire et impliquer une dimension historique en refusant de penser le g&#233;nocide cambodgien comme une simple folie collective mais au contraire comme une machine et une organisation pr&#233;cise (enjeu que l'on retrouve dans les deux livres d'Hatzfeld).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Pour la p&#233;riode Khm&#232;re rouge, on &#233;value les ex&#233;cutions &#224; 5000 par semaine. Donc beaucoup d'innocents &#224; tuer. Il fallait une machinerie, une organisation pr&#233;cise. Ce n'&#233;tait pas une folie collective, tout le monde n'&#233;tait pas fou.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, pages 381-382.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est contre cette terreur froide qui vide la m&#233;moire pour refuse la culpabilit&#233; que Panh &#233;labore son cin&#233;ma en d&#233;bordant la stricte ext&#233;riorisation documentaire pour construire une exp&#233;rience vive de la m&#233;moire et montrer que l'&#233;loignement radicale du g&#233;nocide implique pourtant la conscience et l'humanit&#233; de tous. A ce titre la s&#233;quence la plus marquante de ce film est sans doute celle du ge&#244;lier mimant, refaisant les gestes du temps de la terreur qu'il administrait. Cette s&#233;quence qui instaure un malaise grandissant permet justement de comprendre l'int&#233;riorisation profonde d'une m&#233;canique, celle qui pr&#233;c&#232;de pr&#233;cis&#233;ment tous les g&#233;nocides. L'ancien tortionnaire est au milieu des salles et des couloirs vides, d&#233;sormais d&#233;sert. Il &#233;prouvait un malaise face au langage, aux paroles et aux aveux, soulignant le d&#233;ni et le camouflage de la m&#233;moire. La victime ne supporte pas d'&#234;tre victime, le bourreau somatise, travaill&#233; par un d&#233;ni qui lui assure une conformit&#233; face au temps pr&#233;sent. Il refuse son statut de bourreau. C'est son corps m&#234;me qui le lui restitue. Il semble &#234;tre &#224; l'aise dans ces lieux. Le comportement de son conditionnement fait retour. Il refait les gestes du temps ordinaire de la terreur. Les portes se mettent &#224; claquer, les gestes &#224; s'emballer. La voix se durcit, les attitudes retrouvent une soudaine vigueur. Les anciennes actions routini&#232;res, vieilles d'une vingtaine d'ann&#233;es, reprennent vie : cris, menaces, tortures, coups de b&#226;tons, humiliations. Mais l'on comprend rapidement en suivant cette plong&#233;e de l'ancien bourreau au c&#339;ur de lui-m&#234;me qu'il ne mime pas. Il ne joue pas les gestes comme un acteur restituerait une action pour les besoins de la cam&#233;ra. Rithy Panh n'exprime aucun besoin, n'impose aucune situation. On comprend au contraire que la cam&#233;ra saisit un inconnu. Le bourreau ne joue pas, ne fait pas &#8216;comme si' mais vit litt&#233;ralement, incarne ce que sa parole d&#233;nie. Une br&#232;che explose devant le spectateur. Il a comme une joie de retrouver l'ordinaire de cette jeunesse pass&#233;e. Elle fait retour dans l'action m&#234;me du corps tout en mettant en lumi&#232;re ce qui appartient &#224; la machine id&#233;ologique. Pour atteindre un tel degr&#233; d'int&#233;riorisation, il aura fallu un extr&#234;me conditionnement id&#233;ologique et psychologique. Le bourreau s'inscrit dans une logique d'autant plus g&#233;n&#233;rale qu'elle prend une forme g&#233;nocidaire. En retrouvant son cadre, le bourreau retrouve les conditions de son encadrement. Ce que son esprit et ses paroles d&#233;nient, son corps le retrouve. Les gestes syst&#233;matis&#233;s se r&#233;p&#232;tent sans se mimer ou se singer. Ils sont d'autant plus terrifiant qu'on comprend qu'ils n'appartiennent pas &#224; un dispositif cin&#233;matographique mais surgissent de la situation. S'ils se r&#233;v&#232;lent gr&#226;ce au cin&#233;ma de Rithy Panh, ils ne sont pas construits par lui. La construction cin&#233;matographique de Panh produit un vacillement et un renversement de la seule actualit&#233; pour d&#233;ployer un autre temps pr&#233;sent. Ce temps pr&#233;sent formule sa propre alt&#233;rit&#233; en r&#233;sistant &#224; l'oubli programm&#233; de l'histoire. Son cin&#233;ma est l&#224; pour saisir et travailler cette r&#233;sistance et montrer un ailleurs qui subsiste en nous malgr&#233; dans sa radicalit&#233;. Le lieu du g&#233;nocide n'est pas seulement l'espace de la prison. Il exprime cette part profonde de notre humanit&#233; qui s'abolit dans le massacre. Il en saisit la dimension accablante dans les gestes du bourreau. Il donne une id&#233;e de l'insondable dans la peinture et dans les larmes survivantes de Vann Nath. Le cin&#233;ma de Panh vient explorer les s&#233;diments de la m&#233;moire, exhumer ce qui n'aurait jamais d&#251; &#234;tre d&#233;truit avant d'&#234;tre enfoui dans l'oubli. L'exploration des photographies des victimes disparues prend &#224; la fin de son film d&#233;di&#233; &#171; &#224; la m&#233;moire &#187;, une dimension exemplaire de cette position morale qu'il travaille dans l'image.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Les lointaines collines de Nyamata&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Au Rwanda, &#224; la suite des premiers succ&#232;s militaires d'une r&#233;bellion tutsie bas&#233;e en Ouganda, au d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, une fraction majoritaire de la classe politique, de l'arm&#233;e, de l'intelligentsia hutue, a pens&#233; un plan d'extermination de la population tutsie et de personnalit&#233;s d&#233;mocrates hutues. A partir du 7 avril 1994, pendant quatre &#224; dix semaines selon les r&#233;gions, une partie &#233;tonnamment massive de la population hutue a saisi, de gr&#233; ou de force, des machettes pour tuer. Les &#233;trangers, les coop&#233;rants civils et militaires, les d&#233;l&#233;gu&#233;es humanitaires, avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s &#224; l'abri. Tr&#232;s rares, et d&#233;sempar&#233;s, &#233;taient les journalistes qui se sont aventur&#233;s sur les routes, et pour &#234;tre peu entendus &#224; leur retour.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hatzfeld, Jean, Dans le nu de la vie, R&#233;cits des marais rwandais, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Jean Hatzfeld poursuit depuis la parution en 2000 de &lt;i&gt;Dans le nu de la vie&lt;/i&gt; un travail sur le g&#233;nocide des Tutsies du Rwanda en 1994. Il ne s'agit en rien d'inscrire ces lignes dans les macabres concurrences de g&#233;nocides que l'on peut lire &#231;a et l&#224;. Ces courses m&#233;diatiques aux vues courtes et aux instrumentalisations redoutables jouant g&#233;nocides contre g&#233;nocides, g&#233;n&#232;rent d'odieux relativismes et alimentent tous les n&#233;gationnismes. Chaque g&#233;nocide est unique dans son horreur. Mais les victimes savent entre elles qu'elles portent les signes concordants d'une exp&#233;rience radicale et unique du chaos. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Jean Hatzfeld ne t&#233;moigne pas en journaliste. Il a suivi les &#233;v&#233;nements. Mais il a d&#233;cid&#233; de ne pas recouvrir les paroles et les t&#233;moignages par sa propre exp&#233;rience. En d&#233;cidant de contrarier les habitudes du journaliste, Hatzfeld engage une v&#233;ritable &#233;criture qui inscrit les t&#233;moignages dans une m&#233;moire et dans une collectivit&#233;, celles de l'Histoire. C'est en ce sens que G&#233;raldine Muhlmann pr&#233;sente les livres d'Hatzfeld comme un exemple particulier pour &#171; traiter les limites du journalisme &#224; partir du journalisme, et non &#224; partir d'une position d'embl&#233;e ext&#233;rieure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mulhmann, G&#233;raldine, Du journalisme en d&#233;mocratie, Paris, Payot, 2004, page 313.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette position ext&#233;rieure est celle d'une &#233;coute et d'une &#233;criture ouverte &#224; l'autre. L'&#233;criture de &lt;i&gt;Dans le nu de la vie&lt;/i&gt; manifeste une conscience qui se situe dans une alt&#233;rit&#233; radicale. En construisant un r&#233;cit qui permette de comprendre et d'accompagner cette confrontation &#224; un autre lieu radical, Jean Hatzfeld &#233;labore une &#339;uvre dense et difficile. Cherchant &#224; faire &#233;merger la v&#233;rit&#233; des paroles des rescap&#233;s, Hatzfeld les accompagne jusqu'&#224; la lisi&#232;re de leurs propos. Chaque t&#233;moignage est pr&#233;c&#233;d&#233; d'une description du cadre de vie de celui qui aura la parole. Un univers ordinaire, paisible et contemporain se dessine. Ceci conduit &#224; cr&#233;er une rupture avec le r&#233;cit des atrocit&#233;s v&#233;cues par les rescap&#233;s. Mais il ne s'agit pas de produire un effet ou d'&#234;tre dans le proc&#233;d&#233;. Hatzfeld reconstitue par l'&#233;criture une tension d&#233;chirante, insaisissable pour le lecteur, celle de l'ab&#238;me du rescap&#233; du g&#233;nocide. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les portraits que Jean Hatzfeld dresse avec chaleur et retenue embrassent la vie quotidienne du village. Par petites touches disjointes, il d&#233;signe un paysage sans le figer ni le r&#233;duire. Il se plonge dans d'infinis d&#233;tails pour inscrire des moments d'une vie qui continue m&#234;me lorsque elle est bris&#233;e, achev&#233;e. C'est la vie de l'apr&#232;s. En glissant quelques fractures, il accompagne le lecteur vers ces paroles qui laissent les blessures b&#233;antes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est donc en portant son regard sur les d&#233;tails les plus quotidiens que Jean Hatzfeld fait surgir la nudit&#233; de la vie des rescap&#233;s. Parler des v&#233;los-taxis de Nyamata, arr&#234;ter sa description sur leurs chromes, puis encha&#238;ner sur l'utilit&#233; de ce moyen de transport, c'est amorcer le parcours. C'est s'aventurer dans une grand-rue grouillante de vie et d'activit&#233; et d&#233;couvrir Innocent Rwililiza &#224; qui Hatzfeld c&#232;de ensuite la parole&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hatzfeld, Jean Dans le nu de la vie, Op. Cit., pages 91 &#224; 113.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'espace de la parole est pr&#233;c&#233;d&#233; de ce petit voyage dans le quotidien vivant et bruyant pour mieux faire entendre le silence qui r&#232;gne dans les souvenirs des for&#234;ts de Kayumba, c'est-&#224;-dire ce qui appartient pr&#233;cis&#233;ment &#224; la radicalit&#233; de l'Ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je me souviens d'un soir, quelques semaines avant les attaques, je rentrais du boulot avec un coll&#232;gue et voisin hutu. On parlait de ce qui se n&#233;gociait au sommet d'Arusha entre les gouvernants et les rebelles, et de nos inqui&#233;tudes politiques. A mi-c&#244;te, il s'est arr&#234;t&#233;, il m'a regard&#233; ; il m'a dit : &#171; Innocent, on va vous exterminer. &#187; Je lui ai r&#233;torqu&#233; : &#171; Non, je ne crois pas. Nous allons souffrir une fois de plus, mais nous allons s&#251;rement nous sauver. &#187; Il m'a r&#233;p&#233;t&#233; : &#171; Innocent, &#233;coute-moi, je dois te dire que vous allez tous mourir. &#187; Plus tard, j'ai crois&#233; ce coll&#232;gue dans le quartier, il se baladait dans une camionnette de militaires du camp de Gako, il d&#233;signait du doigt les portes de ceux qu'il fallait tuer. Il m'a vu, il a simplement repris son occupation.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un jour, je me souviens, j'&#233;tais cach&#233; derri&#232;re une ruine. Des &lt;i&gt;interahamwe&lt;/i&gt; sont entr&#233;s &#224; l'int&#233;rieur et y ont trouv&#233; une famille. J'entendais les coups frapp&#233;s sur les os, j'entendais &#224; peine des plaintes. Ensuite, ils ont d&#233;couvert un enfant derri&#232;re un puits. C'&#233;tait une fillette. Ils se sont mis &#224; la couper. Je pouvais tout &#233;couter dans ma cachette. Elle n'a m&#234;me pas demand&#233; piti&#233; pour essayer de se sauver ; elle a seulement murmur&#233; des petits mots avant de mourir : &#171; J&#233;sus &#187;, je crois, ou quelque chose comme &#231;a, puis de simples petits cris.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;cit de Innocent Rwililiza, In Hatzfeld, Op. Cit., pages 93 et 102.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Dans la grand-rue, on rencontre &#233;galement par exemple Marie-Louise Kagoyire. Dans le chapitre &#171; Une boutique dans la grand-rue &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hatzfeld, Ibidem, pages 115 &#224; 118.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Hatzfeld &#233;voque Marie-Louise sans dresser un portrait en pied, sans faire un profil ou un jugement syst&#233;matique. Il travaille par touches formant un portrait oblique mais pas &#224; la mani&#232;re impressionniste. Son &#233;criture serait sans doute plus proche d'une composition c&#233;zannienne. Il op&#232;re des passages et brouille les fronti&#232;res. Pour &#233;voquer Marie-Louise, il &#233;crit par d&#233;tours en &#233;voquant son environnement (description de son bar et de ses habitu&#233;s), ou prenant une longue tangeante par l'&#233;volution sociologique et g&#233;ographique des bars de la grand-rue de Nyamata, il finit par revenir sur elle, achevant ainsi son chapitre avant de lui c&#233;der la parole :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La seconde raison du succ&#232;s de la boutique de Marie-Louise tient bien s&#251;r &#224; la d&#233;licatesse de la patronne : son perp&#233;tuel sourire, son attachement &#224; ses h&#244;tes, sa descr&#233;tion quand elle efface les ardoises des plus fauch&#233;s, quand elle renvoie &#224; la maison un buveur somnolent ou d&#233;samorce une dispute d'une boutade. Comme le formule joliment Innocent : pas assez de superlatifs n'ont surv&#233;cu au g&#233;nocide pour qualifier la gentillesse de Marie-Louise, que personne n'oserait trahir d&#233;sormais pour un autre cabaret.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 118.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est &#224; partir de ce sourire que Jean Hatzfeld laisse percevoir au lecteur &#233;prouv&#233; l'atrocit&#233; des r&#233;cits. Il permet &#224; la lecture de mesurer dans cette confrontation &#224; parole une parcelle de l'ab&#238;me de le s&#233;pare de la compr&#233;hension de cette radicalit&#233;. C'est dans ce travail de l'&#233;criture que Jean Hatzfeld rencontre le t&#233;moignage et souligne la distance qui nous s&#233;pare l'effondrement de l'humanit&#233; m&#234;me de l'homme. L&#224; se situe la radicalit&#233; d'un ailleurs qui est pourtant au c&#339;ur des conscience de chacun d'entre nous.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Lorsqu'en 2003 para&#238;t &lt;i&gt;Une saison de machettes&lt;/i&gt;, la violence est la m&#234;me. La lecture est toujours aussi dure et difficile. Mais cette fois l'auteur s'est confront&#233; aux r&#233;cits des bourreaux. Ce serait une erreur de voir dans les deux livres d'Hatzfeld un diptyque victime/bourreaux. Non seulement bipartition r&#233;duirait le parcours intellectuel et moral d'Hatzfeld mais surtout elle effacerait un travail d'&#233;criture. Hatzfeld a expliqu&#233; pourquoi &lt;i&gt;Dans le nu de la vie&lt;/i&gt; &#233;tait concentr&#233; sur les seuls rescap&#233;s. Car leur parole m&#233;rite cet unique int&#233;r&#234;t pour combattre l'oubli et l'effacement de la m&#233;moire &#233;galement &#233;voqu&#233; par Rithy Panh. Le t&#233;moignage des rescap&#233;s combat le silence dans lequel il se tiennent ou sont tenus. Ce sont uniquement des r&#233;cits qui permettent d'abord de &#171; tenter de comprendre ce g&#233;nocide &#187; rappelle Hatzfeld&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 173.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'&#233;criture de &lt;i&gt;Une saison des machettes&lt;/i&gt; n'empreinte pas la m&#234;me forme que &lt;i&gt;Dans le nu de la vie&lt;/i&gt;. M&#234;me s'il garde un rythme de bipartition (une introduction de Hatzfeld, les paroles des bourreaux), plusieurs diff&#233;rences importantes permettent de saisir l'enjeu de ce second volume. La plus importante est celle de l'inscription de la parole dans l'&#233;criture. Hatzfeld a r&#233;uni les propos recueillis afin de les recouper. La perspective n'est donc pas la m&#234;me. Il n'y a pas un r&#233;cit unique mais une marqueterie de propos assembl&#233;s selon une autre organisation. C'est l&#224; l'autre distinction. Hatzfeld ne d&#233;coupe pas son volume &#224; partir des personnes mais &#224; partir des th&#232;mes qui permettent une double lecture. Il y a une confrontation inconfortable et douloureuse au mal. Mais il y a &#233;galement une autre dimension qui &#233;merge de cette architecture, dimension que l'on retrouve chez Rithy Panh : montrer que le g&#233;nocide n'est pas une folie collective mais la cons&#233;quence d'une organisation et d'une machine tr&#232;s pr&#233;cise. Les r&#233;cits de &lt;i&gt;Dans le nu de la vie&lt;/i&gt; soulignaient d&#233;j&#224; cet aspect. On pouvait lire ces &#233;l&#233;ments de l'arri&#232;re plan id&#233;ologique et organisationnel qui structurent tout g&#233;nocide. &lt;i&gt;Une saison des machettes&lt;/i&gt; plonge le lecteur au c&#339;ur de cette m&#233;canique. Comme l'ancien bourreau cambodgien de &lt;i&gt;S21&lt;/i&gt;, la bande de copains de Kibungo vit au p&#233;nitencier de Rilima dans un d&#233;ni et une inconscience effrayante. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En tissant au milieu de ces paroles ambivalentes un ensemble de commentaires factuels et historiques, Hatzfeld nous place au plus pr&#232;s de cette m&#233;canique et d'un d&#233;ni incommensurable. Si l'on d&#233;couvre d'abord l'organisation des journ&#233;es de tuerie, on apprend par la suite qu'elles sont quotidiennement suivies de soir&#233;es de f&#234;tes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; PANCRACE : Pendant cette saison des tueries, on se levait plus t&#244;t que d'ordinaire, pour manger copieusement la viande ; et on montait sur le terrain de football vers 9 heures ou 10 heures. Les chefs rousp&#233;taient contre les retardataires et on s'en allait en attaques. La r&#232;gle num&#233;ro un, c'&#233;tait de tuer. La r&#232;gle num&#233;ro deux, il n'y en avait pas. C'&#233;tait une organisation sans complications.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hatzfeld, Jean, Une saison de machettes, Paris, Seuil, 2003, page 14.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; ALPHONSE : Le premier soir, en revenant du massacre de l'&#233;glise, la r&#233;ception &#233;tait tr&#232;s bien organis&#233;e par les encadreurs. On s'&#233;tait tous retrouv&#233;s sur le terrain de football du d&#233;part. (&#8230;) On a pass&#233; la soir&#233;e &#224; les [les vaches] abattre, &#224; chanter et &#224; bavarder des nouveaux jours qui se promettaient. Ce fut la f&#234;te la plus emballante.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 113.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Avec un peu d'entra&#238;nement, tuer devient une activit&#233; comme une autre, un travail comme un autre. Cette horreur est d&#233;crite avec d&#233;tachement et professionnalisme, les bourreaux jusqu'&#224; confier que &lt;i&gt;l'activit&#233;&lt;/i&gt; &#233;tait moins difficile coutumi&#232;re que l'agriculture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Tuer &#233;tait moins &#233;chinant que cultiver. &#187; L&#233;opold, Ibidem, page 74.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; ALPHONSE : Au d&#233;but on coupe avec timidit&#233;, puis le temps nous aide &#224; nous habituer. Il y a des coll&#232;gues qui se sont fait enseigner la mani&#232;re exacte de frapper : sur le c&#244;t&#233; du cou ou sur l'arri&#232;re de la t&#234;te pour activer la fin.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; ELIE : Au fond, un homme c'est comme un animal, tu le tranches sur la t&#234;te ou sur le cou, il s'abat de soi. Dans les premiers jours, celui qui avait d&#233;j&#224; abattu des poulets, et surtout des ch&#232;vres, se trouvait avantag&#233; ; &#231;a se comprend. Par la suite, tout le monde s'est accoutum&#233; &#224; cette nouvelle activit&#233; et a rattrap&#233; son retard.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, page 44.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Dans ces extraits, le langage prend une valeur particuli&#232;re car le d&#233;ni est g&#233;n&#233;ral et la banalisation du r&#233;cit presque naturelle. Jean Hatzfeld l'analyse dans ces pages en rappelant que les tueurs parlent plus ais&#233;ment de &#171; massacre &#187; ou de &#171; guerre &#187; que de &#171; g&#233;nocide &#187;, pr&#233;f&#232;rent &#171; personne &#233;prouv&#233;e &#187; ou &#171; survivant &#187; &#224; &#171; rescap&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem, pages 187 &#224; 189.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, l'indistinction entre l'&#234;tre humain coup&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On aura compris que le terme signifie bien massacr&#233; &#224; coups de machette.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et la ch&#232;vre ou le poulet subissant le m&#234;me sort s'explique par la violence faite au langage et par la d&#233;shumanisation de la victime dans le langage (les Hutus ne parlait plus au moment du g&#233;nocide de Tutsies mais de &#171; cancrelats &#187;). C'est un des traits caract&#233;ristiques de la machine g&#233;nocidaire. Les nazis dans les camps de concentrations ne parlaient plus des juifs qu'en terme d' &#171; unit&#233; &#187;. De m&#234;me, Rithy Panh explique clairement comment la machine g&#233;nocidaire Khmers rouges a pu se d&#233;velopper &#224; partir de la manipulation du langage :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La violence passe d'abord par le langage. Les Khmers rouge ont commenc&#233; par assassiner les mots. (&#8230;) Pour manipuler les paysans, il fallait employer un langage tr&#232;s percutant, aussi imag&#233; et concret que le leur. Sur les registres du camp S21, le mot &lt;i&gt;Kamt&#232;ch&lt;/i&gt; revient souvent. Il ne signifie pas &#171; tuer &#187;, mais &#171; d&#233;truire &#187;, &#171; r&#233;duire &#224; la poussi&#232;re &#187;. Les Khmers rouges ont aussi construit des phrases qui ont la musicalit&#233; d'un proverbe, par exemple : (&#8230;) &#171; Si on te laisse on ne gagne rien, si on te supprime, on ne perd rien &#187;. Une phrase de ce genre banalise la mort en d&#233;shumanisant la victime. Remplacer &#171; tuer &#187;, &#171; ex&#233;cuter &#187; par des mots plus imag&#233;s comme &#171; r&#233;duire &#224; la poussi&#232;re &#187; aide le paysan &#224; tuer. C'est ainsi que des adolescents peuvent devenir des meurtriers.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Panh, Rithy, La parole film&#233;e. Pour vaincre la terreur, in Le parti pris du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La d&#233;shumanisation impliqu&#233;e par la manipulation du langage inscrit le g&#233;nocide dans une planification et une organisation g&#233;n&#233;rale que Jean Hatzfeld d&#233;crit historiquement avec pr&#233;cision&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ob&#233;issance au chef, une id&#233;ologie longuement pr&#233;par&#233;e et v&#233;hicul&#233;e par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En mettant en parall&#232;le la planification du g&#233;nocide rwandais avec l'extermination juive par l'Allemagne nazi, Jean Hatzfeld poursuit un v&#233;ritable travail de la m&#233;moire pour qu'au-del&#224; de nos appels de bonne conscience (le &#171; Plus jamais &#231;a &#187; devenue terriblement hasardeux), ne s'oublie pas l'horreur qui n'est jamais ailleurs :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; ALPHONSE : Sauver les nourrissons, ce n'&#233;tait pas praticable. Ils &#233;taient abattus contre les murs et les arbres, ou ils &#233;taient coup&#233;s directement. Mais ils &#233;taient tu&#233;s plus rapidement, rapport &#224; leur petite taille et parce que leurs souffrances n'&#233;taient d'aucune utilit&#233;. On a dit qu'&#224; l'&#233;glise de Nyamata, on a br&#251;l&#233; des enfants dans l'essence, c'&#233;tait peut-&#234;tre vrai, mais c'&#233;tait le petit nombre dans le brouhaha de premier jour. Par apr&#232;s il n'a pas dur&#233;. En tout cas je n'ai plus rien remarqu&#233;. Les nourrissons ne pouvaient rien comprendre du pourquoi des souffrances, &#231;a ne valait pas de s'attarder sur eux.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hatzfeld, Une saison de machettes, Op. Cit., page 159.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Les &#339;uvres de Rinty Panh et de Jean Hatzfeld ne viennent pas combler le vide laiss&#233; par le g&#233;nocide rwandais et cambodgien. Ils accompagnent la trace de leurs existences. Ils se placent devant un insondable infini et se confrontent &#224; l'horreur radicale avec pour seul imp&#233;ratif une morale de la parole et une n&#233;cessit&#233; de penser. En confrontant les conditions de la parole et du t&#233;moignage au mat&#233;riau de l'&#233;criture et du film, Rithy Panh et Jean Hatzfeld font face &#224; ce qui &#233;branle radicalement nos civilisations. Ils tentent de maintenir une tension fragile qui inscrit la trag&#233;die radicale dans notre condition humaine. En cherchant &#224; la comprendre, ils p&#233;n&#232;trent dans un indicible pour en faire &#233;merger une parole. Ils n'apportent aucune r&#233;ponse, ne donnent aucune le&#231;on mais ouvre une b&#233;ance &#224; notre sens tout en regardant ce qu'il peut rester d'humanit&#233; dans ce d&#233;sastre qui, s'il exprime un ailleurs radical, n'en est pas moins au c&#339;ur de notre conscience et de notre intimit&#233;. Car c'est dans un double rapport de proximit&#233; et d'&#233;loignement que leurs &#339;uvres interrogent l'humain. Les paroles des survivants placent le lecteur devant une tension entre une ext&#233;riorit&#233; et une int&#233;riorit&#233;. Le t&#233;moin a surv&#233;cu &#224; l'&#233;v&#232;nement g&#233;nocidaire qui aurait d&#251; le d&#233;truire. Le lecteur, en dehors de ces situations extr&#234;mes, d&#233;couvre pourtant qu'il est intimement et humainement li&#233; &#224; elles. Ces &#339;uvres qui portent le t&#233;moignage de cette tension nous apprennent que l'ailleurs radical du g&#233;nocide demeure dans une distance profonde. Mais cette distance est inscrite en chacun de nous au nom m&#234;me de notre humanit&#233; qui refuse l'abolition de l'humanit&#233; m&#234;me de l'homme. Elle ouvre une &#233;thique douloureuse et fragile de la dignit&#233; de la parole contre la puissance du d&#233;sastre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette substantivation au singulier d&#233;rive de l'expression &lt;i&gt;les ailleurs&lt;/i&gt; qui &#233;voquait l'exotisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Panh, Rithy, &lt;i&gt;La parole film&#233;e. Pour vaincre la terreur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in Le parti pris du document&lt;/i&gt;, Communication num&#233;ro 71, octobre 2001, Paris, Seuil, 2001, page 373.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, pages 381-382.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hatzfeld, Jean, &lt;i&gt;Dans le nu de la vie, R&#233;cits des marais rwandais&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2000, page 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mulhmann, G&#233;raldine, &lt;i&gt;Du journalisme en d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 2004, page 313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hatzfeld, Jean &lt;i&gt;Dans le nu de la vie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, pages 91 &#224; 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;cit de Innocent Rwililiza, &lt;i&gt;In &lt;/i&gt;Hatzfeld, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, pages 93 et 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hatzfeld, &lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, pages 115 &#224; 118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 118.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 173.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hatzfeld, Jean, &lt;i&gt;Une saison de machettes&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2003, page 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Tuer &#233;tait moins &#233;chinant que cultiver. &#187; L&#233;opold, &lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, page 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;, pages 187 &#224; 189.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On aura compris que le terme signifie bien massacr&#233; &#224; coups de machette.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Panh, Rithy, &lt;i&gt;La parole film&#233;e. Pour vaincre la terreur&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in Le parti pris du document&lt;/i&gt;, Communication num&#233;ro 71, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, page 385.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ob&#233;issance au chef, une id&#233;ologie longuement pr&#233;par&#233;e et v&#233;hicul&#233;e par les classes dirigeantes, militaires, religieuses, intellectuelles, ou m&#233;diatiques (les Dix Commandements du Hutu, la radio des Mille Collines&#8230;), l'embrigadement des couches populaires pr&#233;par&#233;es, un &#233;v&#233;nement d&#233;cisif (l'explosion de l'avion du pr&#233;sident rwandais Juv&#233;nal Habyarimana le 6 avril 1994), la tragique indiff&#233;rence de la communaut&#233; internationnale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hatzfeld, &lt;i&gt;Une saison de machettes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, page 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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