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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>John Carpenter : un article autour du visage, un autre &#224; propos de L'Antre de la folie</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Carpenter, John </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un num&#233;ro sp&#233;cial Carpenter de La Septi&#232;me obsession paru en avril 2023&lt;/p&gt;

-
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/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/carpenter.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/carpenter.jpg?1768653252' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-01-17_a_13.30_26.png?1768653318' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le visage chez Carpenter&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Aux confins de l'autre&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Carpenter est sans doute, &#224; Hollywood, le plus grand lecteur d'Emmanuel Levinas. Au-del&#224; du clin d'&#339;il, on peut r&#234;ver un dialogue implicite entre le cin&#233;aste am&#233;ricain et le philosophe fran&#231;ais qui n'a cess&#233; de faire du visage le lieu essentiel de la rencontre avec l'autre. C'est l'espace m&#234;me de l'humanit&#233; qui se r&#233;v&#232;le dans cette reconnaissance de l'autre au travers de la perception du regard, du sourire ou d'un froncement de paupi&#232;res. Seulement, John Carpenter nous montre l'envers du visage, le moment de son effondrement et la perte du sens de l'humanit&#233;. Voir le visage de l'autre, l'identifier comme visage, c'est faire l'exp&#233;rience de la responsabilit&#233; infinie de l'autre. Une relation &#233;thique s'impose devant le visage de l'autre. Mais John Carpenter choisit d'explorer dans son &#339;uvre l'envers n&#233;gatif du visage.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Logiques de l'effacement&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le visage rend visible et incarne. C'est autant une partie du corps qu'une id&#233;e abstraite &#224; partir de laquelle se d&#233;duit notre humanit&#233;&#8230; ou &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt;. Ce que Carpenter d&#233;ploie est ce point d'horreur qui rend impossible le visage entendu comme lieu de l'humanit&#233;. Son cin&#233;ma produit une aporie de visage, un lieu d&#233;barrass&#233; de la vie. On entre alors de film en film dans une d&#233;figuration qui prend des formes aussi diff&#233;rentes que terrifiantes. Dans le t&#233;l&#233;film de 1978 &lt;i&gt;MEURTRE AU 43E &#201;TAGE&lt;/i&gt;, hommage appuy&#233; au cin&#233;ma d'Alfred Hitchcock, il faut attendre les derni&#232;res secondes du film pour d&#233;couvrir le visage de l'homme qui menace Leigh Michaels (Lauren Hutton), visage r&#233;v&#233;l&#233; au moment de sa mort. Les fant&#244;mes tueurs de &lt;i&gt;FOG&lt;/i&gt; (1980) restent sans visage : une ombre dans le brouillard, une masse sombre au regard rouge ou seulement une fugace joue verd&#226;tre. Cette mise en sc&#232;ne de la menace invisible &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans &lt;i&gt;ASSAUT&lt;/i&gt; (1976). Le gang qui assi&#232;ge le poste de police durant le film demeure longtemps invisible. La menace en contrechamp montre des espaces vides aussi effrayants que des monstres d&#233;goulinant de sang. L'absence de forme (et donc de visage) est un des ressorts de l'horreur, un autre &#233;tant la monstration. Carpenter aime montrer le monstre, y compris dans sa complexit&#233;. &lt;i&gt;INVASION LOS ANGELES&lt;/i&gt; (1988) dialectise cette menace. Elle reste longtemps invisible. La premi&#232;re partie du film est le r&#233;cit des laiss&#233;s-pour-compte de la soci&#233;t&#233;. John Nada (Roddy Piper) traverse les &#201;tats-Unis &#224; la recherche d'un travail dans un pays en crise. Suite au d&#233;mant&#232;lement violent d'un groupe d'activistes, John r&#233;cup&#232;re des lunettes de soleil qui lui permettent de voir une v&#233;rit&#233; cach&#233;e. Elles montrent l'invisible, un monde domin&#233; par des extraterrestres. Leurs v&#233;ritables visages rappellent les &#233;corch&#233;s de Fragonard. Parfois, pour devenir le monstre que l'on doit &#234;tre, il faut se transformer. Dans &lt;i&gt;GHOSTS OF MARS&lt;/i&gt; (2001), les entit&#233;s qui s'emparent des mineurs martiens changent les corps dont elles prennent possession. Carpenter d&#233;crit alors un processus quasi anthropologique de r&#233;appropriation du corps et d'effondrement du visage : scarifications, percement, limage de dents et autres mat&#233;riaux enfonc&#233;s dans la chair. Cette d&#233;figuration vise &#224; rendre visible une alt&#233;rit&#233; effrayante qui abolit l'humain. Cette mise en sc&#232;ne du monstrueux peut &#233;galement prendre d'autres chemins. Certains monstres n'ont pas de visage quand sont automobiles. Christine (&lt;i&gt;CHRISTINE&lt;/i&gt;, 1983), si elle est humanis&#233;e par son pr&#233;nom, reste une Plymouth Fury 1958. Mais elle est sans doute le v&#233;ritable visage de l'enfer. Parfois, les monstres ont des visages d'ange comme dans &lt;i&gt;LE VILLAGE DES DAMN&#201;S&lt;/i&gt; (1995). Ce remake du film de Wolf Rilla (1960) reprend la m&#234;me imagerie d'enfants aux cheveux blancs et aux regards persuasifs pour figurer des monstres qui s&#232;ment la terreur dans leur petit village. De m&#234;me, la blondeur de Kristen (Amber Heard) dans &lt;i&gt;THE WARD&lt;/i&gt; (2010) est une chausse-trappe. La fragilit&#233; de l'innocence cache d'autres visages qui annulent les pr&#233;c&#233;dents.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'effacement qui produit l'un des visages les plus monstrueux est sans doute celui du masque que rev&#234;t Michael Myers dans &lt;i&gt;HALLOWEEN, LA NUIT DES MASQUES&lt;/i&gt; (1978). Le masque n'est pas ici un d&#233;guisement ni m&#234;me une dissimulation qui cacherait le myst&#232;re d'une identit&#233; monstrueuse. Le masque blanc de Myers remplace et d&#233;place. Il rend visible et symbolise l'autre du visage. Ce qu'il y a sous le masque n'est pas la question. Il faut d'abord comprendre l'enjeu m&#234;me du masque comme symbole de la fin du visage. Il remplace ce qui s'est absent&#233;. Comme dans le th&#233;&#226;tre antique, le &lt;i&gt;prosopon&lt;/i&gt; (&#224; la fois visage et masque) n'est pas un faux visage, mais un remplacement. Il est aussi visuel que visible, mais pour signifier le non-visage. De ce point de vue, le slasher masqu&#233; ne dissimule rien de sa nature profonde. Il la montre et l'exhibe. Il est la puissance d'un informe qui abolit tout visage en voulant tous les d&#233;truire.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La fin du visage&lt;/i&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;THE THING&lt;/i&gt; (1982) est le film de tous les effondrements. Au d&#233;but du film, un chien arrive dans une station de recherche am&#233;ricaine. Il est pourchass&#233; par un homme venu de la station norv&#233;gienne voisine. Suite &#224; un &#233;change de coups de feu et la mort du dernier Norv&#233;gien, les Am&#233;ricains envoient une &#233;quipe l&#224;-bas. Cette derni&#232;re d&#233;couvre une &#233;trange cr&#233;ature qu'ils ram&#232;nent dans leur base et autopsient. Un corps informe, visc&#233;ral et fumant est d&#233;crit par une s&#233;rie de travellings lat&#233;raux qui finissent par montrer une face monstrueuse : un double visage grima&#231;ant, fig&#233; dans un arrachement &#233;trange et agressif. Un second visage semble vouloir se d&#233;tacher du premier. Le geste violent produit une dislocation infinie d'une figure tordue se s&#233;parant d'une autre, le tout fig&#233; dans une mort qu'on esp&#232;re certaine. Ce n'est pas le premier visage probl&#233;matique chez Carpenter, mais celui-ci donne &#224; voir une dialectique de la disparition et de l'effondrement dans l'informe et la n&#233;gation de toute l'humanit&#233;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Carpenter, le visage devient l'espace cin&#233;matographique qui accomplit cette rupture (&#233;pist&#233;mologique) de l'humain. Plus on avance dans &lt;i&gt;PRINCE DES T&#201;N&#200;BRES&lt;/i&gt; (1987), plus le personnage de Kelly (Susan Blanchard) s'approche de la lib&#233;ration de Satan, plus son visage s'ab&#238;me et semble faire corps (et miroir) avec l'entit&#233; d&#233;moniaque qu'elle attend. L'anti-Dieu produit un anti-visage. C'est la raison pour laquelle regarder les miroirs induit une forme d'irrationalit&#233;, l'outre-monde de la mort ou de la folie. Carpenter se souvient peut-&#234;tre de la remarque d'Heurtebise dans &lt;i&gt;ORPH&#201;E&lt;/i&gt; (1950) de Jean Cocteau : &#171; Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez-vous toute votre vie dans un miroir et vous verrez la mort travailler. &#187; La fin de &lt;i&gt;PRINCE DES T&#201;N&#200;BRES&lt;/i&gt; montre Brian Marsh (Jameson Parker) qui se r&#233;veille apr&#232;s une s&#233;rie de cauchemars embo&#238;t&#233;s. Il regarde dans un miroir et approche sa main de la surface r&#233;fl&#233;chissante : que regarde-t-il ? Son visage ? Que veut-il toucher ? La femme perdue au-del&#224; du miroir ? Le d&#233;mon qui s'avance ? Le dernier plan du film n'est plus sur le profil du jeune homme, mais sur sa main h&#233;sitante. Le visage a disparu, laissant la main indiquer un hors-champ terrifiant.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analogie classique de l'humain repr&#233;sent&#233; par le visage visible devient &#233;galement signe et symbole. De l'&#233;motion &#224; la distinction, en passant par l'impassibilit&#233;, le visage peut prendre toutes les mesures et d&#233;mesures de l'humain. Jean-Baptiste Thoret a montr&#233; dans &lt;i&gt;26 secondes. L'Am&#233;rique &#233;clabouss&#233;e&lt;/i&gt; (Rouge profond, 2003) qu'une g&#233;n&#233;ration de cin&#233;astes a &#233;t&#233; traumatis&#233;e par l'assassinat de Kennedy. La relation de Carpenter au visage rel&#232;ve de cet imaginaire criminel. La t&#234;te de Kennedy a explos&#233; &#224; Dallas. Plus tard, des personnages de fiction sont confront&#233;s dans l'Antarctique &#224; une horreur inconnue qui supprime tous les visages en les reproduisant. Le plus effroyable dans &lt;i&gt;THE THING&lt;/i&gt; reste que jamais on ne conna&#238;tra le visage r&#233;el de cette chose immonde. Sa forme et sa face se sont perdues dans les d&#233;multiplications et les transformations au point d'effacer toute forme de visage : une ontologie de l'effondrement, donc.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un visage possible ?&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Carpenter nous laisserait-il dans le d&#233;sarroi le plus absolu ? Le cin&#233;aste nous offre des paradoxes caboss&#233;s. Le seul visage joyeux est finalement celui de Nick Holloway (Chevy Chase) dan&lt;i&gt;s LES AVENTURES D'UN HOMME INVISIBLE&lt;/i&gt; (1992). Apr&#232;s ses m&#233;saventures, il termine sa vie heureux, entre les bras d'Alice Monroe (Daryl Hannah). Il faut faire confiance au film puisqu'on ne peut pas voir son visage. Le bonheur resterait alors dans l'invisibilit&#233;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe cependant une alternative anarchisante, celle de Snake Plissken. Son visage, barr&#233; par un bandeau sur l'&#339;il gauche, lui conf&#232;re une humanit&#233; bless&#233;e et un air de pirate que la fin de &lt;i&gt;LOS ANGELES 2013&lt;/i&gt; (1996) confirme. Apr&#232;s avoir refus&#233; l'autorit&#233; malfaisante d'un pr&#233;sident sans foi ni loi et plong&#233; l'humanit&#233; dans le noir, le visage de Snake Plissken s'affiche en tr&#232;s gros plan dans les derni&#232;res images du film. L'homme allume un cigarillo, admire la flamme de son allumette, puis regarde intens&#233;ment le spectateur. Ce regard-cam&#233;ra des derni&#232;res images s'ach&#232;ve par un fondu au noir. Son visage radieusement insolent s'efface. Mais, dans ce noir final, on l'entend (nous) dire : &#171; &lt;i&gt;Welcome to the human race&lt;/i&gt;. &#187; S'il y a un visage que John Carpenter sauve et magnifie dans toute sa complexit&#233;, c'est bien celui de Snake Plissken, figure aussi roublarde que libertaire et anticonformiste. Un visage humain, en somme.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-01-17_a_13.32_05.png?1768653394' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte &#233;crit &#224; quatre mains avec Nicolas Tellop et derni&#232;re collaboration avec la revue... voici ma (premi&#232;re) partie.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'Antre de la folie&lt;/i&gt; de John Carpenter &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 1990, le cin&#233;ma fantastique et d'horreur a connu un grand moment r&#233;flexif. De Cronenberg &#224; Wes Craven en passant par John Carpenter, tous ont interrog&#233; le genre en proposant des mises en abyme parfois vertigineuses et questionnant les conditions de la fiction cin&#233;matographique. &lt;i&gt;L'Antre de la folie&lt;/i&gt; de John Carpenter sort en 1995 et d&#233;route plus d'un spectateur. Les fid&#232;les du cin&#233;aste savent que Carpenter tisse dans ses films des jeux citationnels amples et profonds.&lt;i&gt; L'Antre de la folie&lt;/i&gt; en propose un labyrinthe complexe et fascinant.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Antre&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous sommes au milieu d'une boucle infinie sans savoir exactement quand elle commence, ni quand elle se termine. Tout aurait commenc&#233; par la disparition d'un auteur de romans d'horreur, Sutter Cane qui serait, comme le film le sugg&#232;re, plus important que Stephen King. L'enqu&#234;teur d'assurance John Trent est charg&#233; de r&#233;soudre cette myst&#233;rieuse absence prolong&#233;e. Il soup&#231;onne une arnaque pour lancer la sortie du dernier livre du romancier &#224; succ&#232;s, opus qui semble rendre litt&#233;ralement fou tout le monde. Le film commence d'ailleurs en montrant Trent enferm&#233; dans un h&#244;pital psychiatrique. Il y fait le r&#233;cit des &#233;v&#233;nements l'ayant conduit entre ces murs. La question est donc de savoir si l'on peut compl&#232;tement faire confiance &#224; ce point de vue et &#224; cette narration. A moins que ce ne soit pas la question puisque le c&#339;ur du film demande au spectateur de faire confiance en la fiction, y compris dans sa capacit&#233; &#224; d&#233;crire une folie en labyrinthe ou &#224; jouer avec une mise en abyme infinie : Trent serait un personnage du livre qu'il cherche depuis le d&#233;but du film. Le livre serait le lieu de la folie du monde, une b&#233;ance monstrueuse que seule la litt&#233;rature pourrait d&#233;crire, sauf quand elle est film&#233;e par Carpenter. Au c&#339;ur du labyrinthe et de l'antre du cin&#233;aste, il y a un monstre invisible et illisible que l'on d&#233;couvre en lisant le livre de Cane et qui s'appelle la fiction. Trent se bat contre les &#233;vidences. Son m&#233;tier implique qu'il cherche le sens sous les apparences les plus simples ou les plus sordides. C'est sa fonction et peut-&#234;tre sa condition. Il est la pi&#232;ce d'un ensemble qui serait un roman mais qui, comme tout personnage, lutterait contre son &#233;tat. &lt;i&gt;I'm not a piece of fiction&lt;/i&gt; tente-t-il encore de se persuader alors que tout dit le contraire (y compris le g&#233;n&#233;rique de fin). La fiction serait le monstre m&#234;me qu'il faut nourrir incessamment pour contenir les formes incommensurables et terrifiantes d'un r&#233;el devenu aussi impossible. Au-del&#224; de la mise en abyme de la fiction et du r&#233;cit, Carpenter trace une autre ligne litt&#233;raire, celle de Lovecraft qui revient dans toute &#339;uvre. Le clin d'&#339;il amical &#224; Stephen King n'est qu'un pr&#233;texte et un faux-semblant de la fiction pour laisser dans l'ombre s'&#233;panouir la possibilit&#233; d'un trouble lovecraftien avec ses monstres impossibles et de toute &#233;ternit&#233; qui r&#244;deraient dans les entrailles du monde, de l'imaginaire et de l'&#233;criture. C'est alors que le spectateur, contamin&#233; par le film m&#234;me, s'autorise &#224; quelques hallucinations auditives : et si, au milieu des hurlements des fous de l'h&#244;pital ou des monstres de Cane, on entendait ces cris insens&#233;s qui ach&#232;vent &lt;i&gt;Montagnes de la folie&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;At the Mountains of Madness&lt;/i&gt;) de Lovecraft : &#171; Tekeli-li ! Tekeli-li ! &#187;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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