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	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
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		<title>Le G&#233;n&#233;ral Instin, le hasard &#224; l'&#339;uvre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Instin</dc:subject>
		<dc:subject>Chatelier, Patrick</dc:subject>
		<dc:subject>Dussidour, Dominique</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recherches en esth&#233;tique, &#171; Art et hasard &#187;, num&#233;ro 22, janvier 2017&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nouvelle contribution &#224; la revue de Dominique Berthet.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_919 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L335xH480/hasard_ree_-_copie-73017.jpg?1751018167' width='335' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;, le hasard &#224; l'&#339;uvre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le hasard produit les rencontres. Enonc&#233; ainsi, le propos rec&#232;le, ou r&#233;v&#232;le imm&#233;diatement une tension, une contradiction logique. Quelque chose coince, ou grince. En effet, si l'on consid&#232;re le hasard comme un ph&#233;nom&#232;ne ne s'inscrivant dans aucun processus d&#233;termin&#233;, cette ind&#233;termination du hasard peut difficilement &#234;tre envisag&#233;e comme une causalit&#233; pr&#233;visible, une production causale. Ce que le hasard produit ce sont des &lt;i&gt;effets&lt;/i&gt; d'incertitude, lesquels prennent souvent la forme de l'art. Non seulement les &#339;uvres peuvent naitre de ces hasards, participer d'une esth&#233;tique (pensons &#224; Mallarm&#233;, Duchamp ou &#224; quelques surr&#233;alistes), ou &#234;tre l'objet d'une &#233;criture. La modernit&#233;, rompant avec les habitudes classiques, s'est confront&#233;e aux formes du temps, au chaos du monde, produisant n&#233;cessairement de nouveaux modes d'expression ou d'&#233;criture. Ecrire le hasard est devenu une forme de cette modernit&#233;. Etre au milieu du chaos urbain, c'est inventer de nouvelles configurations du regard, et s'ouvrir aux hasards d'une rencontre. La g&#233;n&#233;alogie de cette modernit&#233; est peut-&#234;tre &#224; tirer du po&#232;me de Charles Baudelaire &#171; &#192; une passante &#187;. Ce po&#232;me de la ville est celui &lt;i&gt;&#233;crit&lt;/i&gt; pour la premi&#232;re fois l'intensit&#233; moderne de la rencontre, le hasard d'un impossible transform&#233; en chant d'amour. Ce po&#232;me des &#171; Tableaux parisiens &#187; saisit en fragment la figure d'une passante, objet d'un amour impossible et d'une &#233;criture qui troue et d&#233;construit d&#233;j&#224; la forme classique du sonnet. Andr&#233; Breton s'en souvient-il avec sa rencontre parisienne dans &lt;i&gt;Nadja&lt;/i&gt; ? Le hasard objectif n&#233;e de cette rencontre parisienne fonde une logique des effets, la causalit&#233; relevant peut-&#234;tre plus de rapprochements, de comparaisons, d'associations de co&#239;ncidences afin de former &#224; partir d'une trouble, non pas une explication du monde, mais son &lt;i&gt;&#233;criture&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette br&#232;ve et rapide incursion dans le hasard a &#233;t&#233; l'occasion d'une question simple : y-a-t-il dans les pratiques artistiques contemporaines des formes n&#233;es du hasard, avec le hasard ? Une &#233;vidence s'est impos&#233;e : oui bien s&#251;r, c'est le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; ! Pour pr&#233;senter et &#233;voquer cette grande aventure litt&#233;raire et artistique, il faut encore suivre les pas de Baudelaire qui, d&#233;licatement, nous indique le chemin d'un cimeti&#232;re. En effet, pourquoi le po&#232;te de &#171; &#192; une passante &#187; tombe-t-il si &#233;perdument amoureux de cette femme ? Sa beaut&#233; ? Sans doute. Elle a l'agilit&#233;, la noblesse, cette &#171; jambe de statue &#187; comme un r&#234;ve de perfection. Mais est-ce tout ? L'attirance pour cette silhouette &lt;i&gt;longue&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;mince&lt;/i&gt; suffit-elle au d&#233;sir contrari&#233; de l'auteur des &lt;i&gt;Fleurs du mal&lt;/i&gt; ? Assur&#233;ment, non. Il y a plus. Il y a le trouble de la beaut&#233; douloureuse, de la perfection en souffrance. Cette femme est &#171; en grand deuil &#187;. O&#249; la passante ? D'o&#249; vient-elle peut-&#234;tre ? D'un cimeti&#232;re &#233;videmment. Le hasard objectif du lyrisme baudelairien est enti&#232;rement dans cette ambivalence dessin&#233;e par la passante, et le chemin du cimeti&#232;re, propos&#233;e en creux du po&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une &#233;criture de cimeti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le cimeti&#232;re est un monde d'&#233;criture. Ce n'est pas un monde &#224; part, un monde inversant les donn&#233;es du r&#233;el. Il est le r&#233;el travers&#233; de nos paradoxes, de nos angoisses, de nos hantises. Les &#233;crivains ont souvent fait &lt;i&gt;leurs&lt;/i&gt; ces endroits, parfois secrets. On en conna&#238;t qui r&#233;guli&#232;rement viennent en promenade, en &#233;criture, en fr&#233;quentations. Il faudrait plonger au fond de ces gouffres d'&#233;criture pour comprendre qu'il existe une v&#233;ritable &lt;i&gt;litt&#233;rature de cimeti&#232;re&lt;/i&gt;. Ce n'est pas Balzac, ni des romantiques ou des surr&#233;alistes qui m'ont ouvert ce chemin. C'est d'abord Baudelaire, c'est surtout Maupassant, et ses nouvelles de &lt;i&gt;La Maison Tellier&lt;/i&gt; : &#171; Les Tombales &#187; en a &#233;t&#233; le catalyseur, moins pour la prostitu&#233;e faussement &#233;plor&#233;e que le narrateur rencontre &lt;i&gt;par hasard&lt;/i&gt; dans le cimeti&#232;re, mais parce que Maupassant tisse une curieuse lecture des cimeti&#232;res dans ce texte. Cette nouvelle est &#233;galement passionnante parce qu'elle forme une boucle entre le premier et le dernier geste litt&#233;raire de l'auteur de &lt;i&gt;Une vie&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;La Maison Tellier&lt;/i&gt; est le premier recueil publi&#233; par Maupassant en 1881. En 1891, il ajoute &#224; l'&#233;dition du recueil, cette nouvelle &#171; Les Tombales &#187; qu'il place imm&#233;diatement apr&#232;s la fameuse &#171; Maison Tellier &#187;. C'est le dernier geste litt&#233;raire de l'&#233;crivain avant sa mort. Sans doute ne le pensait-il pas ultime mais &#224; partir de 1892, la sant&#233; de Maupassant se d&#233;grade, il tente de se suicider, et sombre, comme on dit pudiquement, dans la folie, la maladie venant faire concurrence &#224; l'&#233;tat mental de l'&#233;crivain.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La nouvelle de Maupassant m&#233;tamorphose le &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; litt&#233;raire du cimeti&#232;re. Il inverse dans une digression stup&#233;fiante son amour des cimeti&#232;res, l'endroit rec&#233;lant finalement plus de vie que la ville elle-m&#234;me. Car le cimeti&#232;re n'est pas seulement m&#233;moire, il est aussi &lt;i&gt;ville&lt;/i&gt;, un lieu o&#249; la visite des morts est parfois plus vivante que les vivants eux-m&#234;mes. C'est le lieu du fl&#226;neur, le lieu, par excellence, moderne des rencontres esth&#233;tiques, hantologiques et &#233;rotiques. La logique urbaine induit presque la rencontre, comme celle de Baudelaire et de sa &lt;i&gt;passante&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;&#171; J'aime beaucoup les cimeti&#232;res, moi, &#231;a me repose et me m&#233;lancolise j'en ai besoin. Et puis, il y a aussi de bons amis l&#224; dedans, de ceux qu'on ne va plus voir ; et j'y vais encore, moi, de temps en temps.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Justement, dans ce cimeti&#232;re Montmartre, j'ai une histoire de c&#339;ur, une ma&#238;tresse qui m'avait beaucoup pinc&#233;, tr&#232;s &#233;mu, une charmante petite femme dont le souvenir, en m&#234;me temps qu'il me peine &#233;norm&#233;ment, me donne des regrets&#8230; des regrets de toute nature. Et je vais r&#234;ver sur sa tombe&#8230; C'est fini pour elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, j'aime aussi les cimeti&#232;res, parce que ce sont des villes monstrueuses, prodigieusement habit&#233;es. Songez donc &#224; ce qu'il y a de morts dans ce petit espace, &#224; toutes les g&#233;n&#233;rations de Parisiens qui sont log&#233;s l&#224;, pour toujours, troglodytes d&#233;finitifs enferm&#233;s dans leurs petits caveaux, dans leurs petits trous couverts d'une pierre ou marqu&#233;s d'une croix, tandis que les vivants occupent tant de place et font tant de bruit, ces imb&#233;ciles. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Puis encore, dans les cimeti&#232;res, il y a des monuments presque aussi int&#233;ressants que dans les mus&#233;es. Le tombeau de Cavaignac m'a fait songer, je l'avoue, sans le comparer, &#224; ce chef-d'&#339;uvre de Jean Goujon le corps de Louis de Br&#233;z&#233;, couch&#233; dans la chapelle souterraine de la cath&#233;drale de Rouen ; tout l'art dit moderne et r&#233;aliste est venu de l&#224;, messieurs. Ce mort, Louis de Br&#233;z&#233;, est plus vrai, plus terrible, plus fait de chair inanim&#233;e, convuls&#233;e encore par l'agonie, que tous les cadavres tourment&#233;s qu'on tortionne aujourd'hui sur les tombes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais au cimeti&#232;re Montmartre on peut encore admirer le monument de Baudin, qui a de la grandeur ; celui de Gautier, celui de Murger, o&#249; j'ai vu l'autre jour une seule pauvre couronne d'immortelles jaunes, apport&#233;e par qui ? par la derni&#232;re grisette, tr&#232;s vieille, et concierge aux environs, peut-&#234;tre ? C'est une jolie statuette de Millet, mais que d&#233;truisent l'abandon et la salet&#233;. Chante la jeunesse, &#244; Murger ! &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Me voici donc entrant dans le cimeti&#232;re Montmartre, et tout &#224; coup impr&#233;gn&#233; de tristesse, d'une tristesse qui ne faisait pas trop, de mal, d'ailleurs, une de ces tristesses qui vous font penser, quand on se porte bien : &#171; &#199;a n'est pas dr&#244;le, cet endroit-l&#224;, mais le moment n'en est pas encore venu pour moi&#8230; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'impression de l'automne, de cette humidit&#233; ti&#232;de qui sent la mort des feuilles et le soleil affaibli, fatigu&#233;, an&#233;mique, aggravait en la po&#233;tisant la sensation de solitude et de fin d&#233;finitive flottant sur ce lieu, qui sent la mort des hommes. Je m'en allais &#224; petits pas dans ces rues de tombes, o&#249; les voisins ne voisinent point, ne couchent plus ensemble et ne lisent pas de journaux. Et je me mis, moi, &#224; lire les &#233;pitaphes. &#199;a, par exemple, c'est la chose la plus amusante du monde. Jamais Labiche, jamais Meilhac ne m'ont fait rire comme le comique de la prose tombale. Ah quels livres sup&#233;rieurs &#224; ceux de Paul de Kock pour ouvrir la rate que ces plaques de marbre et ces croix o&#249; les parents des morts ont &#233;panch&#233; leurs regrets, leurs v&#339;ux pour le bonheur du disparu dans l'autre monde, et leur espoir de le rejoindre &#8211; et blagueurs ! &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais j'adore surtout, dans ce cimeti&#232;re, la partie abandonn&#233;e, solitaire, pleine de grands ifs et de cypr&#232;s, vieux quartier des anciens morts qui redeviendra bient&#244;t un quartier neuf, dont on abattra les arbres verts, nourris de cadavres humains, pour aligner les r&#233;cents tr&#233;pass&#233;s sous de petites galettes de marbre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy de Maupassant, La Maison Tellier, &#171; Les Tombales &#187;, Paris, Folio, 2010, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La logique du cimeti&#232;re qui conduit bient&#244;t au hasard d'une rencontre d&#233;plie d'abord un espace esth&#233;tique fondamental. Le cimeti&#232;re est le lieu o&#249; se d&#233;finit l'arch&#233;ologie de l'art moderne. Ces pages de Maupassant ouvre une litt&#233;rature de cimeti&#232;re qui nous m&#232;nent jusqu'au &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce qui force &#224; penser, c'est la rencontre. Cette intuition deleuzienne que l'on peut lire dans &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition, Paris, P.U.F., 2000, p. 182.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;est au c&#339;ur de l'aventure du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;. Car, au travers d'une rencontre hasardeuse, se d&#233;plie une exp&#233;rience esth&#233;tique contemporaine qui d&#233;place les lignes d'&#233;critures. L'immense &lt;i&gt;work in progress&lt;/i&gt; que constitue l'aventure collective du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; r&#233;pond &#224; une logique d'&#233;criture qui ne scinde pas les champs ni les espaces de cr&#233;ation. Sans doute est-ce d'un trait caract&#233;ristique d'un contemporain litt&#233;raire qui s'invente dans l'imbrication des formes &#233;ditoriales, et non leur s&#233;paration.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L350xH480/ge_ne_ral_instin_vitrail_c_juliette_soubrier_-_copie-ebc5c.jpg?1751018167' width='350' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Ge&#769;ne&#769;ral Instin Vitrail&#169;Juliette Soubrier&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Origine du G&#233;n&#233;ral Instin : g&#233;n&#233;alogie du manque &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le G&#233;n&#233;ral Adolphe Hinstin (1831-1905) est un militaire de l'arm&#233;e fran&#231;aise de la fin du XIXe si&#232;cle. Son unique connexion notable avec la litt&#233;rature, avant le XXIe si&#232;cle num&#233;rique, est son fr&#232;re Gustave qui fut professeur d'Isidore Ducasse (Lautr&#233;amont lui d&#233;dicace ses &lt;i&gt;Po&#233;sies&lt;/i&gt;). Il faut attendre 1996 pour que l'&#233;crivain Patrick Chatelier, d&#233;couvrant au cimeti&#232;re du Montparnasse un mausol&#233;e d&#233;cr&#233;pit, s'arr&#234;te devant l'image du militaire, effac&#233;e par la d&#233;t&#233;rioration des mat&#233;riaux chimiques de la photographie, image trouble de disparition du disparu lui-m&#234;me. C'est un hasard, un regard saisi au milieu de d'une fl&#226;nerie de cimeti&#232;re. &#201;tonn&#233;, troubl&#233; par cette rencontre, Patrick Chatelier s'empare de cette figure et d&#233;cide de lui donner une vie litt&#233;raire. Il commence par lui donner une nouvelle identit&#233; en supprimant le &#171; H &#187; initial du nom. Il devient donc le &#171; G&#233;n&#233;ral Instin &#187;. Le projet de Chatelier n'a pas &#233;t&#233; d'&#233;crire une histoire du G&#233;n&#233;ral, mais de proposer une &#233;criture collective du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;, une &#233;criture collective et plastique ouverte &#224; toutes les propositions, comme s'il s'agissait d'un manque &#224; combler, d'une absence &#224; signifier. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans un essai r&#233;cent intitul&#233; &lt;i&gt;Th&#233;orie des fant&#244;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;bastien Rongier, Th&#233;orie des fant&#244;mes, Paris, Les Belles Lettres, 2016.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, j'envisage la figure du fant&#244;me comme la trace d'un mort, d'un disparu, une apparition rendue possible par le r&#233;cit et notamment par l'image. Pour t&#233;moigner, pour &lt;i&gt;faire r&#233;cit&lt;/i&gt;, le fant&#244;me doit trouver une forme, &lt;i&gt;faire image&lt;/i&gt;. Ce que le fant&#244;me forme d'abord, ce sont des corps d'apparition, des corps incertains, infiniment dialectiques et n&#233;gatifs, des ombres d'o&#249; naissent les r&#233;cits et les &#339;uvres de l'art. Le fant&#244;me qui &lt;i&gt;fait image&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;fait r&#233;cit&lt;/i&gt; ne produit pas seulement un dispositif de m&#233;moire, c'est plus essentiellement un acte esth&#233;tique. En ce sens, la photographie rong&#233;e du cimeti&#232;re du Montparnasse est un effacement qui convoque une l&#233;gende, une fantaisie militaire appelant un r&#233;cit perdu. C'est la g&#233;n&#233;alogie du manque qui ouvre l'aventure d'&#233;criture. Chaque geste d'&#233;criture, chaque acte artistique qui se saisit de la figure du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; est une mani&#232;re de donner forme &#224; ce fant&#244;me, de donner corps &#224; ce manque.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au d&#233;part, il y a donc un G&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e fran&#231;aise. L'ensemble des textes, &#339;uvres et interventions qui composent &#224; ce jour le nom &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;, &#233;crit sans &#171; H &#187; initial, peut se concevoir comme une &lt;i&gt;biofiction&lt;/i&gt;, au sens o&#249; Alexandre Gefen interroge les formes d'&#233;criture litt&#233;raire du biographique. Avec &lt;i&gt;Instin&lt;/i&gt;, il ne s'agit plus de biographie, mais de fiction biographique, d'invention &#224; partir d'une figure, ou plus exactement, d'une figure en &#233;tat de manque. La &lt;i&gt;biofiction&lt;/i&gt; instinienne vient &#233;branler la fronti&#232;re entre fiction et non fiction. Le projet &lt;i&gt;Instin&lt;/i&gt; s'inscrit dans une perspective contemporaine de l'invention d'une vie comme le d&#233;crit Alexandre Gefen : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Pour le moment contemporain, &#233;crire une vie, m&#234;me au prisme du langage litt&#233;raire, c'est refuser une m&#233;taphysique de la condition humaine et une ontologie substantielle du sujet, pour arriver &#224; penser la dispersion de l'identit&#233;, c'est interroger, incessamment et sans m&#233;nagement, par le risque de la fiction, nos r&#234;ves d'insularit&#233; comme l'ambition normative de nos discours. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Gefen, Inventer une vie. LA fabrique litt&#233;raire de l'individu, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce que l'exp&#233;rience d'&#233;criture du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; nous montre, c'est d'abord un renversement des normes par le commun, ouvert gr&#226;ce au num&#233;rique notamment. C'est un risque de l'ouverture et de la multiplicit&#233; que le projet porte, le risque esth&#233;tique de la fiction par un hasard objectif.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_916 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/campagne_instin_istanbul_2016_c_sp83.jpg?1638611734' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Campagne Instin (Istanbul 2016)&#169;SP83&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Situation d'&#233;criture : une exp&#233;rience plastique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Quelles sont les formes que prennent les interventions autour de cette figure fictionnelle. Elles sont multiples. Elles ne se r&#233;duisent pas &#224; une simple mati&#232;re litt&#233;raire, une simple accumulation de textes autour de la figure manquante du G&#233;n&#233;ral. La proposition ouverte par Patrick Chatelier prend et agr&#232;ge toutes les formes (&#233;criture, performance, danse, th&#233;&#226;tre, arts plastiques, &lt;i&gt;street art&lt;/i&gt;, musique, photographie, happening, et d'autres encore). L'exp&#233;rience litt&#233;raire du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; n'est sans doute pas unique. &lt;i&gt;Instin&lt;/i&gt; n'invente &#233;videmment pas l'&#233;criture collective, le d&#233;placement des formes et leurs interrelations. En revanche, la dur&#233;e dans laquelle s'inscrit le projet lui donne une &#233;paisseur et une dimension rare sinon in&#233;dite.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Sans doute le num&#233;rique participe-t-il de cette dur&#233;e. Car la vie num&#233;rique qu'a prise le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; &#224; partir de 2007 sur &lt;i&gt;remue.net&lt;/i&gt; (sous la forme d'un feuilleton ouvert d'abord, puis d'un mini site interne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) explique sans doute cette dur&#233;e, mani&#232;re d'aller contre l'id&#233;e toujours r&#233;pandue du num&#233;rique litt&#233;raire et de la forme br&#232;ve et de simple actualit&#233;. Le num&#233;rique appara&#238;t ici comme un n&#339;ud, un espace ouvert qui concentre et diffuse en m&#234;me temps. En effet, le num&#233;rique, du blog au site, en passant par les r&#233;seaux sociaux, accueille et re&#231;oit. Pour l'&#233;criture du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;, c'est un espace d'exp&#233;rimentation qui repose sur un principe de mouvement et de prolif&#233;ration. Un des effets les plus surprenant est peut-&#234;tre la production d'un commun, non pas d'une communaut&#233;, m&#234;me litt&#233;raire, mais la production d'un point de rencontre partag&#233; ouvrant un dialogue artistique. C'est bien ce &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; qui cr&#233;e les interactions entre le &lt;i&gt;r&#233;el&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;virtuel&lt;/i&gt; (si l'on conserve encore un peu ces cat&#233;gories et ces distinctions). C' que le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; produit, c'est un mouvement infini, un incessant va-et-vient entre r&#233;el et virtuel, cr&#233;ant un espace d'interactions qui abolit ces fronti&#232;res suppos&#233;es. En effet, r&#233;fl&#233;chir sur l'&#233;criture du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;, c'est n&#233;cessairement faire tenir ensemble des exp&#233;riences du num&#233;riques et des formes inscrites dans nos villes, dans nos espaces culturels et artistiques. La vie num&#233;rique du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; est indissociable des festivals cr&#233;&#233;s autour de cette figure. Le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; a &#233;galement &#233;t&#233; en r&#233;sidences d'&#233;criture. Des rencontres et des lectures ont &#233;t&#233; organis&#233;es autour de lui, tout comme des exp&#233;riences plastiques, musicales, ou encore th&#233;&#226;trales. En ce sens les livres &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; dont je vais parler confortent cette logique de r&#233;seau plus qu'ils ne l'abolissent.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un cas exemplaire peut retenir l'attention rencontre-compte de cette mobilit&#233; artistique, celui du street-artiste SP-38. Ce dernier sillonne les continents du globe et colle dans le monde entier des affiches portant la simple inscription &#171; Instin &#187;. Ces affiches coll&#233;es de la &#171; campagne Instin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; sont souvent photographi&#233;es et r&#233;inject&#233;es dans le circuit num&#233;rique via les sites et les r&#233;seaux sociaux. Mais ce qu'il est plus important d'envisager, c'est le mode de d&#233;placement, la mani&#232;re dont la fiction envahit litt&#233;ralement le r&#233;el. Cette logique de r&#233;seau international de SP38 ne vient pas subvertir le r&#233;seau num&#233;rique mais l'approfondir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_917 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/campagne_instin_montreal_2010_c_sp83_montreal_2010.jpg?1638611837' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Campagne Instin (montreal 2010)&#169;SP83&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ce que l'aventure &lt;i&gt;Instin&lt;/i&gt; montre c'est d'abord une exp&#233;rience de la plasticit&#233; de la cr&#233;ation, au sens o&#249; Catherine Malabou d&#233;finit la plasticit&#233; comme une &#171; structure diff&#233;rentielle de la forme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Malabou, La Plasticit&#233; au soir de l'&#233;criture. Dialectique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &lt;i&gt;plasticit&#233;&lt;/i&gt; est ici le trait g&#233;n&#233;ral de la mall&#233;abilit&#233;, un espace de tension qui fait tenir ensemble l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le terme est esth&#233;tique. Son sens original renvoie &#224; l'art du sculpteur, au modelage. Le &lt;i&gt;plassein&lt;/i&gt; grec signifier &#171; modeler &#187;. La question est d'abord artistique. Les termes grecs &lt;i&gt;plassein&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;plasma&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;plastes&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;plastikos&lt;/i&gt; d&#233;signent l'art de fa&#231;onner et de former. C'est &#171; ce qui est susceptible de recevoir comme de donner la forme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Malabou, L'Avenir de Hegel. Plasticit&#233;, temporalit&#233;, dialectique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Partant de ce constat, la philosophe Catherine Malabou &#233;claire la conceptualisation du terme &lt;i&gt;plasticit&#233; &lt;/i&gt;en passant par Hegel qui l'&#233;voque dans &lt;i&gt;La Ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt; pour d&#233;finir la subjectivit&#233;. La question esth&#233;tique prenant acte de la conceptualisation de Catherine Malabou permet d'envisager le &lt;i&gt;mat&#233;riau&lt;/i&gt; comme la d&#233;termination du sujet h&#233;g&#233;lien (le sujet &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; Hegel), &#224; savoir non plus une &#171; instance fixe et solide &#187; (termes de Hegel) &#171; mais une instance &lt;i&gt;plastique &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Malabou, &#171; Le V&#339;u de plasticit&#233; &#187; dans Plasticit&#233;, sous la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors la subjectivit&#233; devient le lieu de l'auto-diff&#233;renciation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Malabou, L'Avenir de Hegel, Op. Cit., p. 54.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; c'est-&#224;-dire un processus de libre interpr&#233;tation d'elle-m&#234;me. Ce processus dialectique repose sur une tension entre fixit&#233; et dissolution, r&#233;sistance et fluidit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, p. 26.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La plasticit&#233; traduit pour Hegel le sujet, c'est-&#224;-dire recevoir et former son propre contenu, c'est-&#224;-dire s'auto-diff&#233;rencier. On peut alors penser la &lt;i&gt;plasticit&#233;&lt;/i&gt; comme une logique de l'&#233;cart : &#171; La plasticit&#233; qui entre d&#232;s lors en sc&#232;ne avec la possibilit&#233; de &lt;i&gt;former le sens&lt;/i&gt; n'est plus r&#233;ductible &#224; une logique de l'incorporation ou de la sculpture signifiante dans l'espace de la pr&#233;sence, puisqu'elle permet pr&#233;cis&#233;ment d'ouvrir cet espace &#224; son alt&#233;rit&#233;, de le &lt;i&gt;faire glisser vers son autre : l'&#233;cart&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 32.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette id&#233;e d'une plasticit&#233; reposant sur une logique de l'&#233;cart permet d'envisager l'espace litt&#233;raire et artistique du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;. L'&#233;criture num&#233;rique n'&lt;i&gt;invente&lt;/i&gt; pas la plasticit&#233; de l'&#233;criture mais exp&#233;rimente de nouvelles formes de d&#233;lin&#233;risation et d'&#233;criture comme milieu. J'avais propos&#233; au sujet du site de Fran&#231;ois Bon une logique asymptotique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S&#233;bastien Rongier &#171; Tiers Livre, une structure en constellation &#187;, dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire un principe de profusion, de multiplication d'exp&#233;riences et de modes d'&#233;critures qui tiennent toutes ensembles, l'asymptote devenant m&#233;taphore de l'infini, et de la multiplication. Cette logique me semble correspondre d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;criture num&#233;rique, le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; r&#233;pond &#224; cette logique, celle du d&#233;bordement et de la multiplication, ayant pour caract&#232;re originel le hasard. Comme si le hasard produisait cette logique esth&#233;tique de l'&#233;cart et du d&#233;bordement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il faut enfin &#233;voquer dans cette morphologie mouvante et infinie, sans hi&#233;rarchie ni finalit&#233; le dernier festival &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; qui s'est tenu en juin 2015 rue D&#233;noyez &#224; Belleville, rue parisienne vou&#233;e au &lt;i&gt;street-art&lt;/i&gt;, mais aussi rue vou&#233;e &#224; la destruction et &#224; de nouveaux projets urbains plus sages. Le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;, &#224; l'occasion de ce festival a proclam&#233; l'ind&#233;pendance de la rue D&#233;noyez en convoquant &#224; cette occasion diverses voix artistiques et intellectuelles pour penser les sources insurrectionnelles du quartier de Belleville et de l'art urbain avec Patrick Boucheron, Eric Hazan, ou Paul Ardenne notamment. Occasion de vivre la rue, l'espace urbain &#224; l'&#233;cart du flux, et en inversant le cours d'une mort annonc&#233;e. Et sans doute, l'occasion de croiser ces fl&#226;neurs, enfants Baudelaire ou de Maupassant.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Multiplication et d&#233;bordement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Lorsque Gilles Deleuze distingue le virtuel du possible, il d&#233;place les cat&#233;gories de la m&#233;taphysique pour envisager un plan d'immanence. Cependant, il pense le &#171; possible &#187; comme diff&#233;rent du r&#233;el, une image du r&#233;el fabriqu&#233;e apr&#232;s-coup, une forme d'identit&#233; et de ressemblance, posant un univers de limitation. En revanche, le &#171; virtuel &#187; est r&#233;alit&#233; par lui-m&#234;me, son processus est celui de l'actualisation. C'est une multiplicit&#233; qui exclue l'identique. Son actualisation se fait par diff&#233;renciation. Pour Deleuze, c'est un univers de cr&#233;ation. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le &#171; possible et le virtuel se distinguent encore parce que l'un renvoie &#224; la forme d'identit&#233; dans le concept, tandis que l'autre d&#233;signe une multiplicit&#233; pure dans l'Id&#233;e, qui exclut radicalement l'identique comme condition pr&#233;alable. Enfin, dans la mesure o&#249; le possible se propose &#224; la &#171; r&#233;alisation &#187;, il est lui-m&#234;me con&#231;u comme l'image du r&#233;el, et le r&#233;el, comme la ressemblance du possible. C'est pourquoi l'on comprend si peu ce que l'existence ajoute au concept, en doublant le semblable par le semblable. (&#8230;) Au contraire, l'actualisation du virtuel se fait toujours par diff&#233;rence, divergence ou diff&#233;renciation. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition, Op. Cit., p. 273.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est ce qui permet de distinguer la multiplicit&#233; du multiple. Si le multiple est toujours rapport&#233; &#224; une ext&#233;riorit&#233; totalisante, la multiplicit&#233;, elle, n'est pas subordonn&#233;e &#224; une dimension suppl&#233;mentaire. Elle est non totalisable, non-d&#233;nombrable et non-nomable. Quelque chose manquera toujours. C'est ce manque qui engage sans doute le mouvement et permet de penser l'&#233;criture comme d&#233;bordement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On peut &#233;galement s'appuyer sur deux propositions conceptuelles pour penser cette logique d'&#233;criture, l'id&#233;e de &lt;i&gt;limitrophie&lt;/i&gt; chez Derrida et la notion d'effrangement chez Adorno. Il s'agit de d&#233;placer les cat&#233;gories et les limites, de les compliquer et de les interroger pour envisager les pratiques contemporaines. Jacques Derrida probl&#233;matise cette question en terme de &lt;i&gt;limitrophie&lt;/i&gt; : &#171; il s'agira de ce qui pousse et cro&#238;t &#224; la limite, autour de la limite, en s'entretenant de la limite, (&#8230;) de ce qui &lt;i&gt;nourrit la limite&lt;/i&gt;, la g&#233;n&#232;re, l'&#233;l&#232;ve et la complique. Tout ce que je dirai ne consistera surtout pas &#224; effacer la limite, mais &#224; multiplier ses figures, &#224; compliquer, &#233;paissir, d&#233;lin&#233;ariser, plier, diviser la ligne justement en la faisant cro&#238;tre et multiplier. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida, L'animal que donc je suis, Paris, Galil&#233;e, 2006, p. 51.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La bordure ne doit pas &#234;tre envisag&#233;e comme une fronti&#232;re ou une s&#233;paration. Elle est au contraire la ligne instable d'un passage, s'accomplissant seulement dans son d&#233;bordement. La bordure se pense alors comme une exploration du passage, du d&#233;centrement, une ligne mobile, toujours outrepass&#233;e par elle-m&#234;me, une logique de multiplication.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En 1966, dans &#171; l'art et les arts &#187;, Adorno questionne le vacillement de la notion de genre. Les fronti&#232;res des genres sont incertaines, &#171; leurs lignes de d&#233;marcations s'effrangent &#187;. Ce &#171; brouillage des cat&#233;gories &#187; r&#233;v&#232;le les angoisses de la civilisation et marque une inqui&#233;tude face au principe d'unit&#233;. L'effrangement comme forme de r&#233;sistance passe par la fragmentation et par la question du montage. Il souligne une contradiction et ouvre l'art &#224; sa diff&#233;rence. L'effrangement ne comble pas l'&#233;cart qui fait de l'art un art. Il explore au contraire cette tension dynamique. L'id&#233;e d'Adorno est que &#171; [c]haque &#339;uvre a des mat&#233;riaux qui, h&#233;t&#233;rog&#232;nes, font face au sujet, et des proc&#233;d&#233;s qui d&#233;rivent autant des mat&#233;riaux que de la subjectivit&#233; ; sa teneur de v&#233;rit&#233; ne s'&#233;puise pas dans celle-ci, elle est bien plut&#244;t redevable &#224; une objectivation qui requiert certes le sujet comme son ex&#233;cutant, mais qui, gr&#226;ce &#224; la relation immanente &#224; cet autre, indique un au-del&#224; du sujet. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor W. Adorno, &#171; L'Art et les arts &#187;, dans L'Art et les arts, Traduction (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'art ne tient plus dans un concept qui subsumerait les arts. C'est au contraire l'expression d'un d&#233;bordement et d'une insatisfaction que le philosophe prend en charge par une dialectisation de l'art et des arts. La notion d'effrangement permet d'&#233;chapper &#224; la fermeture d'une d&#233;finition univoque. Le non-savoir devient l'exp&#233;rience de l'art, laissant entrer en elle ce qui lui est &#233;tranger. Face &#224; la &#171; discipline du territoire &#187;, Adorno envisage un enjeu critique o&#249; la forme artistique est &lt;i&gt;tension&lt;/i&gt;. Le contenu de l'art est dans la n&#233;gativit&#233; de son concept. L'effrangement est un mouvement de soustraction de la notion de genre et de l'unit&#233; de l'art, mouvement proprement historique de l'&#233;volution du dialogue des arts.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les notions de limitrophie et d'effrangement permettent donc de penser l'&#233;criture num&#233;rique comme multiplication et d&#233;bordement des cat&#233;gories et des fronti&#232;res, permettant de faire tenir ensemble l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne et de &lt;i&gt;faire commun&lt;/i&gt;. Ainsi, le cas du &#171; portrait g&#233;omantique du G&#233;n&#233;ral Instin &#187; men&#233; par l'&#233;crivaine Dominique Dussidour et le photographe Alain Subilia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est-il, de ce point de vue, exemplaire, projet de relation et de dialogue entre le r&#233;cit et le photographique. Le projet est une tentative de cerner la figure du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; par un protocole aussi vertigineux qu'insolite puisqu'il s'agit de relever les traces du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; dans la forme des villes, dans les structures g&#233;ographiques qui composent une ville : des lignes sur les murs griffonn&#233;s de la ville, des formes de villes relev&#233;es par la photographie et r&#233;v&#233;lant par l'&#233;criture litt&#233;raire la pr&#233;sence du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le sens m&#234;me des cat&#233;gories se d&#233;place sous le double &#233;clairage du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; et du num&#233;rique. Les formes et les &#233;critures ne cessent de se reconfigurer dans le mouvement d'agr&#233;gation et de travers&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de cette figure manquante. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Le hasard comme &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;effet&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt; (une logique)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La notion d'&lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; est complexe. Elle est d'abord d&#233;velopp&#233;e par Roland Barthes en 1968 avec l'article &#171; l'effet de r&#233;el &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes, &#171; L'Effet de r&#233;el &#187;, Communications, n&#176;11, mars 1968. Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans lequel il analyse les d&#233;tails textuels manifestant une volont&#233; mim&#233;tique, et lui permettant d'interroger l'illusion mim&#233;tique. Dans une autre perspective, la th&#233;orie de la r&#233;ception s'est empar&#233;e du terme Wolfgang Iser envisage la notion d'&lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; comme prise en compte du r&#233;cepteur, comme l'action du texte sur le lecteur, et ses conditions de r&#233;ception. Pour Iser, &#171; ce n'est pas la ressemblance mais bien la diff&#233;rence per&#231;ue qui produit un effet. [&#8230;] [C'] est la non-identit&#233; qui d&#233;termine l'effet produit chez le lecteur comme constitution du sens textuel. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfgang Iser, L'Acte de lecture. Th&#233;orie de l'effet esth&#233;tique, traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'effet devient une strat&#233;gie esth&#233;tique d'&#233;criture pour &#171; approcher l'ambivalence &#224; l'&#339;uvre &#187; ajoute Mireille Calle-Gruber qui propose une th&#233;orie de &lt;i&gt;l'effet-fiction&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mireille Calle-Gruber, L'effet-fiction. De l'illusion romanesque, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la r&#233;flexion litt&#233;raire, on conna&#238;t notamment l'&lt;i&gt;effet-personnage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arnaud Welfringer reprend cette question &#224; propos des animaux des Fables de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; de Vincent Jouve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Jouve, L'effet-personnage dans le roman, Paris, PUF, 1992.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l' &#171; effet de recueil &#187; d'Emmanu&#232;le Grandadam&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanu&#232;le Grandadam, Contes et nouvelles de Maupassant : pour une po&#233;tique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est &#233;galement discut&#233;e par Christian Metz et surtout par Jean-Louis Baudry autour de l'&#171; effet cin&#233;ma &#187; dans le champ esth&#233;tique et politique. Il s'agit donc de prolonger la logique esth&#233;tique de l'&lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; pour le hasard en reprenant ce parcours autour du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; en insistant finalement sur cette g&#233;n&#233;alogie du manque produite par le hasard. Ainsi, le cas du &#171; portrait g&#233;omantique du G&#233;n&#233;ral Instin &#187; men&#233; par l'&#233;crivaine Dominique Dussidour et le photographe Alain Subilia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est-il, de ce point de vue, exemplaire, projet de relation et de dialogue entre le r&#233;cit et le photographique. Le projet est une tentative de cerner la figure du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; par un protocole aussi vertigineux qu'insolite puisqu'il s'agit de relever les traces du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; dans la forme des villes, dans les structures g&#233;ographiques qui composent une ville : des lignes sur les murs griffonn&#233;s de la ville, des formes de villes relev&#233;es par la photographie et r&#233;v&#233;lant par l'&#233;criture litt&#233;raire la pr&#233;sence du &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt;. C'est au hasard d'une rue, d'une ombres, de traits dessin&#233;es par le monde urbain que la figure litt&#233;raire se d&#233;ploie, s'invente, s'interroge.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_918 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/portrait_ge_omantique_du_ge_ne_ral_instin_c_alain_subilia.jpg?1638611886' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Portrait ge&#769;omantique du Ge&#769;ne&#769;ral Instin&#169;Alain Subilia&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le hasard est &#224; l'&#339;uvre et peut-&#234;tre l'&#339;uvrement continu de ce collectif. Si nous sommes bien devant un processus collectif riche de sa multiplicit&#233; et de sa dur&#233;e, c'est peut-&#234;tre parce qu'il se fonde justement sur ce hasard. Ce point de rencontre avec l'ind&#233;termination agr&#232;ge vers lui un d&#233;sir de cr&#233;ation, parce que le geste inaugural n'est pas celui d'une volont&#233;, ou d'une causalit&#233;. L'ind&#233;termin&#233; est peut-&#234;tre plus essentiellement l'origine de l'&#339;uvre. En ce sens, le &lt;i&gt;G&#233;n&#233;ral Instin&lt;/i&gt; est bien le corps artistique commun donn&#233; &#224; un manque, l'autre nom d'un hasard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guy de Maupassant, &lt;i&gt;La Maison Tellier&lt;/i&gt;, &#171; Les Tombales &#187;, Paris, Folio, 2010, p. 64 et suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, Paris, P.U.F., 2000, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;bastien Rongier, &lt;i&gt;Th&#233;orie des fant&#244;mes&lt;/i&gt;, Paris, Les Belles Lettres, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Gefen, &lt;i&gt;Inventer une vie. LA fabrique litt&#233;raire de l'individu&lt;/i&gt;, Paris, Le Impressions nouvelles, 2015, p. 250.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://remue.net/instin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://remue.net/instin&lt;/a&gt; (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.sp38.de/modules.php?op=modload&amp;name=galerie&amp;file=index&amp;req=voirparcat&amp;cat=113&amp;catnom=STREET-ART-CAMPAGNE%20INSTIN&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sp38.de/modules.php?op=modload&amp;name=galerie&amp;file=index&amp;req=voirparcat&amp;cat=113&amp;catnom=STREET-ART-CAMPAGNE%20INSTIN&lt;/a&gt; (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Malabou, &lt;i&gt;La Plasticit&#233; au soir de l'&#233;criture. Dialectique, destruction, d&#233;construction&lt;/i&gt;, Paris, Editions L&#233;o Scheer, 2005, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Malabou, &lt;i&gt;L'Avenir de Hegel. Plasticit&#233;, temporalit&#233;, dialectique&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1996, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Malabou, &#171; Le V&#339;u de plasticit&#233; &#187; dans &lt;i&gt;Plasticit&#233;&lt;/i&gt;, sous la direction de Catherine Malabou, Paris, Editions L&#233;o Scheer, 2000, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Catherine Malabou, &lt;i&gt;L'Avenir de Hegel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S&#233;bastien Rongier &#171; Tiers Livre, une structure en constellation &#187;, dans &lt;i&gt;Tiers Livre, d&#233;pouille &amp; cr&#233;ation&lt;/i&gt;, Komodo 21, 2015 &lt;a href=&#034;http://komodo21.fr/tiers-livre-structure-constellation/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://komodo21.fr/tiers-livre-structure-constellation/&lt;/a&gt; (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 273.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida, &lt;i&gt;L'animal que donc je suis&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2006, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor W. Adorno, &#171; L'Art et les arts &#187;, dans &lt;i&gt;L'Art et les arts&lt;/i&gt;, Traduction Jean Lauxerois et Peter Szendy, Paris, Descl&#233;e de Brouwer, 2002, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique388&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://remue.net/spip.php?rubrique388&lt;/a&gt; (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes, &#171; L'Effet de r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;Communications&lt;/i&gt;, n&#176;11, mars 1968. Le texte est repris dans le recueil &lt;i&gt;Le Bruissement de la langue.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wolfgang Iser, &lt;i&gt;L'Acte de lecture. Th&#233;orie de l'effet esth&#233;tique&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Evelyne Sznycer, Bruxelles, Pierre Mardaga &#233;diteur, 1987, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mireille Calle-Gruber, &lt;i&gt;L'effet-fiction. De l'illusion romanesque&lt;/i&gt;, Paris, Nizet, 1989, p. 12. Elle ajoute comme une approche m&#233;thodologique de l'effet : &#171; effet-fiction &#8211; cela vise &#224; concilier deux degr&#233;s : l'intelligence du texte, l'intelligence de cette intelligence. C'est lire, et lire la lecture : ce qui conduit &#224; d&#233;chiffrer comment le texte s'&#233;crit, et non pas comment il &lt;i&gt;s'est&lt;/i&gt; &#233;crit, car sans fin il s'&#233;crit, &#224; chaque parcours d'une instance lectrice. &#187;, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Arnaud Welfringer reprend cette question &#224; propos des animaux des &lt;i&gt;Fables&lt;/i&gt; de La Fontaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vincent Jouve, &lt;i&gt;L'effet-personnage dans le roman&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanu&#232;le Grandadam, &lt;i&gt;Contes et nouvelles de Maupassant : pour une po&#233;tique du recueil&lt;/i&gt;, Mont-Saint-Aignan, Publication des universit&#233;s de Rouen et du Havre, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?rubrique388&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://remue.net/spip.php?rubrique388&lt;/a&gt; (Derni&#232;re consultation, le 20 juin 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La litt&#233;rature contemporaine et le r&#233;el </title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article282</link>
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		<dc:date>2014-10-28T16:18:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Chatelier, Patrick</dc:subject>
		<dc:subject>Cl&#233;men&#231;on, Fr&#233;d&#233;rique</dc:subject>
		<dc:subject>Bergounioux, Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>Claro</dc:subject>
		<dc:subject>Savelli, Anne</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S&#233;minaire fiction et r&#233;alit&#233;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;2011&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;Chatelier, Patrick&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Cl&#233;men&#231;on, Fr&#233;d&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Bergounioux, Pierre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot59" rel="tag"&gt;Claro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Savelli, Anne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot156" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en 2011, le 28 avril, invit&#233; au s&#233;minaire Interarts pour discuter de &#034;Fiction et r&#233;alit&#233;&#034;. J'avais propos&#233; de parler de litt&#233;rature contemporaine, et m'&#233;tais fix&#233; comme contrainte personnelle de parler de livres parus entre 2010 et 2011. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps a pass&#233; et la parution du s&#233;minaire a &#233;t&#233; diff&#233;r&#233;e, puis d&#233;plac&#233;e. Elle se retrouve aujourd'hui accueillie aux &#233;ditions L'Harmattan qui n'a pas jug&#233; bon d'envoyer un exemplaire aux contributeurs. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_637 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L152xH240/Fiction_re_alite_l_harmattan-7a923.jpg?1750250789' width='152' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme toujours dans ces publications, il faut couper le texte et, pour ma part l'amputer des trois-quarts... j'avais vu large, cette ann&#233;e-l&#224;. Bref, le texte paru dans ce recueil collectif se concentre sur un livre de Pierre Bergounioux mais j'ai voulu publier ici l'ensemble des r&#233;flexions et synth&#232;ses du 28 avril 2011. Occasion de retrouver les livres de Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on, d'Anne Savelli, de Pierre Bergounioux, de Claro et de Patrick Chatelier (et, hasard, d'&#233;voquer, un peu, des affaires de &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt;...).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La litt&#233;rature contemporaine et le r&#233;el&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; fiction &#187; est un pi&#232;ge. Plac&#233; &#224; c&#244;t&#233;, ou en corr&#233;lation &#224; celui de &#171; r&#233;alit&#233; &#187;, on voit autant d'articulations que de s&#233;parations possibles. On pourrait rejouer la grande sc&#232;ne grecque, celle de Platon opposant &lt;i&gt;muthos&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, et d&#233;non&#231;ant la fiction avec les ambigu&#239;t&#233;s que l'on sait (et sans doute la peur des effets de contaminations). L'autre th&#233;&#226;tre de pens&#233;e serait aristot&#233;licien, ce dernier s'opposant &#224; la radicalit&#233; de son vieux ma&#238;tre et d&#233;fendant la possibilit&#233; d'une fiction acceptable : elle serait vraisemblable et n&#233;cessaire. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; En d&#233;bordant cette ligne aristot&#233;licienne (marquant le vraisemblable et la biens&#233;ance classique du XVII&#232;me si&#232;cle et soutenant le r&#233;alisme litt&#233;raire du XIX&#232;me si&#232;cle), on posera d'abord la fiction comme r&#233;alit&#233;, comme exp&#233;rience possible du r&#233;el, comme relation r&#233;elle &#224; la r&#233;alit&#233; : exp&#233;rience de v&#233;rit&#233; du r&#233;el &#224; la condition qu'elle soit d'abord entendue comme exp&#233;rience de la litt&#233;rature, comme v&#233;rit&#233; de l'&#233;criture. C'est ce qui manque souvent aux th&#233;ories de la fiction, penser l'identit&#233; d'un contenu (la v&#233;rit&#233; s&#233;miotique du symbole ; la v&#233;rit&#233; de l'&#233;nonc&#233; fictionnel comme monde possible, la logique du r&#233;cit comme mise en ordre du donn&#233; et mod&#232;le de relation entre les fonctions narratives etc.) en omettant ce qui ce joue dans son &#233;criture (et pas seulement comme r&#233;alit&#233; stylistique mais aussi comme v&#233;rit&#233;, teneur de v&#233;rit&#233; dirait Benjamin, contenu de v&#233;rit&#233;, ou mat&#233;riau comme s&#233;diment du contenu social ajouterait Adorno).
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'opposition entre fiction et r&#233;alit&#233; est donc classique ; elle tend &#224; s&#233;parer la fiction de la r&#233;f&#233;rence entendue comme l'existant, la r&#233;alit&#233; reposant sur un r&#233;f&#233;r&#233; sur lequel repose la d&#233;monstration d'existence. Lorsque David Lewis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Daniel Lewis, Counterfactuals (1973), ou On the plurality of worlds (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; propose en 1973 de d&#233;passer cette opposition par l'id&#233;e de la fiction comme un monde possible, il remplace l'opposition initiale par l'opposition entre un monde actuel et un monde possible. Le probl&#232;me serait alors celui d'un possible hors de notre r&#233;alit&#233;. Bien s&#251;r, la fiction a une existence ph&#233;nom&#233;nale : des livres, des fichiers num&#233;riques, des &#233;crivains, des &#233;diteurs. Elle existe comme repr&#233;sentation (l'autre de l'&#234;tre que Platon distingue du n&#233;ant pour d&#233;signer le n&#233;gatif, le faux du sophiste). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On peut &#224; l'envi distinguer la fiction de la r&#233;alit&#233;, d&#233;noncer le mensonge romanesque, l'illusion de la r&#233;alit&#233; qui maintiendrait le lecteur de roman dans une semblance trompeuse du r&#233;el : le roman qui raconterait une s&#233;ance de s&#233;minaire et qui d&#233;crirait la salle, ses participants ne serait pas la r&#233;alit&#233; de ce qui est v&#233;cu par chacun. Mais il ne serait pas non plus &lt;i&gt;mensonge&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;illusion&lt;/i&gt; de cette r&#233;alit&#233;, ou, r&#233;ductionnisme un peu facile, son &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; de r&#233;alit&#233;. Car cette lecture serait d'abord la rencontre avec une &#233;criture avant d'&#234;tre la rencontre avec un sujet. Cette r&#233;alit&#233; de l'&#233;criture est premi&#232;re. C'est elle qui permet &#233;galement de penser la fiction comme espace d'exp&#233;rimentation, sans valeur d&#233;monstrative, certes, mais comme exp&#233;rience et enjeu de pens&#233;e. De ce point de vue, les &#233;critures contemporaines affrontent le monde avec un &#233;tat de la langue et des formes. Il n'y a bien &#233;videmment pas une litt&#233;rature contemporaine, pas plus qu'il n'y a un art contemporain&#8230; il y a une dispersion des formes et des univers litt&#233;raires, une multiplication des exp&#233;rimentations. Cela ne signifie pas qu'il ne puisse y avoir description ou distinction. C'est simplement les hi&#233;rarchisation classiques (roman/po&#233;sie, lyrisme/formalisme, lisible/illisible) ou, pour le dire avec Jacques Ranci&#232;re, les oppositions intransitivit&#233; litt&#233;raire et transitivit&#233; de l'usage communicationnelle, ou primat du signifiant versus signifi&#233;, bref toutes ces classifications qui ne sont plus satisfaisantes. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Dominique Viart dans &lt;i&gt;La litt&#233;rature fran&#231;aise au pr&#233;sent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominique Viart, Bruno Vercier, La litt&#233;rature fran&#231;aise au pr&#233;sent, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; distingue trois lignes directrices pour envisager la litt&#233;rature contemporaine. Il &#233;voque : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Une litt&#233;rature consentante&lt;/strong&gt;. Elle est du c&#244;t&#233; de l'imagination romanesque, elle pioche dans un r&#233;servoir fictionnel et globalement demeure dans la r&#233;p&#233;tition du connu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Une litt&#233;rature concertante&lt;/strong&gt;. C'est une litt&#233;rature qui serait dans les clich&#233;s du moment, dans le bruit culturel contemporain entre scandale calibr&#233; et formules r&#233;pondant au bain du spectacle ambiant. La pr&#233;occupation n'est pas ici l'&#233;criture, mais plut&#244;t le coup ou le bruit de fond m&#233;diatique &lt;br /&gt;&#8212; &lt;strong&gt;Une litt&#233;rature d&#233;concertante&lt;/strong&gt;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;C'est une litt&#233;rature qui d&#233;place l'attente, qui &#233;chappe au pr&#233;con&#231;u, au pr&#234;t-&#224;-penser culturel. Elle s'extrait du simple r&#233;gime de la consommation (la consommation des signes du spectacle et du spectaculaire). L'enjeu de ces &#233;critures, d&#233;ranger les consciences d'&#234;tre au monde, tenter de dire ou signifier le r&#233;el, la violence du monde, ou de l'intimit&#233; sans c&#233;der sur les questions d'&#233;criture : de nouvelles significations impliquent de nouvelles formes, de nouvelles syntaxes.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Avec l'expression litt&#233;rature d&#233;concertante, on comprendra une litt&#233;rature qui ne c&#232;de rien quant &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; teneur de v&#233;rit&#233; &#187;, ou d'un &#171; contenu de v&#233;rit&#233; &#187; (Walter Benjamin et Adorno). Son mat&#233;riau est constitutivement articul&#233; &#224; la soci&#233;t&#233;. Ce qu'&#233;crit Jacques Ranci&#232;re dans &lt;i&gt;Politique de la litt&#233;rature&lt;/i&gt; fait &#233;cho au concept adornien de &lt;i&gt;mat&#233;riau&lt;/i&gt; d&#233;velopp&#233; &#224; partir de sa th&#233;orie de la musique atonale et approfondi dans sa th&#233;orie esth&#233;tique. Sa th&#232;se est celle du mat&#233;riau (musical) comme s&#233;diment d'un contenu social. Le mat&#233;riau n'est pas seulement un ensemble de possibilit&#233;s artistiques (une grammaire pr&#233;d&#233;termin&#233;e) mais un produit de l'histoire &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; un horizon d'exp&#233;rience et d'exp&#233;rimentations qui articulent l'&#339;uvre &#224; la soci&#233;t&#233; : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; [Le] &#171; mat&#233;riau &#187;lui-m&#234;me, c'est de l'esprit s&#233;diment&#233;, quelque chose de socialement pr&#233;form&#233; &#224; travers la conscience des hommes. [&#8230;] C'est pourquoi, la confrontation du compositeur avec le mat&#233;riau est aussi confrontation avec la soci&#233;t&#233;, pr&#233;cis&#233;ment dans la mesure o&#249; celle-ci a p&#233;n&#233;tr&#233; dans l'&#339;uvre et ne s'oppose pas &#224; la production artistique comme un &#233;l&#233;ment purement ext&#233;rieur et h&#233;t&#233;ronome, comme consommateur et contradicteur. Les directives que le mat&#233;riau transmet au compositeur et que celui-ci transforme en leur ob&#233;issant, se constituent dans une immanente interaction. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor W. Adorno, Philosophie de la nouvelle musique, traduit de l'allemand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; La litt&#233;rature contemporaine vient inventer de nouvelles ad&#233;quations du langage au monde (proposer de nouvelles articulations entre signification des mots et visibilit&#233; des choses) alors m&#234;me la litt&#233;rature vit dans l'effondrement de toute destination finale. A partir du 19&#232;me si&#232;cle se mettent en place les conditions de son autonomie. Avec la modernit&#233;, la litt&#233;rature ne compte plus que sur elle-m&#234;me et avec elle-m&#234;me. D&#233;sormais, le rapport qu'elle entretient avec la soci&#233;t&#233; est un rapport de tension. Le mat&#233;riau est l'expression de cette tension et la pens&#233;e benjaminienne ou adornienne de la modernit&#233; l'expression de la tension et de l'aporie cr&#233;atrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faudrait faire un long d&#233;tour sur les enjeux de l'esth&#233;tique n&#233;gative (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Si la litt&#233;rature des ann&#233;es 1980 s'&#233;loigne des esth&#233;tiques des ann&#233;es 50-70, il demeure une litt&#233;rature inqui&#232;te qui fonde ses conditions de possibilit&#233; sur la conscience d'une incertitude et la n&#233;cessit&#233; d'un dialogue critique. D&#232;s lors l'&#233;criture &lt;i&gt;d&#233;concertante&lt;/i&gt; est cette conscience d'une n&#233;cessit&#233; et d'une impossibilit&#233;. Cette expression emprunt&#233;e &#224; Peter B&#252;rger (&lt;i&gt;La prose de la modernit&#233;&lt;/i&gt;) s'articule &#233;galement &#224; la pens&#233;e de Philippe Forest pour penser la litt&#233;rature (en g&#233;n&#233;rale), la contemporaine (en particulier). Dans son essai, &lt;i&gt;Le Roman, le r&#233;el&lt;/i&gt;, Philippe Forest propose une lecture moderne et apor&#233;tique du roman. Il propose en effet de penser le roman comme confrontation d&#233;chirante avec le &#171; r&#233;el &#187; qu'il distingue de la r&#233;alit&#233;. La r&#233;alit&#233; comme simulacre d'objectivit&#233; du monde, fausse stabilit&#233; interdisant l'exp&#233;rience du r&#233;el. Cette r&#233;alit&#233; est forme de programmation d'existence, de pens&#233;e et de gestes, une st&#233;r&#233;otypie interchangeable du vraisemblable (on retrouve ici le poids de l'h&#233;ritage aristot&#233;licien ; et Forest de d&#233;noncer &#233;galement l'impasse de la catharsis pour l'exploration du pathos). &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Pour Forest, la seule aventure d'&#233;criture envisageable contre cette mim&#233;tique, c'est l'exp&#233;rience nue du r&#233;el, envisag&#233;e comme exp&#233;rience de l'impossible, comme n&#233;gativit&#233;, donc d&#233;chirure, qui ne se r&#233;sout ni dans l'abstraction ou le formalisme, ni dans le n&#233;o-naturalisme. Sous la double tutelle de Lacan (&#171; Le R&#233;el, c'est l'impossible &#187;) et de Bataille (&#171; L'impossible, c'est la litt&#233;rature &#187;), Forest pose l'approche du r&#233;el comme une n&#233;cessit&#233; et une impossibilit&#233; : une n&#233;cessit&#233; consciente de son impossibilit&#233;, la n&#233;cessit&#233; d'aller au devant de ce qui se d&#233;robe, de ce qui se pose comme d&#233;chirement, vacillement, vertige, rebut et incertitude.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Le roman r&#233;pond &#224; l'appel du r&#233;el &#8211; tel que cet appel s'adresse &#224; chacun dans l'exp&#233;rience de l' &#171; impossible &#187;, dans le d&#233;chirement du d&#233;sir et celui du deuil (&#8230;). Quelque chose arrive alors qui demande &#224; &#234;tre dit et ne peut l'&#234;tre que dans la langue du roman car cette langue seule reste fid&#232;le au vertige qui s'ouvre ainsi dans le tissu du sens, dans le r&#233;seau des apparences afin d'y laisser apercevoir le scintillement d'une r&#233;v&#233;lation pour rien (&#8230;). Tel est le r&#233;alisme du roman qui proc&#232;de de l'existence afin d'en produire une repr&#233;sentation qui rende compte de l'exp&#233;rience v&#233;cue (&#8230;) et dont se d&#233;duit une v&#233;rit&#233;, le labeur de l'&#233;crivain consistant &#224; la reprendre sans fin, &#224; s'en revenir sans cesse vers elle (&#8230;) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Forest, Le roman, le r&#233;el, Nantes, Editions C&#233;cile Defaut, p. 8. On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; C'est dans cet espace que la litt&#233;rature s'affronte au monde et prend toute sa valeur, sa puissance et son importance esth&#233;tique. Le choix de lecture a &#233;t&#233; de concentrer les analyses sur des &#339;uvres r&#233;centes, un corpus litt&#233;raire articul&#233; &#224; l'actualit&#233;, ou plus exactement au &lt;i&gt;r&#233;el &lt;/i&gt;litt&#233;raire des ann&#233;es 2010-2011.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1. La fiction articul&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233;. &lt;br/&gt; Ou comment Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on renverse le consentant litt&#233;raire en &#233;criture d&#233;concertante.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L185xH272/Cle_menc_on-ea183.jpg?1750250789' width='185' height='272' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Les petits&lt;/i&gt;, paru en janvier 2011 aux &#233;ditions de l'Olivier est un livre compos&#233; de huit nouvelles, travers&#233;es toutes par la question des &lt;i&gt;petits&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire aussi bien les enfants que la relation que le monde entretient avec eux (et r&#233;ciproquement), le tout sous le signe de la violence et de la cruaut&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Entrer dans un livre de Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on, c'est entrer dans une tension et un regard radical, sans concession, sur le monde. Il s'agirait avec &lt;i&gt;Les petits &lt;/i&gt;de l'enfance, ou plus exactement de la place de l'enfant dans la soci&#233;t&#233;. Car ce qui d&#233;range (et qui fait la force du livre), c'est de nous rappeler que l'&lt;i&gt;enfant&lt;/i&gt; n'est justement pas un mot en italique, une notion qui se d&#233;tacherait de la r&#233;alit&#233;, du quotidien, de sa douceur comme de sa violence, de sa cruaut&#233;, de sa douleur, de son absurdit&#233;. Clemen&#231;on l'organise &#224; partir de questions de territoires :
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Voil&#224; ma vie, se disait Jean : rien de moins qu'une affaire de conqu&#234;te et de territoires, une minable affaire de territoire &#224; conqu&#233;rir - ou pas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on, Les petits, Editions de l'Olivier, 2011, p. 13&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est un axiome possible du livre. L'enfant est un de ces territoires. Parce que l'enfant est une &#233;ponge qui absorbe toutes les projections (sociales, familiales, id&#233;ologiques, etc.). Il est le c&#339;ur p&#233;n&#233;tr&#233; d'une soci&#233;t&#233; qui fabule un ailleurs dor&#233;, c'est-&#224;-dire ceux qui fantasment l'enfance comme un monde &lt;i&gt;&#224; part&lt;/i&gt;, un vert paradis soustrait aux lois du monde. Le contraire &#233;tant largement act&#233; dans &lt;i&gt;Les petits&lt;/i&gt;, le livre montre combien l'enfant est en prise directe avec la violence des territoires, ceux des classes sociales, des pr&#233;jug&#233;s, des id&#233;ologies, des sexualit&#233;s, des g&#233;n&#233;rations, des rapports entre les hommes et les femmes. Les enfants sont peut-&#234;tre m&#234;me les premiers &#224; les comprendre, &#224; les subir, &#224; en &#234;tre parfois aussi les f&#233;roces acteurs. Les enfants comme les autres.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Ces territoires prennent des formes multiples
&lt;br /&gt;&#8212; un bord de mer ou de fleuve, ce qu'il ouvre ou pas (&#171; Le bannissement de Jean &#187;, &#171; Les mains de maman &#187;, &#171; Le r&#234;ve de Lazare &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; les d&#233;m&#233;nagements et leurs cons&#233;quences (&#171; Les pianistes &#187;, &#171; Deux tu l'auras &#187;, &#171; Le r&#234;ve de Lazare &#187;, &#171; Les petits &#187;, &#171; Personne d'autre &#187;).&lt;br/&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Les mondes urbains : la zone pavillonnaire, la cit&#233;, le centre-ville &#171; Les pianistes &#187;, &#171; Deux tu l'auras &#187;, &#171; La guerre &#187;).&lt;br/&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; une cabane au bord du fleuve (&#171; Le r&#234;ve de Lazare &#187;).&lt;br/&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; La place qu'on occupe dans la classe et aussi la place qu'on a dans la vie comme dans la ville&#8230; et la r&#233;volte qu'on peut (&#171; Deux tu l'auras &#187;, &#171; La guerre &#187;).&lt;br/&gt;
&lt;br /&gt;&#8212; Une maison au bout d'une all&#233;e et un lotissement en bordure de ville.&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Chaque d&#233;placement est une bascule d'univers. C'est la possibilit&#233; d'une rencontre, d'une prise de conscience, d'une confrontation ou d'une mort possible. Chaque coin de rue est l'affrontement d'un monde. Les enfants le savent. Certains &#233;crivains aussi.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Les petits &lt;/i&gt;est structur&#233; par une tension constante. Il y a une basse continue, celle du monde, des haines familiales, des m&#233;pris sociaux, culturels et sexuels. Parce que le monde est mena&#231;ant et que cette menace n'exclut jamais ni les enfants, ni l'enfance. En ce sens, chaque nouvelle est une rencontre avec d'&#171; aimables monstres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on, Les petits, Editions de l'Olivier, 2011, p. 10&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simplement, ce ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Cette tension est &#233;galement une affaire d'&#233;criture, &#224; la fois celle des phrases, celle des nouvelles, et aussi l'organisation de l'ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au niveau de la phrase, il faut scruter le jeu d'amplification ou de r&#233;duction des phrases comme autant de lignes d'&#233;branlement : la premi&#232;re phrase-paragraphe, ample et complexe de la premi&#232;re nouvelle &#171; Le bannissement de Jean &#187;, phrase qui pose tout, ne laisse rien dans l'ombre et se termine justement par l'expression &#171; aimables monstres &#187;. Mais c'est aussi la phrase plus tendue et minimale de &#171; La guerre &#187; qui soul&#232;ve progressivement la vague de violence cach&#233;e au fond d'une classe d'&#233;cole. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; D'une nouvelle l'autre, Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on travaille &#233;galement ces tensions d'une mani&#232;re extr&#234;mement rude pour le lecteur, tension men&#233;e jusqu'&#224; la derni&#232;re phrase, et, pour chaque nouvelle, un renouvellement, des pistes d&#233;jou&#233;es. Travail constant d'un effet d'attente contrari&#233;. Cette &#233;criture de la pointe rappelle combien le livre de Cl&#233;men&#231;on s'inscrit dans une &#233;criture de la nouvelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Florence Goyet, La nouvelle. 1870-1925, Paris, Puf, 1993&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La configuration des deux premi&#232;res nouvelles est par exemple similaire : effet de sym&#233;trie entre les deux nouvelles&#8230; mais deux directions diff&#233;rentes, pour ne pas dire divergentes. Mais indiscutablement la lecture de la premi&#232;re nouvelle (&#171; Le bannissement de Jean &#187;) approfondit la tension de la deuxi&#232;me (&#171; Les mains de maman &#187;). Un p&#232;re seul avec ses enfants, une m&#232;re seule avec son fils, la vie qui s'&#233;chappe et la journ&#233;e au bord de la plage&#8230; chaque point final vient secouer l'attente du lecteur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Car toutes les fins de nouvelles sont redoutables tant d'un point de vue narratif que dans l'&#233;criture : subtilit&#233; par exemple du discours indirect libre de &#171; Les mains de maman &#187;, effroi du conditionnel dans &#171; Deux tu l'auras &#187;, image d'une libert&#233; insaisissable dans ce verbe &lt;i&gt;courir&lt;/i&gt; qui termine &#171; Les pianistes &#187;. Et toutes autres nouvelles &#224; d&#233;couvrir.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2. La r&#233;alit&#233; en question.&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ou comment l'&#233;criture d'Anne Savelli met en &#339;uvre le r&#233;el.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L250xH399/Franck_Savelli_-_copie-141b3.jpg?1750250789' width='250' height='399' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Franck&lt;/i&gt; d'Anne Savelli a paru en septembre 2010 aux &#233;ditions Stock. De quoi est-il question dans ce livre ? La tentative d'un souvenir, celui de Franck, un homme &#224; la d&#233;rive : les squats, la manche, les bistrots, la rue, les gares o&#249; dormir, la prison, etc. Voil&#224; de quoi &#233;crire une histoire avec des caract&#232;res, une action, des rebondissements, de la psychologie. Seulement voil&#224;, rien de cela dans le livre d'Anne Savelli. Dans ce livre, la m&#233;moire n'existe qu'&#224; condition du lieu. C'est quasiment la ville qui se souvient. L'histoire de Franck est enti&#232;rement dans les lieux, les noms des lieux arpent&#233;s, d&#233;crits par la narratrice. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; La chair urbaine est au c&#339;ur de l'&#233;criture d'Anne Savelli. La ville, la rue, le quartier, et bient&#244;t les trajets d'un point de la ville aux prisons sont le c&#339;ur d'une m&#233;moire amoureuse et tragique. Ils la portent autant qu'ils en sont le garant. C'est un fardeau d&#233;pos&#233;, la m&#233;moire, d&#233;pos&#233;e dans les lin&#233;aments du monde. Et seule l'&#233;criture peut en arracher des bribes, des fragments comme autant de blessures arrach&#233;es au silence. Car la m&#233;moire des rues est silencieuse. Taiseuse. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Tous &#8211; noms, directions, lieux et trajets &#8211; portent l'histoire de cet homme, cette d&#233;rive, et de la rive que la narratrice cherche &#224; &#234;tre &#8211; le bord qu'elle demeure par le livre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au milieu des architectures et des vagues de b&#233;tons qui tirent les lignes du livre, il est un point qui d&#233;vore les autres : La gare du Nord : pr&#233;sence masse : un incontournable autant qu'un insurmontable ; comme si, pour Franck cette arriv&#233;e-l&#224; &#233;tait d&#233;j&#224; la fin, le r&#233;ceptacle d'un fil trop tendu, &#224; seize ans d&#233;j&#224;. La gare du Nord comme l'ombre d'un monstre mythologique qui aurait, lui, englouti Ariane. La gare : lieu de transit, d'arriv&#233;e. Lieu de d&#233;part. Mais c'est ici surtout le lieu d'un attachement secret : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Vous &#234;tes assis au pieds d'un pilier, deux, trois, quatre peut-&#234;tre, un ou deux chiens et quelques rats. Vos sacs, vos chiens, vos rats, la gare du Nord les supporte encore, c'est le matin, les voyageurs obliquent apr&#232;s vous avoir vus et nous, venus de Saint-Lazare, de la place Budapest, groupe semblable en apparence, vous saluons. Vous ? Trois ou quatre corps jeunes, courb&#233;s, de biais, dos au piliers, tenus par quatre flancs de pierre, on dirait un bouquet tass&#233; contre un mur dont les tiges, fig&#233;es dans le sol ou dans la chute, attendent le vent. &#187; (p. 15)
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Les descriptions d'Anne Savelli r&#233;v&#232;lent ici la nature d&#233;sirante et d&#233;vorante des piliers de la gare pour mieux raconter ceux qui s'y sont litt&#233;ralement attach&#233;s &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Les piliers de pierre, gare du Nord, ont d'&#233;tranges d&#233;sirs : couvrir, envelopper les colonnes de fonte qui selon la l&#233;gende tissent un r&#233;seau veineux o&#249; serpente l'eau de pluie. Par un effet de construction, un creux dans le pyl&#244;ne qui draine l'orage jusqu'aux &#233;gouts, la gare enti&#232;re ruisselle, verri&#232;re, charpentes, demi-cercles de briques, la halle enti&#232;re r&#233;sonne. Les colonnes, quand on sait y coller l'oreille, murmurent, bruits de pas et de gouttes, saccades, &#233;coulements, un bercement du ciel pr&#233;cipit&#233; au sol qui s'arr&#234;te &#224; mi-course. &#187; (p. 15)
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Pour vous, c'est encore t&#244;t. Adoss&#233;s au pilier vous restez face aux quais, aux guichets, ou courb&#233;s sur vos sacs. Vous jouez. Vous b&#226;illez. Vous regardez. &#187; (p. 19-20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L&#224; o&#249; Franck trace les marques de la vie sur son corps par des tatouages de plus en plus d&#233;vorants, la narratrice absorbe l'espace de la ville, prend en elle, sur les lignes des cahiers et de la m&#233;moires les traces urbaines. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Toi qui prends pour les autres &#8211; c'est en tout cas ce que disent les tatouages nouveaux &#8211; toi ce que tu en dis c'est que le chemin trac&#233;, d'avance, comme on dit qu'il faut dire, que ce chemin trac&#233; disons &#224; la naissance il faut le creuser net profond et passer repasser, par-dessus, par-del&#224;, la tracer mieux encore pour en finir plus vite tu ne sais pas jusqu'o&#249;. &#187; (p. 76-77)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Et toujours de buter sur ces questions, sur ces trous, ces incertitudes que les cahiers ou les agendas anciens ne r&#233;solvent pas :
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Le cahiers de quarante-huit pages, couverture grise, aucune envie de l'ouvrir, ne dit rien de cette correspondance. &#187; (p. 47)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; ou&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; L'agenda pr&#233;cise : arriv&#233;e &#224; B&#233;thune le lundi 23 octobre 1989. 13h 30 : parloir. Soir : dormir &#224; la maison d'accueil. &#187; (p. 205-206)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; ou&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; L'agenda le raconte : mercredi 25 octobre 1989 &#224; 11 heures (&#8230;). L'agenda dit : (&#8230;). L'agenda l'oublie. &#187; (p. 208)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; ou&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; C'est ensuite difficile &#224; dire, les premiers jours, la m&#233;moire perd la face. L'agenda gris l'annonce, en tr&#232;s gros sur la page : SORTIE FRANCK le lundi 20 novembre 1989 &#187; (p. 215)
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'agenda n'est que la trace factuelle d'un pass&#233; qui ne se recompose qu'au passage de la ville, mais d'une ville &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; l'&#233;criture, d'un pass&#233; qui s'arrache en fragments dans l'&#233;paisseur de la m&#233;moire.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Ecrire le livre, c'est retrouver l'&#233;change avec l'autre, avec lui, Franck, c'est retrouver les lettres, le geste d'&#233;crire, celui de l'adresse : c'est profond&#233;ment le sens de ce &#171; tu &#187; : une approche litt&#233;raire de l'histoire pass&#233;e, de l'&#233;change avec la disparition &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le s&#233;diment du geste pass&#233; si rude et violent (les lettres envoy&#233;es au d&#233;tenu).
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; En ce sens, l'&#233;criture est g&#233;n&#233;alogie d'elle-m&#234;me, de ce qu'elle &#233;tait alors (&#233;pistolaire, carnets de notes, agendas) autant que g&#233;n&#233;alogie d'une histoire &#224; d&#233;chiffrer dans les traces sinueuse de la ville et de l'&#233;criture, le fait du corps, le fait du mort. Les premi&#232;res pages du livre m&#234;lent alors magnifiquement et tragiquement l'attente rue de Malte, celle de Franck, les traces d'un livre (Perec, &lt;i&gt;Un homme qui dort&lt;/i&gt; comme une &#233;vidence) et les mots que la soci&#233;t&#233; produit pour signifier la mort d'un homme. Pas besoin ici d'une narration qui r&#233;sumerait ce ne saurait l'&#234;tre, c'est par les fils tiss&#233;s de l'&#339;uvre qu'Anne Savelli raconte cette disparition, c'est par &lt;i&gt;Franck&lt;/i&gt; qu'on accompagne Franck.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;3. La fiction, le r&#233;el et l'Histoire. &lt;br/&gt; Ou la fabrique d'aporie de Pierre Bergounioux.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_633 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L198xH305/BERGOUNIOUX_Le-recit-absent_-_copie-5a0d9.jpg?1750250789' width='198' height='305' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le R&#233;cit absent&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt;. Ou &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le R&#233;cit absent&lt;/i&gt; sont deux textes parus en un volume aux &#233;ditions Argol en janvier 2011. Ces deux livres possibles se joignent t&#234;te-b&#234;che en un seul volume. Cette seule description est d&#233;j&#224; celle d'un dispositif litt&#233;raire, un lieu th&#233;orique qui interroge un espace de convergence possible, &lt;i&gt;ou non&lt;/i&gt;. Un volume, deux textes&#8230; et un espace de fr&#244;lement. Entre les deux pr&#233;mices textuels, un espace blanc, un espace d'absorption des termes renvers&#233;s (et aucune solution &#224; la m&#233;taphore syllogistique). Car ce livre est une grande trou&#233;e qui trouve son point d'&#233;quilibre dans le glissement inconciliable des bords.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Deux ab&#238;mes donc.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Celle de l'Histoire &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de la litt&#233;rature, comme celle du r&#233;cit : deux affaires de manque, d'impossibilit&#233;, de traces d'absence qu'il s'agit pourtant d'affronter. Les deux textes sont l'&#233;criture de ces manques. Ils portent en eux puisque un r&#233;cit est absent, un r&#233;cit s'absente de l'Histoire alors que &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt; affronte cette absence par la m&#233;taphore &lt;i&gt;catastrophique&lt;/i&gt; du trou port&#233; par le titre.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le R&#233;cit absent&lt;/i&gt; balaye l'Histoire du XX&#232;me si&#232;cle et le point central de la seconde guerre mondiale au regard du romanesque. Qu'est-ce que l'Histoire, l'&#233;v&#233;nement de l'Histoire induit pour l'aventure du roman, son absorption du ph&#233;nom&#232;ne historique ? Si le titre travaille en tension avec un sous-texte blanchotien, le texte de Bergounioux est une implacable dialectique qui mesure la place de l'Histoire dans l'esth&#233;tique romanesque et la place du roman dans l'aventure des soci&#233;t&#233;s, et plus particuli&#232;rement dans l'&#233;v&#233;nement in&#233;dit, l'av&#232;nement d'une soci&#233;t&#233; communiste, celle sovi&#233;tique, issue directement du premier conflit mondial&#8230; et structurellement de strates plus profondes : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Il n'est pas de p&#233;ril qu'on brave pour accomplir un r&#234;ve form&#233;, cinq mille ans plus t&#244;t, dans les casernes d'esclaves des empires hydrauliques, hasard&#233;, en l'an 70, avec Spartacus, sur le terrain de la r&#233;alit&#233; o&#249; il finit crucifi&#233;, repouss&#233; dans sa nuit jusqu'en 1871 que le peuple de Paris instaure une Commune de cent jours, laquelle s'ach&#232;ve, selon une antique habitude, dans le sang, au cimeti&#232;re du P&#233;re-Lachaise, contre le mur des F&#233;d&#233;r&#233;s. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bergounioux, Le R&#233;cit absent, Paris, Argol, 2011, p. 10.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Il faut les m&#233;andres d'une seule phrase pour faire tenir la logique de l'histoire dans cet arc r&#233;volutionnaire. C'est l&#224; qu'est le fondement historique creus&#233; par la dialectique marxiste de L&#233;nine. La note biographique, dans son geste mat&#233;rialiste entre fait de superstructure et traumatisme sanglant de l'ali&#233;nation, permet &#224; Pierre Bergounioux de condenser en quelques phrases, les strates d'une histoire qui accomplira l'Histoire : &#171; D&#232;s 1848, Marx &#226;g&#233; de trente ans &#224; peine publie le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt;. Vingt-trois ans plus tard, le peuple de Paris instaure un gouvernement socialiste qui ne durera pas. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, &#224; Simbirsk, l'&#233;pouse d'un inspecteur des &#233;coles nomm&#233; Uljanov a donn&#233; le jour &#224; un deuxi&#232;me gar&#231;on, Vladimir Ilitch. Son temp&#233;rament, qui est &#233;nergique et gai, l'aurait peut-&#234;tre port&#233; &#224; embrasser une carri&#232;re sans histoire d'avocat si, en 1887, le pouvoir tsariste n'avait pas fait pendre son a&#238;n&#233; de trois ans, Alexandre, accus&#233; de complot. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 23.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'&#233;criture de Bergounioux inscrit bien L&#233;nine entre les faits historiques, intellectuels, et le parcours personnel.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Bergounioux trace dans ces pages une r&#233;flexion mat&#233;rialiste de l'Histoire, il le fait depuis la litt&#233;rature. La n&#233;cessit&#233; stylistique de cette phrase en serait la preuve. Il tient (et fait tenir) dans cette seule phrase le creuset historique de l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire. La direction (historique) est pr&#233;cis&#233;ment ici geste &lt;i&gt;de litt&#233;rature&lt;/i&gt;. La question pos&#233;e est celle de la relation entre le r&#233;cit et l'Histoire, la fiction et le r&#233;el, leur frottement, le temps du dialogue. La r&#233;ponse de Bergounioux n'est finalement pas strictement th&#233;orique, l'essai n'est qu'une dimension du livre. Elle s'articule, dialogue, fait face au r&#233;cit, &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Que faut-il compter entre l'&#233;v&#233;nement et la version &#233;crite qu'il trouvera, peut-&#234;tre, sur le papier ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibidem.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Suit une analyse historique de Bergounioux des conditions de possibilit&#233; d'une esth&#233;tique du roman avec l'&#233;v&#233;nement historique&#8230; pour tenter de r&#233;pondre &#224; cette question. C'est la question centrale que pose le livre. La r&#233;ponse qui suit est stricte, droite, limpide. La lecture h&#233;g&#233;lienne de cette temporalit&#233; tient dans un gouffre brillant, et ferait presque omettre la modalisation interne, ce &#171; peut-&#234;tre &#187; qu'on oublierait presque &#224; la lecture de ce qui suit. Mais Bergounioux ne l'oublie pas car c'est l'enjeu m&#234;me de ce livre : l'absente de tout r&#233;cit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tout de m&#234;me. Combien ? Combien de temps ? &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Dans l'Antiquit&#233;, trois si&#232;cles. (&#8230;) A l'aube des Temps modernes, cent ans suffisent. (&#8230;) Le d&#233;lai raccourcit de moiti&#233; entre les &#233;v&#232;nements de l'an II et le roman intitul&#233; &lt;i&gt;Les Chouans&lt;/i&gt;&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 23-24.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'aventure esth&#233;tique du roman est intrins&#232;quement articul&#233;e &#224; l'Histoire. C'est par l'explication des donn&#233;es historiques de la formation de l'esprit occidental que l'on peut envisager la conscience intellectuelle et artistique, son &#233;volution : passage du mod&#232;le guerrier au mod&#232;le aristocratique ; &#233;volution vers l'esprit bourgeois, puis vers une fin des mod&#232;les structurant. C'est ce qui pousse progressivement l'esprit et le roman dans les marges apr&#232;s un ultime sursaut : les r&#233;cits de la d&#233;gradation de l'existence par l' &#171; essor de la civilisation mat&#233;rielle &#187; saturant le XIX&#232;me si&#232;cle. La lecture mat&#233;rialiste de Bergounioux articule les faits litt&#233;raires (romanesques) aux conditions socio-&#233;conomiques et id&#233;ologiques. La cr&#233;ation romanesque est intrins&#232;quement articul&#233;e aux mouvements historiques. Y compris dans le chaos romanesque d'un Joyce, Proust, Kafka ou Faulkner. Comme l'&#233;crit Adorno, le mat&#233;riau esth&#233;tique est toujours s&#233;diment d'un contenu social. L'enjeu de l'essai est celui de la possibilit&#233; romanesque d'un r&#233;cit de l'aventure sovi&#233;tique. Outre l'aventure r&#233;volutionnaire, le point nodal est celui de la seconde guerre mondiale. Si la premi&#232;re partie de l'essai revient sur l'&#233;v&#233;nement r&#233;volutionnaire, la seconde sur la relation entre fiction et histoire, la troisi&#232;me partie interroge pr&#233;cis&#233;ment la question de l'&#233;criture sous le r&#233;gime sovi&#233;tique. L'enjeu est pos&#233; en ouverture de chapitre :
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Il n'existe pas, en principe, de contradiction entre l'organisation sociale de l'URSS et son expression approch&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 47.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; La question pos&#233;e par Bergounioux n'est pas celle d'une simple dialectique h&#233;g&#233;lienne de l'histoire du roman mais une enqu&#234;te sur les conditions de possibilit&#233; d'une voix, d'une &#233;criture romanesque de l'&#233;v&#233;nement par ceux-l&#224; m&#234;me qui l'ont fabriqu&#233;. Ce qu'il d&#233;montre c'est son impossibilit&#233; jusqu'&#224; l'aventure sovi&#233;tique o&#249; les conditions historiques, sociales et id&#233;ologiques auraient d&#251; rendre possible ce rapport direct du r&#233;el historique au r&#233;el esth&#233;tique de son &#233;criture. Or, comme le montre Bergounioux, cela n'aura pas lieu. Les conditions politiques (stalinisme, jdanovisme et r&#233;alisme socialiste) rendront impossible cette &#233;mergence. La logique totalitaire rend impossible l'&#233;mergence d'une voix qui ne serait pas officielle, qui accepterait une litt&#233;rature qui affronte justement l'obscurit&#233; et l'incertitude propre &#224; une r&#233;alit&#233; qui ne se r&#233;duit peut-&#234;tre pas &#224; une d&#233;monstration.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Or &lt;i&gt;l'&#233;v&#233;nement &#233;chappe&lt;/i&gt; (&#171; A qui la port&#233;e de l'&#233;v&#233;nement peut-elle &#233;chapper ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 78.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) car il reste &#224; inventer le texte d'une exp&#233;rience sans pr&#233;c&#233;dent ni &#233;quivalent. &#187; (p. 79). C'est ici que le texte s'absente, car, explique Bergounioux, la bascule sovi&#233;tique dans le stalinisme, et plus pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;ologie jdanovienne, l'emp&#234;che. Pas de texte. La rupture induite par la mise en place du pouvoir stalinien &#233;touffe, &#233;limine et d&#233;truit irr&#233;m&#233;diablement les restes de l'enthousiasme r&#233;volutionnaire de 1917 (&#171; les figures brillantes, inventives, qui avaient pris le contr&#244;le des &#233;v&#233;nements pour en tirer le premier Etat socialiste ont disparu, de mort naturel, comme L&#233;nine, ou sauvagement assassin&#233;es, comme Trotski, Kamenev, Zinoviev et des milliers d'autres. Et que des hommes sans scrupules, des bandits, de sombres imb&#233;ciles, ont man&#339;uvr&#233; pour occuper les postes cl&#233;s de l'appareil d'Etat. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 58-59.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). La neutralisation du &lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt; de la litt&#233;rature (et de son impouvoir fondamental) passe par son absorption dans les structures &#233;tatiques (&#171; la sph&#232;re politique a englob&#233;e celle, essentiellement incertaine et d&#233;sormais n&#233;cessaire, de la litt&#233;rature, puisque l'individu est une cr&#233;ation de l'Etat, la conscience de soi l'envers du monopole de la coercition physique l&#233;gitime. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 59&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Jdanov tiendra ce r&#244;le. La doxographie qu'il instaure ne s'int&#233;resse pas aux faits mais &#224; l'orientation id&#233;ologique qu'il faut leur donner pour imposer une logique totalitaire irr&#233;ductible (cf. p. 62). L'id&#233;e m&#234;me que la litt&#233;rature puisse affronter l'incertitude et l'obscurit&#233; de la r&#233;alit&#233; est d&#233;sormais impossible. Impossible parce qu'interdit, la police esth&#233;tique jdanovienne veille &#224; ce que la doxa du &#171; r&#233;alisme socialiste &#187; soit la seule ligne de conduite. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Pierre Bergounioux multiplie les r&#233;f&#233;rences autour de ce tournant accomplissant une v&#233;ritable terreur esth&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le parcours de Bakhtine p. 60-61 ; p. 62 l'ann&#233;e 1934 avec l'Union des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; mais &#224; aucun moment il n'utilise l'expression &#171; r&#233;alisme socialiste &#187;. Son attention au langage, au sens de ces deux termes, aux concepts que, s&#233;par&#233;ment, ils creusent, lui interdit sans doute l'&#233;normit&#233; monstrueuse de l'expression stalinienne. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Ce tournant id&#233;ologique qui explique l'absentement (policier) du r&#233;cit pour Pierre Bergounioux induit un changement de vision de la soci&#233;t&#233; (&#233;clairant autant le dernier chapitre du &lt;i&gt;R&#233;cit absent&lt;/i&gt; que l'amorce du&lt;i&gt; Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt;) : c'est le passage d'une culture du texte, livresque &#224; une culture de l'industrie. La question industrielle et militaire (et bient&#244;t militaro-industrielle) prend d&#233;finitivement le pas sur d'&#233;ventuelles consid&#233;rations philosophiques ou litt&#233;raires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir p. 62, les relations de l'URSS avec le III&#232;me Reich, la figure de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'alternative apor&#233;tique de Bergounioux, c'est de substituer l'&#233;pop&#233;e humaine devenue impossible &#224; l'&#233;pop&#233;e technique. La culture militaire est d&#233;sormais une culture technique. C'est elle qui devient l'enjeu. Se formule donc une nouvelle possibilit&#233;, celle de l'invention du char sovi&#233;tique. Il traduit et illustre ce renversement militaire et industriel de la pens&#233;e. Car, une fois les penseurs purg&#233;s ou &#233;radiqu&#233;s, c'est la pens&#233;e elle-m&#234;me qui dispara&#238;t &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'histoire des chars de la seconde guerre mondiale (T34, JS2, etc.), cette technique qui devient strat&#233;gie militaire, et bient&#244;t &#233;v&#233;nement de l'histoire, se transforme en v&#233;ritable &lt;i&gt;l&#233;gende&lt;/i&gt; (si l'on entend la &lt;i&gt;legenda&lt;/i&gt; comme &#233;tant ce qui doit &#234;tre lu). L&#224; est la mati&#232;re du livre qui manque. Le char sovi&#233;tique est pour Pierre Bergounioux le pr&#233;cipit&#233; (chimique et esth&#233;tique) de la R&#233;volution : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Les &#233;quipages de chars rassemblent, dans le m&#234;me espace confin&#233;, des hommes dont les uns pourraient &#234;tre les p&#232;res des autres, et les premiers le plus souvent, aux ordres des seconds, qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; de l'intense effort d'alphab&#233;tisation et d'endoctrinement entrepris d&#232;s la R&#233;volution. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bergounioux, Le R&#233;cit absent, Op. Cit., p. 77.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le char devient l'espace ext&#233;rieur de l'&#233;v&#233;nement &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; l'espace int&#233;rieur d'une concentration narrative. L'essai se termine donc comme un retournement &#224; venir, celle du r&#233;cit absent. Il s'agit d'affronter le possible. C'est donc au moment o&#249; l'on referme &lt;i&gt;Le R&#233;cit absent&lt;/i&gt; qu'on peut entrer dans l'espace intervallaire du livre. Bergounioux ne comblera aucune absence, ne se substituera pas au geste inconnu d'un jeune sovi&#233;tique qui ne serait pas revenu de la guerre, ou serait revenu sans pouvoir &#233;crire ailleurs que sous les fourches caudines du jdanovisme. Bergounioux va seulement saisir ce moment de bascule, o&#249; le char devient le seul h&#233;ros qui reste. Avec &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt;, Pierre Bergounioux affronte un possible qui n'a pas eu lieu, une absence : la possibilit&#233; du r&#233;cit, et les restes de personnages dans l'&#233;v&#233;nement ; la place du char qui vient litt&#233;ralement trouer les lignes romanesques. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; C'est alors qu'on peut faire la lecture du r&#233;cit, de la fiction &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt; qui vient creus&#233;, approfondir, renvoy&#233; en miroir cette figure du char. L'Histoire ne peut plus &#234;tre saisie comme &#233;v&#233;nement mais seulement en bordure.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Bordure photographique d'abord&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'affaire s'approfondit quand on d&#233;bute &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt;. En effet, le r&#233;cit est &#233;galement un dialogue intense avec une image, une photographie plac&#233;e en couverture, et surtout une image qui surtout ouvre le r&#233;cit. La photographie vient ici documenter le monde, et ouvrir la br&#232;che de l'&#233;criture qui va plonger dans l'&#233;paisseur du blindage et des humains qui traversent l'Europe pour aller &lt;i&gt;lib&#233;rer&lt;/i&gt; l'Allemagne. Ce miroir photographique qui tisse la possibilit&#233; narrative du &lt;i&gt;Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt; appara&#238;t alors dans les n&#339;uds du texte, comme un battement suppl&#233;mentaire, cette vie militaire, ce possible du texte qu'on ne saurait saisir qu'aux bordures : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; C'est cet instant qu'a fix&#233; un photographe aux arm&#233;es. L'image montre Oleg &#224; moiti&#233; couch&#233; derri&#232;re l'arme, la t&#234;te d'Ivan qui d&#233;passe derri&#232;re. Au premier plan, les crochets de fixation des r&#233;servoirs d'essence, la section de blindage lat&#233;ral &#8211; neuf centim&#232;tres &#8211;, grossi&#232;rement boulonn&#233;e, enfin, sur la tourelle, le num&#233;ro du char, 103. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bergounioux, Le Baiser de sorci&#232;re, Paris, Argol, 2010, p. 45.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'id&#233;e de bordure est celle d'une dynamique. Elle n'est ni fronti&#232;re, ni s&#233;paration mais ligne instable d'un passage, c'est-&#224;-dire la condition fragile d'un d&#233;bordement. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se situent les deux textes de Bergounioux r&#233;unis dans le livre publi&#233; par Argol en 2010, ils sont &lt;i&gt;en bordure&lt;/i&gt;. La dynamique d'&#233;change, de frottement, de relations repose sur ces renvois en miroir, &#224; commencer par la photographie.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'autre &#233;change miroirique est bien s&#251;r dans le rapprochement qu'il faudrait faire avec &lt;i&gt;B-17G&lt;/i&gt;, autre texte de Bergounioux publi&#233; chez Argol. La relation est dense entre les deux textes : un rapport pointu &#224; la photographie, un ancrage historique, le r&#233;cit d'une g&#233;n&#233;ration, la m&#234;me jeunesse sur les fronts de la seconde guerre mondiale, le m&#234;me enferment machinique ; et la dialectique inframince qui travaille les deux textes : l'arm&#233;e et la jeunesse am&#233;ricaines pour l'un, la vie sovi&#233;tique pour l'autre ; la forteresse volante de l'arm&#233;e am&#233;ricaine et le char sovi&#233;tique baptis&#233; &lt;i&gt;Joseph Staline 2&lt;/i&gt; qui entre dans Berlin&#8230; et deux fois le go&#251;t du d&#233;sastre qui perdure entre l'avion qui s'effondre sous l'attaque allemande tandis que le char est d&#233;truit par le baiser de sorci&#232;re final.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; C'est par le confinement des machines de guerre (avion, char) que les deux r&#233;cits convergent. C'est dans ces espaces &#233;triqu&#233;s et lourdement arm&#233;s que ces hommes partagent l'aventure, la frayeur et la destruction guerri&#232;re. Comme suppos&#233; par la lecture du &lt;i&gt;R&#233;cit absent&lt;/i&gt;, l'&#233;quipage du char est &#224; la fois la possibilit&#233; d'un condens&#233; sovi&#233;tique et le fr&#233;missement d'une narration :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Le jour suivant, les &#233;quipages sont constitu&#233;s. Ivan combattra avec un chauffeur de car de Novogorod, Ilya, vingt-cinq ans, qui conduira, un employ&#233; du greffe du tribunal administratif de Perm. Stepan, quarante-cinq ans, qui a &#233;t&#233; bless&#233; &#224; Briansk, radio, Oleg, vingt, silencieux, distant. Il n'a dit ni d'o&#249; il venait ni ce qu'il faisant, avant d'&#234;tre incorpor&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., 16.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Mais Bergounioux ne c&#232;de pas &#224; la tentation de ce qui pourrait faire &#233;pop&#233;e. Il en sait non pas la vanit&#233; mais l'impossibilit&#233; structurelle : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; Pour la premi&#232;re fois dans l'Histoire, la force de combat, qui n'est jamais que la force de travail appliqu&#233;e &#224; une besogne n&#233;gative, &#224; une d&#233;sutilit&#233; calcul&#233;e, massive, poss&#232;de l'aptitude &#224; formuler le r&#233;el comme exp&#233;rience du pr&#233;sent, sur site. (&#8230;) Ce qu'ils ont fait, il n'entend pas que des types qui sont rest&#233;s le derri&#232;re sur leur chaise, dans des bureaux de Unions des Ecrivains, le traitent encore &#224; leur mani&#232;re, le rendent m&#233;connaissable, le leur retirent, &#224; eux qui savent parce qu'ils ont agi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 52-54.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il se concentre donc sur cette travers&#233;e de l'&#233;v&#233;nement depuis le char, les orifices de la tourelle et un regard qui s'invente en regardant les ruines de l'Europe. R&#233;cit dense, tendu, qui articule dans une m&#234;me touffeur la technique du char, son &#233;volution et les &#233;clats de vie de ces tankistes sovi&#233;tiques entre les images des paysages de guerre (cf. p. 28), celles des combats (cf. p. 35 et suivantes), et les moments de quasi r&#234;ve d'une image de l'Union Sovi&#233;tique (voir p. 22 et suivantes). Mais, comme l'a sugg&#233;r&#233; Bergonioux et le dispositif de son livre, ce r&#233;cit se lit dans son absentement m&#234;me. Il ne cesse d'&#234;tre le signe d'une instabilit&#233;, d'un d&#233;s&#339;uvrement. La premi&#232;re phrase du livre l'indiquait. Imm&#233;diatement.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; &#171; L'homme nouveau &#187;, qui pourrait &#234;tre un adolescent de Moscou ou de Iaroslav ou de Riazan, est arriv&#233; fin novembre 1944, entre Kazan et Moscou, o&#249; sont form&#233;es les nouvelles recrues de la premi&#232;re Arm&#233;e blind&#233;es de la Garde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 10.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Double effet de modalisation et d'incertitude : entre le conditionnel pr&#233;sent de la subordonn&#233;e et la multiplication des lieux d'une origine possible, on comprend que le personnage est fragile. Mais c'est d&#232;s le titre du livre que tout s'absente. L'explication du titre appara&#238;t exactement au milieu du r&#233;cit comme une force physique, celle d'un trou noir, qui du titre &#224; sa derni&#232;re phrase, aspirerait toute possibilit&#233; du r&#233;cit et ne confierait au lecteur que l'&#233;tendu du d&#233;sastre de l'Histoire. Car le baiser de sorci&#232;re est le nom d'une arme et la m&#233;taphore de son r&#233;sultat : &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; &#171; Ivan surprend, au passage, tout pr&#232;s, sur la tourelle, un petit trou noir au milieu d'un cerne d&#233;color&#233; par la chaleur intense d'une charge creuse &#8211; &#171; le baiser de sorci&#232;re &#187;, comme disent les soldats. (&#8230;) Dehors, c'est peu de choses. On dirait qu'une bouche aux l&#232;vres noires a d&#233;pos&#233; un baiser sur l'acier, dard&#233; une fine langue br&#251;lante. Mais dedans, tout a &#233;t&#233; consum&#233;, l'&#233;quipage carbonis&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 31-32.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est aussi une affaire de langue, celle que l'&#233;v&#233;nement comme l'id&#233;ologie peut contraindre et d&#233;truire. La calcination au c&#339;ur du r&#233;cit &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt; est la r&#233;sonance m&#233;taphorique et persistante de ce &lt;i&gt;R&#233;cit absent&lt;/i&gt;, condamn&#233; par l'Histoire et l'id&#233;ologie.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_634 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L198xH305/BERGOUNIOUX_Le-Baiser-de-Sorciere_-_copie-721ed.jpg?1750250789' width='198' height='305' alt='' /&gt;
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&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4. De la &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt;. &lt;br/&gt; Ou comment la r&#233;alit&#233; de l'&#339;uvre cin&#233;matographique est aussi un enjeu pour la fiction litt&#233;raire. Avec Patrick Chatelier et Claro.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L195xH288/Cahtelier-e9b77.jpg?1750250789' width='195' height='288' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; La r&#233;flexion autour de la &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt; porte sur les relations entre les arts et le cin&#233;ma, notamment certaines installations vid&#233;o et le cin&#233;ma. Nous sommes bien l&#224; face au r&#233;el de l'art qui produit des &#339;uvres et approfondit notre relation &#224; la r&#233;alit&#233;, notamment notre exp&#233;rience de l'image. Le mot-valise symbolise cette r&#233;flexion sur ces relations complexes. La &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt; est &#224; entendre comme un mode de relation esth&#233;tique et critique &#224; l'image cin&#233;matographique. Cette derni&#232;re devient un v&#233;ritable mat&#233;riau de travail, une mati&#232;re d'image, un corps &#224; la fois g&#233;n&#233;rique et inachev&#233; produisant d'autres formes &#224; partir d'un impens&#233; de l'image&#8230; producteur de fant&#244;mes et donc de r&#233;cits. La question de la &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt; n'est pas seulement la relation des images cin&#233;matographiques &#224; l'art contemporain, mais un rapport plus g&#233;n&#233;ral aux autres arts, &#224; commencer par la litt&#233;rature contemporaine. Dans un essai &#224; para&#238;tre en 2015 aux &#233;ditions Klincksieck, &lt;i&gt;Cin&#233;mati&#232;re. Arts et cin&#233;ma&lt;/i&gt;, je reviendrai sur quelques aspects de la litt&#233;rature d'aujourd'hui avec la question cin&#233;matographique, notamment &#224; partir de Claro, Patrick Bouvet, Eric Rodepierre, Tanguy Viel, Patrick Chatelier ou Don DeLillo. Voici quelques notes sur le roman de Patrick Chatelier &lt;i&gt;Pas le bon, pas le truand&lt;/i&gt;, paru aux &#233;ditions Verticales en mars 2010. Ce livre n'est pas une installation vid&#233;o, et ne cherche absolument pas &#224; l'&#234;tre. Les propositions esth&#233;tiques ne se r&#233;duisent pas &#224; un espace artistique, elles suivent les courants souterrains qui produisent les &#339;uvres. Le cin&#233;ma (un film en particulier, des images autant que son imaginaire) n'est pas ici un pr&#233;texte pour la litt&#233;rature mais un pr&#233;alable, une mati&#232;re d'&#339;uvre qui travaille &#224; partir d'un &#233;cart, d'une distance&#8230; l'&#233;cart litt&#233;raire &#233;tant, &#224; partir d'un visible, mani&#232;re d'inventer un im-pr&#233;visible, c'est-&#224;-dire d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; De quoi s'agit-il ? De quoi, ou de qui est-il question dans ce livre ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'un idiot. Il y a d'abord un idiot enferm&#233; dans une bo&#238;te, une cabane en forme de bo&#238;te &#224; images o&#249; s'agitent des fant&#244;mes et forment une trame narrative absorbant litt&#233;ralement le spectateur. C'est donc d'abord une surface-image (r&#233;miniscence lucr&#233;tienne : &#171; Qu'y a-t-il dans une rivi&#232;re ? L'idiot ne le sait pas puisque c'est un idiot. Un idiot ne voit jamais sous les surfaces : il reste devant &#224; regarder, guetter, se balancer pendant des heures en singeant son reflet. Il voit seulement ce qui sort de la rivi&#232;re, bouche ouverte. (...) Il voit bien qu'il pourrait voir autre chose. L&#224;-dessous des cr&#233;atures vivent et se r&#233;pondent, toute une architecture fragile d'herbes et de laitances, d'&#233;pluchures et de mollards tenus par les bulles, les remous, les vaguelettes, par la fa&#231;on dont l'eau se rassemble en goutte, puis en flaque, en rivi&#232;re, puis en mer peut-&#234;tre (si un jour tu vois la mer), esp&#232;ce de couvercle pour un monde &#224; la fragile architecture. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Chatelier, Pas le bon, pas le truand, Paris, Verticales, 2010, p. 23.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) avant la bo&#238;te noire cin&#233;matographique symbolis&#233;e par la cabane (&#171; Quand, apr&#232;s deux heures, ils finissent par ouvrir la porte de la cabane, ils demandent si &#231;a lui a plu. Ebloui, il hausse l'&#233;paule et s'&#233;loigne en zigzaguant la gorge nou&#233;e. Il a vu des choses extraordinaires dans cette cabane. Derri&#232;re les cent pas fantomatiques du trappeur, fondus aux braises de la chemin&#233;e, s'entendant sur le mur jusqu'aux poutres, des univers ont surgi pour le happer. &#187; (p. 41), espace arch&#233;typal o&#249; se produisent et se diffusent des formes sans consistance c'est-&#224;-dire un monde de &#171; magie fantomatique &#187; (p. 42).)
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Dans cet espace, ce monde ferm&#233;, ouvert sur un ailleurs &#233;trange, l'idiot devient un principe oculaire : il voit l'autre de l'image autant que son &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt;. Se d&#233;veloppe donc dans ce livre une &#233;ducation narrative au regard, un travail de la &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt; comme acte esth&#233;tique et litt&#233;raire &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#171; De cette nouvelle vision tu ressors un peu plus h&#233;b&#233;t&#233;, fragile comme les corps h&#233;b&#233;t&#233;s de chagrin, jambes en coton, coeur en loque, et tu regardes depuis ta cachette la sc&#232;ne dont rien n'a chang&#233;, quatre statues de cire formant une tabl&#233;e, quatre convives qui ne pleurent personne avec leurs larmes de cire, ne sont les effigies d'aucun mort, n'esp&#232;rent aucune r&#233;surrection, attendent simplement et depuis longtemps et sans se lasser : on ne sait quoi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si tu regardes mieux, si maintenant tu t'extirpes totalement du songe, si tu chasses les restes de vision sous la cire et le sel, tu constateras qu'en r&#233;alit&#233; quelque chose a chang&#233;. Georges Butler. Regarde Georges Butler. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 102.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; L'exp&#233;rience litt&#233;raire de &lt;i&gt;Pas le bon, pas le truand&lt;/i&gt;, au-del&#224; de l'instance narrative est exp&#233;rience nouvelle du regard. Elle repose sur un principe de l'&lt;i&gt;entrevue/e &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire une mise en tension dialectique du mat&#233;riau filmique de Sergio Leone. L'&lt;i&gt;entrevu/e &lt;/i&gt;est &#224; la fois une exp&#233;rience fragmentaire (une exp&#233;rience du fragmentaire), un aper&#231;u du visible. Disons qu'on aper&#231;oit toujours un film et que, pour voir &lt;i&gt;Le bon, la brute et le truand&lt;/i&gt;, il faut relire &lt;i&gt;Pas le bon, pas le truand&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire transformer l'exp&#233;rience du voir et du d&#233;j&#224;-vu non pas en forme de reconnaissance mais en une exp&#233;rience esth&#233;tique. C'est-&#224;-dire une connaissance. En cela l'entrev&lt;i&gt;u&lt;/i&gt; devient entrev&lt;i&gt;ue&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire dialogue et interrogation, exp&#233;rience litt&#233;raire. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Deux pistes &#224; suivre sur le terrain de l'exp&#233;rience esth&#233;tique :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est d'abord un mode d'appr&#233;hension de la brute par la nomination. D&#232;s le titre, la brute est figure absente, espace de retranchement. En somme, d&#232;s le d&#233;part du livre, au frontispice du r&#233;cit, la brute est un n&#233;gatif absolu. Il n'est ensuite affirm&#233; (si l'on entend la nomination comme une affirmation sinon de l'existence au moins de l'existant) que par l'&#233;vitement et l'id&#233;e d'absence. Sa nomination est toujours diff&#233;r&#233;e, &#233;ternellement pronominalis&#233;e par ce &#171; elle &#187; qui devient une figure all&#233;gorique de la mort d&#232;s la troisi&#232;me du r&#233;cit. C'est ensuite, l'enjeu de l'&lt;i&gt;entrevu/e&lt;/i&gt; me semble particuli&#232;rement significatif lors du passage central du tir : duel entre la brute et Georges.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Comment envisager litt&#233;rairement le pont de tension maximal d'un duel, celui qui pr&#233;c&#232;de le coup de feu ? Quel climax inventer ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Dans le cas de Patrick Chatelier, il s'agit de scruter les possibles d'un geste et d'inventer une v&#233;ritable g&#233;n&#233;alogie. La puissance de la litt&#233;rature est ici de prendre une &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt; et de rendre possible une tension dramatique par creusement d'un impens&#233; de l'image : partir de quelque chose qui se fige et proc&#233;der par &#233;tirement maximal : ce ralentissement sur onze pages (de 106 &#224; 116 avec un seuil page 110) est une perc&#233;e litt&#233;raire au c&#339;ur d'une absence (une autre). C'est une arch&#233;ologie litt&#233;raire, la carotte d'un inconscient filmique au d&#233;part de laquelle on trouve un p&#232;re : un geste transmis comme un abandon inscrivant en creux l'&#233;chec et la mort en h&#233;ritage. Au bout du geste que le p&#232;re n'arrive pas &#224; transmettre parce qu'il est en train de mourir, parce que le fils n'est pas dou&#233;, au bout de ce geste d&#233;crit, pens&#233; jusqu'aux plus profondes intentions se trouve, comme d&#233;pos&#233;e, quasiment en pr&#233;ambule, la mort de Georges (p. 116).
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; &#171; Georges laisse tomber le bras pour d&#233;gainer dans le m&#234;me geste, tout en souplesse et en fluidit&#233; comme son p&#232;re lui a appris avant de mourir et fut sa derni&#232;re le&#231;on : ne pas se pr&#233;cipiter, d&#233;buter par un rel&#226;chement extr&#234;me, un abandon &#187; (p. 110)&#8230; et le texte continue ainsi sur des pages &#224; creuser une analogie visuelle (un geste) par une comparaison litt&#233;raire (comme son p&#232;re) pour faire na&#238;tre sous les yeux du lecteur le travail de l'&#233;criture&#8230; et c'est sous le regard d'un idiot qu'on voit na&#238;tre ces fant&#244;mes dans le geste desquels la lign&#233;e sacrifi&#233;e &#233;tait d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233;e.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt; Une autre lecture de &lt;i&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt; d'importance avec &lt;i&gt;CosmoZ&lt;/i&gt; de Claro paru en septembre 2010 aux &#233;ditions Actes Sud. A partir de l'histoire de L. Franck Baum, &#233;crivain du &lt;i&gt;Magicien d'Oz&lt;/i&gt;, Claro d&#233;plie un r&#233;cit qui s'&#233;labore comme une contamination (le r&#233;cit s'origine dans une tumeur, la fiction est tumorale, &lt;i&gt;tumoralit&#233;&lt;/i&gt; du r&#233;el), une porosit&#233; entre l'instance du r&#233;el et celle de l'imaginaire qui ne cesse de s'interp&#233;n&#233;trer pour &#233;crire une histoire de l'Am&#233;rique et de l'Europe, celle de la premi&#232;re guerre, celle de la mont&#233;e du nazisme, de l'utilisation de l'atome (les premiers cas de radiation), celle de la chasse au sorci&#232;res am&#233;ricaine et de la vie des corps. Le Magicien d'Oz est une grande histoire des corps : corps fictionn&#233;, corps fictionnel, corps-avatar et fantasm&#233;. D'o&#249; une articulation constante avec le cin&#233;ma, celui de Victor Fleming, et surtout celui de Tod Browning, et de &lt;i&gt;Freaks &lt;/i&gt;en particulier&#8230; autant de piste &#224; retrouver dans le prochain essai &lt;i&gt;Cin&#233;mati&#232;re&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt;
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&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L108xH180/cosmoz-e28f9.jpg?1750250789' width='108' height='180' alt='' /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Daniel Lewis, &lt;i&gt;Counterfactuals&lt;/i&gt; (1973), ou &lt;i&gt;On the plurality of worlds&lt;/i&gt; (1986), traduit en 2007 aux &#233;ditions de l'Eclat &lt;i&gt;De la pluralit&#233; des mondes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dominique Viart, Bruno Vercier, &lt;i&gt;La litt&#233;rature fran&#231;aise au pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Bordas, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor W. Adorno, &lt;i&gt;Philosophie de la nouvelle musique&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Hans Hildenbrand et Alex Lindenberg, Paris, Gallimard-TEL, 1985, p. 45&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudrait faire un long d&#233;tour sur les enjeux de l'esth&#233;tique n&#233;gative d'Adorno et sur la pens&#233;e de Benjamin &#224; partir des questions de la trace, du rebut et du montage pour comprendre ce que traverse l'id&#233;e d'une litt&#233;rature d&#233;concertante, c'est-&#224;-dire d'une litt&#233;rature qui ne c&#232;de ni &#224; l'imitation (posture classique, source aristot&#233;licienne et reproduction du connu), ni au simple jeu (posture post-moderne allant du c&#244;t&#233; d'une neutralisation de toute forme critique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Forest, &lt;i&gt;Le roman, le r&#233;el&lt;/i&gt;, Nantes, Editions C&#233;cile Defaut, p. 8. On pourrait ajouter cette phrase issu d'un entretien dans &lt;i&gt;Devenirs du roman&lt;/i&gt; (inculte-na&#239;ve, 2007) : &#171; Le texte romanesque n'est l'espace d'aucune r&#233;conciliation, d'aucun salut donc, juste celui d'une d&#233;chirure par laquelle passe le jeu d'une incessante circulation qui nous met en relation avec la v&#233;rit&#233; &#8211; elle-m&#234;me d&#233;chir&#233;e &#8211; de nos vies. &#187; p. 175&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on, &lt;i&gt;Les petits&lt;/i&gt;, Editions de l'Olivier, 2011, p. 13&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fr&#233;d&#233;rique Cl&#233;men&#231;on, &lt;i&gt;Les petits&lt;/i&gt;, Editions de l'Olivier, 2011, p. 10&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Florence Goyet,&lt;i&gt; La nouvelle. 1870-1925&lt;/i&gt;, Paris, Puf, 1993&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bergounioux, &lt;i&gt;Le R&#233;cit absent&lt;/i&gt;, Paris, Argol, 2011, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibidem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 23-24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 58-59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 59&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le parcours de Bakhtine p. 60-61 ; p. 62 l'ann&#233;e 1934 avec l'Union des &#233;crivains sovi&#233;tique ; p. 65 l'ancrage historique de cette rupture ; p. 68 un exemple de peinture du &lt;i&gt;genre&lt;/i&gt;, celui du &#171; r&#233;alisme socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir p. 62, les relations de l'URSS avec le III&#232;me Reich, la figure de Husserl et surtout celle de Bakhtine&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bergounioux, &lt;i&gt;Le R&#233;cit absent&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit.&lt;/i&gt;, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bergounioux, &lt;i&gt;Le Baiser de sorci&#232;re&lt;/i&gt;, Paris, Argol, 2010, p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 52-54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 31-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrick Chatelier, &lt;i&gt;Pas le bon, pas le truand&lt;/i&gt;, Paris, Verticales, 2010, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De France Culture &#224; Michaux : remue.net aller et retour</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article172</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article172</guid>
		<dc:date>2011-01-14T22:21:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Bon, Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Chatelier, Patrick</dc:subject>
		<dc:subject>De Jonckheere, Philippe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Se rendre &#224; Radio France (c'est la premi&#232;re fois), c'est se dire qu'on va jeter un &#339;il &#224; l'int&#233;rieur du ventre et c'est se souvenir de ses propres vies radiophoniques, notamment autour des ann&#233;es 1983-1985 quand les radios fm &#233;taient encore interdites. On les disait m&#234;me pirates (d&#233;cid&#233;ment ces r&#233;surgences s&#233;mantiques, elles collent). Elle s'appelait Ohm 89 cette radio, au bas de la rue Joubert, dans l'arri&#232;re boutique d'un disquaire . On avait les cl&#233;s, la libert&#233;. C'&#233;tait l'enfance et un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Bordure de soi&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Bon, Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;Chatelier, Patrick&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot44" rel="tag"&gt;De Jonckheere, Philippe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Se rendre &#224; Radio France (c'est la premi&#232;re fois), c'est se dire qu'on va jeter un &#339;il &#224; l'int&#233;rieur du ventre et c'est se souvenir de ses propres vies radiophoniques, notamment autour des ann&#233;es 1983-1985 quand les radios fm &#233;taient encore interdites. On les disait m&#234;me &lt;i&gt;pirates&lt;/i&gt; (d&#233;cid&#233;ment ces r&#233;surgences s&#233;mantiques, elles collent). Elle s'appelait &lt;i&gt;Ohm 89&lt;/i&gt; cette radio, au bas de la rue Joubert, dans l'arri&#232;re boutique d'un disquaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ceux qui auraient oubli&#233;, c'&#233;tait un type qui fumait dans son magasin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On avait les cl&#233;s, la libert&#233;. C'&#233;tait l'enfance et un auditeur de temps &#224; autres.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans le bazar des travaux, Radio France, on sent tout de suite que c'est plus professionnel.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L180xH240/rondeur-cb7db.jpg?1751018244' width='180' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette rondeur devrait rassurer ! Mais c'&#233;tait sans compter avec les ascenseurs. Pour se rendre au Studio 153, il faut monter cinq &#233;tages. Avantage du b&#226;timent moderne : l'ascenseur dont la fonction m&#233;canique est assez simple et heureuse : permettre gr&#226;ce &#224; une astucieuse machinerie reposant sur un syst&#232;me de contre-poids, de monter (ou descendre) des &#233;tages, des niveaux et tout un tas d'autres situations &#224; dominante verticales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons que l&#224; je l'ai bien senti la verticalit&#233;, et nous n'en menions pas large quand les hoquetements et crissements se sont r&#233;p&#233;t&#233;s au point que la machine faisait des sortes d'arr&#234;t technique autonome pour reprendre son souffle et tenter l'assomption d'un nouvel &#233;tape. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Life under de lift&lt;/i&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.desordre.net/desordres_entier.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Philippe de Jonckheere&lt;/a&gt; tente des blagues sur un building &#224; Chicago, Fran&#231;ois Bon &lt;a href=&#034;http://twitter.com/fbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;twitte&lt;/a&gt;, Xavier de la Porte appelle des pompiers qui ne viennent pas, ou plus exactement qui nous cherchent &#224; des niveaux o&#249; nous ne sommes pas, et les autres, dont moi, ne pensent qu'&#224; une chose (calmement), le bonheur d'une petite s&#233;rie d'escalier, histoire de renforcer les abdo-fessiers. &lt;br&gt;
Par un m&#233;andre m&#233;canique qu'on n'explique et dont on ne cherche m&#234;me pas l'explication, les portes se sont ouvertes sur... le rez-de-chauss&#233;e. Une marche, deux marches, trois marches, etc. jusqu'au Studio 153, c'est assez chouette, cette visite des escaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'aventure, on avait &#224; m'inviter de nouveau &#224; Radio France (r&#234;vons un peu, et pas seulement d'escaliers), me sentirais assez comme cette petite fille, h&#233;sitant sur l'ascenseur.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_216 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L309xH240/ascenseur02-34b88.jpg?1751018244' width='309' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Photogramme issu d'un film n&#233;erlandais non essentiel De Lift de 1983 dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
L'&#233;mission, on en dira rien, elle n'existe dimanche. Je vous rappelle que &lt;a href=&#034;http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-web-et-litterature-les-10-ans-de-remue-net-reseaux-de-la-revolte-tunisien&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Place de la toile&lt;/a&gt;, c'est le dimanche.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s passionnante, pr&#233;cise et claire &lt;a href=&#034;http://www.laviedesidees.fr/_Dakhli-Leyla_.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Leyla Dakhli&lt;/a&gt; &#224; propos d'Internet et la Tunisie.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis apr&#232;s remue.net qui a pratiqu&#233; un bel &#233;toilement, avec des voix, des positions fortes, parfois distingu&#233;es, une belle &#233;nergie et le plaisir d'&#234;tre ensemble, le tout sous la conduite de Xavier de la Porte (un chaleureux merci &#224; lui pour son invitation, et un amical salut aux remuements annonc&#233;s de son c&#244;t&#233;...).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt; Philippe De Jonckheere (codeman) et &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?mot332&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Patrick Chatelier,&lt;/a&gt; &#224; l'&#233;coute
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_217 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L320xH240/PC_PDJ_a_l_ecoute-ad90f.jpg?1751018244' width='320' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Au second plan (suivez la m&#232;che), l'homme de la radio, Xavier de la Porte au travail
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L320xH240/SR_de_la_Porte-26ffc.jpg?1751018244' width='320' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand tout est fini, qu'on est tous repartis apr&#232;s un chouette moment sur d'autres &lt;i&gt;Ondes&lt;/i&gt;, bord-cadrer Fran&#231;ois Bon, et le laisser le regard flotter sur les lignes de celle qu'on &#233;coute.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L320xH240/FB_bord-7f0eb.jpg?1751018244' width='320' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_document_220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L320xH240/FB_dos-17569.jpg?1751018244' width='320' height='240' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de retour, finir de pr&#233;parer les derni&#232;res lignes droites du &lt;a href=&#034;http://remue.net/spip.php?article4001&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;rendez-vous de samedi&lt;/a&gt;... et chercher, pour les raisons qu'on imagine, un texte extrait de &lt;i&gt;La nuit remue&lt;/i&gt; d'Henri Michaux. Relire. Et finalement trouver. Allez, en avant-premi&#232;re :
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Est-ce pour regarder qu'ils sont venus sur cette plage, ces deux-l&#224; ? Ou pour s'effrayer, pour &#234;tre glac&#233;s d'&#233;pouvante &#224; cet &#233;trange spectacle qu'ils voient, qu'ils sont seuls &#224; voir ?&lt;br/&gt;
Et rien pour dig&#233;rer leur &#233;pouvante. Aucun soutien. Pas de corps. Il n'y aura donc jamais personne pour avoir un corps ici.&lt;br/&gt;
Mais peut-&#234;tre l'effroi pass&#233;, tourneront-ils le dos au papier, amants, silencieux, appuyant l'un contre l'autre leur maigreur d&#233;licate, seuls &#224; eux deux, de l'autre c&#244;t&#233; du monde, venus ici comme un d&#233;tail du hasard, repartant inaper&#231;us vers d'autres landes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_221 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/Radio_France.jpg?1637577916' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
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&lt;a class=&#034;addthis_button&#034; href=&#034;http://addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4b3e73ea34e3a0d3&#034;&gt;&lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L125xH16/lg-share-en-8e37ecaf-ab8cb.gif?1749905054' width='125' height='16' alt=&#034;Bookmark and Share&#034; style='border:0'/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;script type=&#034;text/javascript&#034; src=&#034;http://s7.addthis.com/js/250/addthis_widget.js#username=xa-4b3e73ea34e3a0d3&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ceux qui auraient oubli&#233;, c'&#233;tait un type qui fumait dans son magasin, qui avait des go&#251;ts bizarres pour la majorit&#233; et qui vendait des vinyls : 33, 45, et maxi 45 tours&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/gif/vinyl-record_93.gif' width=&#034;278&#034; height=&#034;240&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Photogramme issu d'un film n&#233;erlandais non essentiel &lt;i&gt;De Lift&lt;/i&gt; de 1983 dans lequel un ascenseur &lt;i&gt;fou&lt;/i&gt; (encore la faute de la technologie) tuait et &lt;i&gt;mangeait&lt;/i&gt; litt&#233;ralement les occupants... alors qu'on le sait bien c'est le moyen de transport le plus s&#251;r, apr&#232;s les escaliers de Radio France !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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