<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://sebastienrongier.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
	<link>https://sebastienrongier.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://sebastienrongier.net/spip.php?id_mot=58&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
		<url>https://sebastienrongier.net/IMG/logo/siteon0.jpg?1637577897</url>
		<link>https://sebastienrongier.net/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Alain Cavalier, l'engagement dans le film</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article379</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article379</guid>
		<dc:date>2021-12-03T21:52:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cavalier, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recherches en esth&#233;tique, &#171; Art et engagement &#187;, num&#233;ro 19, janvier 2014&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;2014&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Cavalier, Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette nouvelle collaboration avec la revue de Dominique Berthet me permet d'approfondir la r&#233;flexion amorc&#233;e autour du cin&#233;ma d'Alain Cavalier.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L334xH480/art_et_engagement_ree_-_copie-0a21d.jpg?1749922533' width='334' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Alain Cavalier, l'engagement dans le film&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une politique du film &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Alain Cavalier n'est plus un cin&#233;aste. Il n'a plus de carri&#232;re cin&#233;matographique. Alain Cavalier est un filmeur qui a engag&#233; toute son existence dans l'id&#233;e m&#234;me du cin&#233;ma. L'engagement d'Alain Cavalier est d'abord celui d'un d&#233;gagement, d'un d&#233;sengagement des structures industrielles du cin&#233;ma. La premi&#232;re partie de l'&#339;uvre de Cavalier est celle d'un cin&#233;aste &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; qui est pris au cours des ann&#233;es 1960 dans le flux des codes dominants : des productions lourdes, des r&#233;cits classiques, des fictions romanesques, et des t&#234;tes d'affiche. Alain Cavalier tourne avec Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon, Catherine Deneuve, Michel Piccoli. Si l'un de ses films s'appelle alors &lt;i&gt;l'Insoumis&lt;/i&gt; (1964), il est alors un cin&#233;aste install&#233; et cadr&#233; par les imp&#233;ratifs de la production cin&#233;matographique classique. Deux choses viennent d&#233;router la voie toute trac&#233;e du cin&#233;aste : une trag&#233;die biographique et une &#233;volution technologique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En 1972, sa femme, Ir&#232;ne Tunc, meurt dans un accident de voiture alors qu'il s'appr&#234;tait &#224; tourner avec elle. L'&#233;v&#233;nement est un tournant radical dans l'&#339;uvre de Cavalier et de l'&#339;uvre de du cin&#233;aste. Il ne s'agit pas de penser le cin&#233;ma de Cavalier &#224; partir du biographique, d'organiser un discours biographique de son &#339;uvre &#224; la mani&#232;re de Sainte-Beuve. Les films de Cavalier portent une dimension biographiques, mettent sc&#232;ne l'autobiographique. Cette implication de l'intime est d&#233;terminante. Le saisissement de l'autobiographique participe chez Cavalier du dessaisissement des formes classiques du cin&#233;ma. L'engagement dans l'autobiographique est d&#233;sengagement des structures &#233;conomiques et id&#233;ologiques de l'industrie cin&#233;matographique. Le tournant de l'&#339;uvre de Cavalier est &lt;i&gt;Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages&lt;/i&gt; (1978). Ce film, longtemps invisible, est la rupture aussi radicale que symbolique de Cavalier avec le cin&#233;ma. &lt;i&gt;Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages&lt;/i&gt; est un film noir, une plong&#233;e dans la d&#233;pression, les bordures de la folie, celle d'un homme au visage band&#233; qui ne montre pas son visage, en deuil d'une femme jamais nomm&#233;e qui d&#233;cide de repeindre en noir son appartement. Le huis-clos noir est tourn&#233; avec une &#233;quipe de deux personnes. Con&#231;u en tourn&#233;-mont&#233;, le film est une longue descente sombre, un fondu au noir progressif qui s'ach&#232;ve par un cadre noir complet lorsque toute lumi&#232;re est obstru&#233;e par la peinture r&#233;pandue dans l'appartement. Cette catabase cin&#233;matographique radicale engage Alain Cavalier sur de nouveaux chemins cin&#233;matographiques. Le processus est celui d'une lib&#233;ration avant celle de la libert&#233;. De 1976 &#224; 1996, deux lignes se dessinent. Son cin&#233;ma se lib&#232;re des structures du r&#233;cit, des codes narratifs, des jeux de l'acteur (de &lt;i&gt;Le plein de super&lt;/i&gt; (1976) &#224; &lt;i&gt;Une &#233;tranger affaire&lt;/i&gt; (1981)). Ses gestes esth&#233;tiques se durcissent avec &lt;i&gt;Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; (1986) et surtout &lt;i&gt;Libera me&lt;/i&gt; (1993), films qui radicalisent les gestes de filmage et de tournage (acteurs et d&#233;cors pour &lt;i&gt;Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;, cadrage et sujet pour &lt;i&gt;Libera me&lt;/i&gt;). L'autre piste est celle du documentaire ou de l'essai cin&#233;matographique. Ils lib&#232;rent les gestes cin&#233;matographiques de Cavalier, lui offrent de nouveaux espaces d'exp&#233;rimentation (documentaires pour Antenne 2 comme &lt;i&gt;La Malmaison&lt;/i&gt; (1979), &lt;i&gt;La Lettre d'un cin&#233;aste&lt;/i&gt; (1982) ou les &lt;i&gt;Portraits&lt;/i&gt; de 1987 &#224; 1990).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'autre d&#233;route cin&#233;matographique est technologique. Alain Cavalier trouve avec les nouvelles cam&#233;ras num&#233;riques (les petites DV) l'outil qui lib&#232;re son geste et son &#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Ren&#233; Pr&#233;dal, Le Cin&#233;ma &#224; l'heure des petites cam&#233;ras, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;aste devient filmeur. A partir de 1996, son cin&#233;ma s'autonomise d'une mani&#232;re radicale. En se d&#233;sengageant des structures cin&#233;matographiques classiques, son cin&#233;ma s'engage sur un terrain autobiographique. &lt;i&gt;Soi&lt;/i&gt; devient mati&#232;re m&#234;me de l'image et construction d'un geste filmique. De &lt;i&gt;La rencontre &lt;/i&gt;(1996) &#224; &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; (2009)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Au bout de l'image, la rencontre des morts &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en passant par &lt;i&gt;Le filmeur &lt;/i&gt;(2005), l'&#339;uvre de Cavalier exp&#233;rimente le chemin du filmage du quotidien et de l'intime, du saisissement du quotidien avec une cam&#233;ra num&#233;rique toujours en alerte.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un film politique ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le cin&#233;ma de Cavalier &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1990 bascule dans une nouvelle logique. En se d&#233;sengageant radicalement des formes et des formats impos&#233;s par l'industrie cin&#233;matographique, il ouvre des alternatives &#224; son cin&#233;ma. C'est la rencontre d'un parcours et des &#233;volutions technologiques qui favorisent ce geste. Les discussions engag&#233;es par Adorno sur le concept de mat&#233;riau sont f&#233;condes. Sans reprendre les enjeux de la pens&#233;e du philosophe, Adorno envisage le mat&#233;riau artistique comme &#171; s&#233;diment du contenu social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Theodor W. Adorno. Ecriture, fragmentation et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mat&#233;riau esth&#233;tique porte sur une question sociale et politique. Le parcours de Cavalier pose la condition mat&#233;rielle comme un engagement politique. A une question pos&#233;e au cin&#233;aste autour des d&#233;cisions esth&#233;tiques comme une position politique, Alain Cavalier me r&#233;pond : &#171; L'origine en est d'abord mat&#233;rielle : l'&#233;volution de la cam&#233;ra, de la lourdeur &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233;, du couteux au bon march&#233;, les automatismes de la cam&#233;ra, bref, tout ce qui conduit la pens&#233;e cin&#233;matographique du filmeur ; politiquement le mat&#233;riel, son prix, l'&#233;conomie ambiante, c'est un geste politique d'utiliser un outil fiable mais bon march&#233;. C'est une attitude politique qui permet de tourner seul, &#234;tre seul face &#224; la personne que vous filmez, c'est politique, cela peut effectivement &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme politique. Il est &#233;vident que lorsque les conditions mat&#233;rielles s'am&#233;liorent, le cin&#233;aste est un homme plus lib&#233;r&#233; des contraintes de l'argent. C'est donc un homme qui politiquement peut &#234;tre plus fort comme filmeur et cin&#233;aste ind&#233;pendant, plus fort que s'il fait parti du syst&#232;me de l'argent parce que ces films coutent chers. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Alain Cavalier, Pater, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les films que l'on consid&#232;re comme appartenant &#224; la veine autobiographique (&lt;i&gt;La rencontre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le filmeur&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;) ne sont pas &#224; proprement parler des films politiques. Ils n'engage aucun discours politique (sinon &#224; la marge). Mais ils sont intrins&#232;quement politiques dans leur forme et dans l'organisation de cette forme. Les choix de Cavalier sont de nature politique. En tournant le dos au cin&#233;ma de l'industrie culturelle et en inventant une forme, il d&#233;finit un geste qui engage la d&#233;marche esth&#233;tique du r&#233;alisateur comme politique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; n'est pas un film politique mais il engage dans son processus une politique du film, un engagement dans l'id&#233;e m&#234;me du cin&#233;ma et du cadre. Ce film de Cavalier s'articule sur deux morts, sur deux cadavres et sur la confrontation cin&#233;matographique de deux positions : la place du mort et la place de la m&#233;moire, la question du cadavre et celle de l'empreinte du pass&#233;. Le film s'ouvre sur la mort de la m&#232;re et se poursuit sur la mort d'Ir&#232;ne, trente ans auparavant. Deux morts, deux images et deux filmages. Les morts rappellent les morts. La mort de la m&#232;re du cin&#233;aste fait revenir une autre disparue, Ir&#232;ne, femme du cin&#233;aste d&#233;c&#233;d&#233;e apr&#232;s un accident de voiture. Le c&#339;ur du film est une enqu&#234;te sur la possibilit&#233; cin&#233;matographique d'une m&#233;moire des morts. Le premier corps, c'est celui de la m&#232;re. C'est un dernier portrait. Le cin&#233;aste Alain Cavalier reformule cin&#233;matographiquement le geste du dernier portrait du d&#233;funt. Geste rare et d&#233;licat, &#233;loign&#233; chez Cavalier de toute morbidit&#233;. Ir&#232;ne, quant &#224; elle, est un corps absent. Un corps rendu invisible par la mort, par la brutalit&#233; d'un accident qui laisse une empreinte de douleur inapaisable. Le corps absent devient corps d'image faisait litt&#233;ralement d'&lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; une s&#233;pulture cin&#233;matographique, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;L'ind&#233;cidable comme engagement esth&#233;tique &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Lorsqu'il sort sur les &#233;crans en 2011, &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233; &#224; Cannes et met en sc&#232;ne un acteur fran&#231;ais connu, Vincent Lindon. Les signes ext&#233;rieurs pourraient faire croire qu'Alain Cavalier aurait fait marche arri&#232;re et serait revenu vers un cin&#233;ma plus conventionnel. Il n'en est rien. &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; est le film le plus atypique et neuf que le cin&#233;ma contemporain a port&#233;. Ce film est une double exp&#233;rience : exp&#233;rience de ceux qui le font, et exp&#233;rience de ceux qui le regardent. &lt;i&gt;Pater &lt;/i&gt;est d'abord la proposition d'une exp&#233;rience v&#233;cue tant par les filmeurs que les regardeurs. Le projet pourrait se r&#233;sumer en un jeu. Alain Cavalier et Vincent Lindon d&#233;cident de faire un film ensemble. C'est un d&#233;sir qu'ont les deux hommes dans une relation dense et substitutive. Une relation p&#232;re-fils de substitution se dessine au long du film. L'id&#233;e est, au fil des rencontres, les deux hommes d&#233;cident de se transformer en pr&#233;sident de la R&#233;publique et premier ministre pour inventer une fable politique. Le film est inconfortable et fascinant car son dispositif est celui de l'&lt;i&gt;ind&#233;cidable&lt;/i&gt;. Il est impossible de statuer et de distinguer la r&#233;alit&#233; de la fiction, le jeu du &#171; je &#187;, le costume du v&#234;tement. Ce dispositif de l'&lt;i&gt;ind&#233;cidable&lt;/i&gt; n'est pourtant pas une m&#233;thode, c'est une exp&#233;rience et une aventure. Le film ne cesse de brouiller les fronti&#232;res, de multiplier les passages de la r&#233;alit&#233; &#224; la fiction, de l'acteur au personnage, &#224; la place de l'acteur dans le personnage et inversement. Le spectateur est perdu, mais cette d&#233;possession est le sens de l'aventure. Cette d&#233;possession vaut autant pour les spectateurs que les actants du film (filmeurs comme acteurs puisque Lindon et Cavalier sont en quelque sorte les deux). Le dispositif est d'autant plus complexe qu'il fonctionne sur un tissage d'effets de distanciation. Le film montre les coutures, moins pour souligner un discours (appuyer une politique au sens strict du geste) que pour dire l'aventure filmique. Alain Cavalier l'&#233;nonce clairement &#171; Nous, on m&#233;lange tout &#187;. Tout est en effet bouscul&#233;, jusqu'&#224; la place du filmeur. Il n'y a pas un cin&#233;aste qui engage un projet, il y a la rencontre de deux hommes qui finissent par assumer des r&#244;les et des positions communes (com&#233;dien &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; filmeur). La fin du film est exemplaire. Un dernier d&#233;jeuner est organis&#233; entre les deux hommes (Cavalier-pr&#233;sident et Lindon-ex-premier-ministre). Le plan large fixe montre les deux hommes se filmant chacun avec une cam&#233;ra, se passant la cam&#233;ra de main en main (l'alternance des champ/contrechamp et des plans subjectifs souligne la place du montage et donc de la conscience cin&#233;matographique de Cavalier). L'ind&#233;cidable tourbillonne lorsque dans le dialogue Cavalier dit &#224; Lindon &#171; C'est un film, c'est pas vrai &#187;, imm&#233;diatement contredit par Lindon qui affirme : si, si, si c'est un film, c'est que c'est vrai &#187;. La v&#233;rit&#233; de l'exp&#233;rience est v&#233;rit&#233; du cin&#233;matographique, v&#233;rit&#233; d'un mat&#233;riau qui vient critiquer autant le statut du politique que du jeu cin&#233;matographique : Alain Cavalier &#171; Je pense que le film se prend &#224; bras le corps dans les deux derniers plans. Ils sont en train de manger une fois de plus, parce que les hommes politiques d&#233;pensent beaucoup d'&#233;nergie. Il faut bien qu'ils mettent du bois dans la chemin&#233;e. Dans le dernier plan, il y a une cam&#233;ra qui les filme de profil tous les deux en train de manger apr&#232;s leur d&#233;faite aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Et, &#224; un moment, Vincent Lindon, alors que je suis en train de lui passer ma Grand Croix de la L&#233;gion d'honneur, sort la cam&#233;ra de dessous la table pour filmer l'&#233;v&#233;nement. Je ne m'y attendais pas. Et apr&#232;s, c'est moi qui le fais. Il ne pensait pas non plus que je me baisse et prenne ma cam&#233;ra qui m'attendait pour le moment auquel il y aurait quelque chose &#224; filmer. Moi, je savais que j'allais lui donner ma l&#233;gion d'honneur. Mais il ne le savait pas, lui. Ce qui fait que c'est l&#224; o&#249; vous parliez de politique, c'est qu'en g&#233;n&#233;ral, au cin&#233;ma, il y tellement de param&#232;tres pour r&#233;ussir un plan que c'est le r&#233;alisateur qui gouverne la boutique. L&#224;, on peut dire qu'il y a une certaine &#233;galit&#233; entre lui et moi. Et une certaine circulation, il n'y a pas de s&#233;paration, de compartiment. Dans le cin&#233;ma, il n'y a pas le Bien et le Mal. Ca n'existe pas. C'est litt&#233;raire. Les notions de justice, d'amour... si vous ne donnez pas une preuve cin&#233;matographique, &#231;a n'existe pas. Dire &#034;je t'aime&#034; au cin&#233;ma, c'est facile. Mais le prouver, c'est difficile cin&#233;matographiquement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Alain Cavalier, Pater, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;L'engagement du portrait&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; vient apr&#232;s les films plus directement autobiographiques. La forme de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; h&#233;rite directement des libert&#233;s des films ant&#233;rieurs, sans effacer le geste du portrait et de l'autobiographie. Car &lt;i&gt;Pater &lt;/i&gt;est le portrait critique du politique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le double portrait de Vincent Lindon et d'Alain Cavalier. Le geste de Cavalier &#224; l'&#233;gard de Vincent Lindon est le m&#234;me que celui du cin&#233;aste &#224; l'&#233;gard des m&#233;tiers dans ses &lt;i&gt;Portraits&lt;/i&gt;. C'est une magnifique travers&#233;e &lt;i&gt;&#224; la Cavalier&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'un acteur. C'est un portrait de l'acteur en action &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; en libert&#233; d'action. C'est cette exp&#233;rience qui engage enti&#232;rement le cin&#233;ma dans la simplicit&#233; &#233;quivoque du dispositif filmique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'autre portrait (en miroir) est celui de Cavalier lui-m&#234;me qui ne cesse de se mettre en sc&#232;ne, ou de mettre en image le corps dans ses films, qu'il s'agisse du corps du cin&#233;aste, ou du corps du film&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Amanda Robles, Alain Cavalier, filmeur, Le Havre, De l'indicence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enjeu est d'abord de d&#233;jouer les formes du pouvoir du cin&#233;ma (pouvoir du dispositif &#233;conomique et id&#233;ologique, pouvoir du dispositif pulsionnel du r&#233;gime fictionnel comme dirait Lyotard dans &#171; l'acin&#233;ma &#187;). D&#233;barrass&#233; des structures de neutralisation et d'encha&#238;nement, l'engagement est corporel, celui du filmeur qui refuse l'id&#233;e d'&#234;tre com&#233;dien. Pourtant dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; Alain Cavalier est impliqu&#233; dans le jeu, engag&#233; par le dispositif m&#234;me du film (l'&#233;galit&#233; avec Lindon). C'est l'occasion pour Cavalier de dialectiser la question autobiographique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de penser l'image du politique. Le corps politique d'Alain Cavalier devenu pr&#233;sident de la R&#233;publique est mis en sc&#232;ne. Cavalier investit tous les codes du politique (costume, cravate, chaussures, chirurgie esth&#233;tique) pour les retourner, les renverser non pas dans le jeu fictionnel mais dans le dispositif filmique lui-m&#234;me : le costume se rapporte au biographique et au factuel (acheter un costume et porter un costume pour la premi&#232;re fois depuis longtemps), la cravate se r&#233;duit &#224; l'anecdote (In&#232;s de la Fressange). Au d&#233;but du film, Alain Cavalier est pr&#233;sent par ses mains qui composent une assiette pour un d&#233;jeuner, puis une voix off qui joue d&#233;j&#224; sur les fronti&#232;res entre r&#233;alit&#233; (achat de costume) et fiction (annoncer au personnage Lindon qu'il est choisi pour &#234;tre premier ministre). Il appara&#238;t ensuite en costume de pr&#233;sident. Cavalier joue au long du film sur cette image, cette apparence du politique (se regarder dans le miroir et parler de chirurgie esth&#233;tique). Le fonds du film est de mettre en sc&#232;ne le corps du politique par un dispositif d'&#233;cart, un brouillage g&#233;n&#233;ralis&#233; des fronti&#232;res. Cela passe par des temps et des espaces complexes, notamment les cuisines et tables o&#249; l'on se retrouve pour d&#233;jeuner, les couloirs et les espaces entre les portes. Jouer la politique, c'est saisir certains codes et en d&#233;jouer d'autres. Dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, le pouvoir est litt&#233;ralement entre les portes. Un plan au milieu du film r&#233;sume le dispositif complexe du film. C'est un &#233;change entre le pr&#233;sident, le premier ministre et un troisi&#232;me ministre. Les trois personnages sont entre deux portes et discutent d'une photographie compromettante que le premier ministre ne veut pas utiliser durant sa campagne pour les &#233;lections. Apr&#232;s une coupe, le pr&#233;sident qui &#233;tait parti, reprend place dans le champ, avec un verre d'eau &#224; la main. Le pr&#233;sident-Alain Cavalier se repositionne &#224; c&#244;t&#233; de Vincent Lindon qui est au centre du cadre. Cavalier sourit en inclinant la t&#234;te et en regardant la cam&#233;ra avec un petit air complice. Ce plan r&#233;sume le dispositif filmique autant son enjeu esth&#233;tique. Ce qui est mis en sc&#232;ne, c'est autant le pouvoir que le corps m&#234;me du r&#233;alisateur. Ce qui pourrait passer pour une fac&#233;tie est autant une marque &lt;i&gt;ind&#233;cidable&lt;/i&gt; du film qu'une rupture de code. Le regard-cam&#233;ra&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les analyses autour des enjeux esth&#233;tiques et politiques du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; laiss&#233; au montage est une adresse au spectateur. Le quatri&#232;me mur explose. Le spectateur est intriqu&#233; dans les fronti&#232;res brouill&#233;es du film. Il lui appartient &#233;galement de penser la situation. L'engagement esth&#233;tique de ce regard est le lieu d'une pens&#233;e filmique du spectateur. Il appartient pleinement au &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; du film. Son regard n'est plus celui d'un spectateur absorb&#233; par une narration qui l'enfermerait dans un &lt;i&gt;stimulus&lt;/i&gt;, il est au contraire un regardeur, acteur de l'action au m&#234;me titre que les protagonistes principaux du film. Tout l'esprit de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; est dans ce regard de Cavalier. C'est la mise &#224; nu du cin&#233;ma par son filmage, m&#234;me. En mettant &#224; nu la fiction et la fiction intrins&#232;que du politique par une repr&#233;sentation ind&#233;cidable, Cavalier filme avec &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; l'acte de cr&#233;ation cin&#233;matographique. Le dispositif filmique est un engagement dans l'art comme pens&#233;e &lt;i&gt;commune &lt;/i&gt;du politique par une libert&#233; in&#233;dite, conquise dans l'acte cin&#233;matographique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Ren&#233; Pr&#233;dal, &lt;i&gt;Le Cin&#233;ma &#224; l'heure des petites cam&#233;ras&lt;/i&gt;, Paris, Klincksieck, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Au bout de l'image, la rencontre des morts &#187; dans &lt;i&gt;L'art dans tous ses extr&#234;mes&lt;/i&gt;, L'universit&#233; des arts, Klincksieck, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Theodor W. Adorno. Ecriture, fragmentation et dissonance du monde &#187; dans &lt;i&gt;Le Style des philosophes&lt;/i&gt;, Besan&#231;on, Editions Universitaires de Dijon et Presses Universitaires de Franche Comt&#233;, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Alain Cavalier, &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien Rongier, &lt;i&gt;Nouvelle Revue P&#233;dagogique&lt;/i&gt; (NRP), Editions Nathan, n&#176;55, mai-juin 2013, p. 8. Entretien en partie in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Alain Cavalier, &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien Rongier, &lt;i&gt;Nouvelle Revue P&#233;dagogique&lt;/i&gt; (NRP), Editions Nathan, n&#176;55, mai-juin 2013, p. 8. Entretien en partie in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Amanda Robles, &lt;i&gt;Alain Cavalier, filmeur&lt;/i&gt;, Le Havre, De l'indicence &#233;diteur, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les analyses autour des enjeux esth&#233;tiques et politiques du regard-cam&#233;ra dans Antoine de Baecque, &lt;i&gt;L'histoire-cam&#233;ra&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alain Cavalier, Pater, le cin&#233;ma politique</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article373</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article373</guid>
		<dc:date>2021-12-03T21:08:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cavalier, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien (version longue)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique66" rel="directory"&gt;2013&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Cavalier, Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans une version tr&#232;s r&#233;duite. &#171; Alain Cavalier, Pater, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien, &lt;i&gt;Nouvelle Revue P&#233;dagogique&lt;/i&gt;, n&#176;55, mai-juin 2013.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici la version longue d'un &#233;change t&#233;l&#233;phonique qui s'est tenu le jeudi 28 f&#233;vrier 2013&lt;br class='autobr' /&gt;
(Photographie de mon bureau avant la rencontre t&#233;l&#233;phonique)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_901 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/pre_paration_cavalier_-_copie.jpg?1638565335' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;A propos de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il me semble que &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; s'inscrit sur le chemin des choix de dispositifs sp&#233;cifiques, de mat&#233;riaux l&#233;gers qui viennent de prises de position tr&#232;s fortes dans les ann&#233;es 1990 (&lt;i&gt;La rencontre&lt;/i&gt; date de 1996). Il y a certes des &#233;volutions avec Pater mais une filiation esth&#233;tique forte. Envisagez-vous ces choix, ces d&#233;cisions esth&#233;tiques comme une position politique, dans un sens tr&#232;s large.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'origine en est d'abord mat&#233;rielle : l'&#233;volution de la cam&#233;ra, de la lourdeur &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233;, du couteux au bon march&#233;, les automatismes de la cam&#233;ra, bref, tout ce qui conduit la pens&#233;e cin&#233;matographique du filmeur ; politiquement le mat&#233;riel, son prix, l'&#233;conomie ambiante, c'est un geste politique d'utiliser un outil fiable mais bon march&#233;. C'est une attitude politique qui permet de tourner seul, &#234;tre seul face &#224; la personne que vous filmez, c'est politique, cela peut effectivement &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme politique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt; : l'enjeu politique est celui d'une prise de position dans l'environnement g&#233;n&#233;rale et la question mat&#233;rielle me semble absolument d&#233;cisive &#224; la fois dans le geste, le parcours et le choix esth&#233;tique du film...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Il est &#233;vident que lorsque les conditions mat&#233;rielles s'am&#233;liorent, le cin&#233;aste est un homme plus lib&#233;r&#233; des contraintes de l'argent. C'est donc un homme qui politiquement peut &#234;tre plus fort comme filmeur et cin&#233;aste ind&#233;pendant, plus fort que s'il fait parti du syst&#232;me de l'argent parce que ces films coutent chers.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; est film qui joue et met en sc&#232;ne le jeu de la politique et notamment la d&#233;cision politique, la mise en sc&#232;ne de la d&#233;cision d'une loi. Or &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; me semble &#234;tre un film profond&#233;ment ind&#233;cidable, en proposant d'abord une exp&#233;rience qui brouille les fronti&#232;res tant pour les acteurs que pour les spectateurs. J'aurais voulu vous faire r&#233;agir sur cette id&#233;e, &#171; &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; un film ind&#233;cidable &#187; (terme que j'envisage comme un enjeu esth&#233;tique)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Le probl&#232;me d'un cin&#233;aste qui a fait des films avec des acteurs, c'est qu'&#224; un certain moment il n'est plus sous le charme et des histoires qu'il raconte, et des acteurs qui les interpr&#232;te en leur donnant une certaine force et r&#233;alit&#233; cin&#233;matographique. Il se d&#233;tache petit &#224; petit de ce travail, celui de faire croire &#224; un public, dans une salle, qu'un acteur est un formidable cordonnier amoureux et meurtrier de sa maitresse. C'est une chose qui est compl&#232;tement sortie de mon esprit. Je ne peux plus faire cela. Mais j'ai gard&#233; pour le corps, &#224; la fois glorieux de certains acteurs, ou innocent de certains autres acteurs, ou les deux quelque fois mais c'est rare... au fond de t&#234;te, tout en &#233;tant pass&#233; &#224; d'autres exercices depuis tr&#232;s longtemps, l'envie de me remettre &#224; un compagnonnage avec un acteur. Je connaissais Vincent Lindon. Nous avons fait amiti&#233;. Un jour, je le raconte dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, j'ai eu un choc, je l'ai vu comme mon fils et j'ai pens&#233; que c'&#233;tait un sentiment tr&#232;s fort pour faire un film avec quelqu'un. Mais quel film ? Je ne sais pas par quelles cascades de d&#233;ductions un jour je me suis dit que si je peux &#234;tre son p&#232;re, je peux &#234;tre pr&#233;sident de la r&#233;publique et lui mon premier ministre par exemple. Mais on resterait tous les deux Vincent Lindon et Alain Cavalier. Et on n'y croirait pas. Mais on pourrait tr&#232;s bien l'&#234;tre : moi cin&#233;aste et pr&#233;sident de la r&#233;publique, et lui, mon com&#233;dien-premier ministre. Et on passerait de l'un &#224; l'autre. On n'aurait pas l'envie de faire croire aux personnes que lui et moi sommes, le temps de la projection, pr&#233;sident et premier ministre. On cr&#233;e une sorte d'incertitude mais en m&#234;me temps on montre au spectateur le processus de travail du cin&#233;aste et de l'acteur au cin&#233;ma. Cela n'emp&#234;che pas qu'on puisse y croire quelques instants, puis revenir &#224; notre m&#233;tier de cin&#233;aste et d'acteur, avant repartir dans notre imaginaire de pr&#233;sident et de premier ministre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Justement ce brouillage des fronti&#232;res qui est le dispositif de Pater (brouillage r&#233;alit&#233;/ fiction, identit&#233; personne/personnage, place du film m&#234;me, ce brouillage s'accompagne toujours d'un dispositif de distanciation, vous montrez les coutures de ce jeu... l'enjeu du dispositif de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; n'est-il pas aussi de d&#233;jouer les formes de pouvoir que le cin&#233;ma peut aussi induire ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Je pense que de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, cela se passe &#224; plusieurs niveaux. Il y a la tentation du cin&#233;aste et du com&#233;dien de prendre les habits du pouvoir, l'amusement, tr&#232;s l&#233;g&#232;re tentation... ce qui signifierait que pour le spectateur, nous ferions des hommes politiques tr&#232;s pr&#233;sentables. Il n'y a aucune sacralisation de l'homme politique &#224; la t&#233;l&#233;vision nous parlant de notre destin. On est dans une familiarit&#233; avec le pouvoir que j'ai connu finalement quand mon p&#232;re &#233;tait haut fonctionnaire. Je ne fais que raconter le pouvoir vu dans ma jeunesse, une sorte de familiarit&#233; donc avec les gens qui prennent des d&#233;cisions et qui gr&#226;ce &#224; la t&#233;l&#233;vision ou aux journaux sont un tout petit peu sacralis&#233;s aupr&#232;s du public. On &#233;tait tout de m&#234;me porteurs tous les deux d'un message tr&#232;s simple : l'argent fait de telles diff&#233;rences entre les individus qu'on court &#224; notre perte. Si on ne fait rien, cela va &#234;tre assez dur. Comme personnes Vincent et moi, on avait tout de m&#234;me cette id&#233;e. On n'&#233;tait pas des missionnaires puisque &#231;a ne marchait pas dans notre film. Cela marchera peut-&#234;tre &#224; la prochaine &#233;lection. Nous, on a mis en chantier le probl&#232;me de l'in&#233;galit&#233; totale entre les r&#233;mun&#233;rations, et l'&#233;cart absolument abyssal qui cr&#233;e deux mondes antagonistes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Oui, mais vous, en tant que filmeur, et j'utilise ce terme &#224; dessein, vous construisez un objet cin&#233;matographique qui d&#233;joue les formes de pouvoir de ce que peut &#234;tre le cin&#233;ma de fiction.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Non seulement les pouvoirs du cin&#233;ma de fiction, mais aussi les pouvoirs de l'homme politique &#224; travers les m&#233;dias qui est un pouvoir... S'il a un tout petit peu de charisme, il a un pouvoir absolument fabuleux. Ce n'est pas la m&#234;me chose de faire les croisades, ou la tourn&#233;e des pr&#233;aux de la troisi&#232;me r&#233;publique. Non seulement le pr&#233;sident a des pouvoirs en France &#233;normes, mais il a des haut-parleurs absolument fantastiques. Il a m&#234;me des cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision qui sont &#224; ses ordres. On ne l'analyse pas mais c'est &#233;norme. Le film d&#233;joue cela car on est uniquement dans la familiarit&#233; des petites pi&#232;ces du pouvoir, des domiciles de ceux qui ont le pouvoir, dans des conversations entre deux portes de ceux qui doivent prendre des d&#233;cisions. Il ne faut pas lire les m&#233;moires des pr&#233;sidents mais de ceux qui ont travaill&#233; avec eux, les conseillers, leurs chefs de cabinet, etc. C'est 14 heures par jour &#224; ne pas prendre de d&#233;cision, et un jour &#234;tre oblig&#233; d'en prendre une. Et en g&#233;n&#233;ral, c'est entre deux portes.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Je reviendrai dans quelques instants sur cet entre-deux-portes. Mais avant, j'aurais voulu parler de vous. Dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, vous vous mettez litt&#233;ralement en sc&#232;ne, votre corps en sc&#232;ne, et notamment vos apparitions. Il y a un travail sur la mani&#232;re d'appara&#238;tre cin&#233;matographiquement dans ce film. Est-ce parce que dans ce film (et je mets des guillemets), vous &#234;tes devenu &#171; com&#233;dien &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Non, je pense que non parce que la m&#233;thode de travail &#233;tait un tout petit peu &#233;labor&#233;e. Il n'y avait d'abord pas de sc&#233;nario &#233;crit. Il y avait une id&#233;e : un compagnonnage d'un pr&#233;sident avec son premier ministre. Tout s'est fait sur un an. Vincent Lindon a tourn&#233; deux films durant cette ann&#233;e-l&#224;. Moi, je me glissais dans son emploi du temps, et on avan&#231;ait par &#224;-coups. Notre fa&#231;on d'avancer, c'&#233;tait de se voir &#224; d&#233;jeuner, de se dire &#171; o&#249; en est-on ? &#187;, et puis de trouver un petit terrain d'entente. On se retrouvait dans nos domiciles &#224; lui ou &#224; moi, et puis on lan&#231;ait l'affaire. On avait chacun une cam&#233;ra &#224; la main. Et quand notre conversation personnelle nous semblait correct, nous l'enregistrions. Et comme nous avons (surtout moi, Vincent a 53 ans) une &#233;ducation plus litt&#233;raire que parl&#233;e, on parlait comme les livres qu'on lisait. On n'a pas de difficult&#233; &#224; s'exprimer. Les phrases sont n&#233;es d'un int&#233;r&#234;t formidable que l'on porte aux gens de pouvoir, comme tous les gens de spectacle sont tr&#232;s attentifs aux gestes des gens de pouvoir, &#224; leur organisation spectaculaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Apr&#232;s, il y a le film et le montage de ce film. Si on regarde le d&#233;but, il y a tout un travail op&#233;r&#233; sur comment Alain Cavalier va apparaitre et va apparaitre dans la peau du personnage. On commence par vos mains pr&#233;parant un repas. Ensuite on a une voix off avec tout le r&#233;cit de la cravate, des v&#234;tements achet&#233;s. Et ensuite, on a votre apparition dans le cadre. A d'autres moments du film, on a un jeu, un travail, une r&#233;flexion sur la personne &lt;i&gt;Alain Cavalier&lt;/i&gt; qui regarde son personnage dans le miroir, tout ce questionnement de l'apparence physique avec celle de la chirurgie esth&#233;tique et qui travaille ces questions de la repr&#233;sentation.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Le d&#233;but est bas&#233; sur deux petits principes : le premier est : plus tard on les voit, plus myst&#233;rieux ils sont. Il vaut mieux les d&#233;couvrir &#224; la voix, et, petit &#224; petit, le spectateur se donne une id&#233;e du visage par la voix. Et, apr&#232;s, lui donner le visage. J'ai fait cela pour mes portraits de femmes au travail. On ne voyait pas leurs visages avant 2, 3 ou 4 minutes quelques fois. Le second chemin est que moi, je n'ai jamais jou&#233; devant une cam&#233;ra. Je ne peux pas me mettre dans la position d'un acteur. La voix &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; pr&#233;c&#232;de le courage, la t&#233;m&#233;rit&#233; d'entrer dans l'&#233;cran &lt;i&gt;on&lt;/i&gt;, un visage d&#233;couvert, et pas seulement &#224; la voix. La premi&#232;re fois que je suis rentr&#233; dans la camera, &#231;a a &#233;t&#233; un choc pour moi. J'ai parl&#233; &#224; Vincent Lindon comme si c'&#233;tait moi Alain Cavalier, c'est-&#224;-dire que politiquement c'est ce que je pensais profond&#233;ment. Donc je ne composais pas. Le d&#233;but, c'est un pr&#233;sident qui dit &#171; j'aimerai, une loi, etc. etc. &#187;. Mais dans la vie, je suis comme &#231;a. Je pense que les choses devraient se passer comme cela dans le cin&#233;ma. Si on n'a pas beaucoup d'argent, on ne devrait pas faire des travellings qui coutent chers. On devrait surveiller personnellement les budgets. J'ai toute une s&#233;rie de r&#233;formes que j'applique &#224; mes films et qui sont inapplicables &#224; tous les films, il faut le reconnaitre. Je n'avais absolument pas l'attention d'&#234;tre un acteur qui a un texte et qui doit convaincre le public. J'&#233;tais quelqu'un qui avait une id&#233;e, la mienne... bon il se trouvait que j'&#233;tais pr&#233;sident, que je proposais une loi... j'avais m&#234;me pr&#233;vu, mais je l'ai oubli&#233; (on part d'un plan, d'une id&#233;e, et on en oublie la moiti&#233; au passage), l'id&#233;e de faire entrer cela dans la constitution, d'en faire un article de la constitution. Je l'ai oubli&#233;. Et je ne le regrette pas. Si j'avais &#233;crit un sc&#233;nario s&#233;rieux, je l'aurais mis. C'est tomb&#233; parce que je l'ai oubli&#233;. Si je l'ai oubli&#233;, c'est que je devais l'oublier. Je n'ai pas port&#233; de cravate depuis... tout est dans la cravate, le costume et la chemise, hein ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Ah, la cravate d'In&#232;s de la Fressange reste un moment reste un moment assez savoureux.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Ah ! &#231;a, je dois dire, le hasard a magnifiquement fait les choses. Mais c'est un pur hasard. (rires)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : (rires) Oui, mais vous savez ce que disent les surr&#233;alistes, ils parlent de hasard objectif, donc...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Ah, oui, oui. Absolument, c'est un hasard objectif. Un jour je tournais une dame lavabo dans les sous-sols des caf&#233;s. C'&#233;tait pr&#232;s de la garde Saint Lazare. Elle m'explique que les voleurs d&#232;s qu'ils ont pris un portefeuille, ils n'ont qu'une obsession, c'est de prendre l'argent et de se d&#233;barrasser du portefeuille. Souvent ils descendaient aux toilettes et mettaient le portefeuille sur les r&#233;servoirs des chasses d'eau. Elle me montre, met sa main, et il y en avait un au moment o&#249; on tournait. Elle l'a ouvert devant nous, on a vu le nom du type, c'&#233;tait extraordinaire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Dernier question. On en parlait tout &#224; l'heure, votre film montre les gens de pouvoir dans des positions inconfortables, incertaines. Il y a la question de la table avec la nourriture, les couloirs et les d&#233;cisions qui justement se prennent entre deux portes. Il y a une s&#233;quence dans le film, s&#233;quence que je trouve extraordinaire car elle me semble particuli&#232;rement significative du film. Elle se situe au bout d'une heure... c'est l'&#233;change entre le pr&#233;sident, le premier ministre et un troisi&#232;me ministre. Apr&#232;s une coupe, on vous voit reprendre place dans le champ, avec un verre d'eau &#224; la main. Et, en vous repositionnant &#224; c&#244;t&#233; de Vincent Lindon qui est au centre du cadre, vous souriez en inclinant la t&#234;te et en regardant la cam&#233;ra avec un petit air complice. Je trouve que ce plan r&#233;sume tout du film &#224; la politique du film, la mise en sc&#232;ne du pouvoir, la place de votre propre corps. La petite fac&#233;tie que vous laissez dans le film me semble dire beaucoup de l'esprit du film. J'aurais aim&#233; vous entendre parler de ce regard et du choix de le laisser dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Cette chose-l&#224; est arriv&#233;e d'elle-m&#234;me. Je pense que cela fait parti de mon obsession que les choses ne soient pas bloqu&#233;es, l'importance de la circulation des id&#233;es et des sentiments. L&#224;, je fais signe &#224; la fois au spectateur (on est tous dans la m&#234;me affaire ! Vous n'&#234;tes pas &#233;tranger &#224; ce qui est en train de se passer entre nous trois, et je ne vous mets pas &#224; part), et &#224; celui qui d&#233;tient l'enveloppe avec la photographie pour l'amener aussi. Je lui fais aussi un petit signe de connivence. Cela sert &#224; tout. Cela sert effectivement &#224; ce que vous venez de dire, faire entrer le regard du spectateur dans le cercle de l'image, dans la fabrication de l'image et dans l'activit&#233; politique. Il n'y a pas d'interdit. Surtout que c'est tr&#232;s costaud ce qui se dit, il manque 15 voix pour que cela passe. C'est &#233;norme. Et le concurrent qui&#8230; la photographie qui&#8230; Il y a le ministre qui se demande comment faire. J'avais toute une s&#233;rie d'id&#233;es que j'ai abandonn&#233;es : les voix qui manquent, cela peut s'arranger, s'acheter... enfin tout ce qui se passe dans les assembl&#233;es, je ne l'ai pas fait. J'ai limit&#233; &#233;norm&#233;ment tout ce que je dis, tous les exemples de mes exp&#233;riences, de mes conversations, ou de mes lectures. J'en ai utilis&#233; le centi&#232;me ou le milli&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Derni&#232;re remarque : Si je vous dis que &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, c'est en creux un film qui continue vos portraits et qui est le portrait de Vincent Lindon et d'Alain Cavalier...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Alain Cavalier : Oui, tr&#232;s bien. Parfait. C'est le portrait de Vincent Lindon parce que Vincent, il se prend de temps en temps pour un premier ministre parce que c'est son m&#233;tier de com&#233;dien. C'est &#231;a qui est merveilleux. Moi, finalement, mon travail cin&#233;matographique, c'est, depuis longtemps, de m'introduire dans la bande sonore de mes films, en direct. Et puis, j'ai pris beaucoup de visages, d'&#233;nergie des autres... et je me suis dis qu'un jour il fallait que j'y passe moi-m&#234;me. C'&#233;tait in&#233;luctable. Tout est dans le dispositif. Il ne suffisait pas de dire &#171; il faut que j'y passe &#187;, il faut que j'y passe &lt;i&gt;cin&#233;matographiquement&lt;/i&gt; et d'une fa&#231;on relativement suave et pas b&#234;te. Et gr&#226;ce &#224; Vincent, je suis entr&#233; dans le film. Je pensais &#234;tre tr&#232;s p&#233;riph&#233;rique, en &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; souvent. Et puis, petit &#224; petit, j'&#233;tais contraint par le film de rentrer de plus en plus. Ce qui fait que lorsque Vincent Lindon a vu le film termin&#233;, il &#233;tait &#233;crit &#171; Vincent Lindon dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, un film d'Alain Cavalier &#187;... il n'y avait pas mon nom comme com&#233;dien parce que je ne me consid&#233;rais absolument pas comme un com&#233;dien. Il a vu le film et il m'a dit &#171; Vous ne pouvez pas me laisser tout seul. Vous &#234;tes avec moi dans l'image &#187;. &#171; Et m&#234;me recevoir des tomates ! &#187; m'a-t-il dit. On est tous les deux l&#224;. Cela me g&#234;nait d'avoir mon nom deux fois. C'est tr&#232;s compliqu&#233;. C'&#233;tait plus juste par rapport au spectateur de lui dire que le cin&#233;aste &#233;tait dans l'image. Je pense que le film se prend &#224; bras le corps dans les deux derniers plans. Ils sont en train de manger une fois de plus, parce que les hommes politiques d&#233;pensent beaucoup d'&#233;nergie. Il faut bien qu'ils mettent du bois dans la chemin&#233;e. Dans le dernier plan, il y a une cam&#233;ra qui les filme de profil tous les deux en train de manger apr&#232;s leur d&#233;faite aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Et, &#224; un moment, Vincent Lindon, alors que je suis en train de lui passer ma Grand Croix de la L&#233;gion d'honneur, sort la cam&#233;ra de dessous la table pour filmer l'&#233;v&#233;nement. Je ne m'y attendais pas. Et apr&#232;s, c'est moi qui le fait. Il ne pensait pas non plus que je me baisse et prenne ma cam&#233;ra qui m'attendait pour le moment auquel il y aurait quelque chose &#224; filmer. Moi, je savais que j'allais lui donner ma l&#233;gion d'honneur. Mais il ne le savais pas, lui. Ce qui fait que c'est l&#224; o&#249; vous parliez de politique, c'est qu'en g&#233;n&#233;ral, au cin&#233;ma, il y tellement de param&#232;tres pour r&#233;ussir un plan que c'est le r&#233;alisateur qui gouverne la boutique. L&#224;, on peut dire qu'il y a une certaine &#233;galit&#233; entre lui et moi. Et une certaine circulation, il n'y a pas de s&#233;paration, de compartiment. Dans le cin&#233;ma, il n'y a pas le Bien et le Mal. Ca n'existe pas. C'est litt&#233;raire. Les notions de justice, d'amour... si vous ne donnez pas une preuve cin&#233;matographique, &#231;a n'existe pas. Dire &#034;je t'aime&#034; au cin&#233;ma, c'est facile. Mais le prouver, c'est difficile cin&#233;matographiquement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : C'est pour cela que ce film prouve justement quelque chose de l'ordre d'une politique du cin&#233;ma.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : Il est certain que le cin&#233;ma, enfin l'image et le son, la prolif&#233;ration fabuleuse des images et du son, que ce soit au cin&#233;ma, &#224; la t&#233;l&#233;vision ou m&#234;me chez les gens. Ils fabriquent des images et des sons. Qu'est-ce qu'on a &#224; leur proposer, nous qui sommes des fous d'images et de sons ? Qu'est-ce qu'on va leur proposer comme petit rayon de soleil dans cette mer infinie de pulsions visuelles et auditive ? La r&#233;ponse n'est pas facile.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;SR&lt;/strong&gt; : Ce sont les prochains films.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Alain Cavalier&lt;/strong&gt; : (rires) Oui, oui, je pense bien ! La question se posera autrement mais aura la m&#234;me origine.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au bout de l'image, la rel&#232;ve des morts</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article404</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article404</guid>
		<dc:date>2021-12-03T18:01:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cavalier, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence au cours de laquelle surgit le cin&#233;ma d'Alain Cavalier&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;2011&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Cavalier, Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en 2009, invit&#233; par le s&#233;minaire interarts de Paris &#224; participer aux conf&#233;rences de l'ann&#233;e autour du th&#232;me &#171; L'extr&#234;me &#187;, j'avais commenc&#233; par r&#233;fl&#233;chir sur la question de la repr&#233;sentation du corps du mort. La question entre dans mes r&#233;flexions sur les fant&#244;mes et sur la question du dernier portrait (la question du corps des morts-vivants dans le cin&#233;ma contemporain apparaissant de mani&#232;re marginale).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invit&#233; en septembre pour janvier, il fallait donc travailler assez rapidement pour d&#233;velopper un peu une proposition de travail, et faire quelques recherches.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la sortie en novembre 2009 du film d'Alain Cavalier &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; a parfaitement boulevers&#233; mes projets. Il fallait parler de ce film, plus exactement, il me fallait parler de ce film. Je retournai voir le film deux fois, prendre quelques notes et prolonger la r&#233;flexion, et couper mes r&#233;flexions pour d'autres qui s'imposaient. Le s&#233;minaire a eu lieu et a donn&#233; lieu &#224; une publication chez &lt;a href=&#034;http://sebastienrongier.net/spip.php?article208&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Klincksieck&lt;/a&gt;. Je laisse l'article dans son &#233;tat d'&#233;criture et de r&#233;flexion de 2009.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Cavalier est un cin&#233;aste pour qui j'ai une admiration sans borne. Totalement conquis par &lt;i&gt;La Rencontre&lt;/i&gt; &#224; sa sortie, j'&#233;tais encore en 1996, sous le coup de &lt;i&gt;Libera me&lt;/i&gt; (1993), et de toutes les pistes que son cin&#233;ma ouvrait alors. &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; poursuit, prolonge et me touche profond&#233;ment.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, quelques &#233;changes se sont tiss&#233;s avec le filmeur, et notamment un bref entretien autour de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; pour la revue NRP (parution mai 2013).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte est mis en ligne sans modification.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_900 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L287xH480/art_extre_me-95f04.jpg?1751018086' width='287' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Au bout de l'image, la rencontre des morts&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'&#339;uvre de l'art est une incessante confrontation &#224; la mort. Incessante car toujours non co&#239;ncidente, la mort prend en d&#233;faut quand elle ne prend pas &#224; d&#233;faut. Mais la banalit&#233; de ce &lt;i&gt;sans pr&#233;c&#233;dent&lt;/i&gt; de la mort est toujours une confrontation d&#233;ceptive. Entre &lt;i&gt;d&#233;j&#224;-plus&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;pas-encore&lt;/i&gt;, l'enjeu de l'art est constamment rapport&#233; &#224; cet &#233;cart radical. L'art, pour reprendre une expression de Michel Deguy, &lt;i&gt;fait s&#233;pulture&lt;/i&gt;, porte sans fin l'inaccomplissement d'une dialectique disparu/disparition par la tension du disparaissant. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La litt&#233;rature invente sans cesse depuis Hom&#232;re ces tombeaux profanes, comme autant de profanation du temps. De la catabase d'Ulysse ou d'Orph&#233;e, au bal proustien, en passant par la po&#233;sie du tombeau ou l'&#233;criture d'un Michon, la litt&#233;rature affronte, dans la disjonction, les veilles du deuil. L'image n'est pas en reste. Son pouvoir de semblance ouvre d'autres portes et donne &#224; la vue la possibilit&#233; de creuser d'autres &#233;carts. Et d'envisager ici la photographie et le cin&#233;ma comme espaces des morts, territoires dans lesquels s'articule une dialectique de l'apparition du disparu dans la chair m&#234;me du dispara&#238;sant : l'image, l'id&#233;e d'une image comme confrontation au retour et &#224; la spectralit&#233;, une question g&#233;n&#233;rale de la revenance. C'est alors un espace privil&#233;gi&#233; pour une pens&#233;e de la mort et du mort.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Pistes pour une lecture hantologique de l'image&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Il faut commencer par une lecture h&#233;t&#233;rodoxe de &lt;i&gt;La chambre claire&lt;/i&gt; (1980) de Roland Barthes qui dirait en substance que les discussions th&#233;oriques de Barthes autour du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; et du &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; sont des alibis, des contre-feux qui cachent l'enjeu essentiel de la photographie &lt;i&gt;absente&lt;/i&gt; (et de pr&#233;ciser imm&#233;diatement : absente pour le lecteur), une &#233;criture de la disparition de sa m&#232;re dans le livre et par le livre, une mise en &#233;criture de l'absence. Cette piste est largement confirm&#233;e par la publication au Seuil en 2009 du &lt;i&gt;Journal de deuil&lt;/i&gt; de Roland Barthes, ensemble de notes et fragments &#233;crits au moment de la mort de sa m&#232;re. Par ailleurs, le &lt;i&gt;Roland Barthes par Roland Barthes&lt;/i&gt; (1975) travaillait et creusait d&#233;j&#224; cette place du photographique dans sa pens&#233;e atopique du biographique. La question de l'image photographique rejoint ici une question du fant&#244;mal et une analyse anthropologique de la repr&#233;sentation du mort, de la mise en image du mort, Barthes op&#233;rant dans &lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt;, une mise en absence de l'image de la m&#232;re comme iconicit&#233; possible de la mort.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &#8230; Et poursuivre par un bref rappel des questions soulev&#233;es par Jacques Derrida au sujet de l'image cin&#233;matographique. Derrida d&#233;veloppe une pens&#233;e &lt;i&gt;hanthologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jacques Derrida, Spectres de Marx, Paris, Galil&#233;e, 1993 et Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; du cin&#233;ma comme articulation technique et esth&#233;tique d'une pens&#233;e de la pr&#233;sence et de l'absence. Je partirai simplement d'une anecdote rapport&#233;e par Derrida lui-m&#234;me au sujet de sa participation au film de Mc Mullen &lt;i&gt;GhostDance&lt;/i&gt; (1982). Il ne s'agit pas de revenir sur la phrase c&#233;l&#232;bre &#233;nonc&#233;e par Derrida dans ce film : &#171; psychanalyse plus cin&#233;ma &#233;gale&#8230; science de fant&#244;mes &#187;. Non il s'agit de revenir sur la mort &#224; l'&#339;uvre dans l'image m&#234;me produite par ce film. En effet, une des s&#233;quences du film est construite autour du dialogue serr&#233; &lt;i&gt;yeux dans les yeux&lt;/i&gt; entre Pascale Ogier et Jacques Derrida, ce dernier devant demander &#224; la com&#233;dienne au cours de l'&#233;change : &#171; Et vous alors, est-ce que vous y croyez aux fant&#244;mes ? &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Derrida raconte : &#171; Et en la r&#233;p&#233;tant de nouveau au moins trente fois, &#224; la demande du cin&#233;aste, elle dit cette petite phrase : &#171; Oui, maintenant, oui. &#187; D&#233;j&#224; dans la prise de vues, donc, elle l'a r&#233;p&#233;t&#233;e au moins trente fois. D&#233;j&#224; ce fut un peu &#233;trange, spectral, d&#233;cal&#233;, hors de soi, cela arrivait plusieurs fois en une fois. Mais imaginez quelle a pu &#234;tre mon exp&#233;rience quand, deux ou trois ans apr&#232;s, alors que Pascale Ogier, dans l'intervalle, &#233;tait morte, j'ai revu le film aux Etats-Unis &#224; la demande d'&#233;tudiants qui voulaient en parler avec moi. J'ai vu tout &#224; coup arriver sur l'&#233;cran le visage de Pascale, que je savais &#234;tre le visage d'une morte. Elle r&#233;pondait &#224; ma question : &#171; Croyez-vous aux fant&#244;mes ? &#187; En me regardant quasiment dans les yeux, elle me disait encore, sur grand &#233;cran : &#171; Oui, maintenant, oui. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida et Bernard Stiegler, Echographie-De la t&#233;l&#233;vision, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Outre cette exp&#233;rience intime de la pr&#233;sence d'une absence, ce que Derrida met en lumi&#232;re, c'est l'id&#233;e que le cin&#233;ma est un cimeti&#232;re vivant. L'image imprim&#233;e, le d&#233;filement de la pellicule peut d&#233;j&#224; induire une dialectique de la l'apparition/disparition, mais c'est plus g&#233;n&#233;ralement l'ensemble du cin&#233;matographique qui est tombeau ouvert sur d'infinis cadavres. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette r&#233;flexion sur l'extr&#234;me de l'image comme affrontement de la mort et du mort est le prolongement direct d'une r&#233;flexion ouverte lors d'un pr&#233;c&#233;dent s&#233;minaire qui n'a pu se tenir. Il s'agissait de creuser la question du regard d'Eurydice. Intitul&#233; &#171; la &lt;i&gt;nuit&lt;/i&gt; d'Eurydice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve les &#233;l&#233;ments de cette r&#233;flexion ici :&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il s'agissait d'interroger un regard faisant appara&#238;tre la disparue en tant que telle, de regarder la disparition et de faire face &#224; une image creus&#233;e par la mort : regarder la disparition, regarder en face ce qui, de la mort, se d&#233;robe, dans la mort.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Postulant l'id&#233;e d'image photographique ou cin&#233;matographique comme pays des morts, la r&#233;flexion envisagera la place du mourir, et celle du cadavre dans ces images.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Quelques pr&#233;mices arch&#233;ologiques de l'image&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Il y a d'abord la red&#233;couverte de la photographie d'Hippolyte Bayard, &lt;i&gt;Autoportrait en suicid&#233; par noyade&lt;/i&gt; datant du 18 octobre 1840, en ouverture de l'exposition &lt;i&gt;Controverse&lt;/i&gt;. Bayard, photographe et inventeur en photographie s'est battu contre le pouvoir qui accordait toutes ses faveurs aux inventions de Daguerre. En vain. Il met donc en sc&#232;ne en 1840 une photographie de sa propre mort, geste politique de d&#233;fiance, et geste esth&#233;tique de fictionnalisation photographique de la plus haute importance qui s'accompagne au dos de la photographie du texte suivant, &#233;crit que la main m&#234;me de Bayard (le mort, donc) :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Le cadavre de Monsieur est celui de M. Bayard, inventeur du proc&#233;d&#233; dont vous venez de voir, ou dont vous allez voir les merveilleux r&#233;sultats. A ma connaissance, il y a &#224; peu pr&#232;s trois ans que cet ing&#233;nieux et infatigable chercheur s'occupe de perfectionner son invention.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'Acad&#233;mie, le Roi et tous ceux qui ont vu ses dessins, que lui trouvait imparfaits, les ont admir&#233;s comme vous les admirez en ce moment. Cela lui a fait beaucoup d'honneur et ne lui a pas valu un liard. Le Gouvernement, qui avait beaucoup trop donn&#233; &#224; M. Daguerre, a dit ne pouvoir rien faire pour M. Bayard et le malheureux s'est noy&#233;. Oh ! Instabilit&#233; des choses humaines ! Les artistes, les savants, les journaux se sont occup&#233;s de lui et aujourd'hui qu'il y a plusieurs jours qu'il est expos&#233; &#224; la morgue, personne ne l'a encore reconnu ni r&#233;clam&#233;. Messieurs et Dames, passons &#224; d'autres, de crainte que votre odorat ne soit affect&#233; car la figure du Monsieur commence &#224; pourrir, comme vous pouvez le remarquer. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte reproduit dans Andr&#233; Rouill&#233;, La photographie en France. Textes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Il y a ensuite la confirmation du premier cas de photographie daguerr&#233;otype post-mortem attest&#233;e d&#232;s le 14 octobre 1839 par le Docteur Alfred Donn&#233; : &lt;i&gt;Comptes rendus de l'Acad&#233;mie des Sciences&lt;/i&gt; : lettre sign&#233;e par le docteur ALFRED DONNE : &#171; &#171; J'ai l'honneur de vous adresser de nouvelles images Daguerriennes grav&#233;es par le proc&#233;d&#233; dont j'ai soumis les premiers essais &#224; l'Acad&#233;mie. &#187; L'auteur dresse la liste des &#339;uvres en question et ajouter : &#171; J'ai obtenu d&#233;j&#224; un tr&#232;s beau r&#233;sultat en prenant l'image d'une personne morte. &#187; Malheureusement aucune trace de ce daguerr&#233;otype n'a &#233;t&#233; retrouv&#233;e. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jo&#235;lle BOLLOCH, &#171; Photographies apr&#232;s d&#233;c&#232;s : pratiques, usages et fonctions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En prolongement de cette question m&#233;dicale, il y a l'entr&#233;e fracassante du film chirurgical dans l'histoire du cin&#233;ma avec le c&#233;l&#232;bre et controvers&#233; Eug&#232;ne-Louis DOYEN : le 29 juillet 1898 a lieu la premi&#232;re projection officielle de ses films lors d'une r&#233;union de l'Association m&#233;dicale britannique &#224; Edimbourg. On a pu y voir une hyst&#233;rectomie abdominale et une craniectomie. Il a &#233;galement renforc&#233; sa c&#233;l&#233;brit&#233; m&#233;diatique et cin&#233;matographique en filmant le 9 f&#233;vrier 1902 la s&#233;paration de deux s&#339;urs xyphopages (reli&#233;es par l'extr&#233;mit&#233; inf&#233;rieure du sternum), les deux siamoises Doodica et Radica appartenant &#233;galement &#224; la tourn&#233;e du cirque Barnum (la c&#233;l&#232;bre &#171; galerie des monstres &#187;). Mais ici pas de cadavre, seulement un rapport au corps et &#224; l'image du corps singuli&#232;re et violente car ces op&#233;rations film&#233;es articulent au geste m&#233;dical et &#224; la volont&#233; p&#233;dagogique une mise en sc&#232;ne particuli&#232;rement de sa personne et de ses exp&#233;riences particuli&#232;rement efficace. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La question du cadavre et de la vision du cadavre (l'autopsie, c'est litt&#233;ralement &lt;i&gt;voir par soi-m&#234;me&lt;/i&gt;) se retrouve dans d'autres travaux d'Eug&#232;ne-Louis Doyen, et notamment son &lt;i&gt;Atlas d'anatomie topographique&lt;/i&gt; publi&#233; en 1910. V&#233;ritable &#171; anc&#234;tre de l'imagerie IRM, l'atlas en sept parties regroupe 279 photographies de corps humains soigneusement tron&#231;onn&#233;s &#224; l'aide d'une scie &#224; ruban, avant d'&#234;tre plong&#233; dans diff&#233;rents bains (&#8230;) les corps une fois tranch&#233;s &#233;taient tout aussi spectaculaires : par diff&#233;rents proc&#233;d&#233;s chimiques les couleurs de ces tranches de 3 ou 4 centim&#232;tres d'&#233;paisseur &#233;taient minutieusement maintenues tr&#232;s vives, puis m&#233;thodiquement photographi&#233;es dans un laboratoire &#233;quip&#233; d'un mat&#233;riel de prise de vue haut de gamme r&#233;alisant des autochromes grand format. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phanie de Loppinot, &#171; L'exp&#233;rience int&#233;rieure. Le cin&#233;ma chirurgical du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici se dessine le d&#233;bordement des fronti&#232;res entre une fonction documentaire et une mise en sc&#232;ne spectaculaire du cadavre, articulant d&#233;j&#224; les deux niveaux de l'image&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En prolongements probl&#233;matiques et contemporains &#224; cette question, on (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; On constate donc que, durant l'ann&#233;e 1839-1840, sont pos&#233;es et se d&#233;veloppent deux formes, deux possibilit&#233;s cin&#233;matographiques, l'une affrontant le r&#233;el, l'autre mettant en sc&#232;ne une fiction. Et de faire alors un rapprochement avec une r&#233;flexion de Andr&#233; S. Labarthe &#233;voquant les diff&#233;rentes versions de la c&#233;l&#232;bre vue des fr&#232;res Lumi&#232;re intitul&#233;e &lt;i&gt;Sortie d'usine&lt;/i&gt;. Labarthe propose de lire ces variations comme une imm&#233;diate crois&#233;e des chemins : la vue primitive ouvrirait la piste documentaire du cin&#233;ma ; la deuxi&#232;me, puis la troisi&#232;me vue inscrirait d&#233;j&#224; une mise en sc&#232;ne, une fictionnalisation et lancerait le cin&#233;ma vers la fiction par l'affirmation d'une mise en sc&#232;ne, d'une parfaite ma&#238;trise du temps et de l'espace au-del&#224; de l'angle de prise de vue confirm&#233; par les diff&#233;rentes versions. Andr&#233; S. Labarthe conclut alors que &#171; d&#232;s le premier film le cin&#233;ma a eu besoin de la fiction &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; S. Labarthe, &#171; Des images nous regardent &#187; Entretien Jean-Louis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Toute proportion gard&#233;e quant aux rapprochements qui n'a qu'une valeur m&#233;thodologique, il est troublant de constater que le cadavre est &#224; l'&#339;uvre dans l'apparition des diff&#233;rentes formes et technologies de l'image photographique. Par ailleurs, la cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale de la photographie post-mortem prolonge et approfondit une question anthropologique d&#233;cisive li&#233;e &#224; la repr&#233;sentation du mort, au rite fun&#233;raire, et au th&#232;me du deuil&#8230; entre d&#233;symbolisation scientifique et resymbolisation par l'invention de nouvelles pratiques : le &#171; dernier portrait &#187; s'articule alors aux pratiques fun&#233;raires classiques allant du gisant au masque fun&#233;raire en passant par le dessin, le tableau du mort sur son lit d'agonie, ou encore les masques de cire l'Antiquit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le catalogue de l'exposition Le dernier portrait, sous la direction de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une premi&#232;re perspective &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La place et la repr&#233;sentation du mort dans la soci&#233;t&#233; contemporaine sont devenues probl&#233;matiques. Le culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'empreinte conjointement le terme de culturel &#224; Theodor W. Adorno, &#224; Marc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; contemporain a diff&#233;rentes strat&#233;gies de d&#233;ni du cadavre et de la mort. Quelques pistes seulement soulev&#233;es ici permettent de prolonger l'interrogation &#224; commencer par la cosm&#233;tique de l'&#233;ternelle jeunesse qui n'est pas seulement une question marketing mais bien un enjeu contemporain de soci&#233;t&#233; ; les nouveaux rapports &#224; la morts induits par les images occidentales de guerres (la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; am&#233;ricaine des deux guerres du Golfe ou du &lt;i&gt;11 septembre &lt;/i&gt; : pas d'image de cadavre et une rh&#233;torique de la guerre chirurgicale comme autant de le&#231;on du traitement m&#233;diatique de la guerre du Vietnam) ; &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, la neutralisation de la mort par sa banalisation (dans les journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s les cadavres sont coinc&#233;s entre la hausse des imp&#244;ts et les nouvelles des c&#233;l&#233;brit&#233;s du moment) ; une sur-pr&#233;sence et/ou sur-visibilit&#233; du cadavre et des figures du mal au cin&#233;ma ou dans les s&#233;ries t&#233;l&#233; (c'est une autre forme de neutralisation entre nouvelle &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; pulsionnelle de l'image et violence neutralis&#233;e par un devenir festif de la mort : la mise en sc&#232;ne ludique de la violence) ; les probl&#232;mes d'&#233;thique publique li&#233;s &#224; l'affaiblissement des fronti&#232;res entre vivants et morts. On peut penser par exemple au cas de cette femme qui voulait utiliser le sperme congel&#233; de son mari d&#233;c&#233;d&#233; pour concevoir un enfant. Question pos&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233; : un mort peut-il procr&#233;er ? La soci&#233;t&#233; peut-elle cautionner, voire encourager un d&#233;ni de mort ? Tout cela au-del&#224; de la d&#233;marche individuelle de cette femme que l'on peut &#233;videmment comprendre. Autre cas, autre probl&#232;me similaire : le mariage &lt;i&gt;post-mortem&lt;/i&gt;). En somme, dans le monde occidental contemporain, la mort n'est jamais &#224; sa place, n'a d'ailleurs quasiment plus de bonne place (sans parler des convoitises immobili&#232;res sur les cimeti&#232;res). L'anthropologie nous a appris que le rapport &#224; la mort passe par un rapport au mort, et que la ritualisation de ce rapport, outre une question d'hygi&#232;ne &#233;vidente, est un passage d&#233;terminant &#224; la culture. D&#232;s lors, de se demander si le d&#233;ni qui traverse nos soci&#233;t&#233;s contemporaines est (ou non) le sympt&#244;me d'une inversion de trajet.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ma premi&#232;re proposition est d'articuler deux films et de placer une bascule symbolique de la relation &#224; la mort &#224; la fin des ann&#233;es 1960, moment d'acm&#233; d'une conscience basculant dans le cr&#233;pusculaire, sans doute revenue de toutes les exp&#233;riences.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'une part le documentaire &lt;i&gt;Gimme Shelter&lt;/i&gt; (1970) et d'autre part la fiction &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt; (1968) de Romero&#8230; ces deux films prolongeant et bouclant en quelque sorte le film d'Abraham Zapruder, film amateur ayant saisi le 22 novembre 1963 l'assassinat brutal et violent de JF Kennedy &#224; Dallas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'&#233;clairant livre de Jean-Baptiste Thoret, 26 secondes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Gimme Shelter&lt;/i&gt;, film documentaire de Charlotte Zwerin et Albert Mayles, montre la tourn&#233;e 1969 des Rolling Stones, et notamment le c&#233;l&#232;bre concert Altamont. Les Stones mettent sur pied un &#171; peace concert &#187; au cours duquel un spectateur noir, Meredith Hunther, est tu&#233; par un membre des &lt;i&gt;Hells Angels&lt;/i&gt;, charg&#233;s du service d'ordre. Les cin&#233;astes film&#232;rent cette mort quasiment sans le savoir. Mike Jagger, sur sc&#232;ne, ne voit rien du coup de couteau fatal. Il chante. Il est loin. La cam&#233;ra enregistre. Mais le film montre ensuite le chanteur visionnant ces images, regardant &#8211; jusque dans l'arr&#234;t sur image &#8211; la mort de ce spectateur. Effet de saisissement et de silence : Jagger incarne litt&#233;ralement le regard th&#233;orique du personnage de &lt;i&gt;Blow up&lt;/i&gt; et rejoint la r&#233;flexion men&#233;e pr&#233;c&#233;demment sur la &lt;i&gt;nuit&lt;/i&gt; d'Eurydice. Ce &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; la mort, voir le mort rabat les espoirs des ann&#233;es 1960, et ferme les soubresauts utopiques de la d&#233;cennie. Apr&#232;s cela le groupe entre d&#233;finitivement dans la m&#233;canique de l'industrie culturelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le second film envisag&#233; est &lt;i&gt;La nuit des morts vivants&lt;/i&gt; de Georges Romero (et l'ensemble des films de morts vivants de son auteur constituant un ensemble tr&#232;s articul&#233;). A cette occasion de rappeler bien s&#251;r la m&#233;taphore politique du mort vivant chez Romero&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Politique des zombies. L'Am&#233;rique selon George A. Romero, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en la distinguant nettement des productions contemporaines du genre qui ne renvoient &#224; aucune pens&#233;e politique ni &#224; aucune mise en sc&#232;ne de l'extr&#234;me mais proposent seulement un disposition d'encadrement et d'accompagnement du pulsionnel ; ou une neutralisation de l'horreur possible par la d&#233;rision, la dose de parodie, de second degr&#233; interdisant ici toute forme d'extr&#234;me. Les films de Romero sont travers&#233;s, sur un mode cr&#233;pusculaire, par une critique du racisme, de la soci&#233;t&#233; de consommation, par une d&#233;nonciation du lobby militaro-industriel dominant les pouvoir occidentaux et une critique radicale du capitalisme contemporain ainsi que l'effacement du sens de sens par la d&#233;multiplication p&#233;trifiante des images et leur manipulation.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais la question politique des films de Romero ne doit pas occulter un premier plan d'analyse : la pr&#233;sence des corps, la pr&#233;sence de ces corps particuliers, ces cadavres articul&#233;s qui sont une pure pr&#233;sence sauvage et instinctive. C'est la forme d'une rupture radicale avec toute socialisation possible et finalement toute forme de soci&#233;t&#233;. Ce corps-cadavre articul&#233;, fonctionnelle, est d&#233;barrass&#233; de toute humanit&#233;. Il ne r&#233;pond qu'&#224; une logique de consommation. Ce qui est particuli&#232;rement pertinent dans &lt;i&gt;La Nuit des morts vivants&lt;/i&gt; comme dans les autres films de zombie de Romero, c'est l'absence d'explication, l'effacement de tout r&#233;gime de causalit&#233; pour poser une donn&#233;e mat&#233;rielle et mat&#233;rialiste du corps-cadavre comme miroir-monstre de la soci&#233;t&#233;, et ce en se d&#233;barrassant de toute m&#233;taphysique, et en construisant une figure anthropologique de l'effondrement de toute culture possible.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Seulement une rencontre cin&#233;matographique&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Mais cette approche, articulant un documentaire &#224; une fiction, pour r&#233;fl&#233;chir sur une bascule du rapport au mort et &#224; la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire l'accidentel et le r&#233;el mis en sc&#232;ne par Gimme Shelter comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a &#233;t&#233; supplant&#233;e par une autre : la d&#233;couverte du dernier film d'Alain Cavalier, &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, sorti sur les &#233;crans fran&#231;ais en novembre 2009 au moment de la r&#233;daction de la conf&#233;rence dont est issu ce texte. Cavalier s'est alors impos&#233; et a remplac&#233; l'argument par la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;flexion. Avec le cin&#233;aste fran&#231;ais, on entre dans un tout autre r&#233;gime cin&#233;matographique, v&#233;ritable subversion des statuts de l'industrie culturelle par un filmage intime, d&#233;barrass&#233; des habitudes et des formats du cin&#233;ma. Ce film est l'occasion d'une double articulation sur la mort et le cadavre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce film de Cavalier s'articule en effet sur deux morts, sur deux cadavres et sur la confrontation cin&#233;matographique de deux positions : la place du mort et la place de la m&#233;moire, la question du cadavre et celle de l'empreinte du pass&#233;. Et, en dernier ressort, le surgissement d'un fant&#244;me cin&#233;matographique par le filmage d'un cadavre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les morts appellent et rappellent les morts. La mort de la m&#232;re du cin&#233;aste fait revenir une autre disparue, Ir&#232;ne, femme du cin&#233;aste d&#233;c&#233;d&#233;e apr&#232;s un accident de voiture. Le film est le rappel de cette m&#233;moire, m&#233;moire raviv&#233;e par cette mort maternelle. Le c&#339;ur du film est une enqu&#234;te sur la possibilit&#233; cin&#233;matographique d'une m&#233;moire des morts. Son cadre est maternel. C'est elle qui ouvre et cl&#244;t le film, liant dans cette cl&#244;ture sa m&#233;moire &#224; celle d'Ir&#232;ne.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Deux corps, deux images du cadavre et diff&#233;rents rapports &#224; l'image qui sont &#233;galement une trace du rapport de l'image avec le cadavre (inscription quasi anthropologique).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le premier corps, c'est celui de la m&#232;re. C'est un dernier portrait. Le cin&#233;aste Alain Cavalier renoue cin&#233;matographiquement avec ce geste, faire le dernier portrait du d&#233;funt, garder trace, non pas du vivant mais de son absence, de son absentement d&#233;finitif. La raret&#233; du geste m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te quelques instants. Il ne s'agit pas ici d'un simple geste intime et personnel comme il en existe toujours &#8211; on pratique encore le masque mortuaire, la photographie mortuaire, peut-&#234;tre m&#234;me des prises de vue vid&#233;o, cependant les donn&#233;es et les analyses manquent. Le geste de Cavalier est diff&#233;rent en ceci qu'il s'inscrit dans une &#339;uvre artistique, dans un geste esth&#233;tique plus g&#233;n&#233;ral. Dans &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, ce geste n'est pas radical, violent, p&#233;remptoire, manipulatoire ou provocateur. Cavalier agit avec une infini douceur et d&#233;licatesse, &#233;loignant de ses plans toute morbidit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est au tout d&#233;but du film. Pas le premier plan parce que trop symboliquement charg&#233;, trop imm&#233;diatement et lourdement significatif. C'est au deuxi&#232;me et troisi&#232;me plan du film qu'apparaissent ces images. Les deux plans saisissent. Pas imm&#233;diatement. Il faut deux courts plans pour comprendre que ce corps &#233;tendu est celui d'une m&#232;re morte, que le lit est mortuaire et l'image s&#233;pulcrale. L'image acquiert une immense intensit&#233; par sa pr&#233;sence &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; sa pudeur. Deux plans un peu tremblants, en l&#233;g&#232;re plong&#233;e (plan moyen (ou am&#233;ricain) lat&#233;ral droit pour le deuxi&#232;me et de face pour le troisi&#232;me) ne cherchant &#224; r&#233;v&#233;ler aucun myst&#232;re, ne posent aucune m&#233;taphysique. Une image sans trivialit&#233; ni morbidit&#233;, ne chercent &#224; saisir aucun &#233;v&#233;nement mais t&#233;moignent d'un &#233;v&#233;nement : le corps de la morte, ce qu'il reste apr&#232;s le mourir. Le choix de l'exposition fun&#233;raire (la morte allong&#233;e et habill&#233;e) inscrit le geste de Cavalier dans la tradition du &#171; dernier portrait &#187;, rapprochant donc ces images cin&#233;matographiques des moulages et masques de cire antique, des masques mortuaires du Moyen Age &#224; aujourd'hui, des dessins, des peintures, tableaux et photographies &#233;laborant les derni&#232;res images d'un d&#233;funt. Ce dernier portrait qui cherche une bonne distance cin&#233;matographique pour n'&#234;tre ni magnification d'un insaisissable, ni forme de spectacle, ni sa mise en sc&#232;ne (ce par quoi le &lt;i&gt;Nick's movie&lt;/i&gt; de Wim Wenders est parasit&#233; : la mise en sc&#232;ne agissant dans ce cas comme un &#233;vitement, un contournement du sujet v&#233;ritable de ce film : la mort au travail dans le corps de Nicholas Ray).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cavalier, depuis &lt;i&gt;Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages&lt;/i&gt; (1978) puis &lt;i&gt;La Rencontre &lt;/i&gt;(1996), a coup&#233; les fils du cin&#233;ma &lt;i&gt;classique&lt;/i&gt;, d'un cin&#233;ma r&#233;pondant &#224; une organisation industrielle, pour une forme libre et lib&#233;r&#233;e, trouvant avec la cam&#233;ra DV l'outil essentiel pour r&#233;pondre aux n&#233;cessit&#233; de l'&#233;laboration de son &#339;uvre (comme la nagra et la cam&#233;ra 16 avaient en leur temps impuls&#233;s ou accompagn&#233;s les choix esth&#233;tiques de la Nouvelle Vague). Avec ses cam&#233;ras num&#233;riques, Cavalier affronte depuis en fragment son intimit&#233; : la d&#233;pression, la rencontre amoureuse, la maladie, et la mort.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Filmer deux plans du cadavre de sa m&#232;re, c'est affronter la solitude du regard et une intimit&#233; qui n'en est pas une, qui n'en est plus une. Ce n'est pas l'&#233;v&#233;nement de la mort mais la place de la morte qu'il filme. Voir et filmer le cadavre n'est pas ici un geste d'outrage, une quelconque transgression. C'est un geste artistique inscrit dans une anthropologie, une histoire de l'art, celle du &#171; dernier portrait &#187;, et dans une esth&#233;tique cin&#233;matographique sp&#233;cifique, celle de Cavalier. La mort et la morte sont affront&#233;es par l'image, par cette mise en distance qui n'est pas s&#233;paration. Ces deux plans de Cavalier sont &#233;galement le t&#233;moignage d'une confrontation assum&#233;e et v&#233;cue : celle du cadavre vu. Et c'est par ce &lt;i&gt;voir-le-cadavre&lt;/i&gt; que la m&#233;moire fait retour sur une autre morte, Ir&#232;ne. C'est parce qu'il y a l'image de cette morte que l'image de la morte sans cadavre peut cin&#233;matographiquement prendre corps, et entrer dans une d&#233;finition du fantomal.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Ir&#232;ne est un corps absent. Un corps rendu invisible par la mort, par la brutalit&#233; d'un accident qui laissera une empreinte de douleur inapaisable. Cet apaisement impossible conduit Cavalier d'une morte l'autre. Une des explications possible de ce tombeau (ouvert) constitu&#233; par ce film est peut-&#234;tre &#224; comprendre dans la confidence faite &#224; la fin du film : il a laiss&#233; son fr&#232;re aller reconna&#238;tre le corps d'Ir&#232;ne. Il n'est pas all&#233; voir le cadavre de sa femme, ajoutant &#171; Si j'&#233;tais all&#233; voir son visage mort, peut-&#234;tre que je n'aurai pas fait ce film. &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; est le film d'un corps absent, d'un cadavre qui n'a pas lieu, ou plus exactement d'une absente radicale qui n'a lieu que dans le film. Quel corps peut-il rester face &#224; un tel absentement ? Un corps d'image. Le film d'Alain Cavalier est tr&#232;s litt&#233;ralement une catabase cin&#233;matographique &#224; la recherche de ce corps de disparition. Ir&#232;ne meurt le 16 janvier 1972, quelques jours avant que Cavalier ne doive commencer avec elle le tournage d'un film sur elle. 36 ans plus tard, le cin&#233;aste invente une image d'Ir&#232;ne, au sens o&#249; &#171; inventer &#187; c'est &#224; la fois construire et trouver (l'inventeur d'un tr&#233;sor). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il construit un tombeau et trouve des images.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cavalier invente les signes de l'absence sans jamais chercher &#224; remplir le vide.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La visite de la maison d'amis, celle du dernier jour, celle du jour de l'accident est &#224; ce titre magnifique et terrible : il se rend dans cette maison, 35 ans apr&#232;s le drame, filme tous les d&#233;tails des lieux, scrute chaque d&#233;tail, rappelle toutes les anecdotes qui reviennent. Il filme le souvenir de l'annonce : &#171; j'&#233;tais assis l&#224; au bout du canap&#233; &#187; dit-il, c'est la m&#234;me pi&#232;ce, le m&#234;me canap&#233;, le m&#234;me tapis. Il raconte et filme ce pr&#233;sent vide de tout pass&#233;&#8230; il filme le canap&#233; et apr&#232;s un l&#233;ger panoramique termine son plan sur un tapis blanc en disant &#171; Voil&#224;, c'est tout &#187;. Cette image est alors l'exact contrepoint de &lt;i&gt;Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages&lt;/i&gt; (film de la noire folie o&#249; plane l'ombre d'Ir&#232;ne jamais nomm&#233;e&#8230; seulement entendue). Ce blanc dans &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; n'est pas encore le vide. Le vide survient lorsqu'il apprend que cette m&#234;me maison est vendue et donc vid&#233;e. Le lieu d&#233;positaire de cette m&#233;moire s'absente de lui-m&#234;me d&#233;finitivement, s'&#233;vide litt&#233;ralement : &#171; La maison o&#249; j'ai appris la mort d'Ir&#232;ne est vendue (&#8230;) Je n'arrive plus &#224; voir Ir&#232;ne se d&#233;pla&#231;ant &#187; entend-on sur des plans explorant un vide d&#233;sormais radical : plus de porte-savon, plus de meubles, de lits, plus de t&#233;l&#233;phone, plus de canap&#233;, ni de tapis. Seules les images photographiques de la maison permettront d&#233;sormais de dire la disparition de la disparue.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D&#232;s lors, Cavalier trouve des images, prend les images pass&#233;es, celle d'Ir&#232;ne, celle de la maison, celle de la voiture accident&#233;e. Les photographies permettent alors d'affronter le r&#233;cit, de dire de nouveau le moment de la mort d'Ir&#232;ne en l'absence de toute image de sa mort, d'elle morte, ou plus exactement d'elle &lt;i&gt;en&lt;/i&gt; morte. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cavalier filme donc les images photographiques d'Ir&#232;ne. Le cin&#233;ma de Cavalier depuis 1978 se constitue sur une tension : la possibilit&#233; de filmer le visage : avec le &lt;i&gt;r&#233;pondeur&lt;/i&gt; le visage &#233;tait obstru&#233;, cach&#233; par les bandes m&#233;dicales ne laissant para&#238;tre que les yeux ; avec &lt;i&gt;Libera me&lt;/i&gt; (1996) les visages m'&#233;taient jamais film&#233;s ; dans &lt;i&gt;La Rencontre&lt;/i&gt; (1996), le visage de Fran&#231;oise est invisible, &#224; peine un reflet fugace sur une glace, et surtout un photogramme de ce visage, c'est-&#224;-dire ici une r&#233;elle question cin&#233;matographique : une pr&#233;sence dans la mati&#232;re du film &lt;i&gt;in absentia&lt;/i&gt; d'une perception possible dans le d&#233;filement cin&#233;matographique. En somme, une v&#233;ritable image de l'intimit&#233;. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; (1986), &lt;i&gt;24 portraits&lt;/i&gt; (1987-1990), &lt;i&gt;Ren&#233;&lt;/i&gt; (2002) ou l&lt;i&gt;e Filmeur&lt;/i&gt; (2005) travaillent dialectiquement les possibilit&#233;s d'inscrire le visage dans un plan. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce qui est saisissant dans &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, c'est que Cavalier met en tension cette possibilit&#233; en scrutant une image d'Ir&#232;ne sans montrer son visage, en restant longtemps &#224; cette lisi&#232;re avant de cadrer sur son visage encore cach&#233; par ses cheveux, puis de montrer d'autres photographies du visage d'Ir&#232;ne&#8230; comme s'il se lib&#233;rait d'un interdit, d'une impasse, d'une impossibilit&#233;. Il ne lui &#233;tait pas possible de faire incarner Ir&#232;ne par une autre (s&#233;quence avec la com&#233;dienne envisag&#233;e au sens litt&#233;ral du terme, ou la s&#233;quence autour Sophie Marceau avec qui il instaure un dialogue imaginaire). Il peut seulement tenter (enfin) des images c'est-&#224;-dire aller dans le royaume des ombres pour dialoguer avec elle : &#171; je pr&#233;f&#232;re descendre vers l'ombre seul &#187; dit-il ; puis ajoute, plus tard, s'adressant &#224; elle : &#171; Je suis venu te demander pardon &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette s&#233;pulture cin&#233;matographique d'une m&#233;moire d&#233;chir&#233;e n'est rendue possible que par la mort de la m&#232;re et l'image quasi inaugurale, et ici augurale, de dernier portrait. Une fois de plus, c'est la structure du film qui l'indique. En effet, le film s'ach&#232;ve par un plan sur la table de chevet de sa m&#232;re sur laquelle se trouve une photographie d'Ir&#232;ne dans un cadre rond. Et Cavalier d'ajouter : Apr&#232;s la mort d'Ir&#232;ne, ma m&#232;re a toujours gard&#233; une photographie d'elle &#224; son chevet. J'ai longtemps cru que c'&#233;tait pour me faire plaisir. Aujourd'hui je pense diff&#233;remment. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, film d'Alain Cavalier fait ici doublement s&#233;pulture. Il affronte cin&#233;matographiquement l'&#233;preuve de la mort de sa m&#232;re par un dernier portrait et construit un tombeau qui accueille le fant&#244;me de celle qui mourut un apr&#232;s-midi de janvier au bord de la for&#234;t de Rambouillet. &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, c'est, comme le dit Roland Barthes dans son &lt;i&gt;Journal de deuil&lt;/i&gt;, &#171; habiter mon chagrin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fragment du 31 juillet 1978, Rolland Barthes, Journal de deuil, Op. Cit, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Jacques Derrida, &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 1993 et Jacques Derrida, &#171; Le cin&#233;ma et ses fant&#244;mes &#187;, entretien avec Antoine de Baeque et Thierry Jousse, &lt;i&gt;Les Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt;, num&#233;ro 556, avril 2001, p. 74-85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida et Bernard Stiegler, &lt;i&gt;Echographie-De la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e-INA, 1996, p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve les &#233;l&#233;ments de cette r&#233;flexion ici : &lt;a href=&#034;http://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique34&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique34&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte reproduit dans Andr&#233; Rouill&#233;, &lt;i&gt;La photographie en France. Textes et controverses : une Anthologie (1816-1871)&lt;/i&gt;, Paris, Macula, 1989 (coll Histoire et th&#233;orie de la photographie, 549 p.), p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jo&#235;lle BOLLOCH, &#171; Photographies apr&#232;s d&#233;c&#232;s : pratiques, usages et fonctions &#187;, in &lt;i&gt;Le dernier portrait&lt;/i&gt;, sous la direction de Emmanuelle H&#233;ran, Paris, Mus&#233;e d'Orsay-Editions de la R&#233;union des mus&#233;es nationaux, 2002, pages 112-113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phanie de Loppinot, &#171; L'exp&#233;rience int&#233;rieure. Le cin&#233;ma chirurgical du docteur Doyen &#187; &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;, num&#233;ro 013, printemps 2007, pages 101-102&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En prolongements probl&#233;matiques et contemporains &#224; cette question, on pourrait se pencher sur &lt;i&gt;The Act of Seeing With One's Own Eyes&lt;/i&gt; film de 1971 de Stan Brakhage ou les installations-spectacles des plastinations de Gunther von Hagens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; S. Labarthe, &#171; Des images nous regardent &#187; Entretien Jean-Louis Comolli et Andr&#233; S. Labarthe, dans &lt;i&gt;Images documentaires&lt;/i&gt;, n&#176; 31, 2&#232;me trimestre 1998, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le catalogue de l'exposition &lt;i&gt;Le dernier portrait&lt;/i&gt;, sous la direction de Emmanuelle H&#233;ran, Paris, Mus&#233;e d'Orsay-Editions de la R&#233;union de mus&#233;es nationaux, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'empreinte conjointement le terme de &lt;i&gt;culturel&lt;/i&gt; &#224; Theodor W. Adorno, &#224; Marc Jimenez, &#224; Michel Deguy, ainsi qu'&#224; l'analyse de Martin Rueff sur la question de la &lt;i&gt;sur-visibilit&#233;&lt;/i&gt;. Voir Theodor W. Adorno, &lt;i&gt;Dialectique n&#233;gative&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par le groupe de traduction du Coll&#232;ge de philosophie, Paris, Payot, 2001 ; &lt;i&gt;Th&#233;orie esth&#233;tique&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Marc Jimenez, Paris, Klincksieck, 2004 ; &lt;i&gt;Mod&#232;les critiques&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Marc Jimenez et Eliane Kaufholz, Paris, Payot, 1984 ; Michel Deguy, &lt;i&gt;La Raison po&#233;tique&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2000 ; Marc Jimenez, &lt;i&gt;La critique : Crise de l'art ou consensus culturel ?&lt;/i&gt;, Paris, Klincksieck, 1995 ; Martin Rueff, Diff&#233;rence et Identit&#233;, Paris, Hermann, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'&#233;clairant livre de Jean-Baptiste Thoret, &lt;i&gt;26 secondes, l'Am&#233;rique &#233;clabouss&#233;e&lt;/i&gt;, Pertuis : Rouge profond, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet &lt;i&gt;Politique des zombies. L'Am&#233;rique selon George A. Romero&lt;/i&gt;, coordonn&#233; par Jean-Baptiste Thoret, Paris, Ellipses, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire l'accidentel et le r&#233;el mis en sc&#232;ne par &lt;i&gt;Gimme Shelter&lt;/i&gt; comme bascule symbolique des espoirs d'une g&#233;n&#233;ration (&#224; la fois surgissement de la mort et du cadavre dans et par l'image) et la construction avec Romero d'une figure in&#233;dite prenante acte de l'extr&#234;me monstruosit&#233; par la mise en sc&#232;ne du corps-cadavre d&#233;vorant de l'effondrement de toute esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fragment du 31 juillet 1978, Rolland Barthes, &lt;i&gt;Journal de deuil&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Op. Cit&lt;/i&gt;, p. 185 et 186.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A propos d'Ir&#232;ne d'Alain Cavalier et d'un article paru chez Klincksieck</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article208</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article208</guid>
		<dc:date>2012-07-16T12:42:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Cavalier, Alain</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait en 2009. Invit&#233; &#224; participer au &#171; s&#233;minaire Interarts de Paris &#187; autour du th&#232;me l'extr&#234;me, j'avais donn&#233; ce titre g&#233;n&#233;rique &#171; Au bout de l'image, la rel&#232;ve des morts &#187;. L'id&#233;e premi&#232;re avait &#233;t&#233; d'&#233;voquer un moment particulier de l'&#233;volution de la relation entre le cin&#233;ma et la mort : la fin des ann&#233;es soixante peut appara&#238;tre comme un point aveugle et un retournement de cette relation. L'id&#233;e avait &#233;t&#233; celle d'articuler le documentaire Gimme Shelter (1970) &#224; la fiction La Nuit des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Bordure de soi&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Cavalier, Alain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en 2009. Invit&#233; &#224; participer au &#171; s&#233;minaire Interarts de Paris &#187; autour du th&#232;me &lt;i&gt;l'extr&#234;me&lt;/i&gt;, j'avais donn&#233; ce titre g&#233;n&#233;rique &#171; Au bout de l'image, la rel&#232;ve des morts &#187;. L'id&#233;e premi&#232;re avait &#233;t&#233; d'&#233;voquer un moment particulier de l'&#233;volution de la relation entre le cin&#233;ma et la mort : la fin des ann&#233;es soixante peut appara&#238;tre comme un point aveugle et un retournement de cette relation. L'id&#233;e avait &#233;t&#233; celle d'articuler le documentaire &lt;i&gt;Gimme Shelter&lt;/i&gt; (1970) &#224; la fiction &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt; (1968) de Romero, tout en rappelant le poids du film d'Abraham Zapruder, film amateur ayant saisi le 22 novembre 1963 l'assassinat brutal et violent de JF Kennedy &#224; Dallas. La question qui occupe alors mon esprit est celle d'un art qui &lt;i&gt;fait s&#233;pulture&lt;/i&gt;, pour reprendre une expression de Michel Deguy.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en &#233;tais donc l&#224; de l'&#233;criture de ce texte : je croisais une lecture rapide et h&#233;t&#233;rodoxe de &lt;i&gt;La Chambre claire&lt;/i&gt; de Barthes et de la pens&#233;e de Derrida ; je rappelais la photographie d'Hippolyte Bayard, &lt;i&gt;Autoportrait en suicid&#233; par noyade&lt;/i&gt; (18 octobre 1840).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis tout s'est arr&#234;t&#233; lorsque je suis all&#233; voir &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; d'Alain Calvalier qui sortait dans quelques salles en octobre 2009. Et l&#224;, l'&#233;vidence qu'il fallait saisir ce film, sa densit&#233;. Le film s'imposait &#224; moi. Il d&#233;borderait mon propos initial.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L434xH578/Ire_ne-6b0bf.jpg?1751018415' width='434' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard un &#233;change s'est engag&#233; avec Alain Cavalier, &#233;change discret et lointain... m&#234;me si une fois alors que j'&#233;tais plong&#233; dans la dioptrique de Descartes, le t&#233;l&#233;phone avait sonn&#233;... c'&#233;tait lui qui m'appelait pour me dire qu'il avait lu la veille &lt;a href=&#034;http://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ce matin&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. La surprise totale et radicale de ce grain de voix qui participait de mon intimit&#233; cin&#233;matographique (ou radiophonique) m'avait laiss&#233; un peu cr&#233;tin. Je me souviens d'avoir essay&#233; de bredouiller quelque chose. En vain. J'avais &#233;t&#233; pris par la surprise. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, je lui avais envoy&#233; une copie du texte qui vient de para&#238;tre chez Klincksieck. Il termine son petit mot de retour par cette phrase que je partage : &#171; Je n'habite plus mon chagrin mais le tronc creux de son arbre feuillu encore &#187;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;, il y a bien s&#251;r eu &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; et son aventure cannoise, et il y a &#233;galement eu le magnifique livre d'Amanda Robles, &lt;i&gt;Alain Cavalier, filmeur&lt;/i&gt;, paru en 2011 aux &lt;a href=&#034;http://www.r-diffusion.org/index.php?ouvrage=INC-12&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;ditions De l'incidence&lt;/a&gt; (on serait presque jaloux !). Donc plus modestement, quelques pages de mon c&#244;t&#233; qui viennent de para&#238;tre, et un travail plus cons&#233;quent un jour. Car l'&#339;uvre de Cavalier accompagne depuis toujours. Je me souviens gosse du &lt;i&gt;Plein de super&lt;/i&gt;, c'est dire (j'en connais d'autres qui aiment ce film). Mais je ne me suis pas vraiment remis de la libert&#233; &lt;i&gt;La Rencontre&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
En attendant, chez &lt;a href=&#034;http://www.klincksieck.com/livre/?GCOI=22520100315860&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Klincksieck&lt;/a&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_346 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L114xH188/Art_extre_me_Klincksieck-14967.png?1751018415' width='114' height='188' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommaire complet :&lt;br/&gt;
Muriel Gagnebin : Hommage &#224; Jean-Louis Leutrat&lt;br/&gt;
Marc Jimenez : Avant-propos&lt;br/&gt;
Claude Amey : De l'extr&#234;me &#224; la d&#233;mesure&lt;br/&gt;
Bernard Andrieu : &#192; l'extr&#233;mit&#233; de son corps, l'eXtr&#234;me ?&lt;br/&gt;
Patrick Barr&#232;s : &#171; &#338;uvres de chaos &#187; du land art, paysage de l'extr&#234;me&lt;br/&gt;
Olivier Beuvelet : La main dans l'image ou l'extr&#233;mit&#233; du regard amoureux dans &lt;i&gt;Br&#232;ve histoire d'amour &lt;/i&gt; de Kieslowski&lt;br/&gt;
Jean-Yves Bosseur : Quelques jalons extr&#234;mes dans la pens&#233;e musicale contemporaine&lt;br/&gt;
Jenny Chan : Extr&#234;me : processus dynamique de l'Inqui&#233;tante &#233;tranget&#233;&lt;br/&gt;
&#201;liane Chiron : &#171; C'est &#231;a ! &#187; Le punctum. L'Extr&#234;me du langage&lt;br/&gt;
St&#233;phane Dumas : Habiter l'extr&#234;me, &#234;tre habit&#233; par l'extr&#234;me&lt;br/&gt;
Oph&#233;lie Hernandez : Lorsque l'extr&#234;me se fait informe : trauma et irrepr&#233;sentable&lt;br/&gt;
Jean-Louis Leutrat : Histoire(s) de cin&#233;ma comme &#339;uvre extr&#234;me&lt;br/&gt;
Julien Milly : L'extr&#234;me ou les commencements de l'&#339;uvre&lt;br/&gt;
Georges Molini&#233; : L'art par le regard : une position extr&#234;me&lt;br/&gt;
Dani&#232;le Pistone : Contre toute attente : la r&#233;ception de l'extr&#234;me artistique&lt;br/&gt;
S&#233;bastien Rongier : Au bout de l'image, la rencontre des morts&lt;br/&gt;
Jean-Pierre Sag : L'extr&#234;me du regard : le regard regard&#233;&lt;br/&gt;
Fran&#231;ois Soulages : L'extr&#234;me et l'esth&#233;tique&lt;br/&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt;&lt;br&gt;
&lt;a class=&#034;addthis_button&#034; href=&#034;http://addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4b3e73ea34e3a0d3&#034;&gt;&lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L125xH16/lg-share-en-8e37ecaf-ab8cb.gif?1749905054' width='125' height='16' alt=&#034;Bookmark and Share&#034; style='border:0'/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;script type=&#034;text/javascript&#034; src=&#034;http://s7.addthis.com/js/250/addthis_widget.js#username=xa-4b3e73ea34e3a0d3&#034;&gt;&lt;/script&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
