<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://sebastienrongier.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
	<link>https://sebastienrongier.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://sebastienrongier.net/spip.php?id_rubrique=65&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
		<url>https://sebastienrongier.net/IMG/logo/siteon0.jpg?1637577897</url>
		<link>https://sebastienrongier.net/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Les corps fant&#244;mes de Derrida</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article376</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article376</guid>
		<dc:date>2021-12-03T22:43:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Derrida, Jacques</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Textuel (nouvelle formule), Universit&#233; Paris 7 Diderot, n&#176; 1 L'Anticipation, Editions Hermann, 2014&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;2014&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot71" rel="tag"&gt;Derrida, Jacques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'invitation de Laurent Zimmermann qui relan&#231;ait la revue Textuel, j'ai pu synth&#233;tiser quelques remarques sur &#171; Les corps fant&#244;mes de Derrida &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L360xH480/img_9361_-_copie-11279.jpg?1750026145' width='360' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ange de la photographie ou la possibilit&#233; du fant&#244;me dans L'Etrange affaire Ang&#233;lica de Manoel de Oliveira</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article378</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article378</guid>
		<dc:date>2021-12-03T22:35:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Oliveira, Manoel de</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Cahier des ailes du d&#233;sir, num&#233;ro 22, mars 2014&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;2014&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot117" rel="tag"&gt;Oliveira, Manoel de&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Grand plaisir d'&#233;crire pour cette revue destin&#233;e aux enseignants de cin&#233;ma du secondaire. Mais voil&#224; que je ne retrouve qu'une version r&#233;duite de mon texte publi&#233;e. Je mets cette version r&#233;duite en ligne et le pdf complet du texte dessous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L137xH192/cahier_ailes_du_de_sir-a588f.jpg?1750687335' width='137' height='192' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;L'Etrange affaire Ang&#233;lica&lt;/i&gt; (2010) de Manoel de Oliveira, un fant&#244;me apparaitrait au jeune photographe Isaac. Nuitamment appel&#233; &#224; photographier une jeune femme qui vient de mourir, il la voit &lt;i&gt;revivre&lt;/i&gt; ou peut-&#234;tre &lt;i&gt;revenir&lt;/i&gt;. Le jeune homme fragile et tourment&#233; semble vivre dans un autre temps, une autre &#233;poque. Sa tenue vestimentaire, ses lectures, son appareil photographique le mettent en marge de son temps et de ses contemporains. Le film de Oliveira multiplie les flottements du temps pour intensifier le sens et la fracture temporelle dans laquelle se situe Isaac. Des craquements de la veille radio qu'il r&#233;pare au d&#233;but du film aux ouvriers agricoles qu'il photographie (ces travailleurs de l'ancienne mode indique la logeuse), Isaac n'appartient &#224; son temps. Logiquement, il tombe amoureux d'une morte, lui qui est obs&#233;d&#233; par l'id&#233;e de l'ange. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; l'h&#233;ritage de son nom ? La vie du fils d'Abraham n'est-elle pas sauv&#233;e &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; par l'ange qui arr&#234;te le geste du p&#232;re ? Le motif de l'ange est r&#233;current tout au long du film : c'est la reproduction d'une gravure sur le livre ouvert ; c'est le po&#232;me de Jos&#233; R&#233;gio lu au d&#233;but du film et r&#233;cit&#233; devant la chapelle de la famille d'Ang&#233;lica ; c'est bien s&#251;r le nom de la morte, la nature ses apparitions mais aussi les propos des jeunes filles pench&#233;es sur le cercueil durant les fun&#233;railles : &#171; Elle ressemble &#224; un ange c&#233;leste &#187;. Obs&#233;d&#233; par une certaine perfection atemporelle, Isaac est litt&#233;ralement hant&#233; par l'image de cette femme au point de voir en elle un amour absolu qui finira par le consumer. Et c'est dans la mort que les deux amants impossibles se retrouveront pour l'&#233;ternit&#233; d'un amour parfait. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Qui est Ang&#233;lica ? Quelle est sa nature ? Elle est un fantasme, c'est-&#224;-dire la forme la plus intime du fant&#244;me, celle qui se forme dans la t&#234;te. Mais quelle que soit sa forme de visibilit&#233;, c'est une image. Les six apparitions d'Ang&#233;lica sont toutes diff&#233;rentes mettent en jeu les questions de plan subjectif, de rupture chromatique, de place du spectateur et mise en sc&#232;ne du regard. Trois d'entre elles ont un rapport intense &#224; la photographie et toutes finissent par mettre en sc&#232;ne un rapport (peut-&#234;tre) nostalgique d'Oliveira avec un cin&#233;ma primitif aux effets sp&#233;ciaux po&#233;tiques et surann&#233;s. L'ad&#233;quation profonde du photographique avec le fantomatique ainsi que la nature anthropologique de la photographie post-mortem, font de ce film d'Oliveira un manifeste vibrant du cin&#233;ma comme lieu des morts. Il n'y a pas dans &lt;i&gt;L'Etrange affaire Ang&#233;lica&lt;/i&gt; de photographie spirite. On peut en revanche saisir dans sa mise en sc&#232;ne les s&#233;diments de cette photographie spirite. Oliveira met en sc&#232;ne le paradigme scopique par le fantasmatique. Il invente une logique spirite par le cin&#233;matographique (le surgissement du mouvement dans le photographique, le passage du photographique au photogrammatique comme mise en sc&#232;ne du fantomatique). Il utilise &#233;galement cette question technologique essentielle au fantomatique, &#224; savoir la surimpression. L'accident technique devient avec les spirites une technologie de l'apparition. Elle est au cin&#233;ma (du premier cin&#233;ma aux formes num&#233;riques les plus contemporaines) une technique du fantomal. Oliveira rejoue le motif de la surimpression du premier cin&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est en cela tr&#232;s proche du film de Philippe Garrel Les Fronti&#232;res de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; comme pour se rapprocher d'une temporalit&#233; du cin&#233;ma &#224; laquelle il appartiendrait et qui n'existerait peut-&#234;tre &lt;i&gt;d&#233;j&#224; &lt;/i&gt;plus, faisant alors d'Ang&#233;lica et &lt;i&gt;d'Angelica &lt;/i&gt;un biograph&#232;me d'Oliveira lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La premi&#232;re apparition du fant&#244;me est mise en sc&#232;ne par le photographique. Le point de vue est celui de l'&#339;il d'Isaac et de son appareil. Il doit photographier une morte, une jeune femme, Ang&#233;lica. La question photographique est pos&#233;e par la lumi&#232;re : Isaac fait changer l'ampoule pour avoir une meilleure lumi&#232;re. Voir un fant&#244;me est une question de lumi&#232;re et une affaire de technologie de l'image. La mise en sc&#232;ne le confirme par le passage du plan d'ensemble d'Isaac cadrant au cadre de l'appareil photographique avec un jeu sur la mise au point. Passage du trouble au net : Isaac rend visible la disparue pour la photographie, et r&#233;v&#232;le un fant&#244;me. C'est en cadrant le visage de la morte qu'il voit soudain ses yeux s'ouvrir et ses l&#232;vres lui sourire. Le plan est structur&#233; par le cadre de l'appareil argentique. Isaac voit par le viseur une autre r&#233;alit&#233;. Le plan subjectif est m&#233;diatis&#233; par l'appareil photographique. L'apparition du fant&#244;me devient donc une affaire d'image et de subjectivit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce sera encore par le d&#233;veloppement photographique (&#171; l'inscription d'une chimie de la lumi&#232;re sur un support photosensible &#187;) qu'Isaac verra une deuxi&#232;me fois Ang&#233;lica, ou plus exactement, fera appara&#238;tre son &lt;i&gt;fantasme&lt;/i&gt; amoureux (si l'on veut entendre ici que &lt;i&gt;fantasme &lt;/i&gt;signifie d'abord image et fant&#244;me). Apr&#232;s le tirage photographique, Isaac fait s&#233;cher dans sa chambre les images d'Ang&#233;lica. Toutes les autres apparitions d'Ang&#233;lica auront lieu dans la chambre d'Isaac, l'espace int&#233;rieur devenant espace de fantasme &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; espace photographique. La troisi&#232;me photo accroch&#233;e s'anime : la morte ouvre les yeux et sourit de nouveau. La stupeur d'Isaac est tr&#232;s vite &#233;vapor&#233;e lorsqu'il tourne son regard vers la colline et donc d'autres images &#224; faire : celle d'un autre monde en disparition (les ouvriers agricoles et Ang&#233;lica sont la m&#234;me chose : deux formes de disparition &#224; photographier). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La troisi&#232;me apparition intervient de nuit. L'homme dort. Le plan est pris depuis un miroir (cf. &lt;i&gt;Shining&lt;/i&gt;). Isaac se r&#233;veille, se l&#232;ve et regarde une photographie. Ang&#233;lica appara&#238;t en arri&#232;re-plan avec tous les attributs classiques du fant&#244;me : forme translucide, vaporeuse en noir et blanc. Lorsque les deux entit&#233;s oppos&#233;es se retrouvent (le vivant et la morte), le vivant s'annule : le changement de r&#233;gime chromatique induit l'entr&#233;e d'Isaac dans le monde d'Ang&#233;lica et rend possible un voyage po&#233;tique et amoureux. La question technologique rev&#234;t une importance cin&#233;matographique : Oliviera tourne le dos aux effets sp&#233;ciaux qui cherchent un r&#233;alisme. Il pr&#233;f&#232;re une distance po&#233;tique qui renvoie l'image au cin&#233;ma primitif avec le r&#244;le de la surimpression et une fausse na&#239;vet&#233; assum&#233;e. Oliviera travaille depuis le cin&#233;ma et depuis le r&#234;ve et le fantasme. La fin de l'extrait r&#233;v&#232;le qu'il s'agissait d'un r&#234;ve, Isaac se r&#233;veille en sursaut, le miroir renvoyant au th&#232;me du double de la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La quatri&#232;me apparition est li&#233;e &#224; un nouveau r&#233;veil dans la nuit apr&#232;s un r&#234;ve agit&#233;. Isaac se l&#232;ve et regarde les photographies m&#233;langeant ouvriers agricoles et Ang&#233;lica. Lorsqu'il regarde son image, elle appara&#238;t dans l'embrasure de la porte-fen&#234;tre alors qu'il est retourn&#233;. C'est une forme en couleur qui dispara&#238;t d&#232;s qu'il se retourne. Elle clignote. Le spectateur peut alors voir le processus du fantasme produisant une image. Le processus d'obsession amoureuse (d&#233;voration fantasmatique autour de la figure de l'ange) s'accomplit. Lors de la cinqui&#232;me apparition, la chambre est en noir et blanc, l'espace est contamin&#233; par le fantasme. La question est d&#233;sormais celle de la place d'Isaac : est-il du c&#244;t&#233; du vivant ou de la morte, de la couleur ou du noir et blanc (les couleurs n'&#233;tant jamais tranch&#233;es ou vives dans le film) ? Il ne peut plus rejoindre Ang&#233;lica. Elle est invisible &#224; son regard lors de l'apparition pr&#233;c&#233;dente, et intouchable dans cet espace de la chambre. Isaac l'exp&#233;rience de la v&#233;rit&#233; du fant&#244;me, celle d'une image &#233;vanescente qu'on ne peut toucher (et ce, depuis Hom&#232;re). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La derni&#232;re apparition r&#233;v&#232;le la r&#233;alit&#233; du parcours d'Isaac, celle d'un homme qui agonise dans un monde qui n'est plus le sien, ou qui ne l'a peut-&#234;tre jamais &#233;t&#233;. Isaac rejoint &#224; la fin du film les morts. Mais d'une certaine mani&#232;re, Isaac vivait au milieu des morts depuis toujours, l'apparition d'Ang&#233;lica &#233;tant seulement l'actualisation d'un fantasme.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_908 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/pdf/3._oliveira_ailes_du_de_sir_-_copie.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 21.4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773078898' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est en cela tr&#232;s proche du film de Philippe Garrel &lt;i&gt;Les Fronti&#232;res de l'aube&lt;/i&gt;, film de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Enseigner trois grands films au coll&#232;ge &#187; et s&#233;quence &#171; Looking for Eric de Ken Loach : entre r&#233;alisme social et com&#233;die d&#233;brid&#233;e &#187;</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article377</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article377</guid>
		<dc:date>2021-12-03T22:34:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Nouvelle Revue P&#233;dagogique, mai-juin 2014&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le dossier r&#233;dig&#233; pour la NRP s'institulait &#171; Enseigner trois grands films au coll&#232;ge &#187; et je me suis beaucoup amus&#233; &#224; concevoir une s&#233;quence sur &#171; &lt;i&gt;Looking for Eric&lt;/i&gt; de Ken Loach : entre r&#233;alisme social et com&#233;die d&#233;brid&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L375xH496/nrp_3_films_-_copie-25536.jpg?1751018091' width='375' height='496' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Alain Cavalier, l'engagement dans le film</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article379</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article379</guid>
		<dc:date>2021-12-03T21:52:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cavalier, Alain</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recherches en esth&#233;tique, &#171; Art et engagement &#187;, num&#233;ro 19, janvier 2014&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique65" rel="directory"&gt;2014&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;Cavalier, Alain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette nouvelle collaboration avec la revue de Dominique Berthet me permet d'approfondir la r&#233;flexion amorc&#233;e autour du cin&#233;ma d'Alain Cavalier.
&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_905 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L334xH480/art_et_engagement_ree_-_copie-0a21d.jpg?1749922533' width='334' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Alain Cavalier, l'engagement dans le film&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Une politique du film &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Alain Cavalier n'est plus un cin&#233;aste. Il n'a plus de carri&#232;re cin&#233;matographique. Alain Cavalier est un filmeur qui a engag&#233; toute son existence dans l'id&#233;e m&#234;me du cin&#233;ma. L'engagement d'Alain Cavalier est d'abord celui d'un d&#233;gagement, d'un d&#233;sengagement des structures industrielles du cin&#233;ma. La premi&#232;re partie de l'&#339;uvre de Cavalier est celle d'un cin&#233;aste &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; qui est pris au cours des ann&#233;es 1960 dans le flux des codes dominants : des productions lourdes, des r&#233;cits classiques, des fictions romanesques, et des t&#234;tes d'affiche. Alain Cavalier tourne avec Romy Schneider, Jean-Louis Trintignant, Alain Delon, Catherine Deneuve, Michel Piccoli. Si l'un de ses films s'appelle alors &lt;i&gt;l'Insoumis&lt;/i&gt; (1964), il est alors un cin&#233;aste install&#233; et cadr&#233; par les imp&#233;ratifs de la production cin&#233;matographique classique. Deux choses viennent d&#233;router la voie toute trac&#233;e du cin&#233;aste : une trag&#233;die biographique et une &#233;volution technologique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En 1972, sa femme, Ir&#232;ne Tunc, meurt dans un accident de voiture alors qu'il s'appr&#234;tait &#224; tourner avec elle. L'&#233;v&#233;nement est un tournant radical dans l'&#339;uvre de Cavalier et de l'&#339;uvre de du cin&#233;aste. Il ne s'agit pas de penser le cin&#233;ma de Cavalier &#224; partir du biographique, d'organiser un discours biographique de son &#339;uvre &#224; la mani&#232;re de Sainte-Beuve. Les films de Cavalier portent une dimension biographiques, mettent sc&#232;ne l'autobiographique. Cette implication de l'intime est d&#233;terminante. Le saisissement de l'autobiographique participe chez Cavalier du dessaisissement des formes classiques du cin&#233;ma. L'engagement dans l'autobiographique est d&#233;sengagement des structures &#233;conomiques et id&#233;ologiques de l'industrie cin&#233;matographique. Le tournant de l'&#339;uvre de Cavalier est &lt;i&gt;Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages&lt;/i&gt; (1978). Ce film, longtemps invisible, est la rupture aussi radicale que symbolique de Cavalier avec le cin&#233;ma. &lt;i&gt;Ce r&#233;pondeur ne prend pas de messages&lt;/i&gt; est un film noir, une plong&#233;e dans la d&#233;pression, les bordures de la folie, celle d'un homme au visage band&#233; qui ne montre pas son visage, en deuil d'une femme jamais nomm&#233;e qui d&#233;cide de repeindre en noir son appartement. Le huis-clos noir est tourn&#233; avec une &#233;quipe de deux personnes. Con&#231;u en tourn&#233;-mont&#233;, le film est une longue descente sombre, un fondu au noir progressif qui s'ach&#232;ve par un cadre noir complet lorsque toute lumi&#232;re est obstru&#233;e par la peinture r&#233;pandue dans l'appartement. Cette catabase cin&#233;matographique radicale engage Alain Cavalier sur de nouveaux chemins cin&#233;matographiques. Le processus est celui d'une lib&#233;ration avant celle de la libert&#233;. De 1976 &#224; 1996, deux lignes se dessinent. Son cin&#233;ma se lib&#232;re des structures du r&#233;cit, des codes narratifs, des jeux de l'acteur (de &lt;i&gt;Le plein de super&lt;/i&gt; (1976) &#224; &lt;i&gt;Une &#233;tranger affaire&lt;/i&gt; (1981)). Ses gestes esth&#233;tiques se durcissent avec &lt;i&gt;Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt; (1986) et surtout &lt;i&gt;Libera me&lt;/i&gt; (1993), films qui radicalisent les gestes de filmage et de tournage (acteurs et d&#233;cors pour &lt;i&gt;Th&#233;r&#232;se&lt;/i&gt;, cadrage et sujet pour &lt;i&gt;Libera me&lt;/i&gt;). L'autre piste est celle du documentaire ou de l'essai cin&#233;matographique. Ils lib&#232;rent les gestes cin&#233;matographiques de Cavalier, lui offrent de nouveaux espaces d'exp&#233;rimentation (documentaires pour Antenne 2 comme &lt;i&gt;La Malmaison&lt;/i&gt; (1979), &lt;i&gt;La Lettre d'un cin&#233;aste&lt;/i&gt; (1982) ou les &lt;i&gt;Portraits&lt;/i&gt; de 1987 &#224; 1990).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'autre d&#233;route cin&#233;matographique est technologique. Alain Cavalier trouve avec les nouvelles cam&#233;ras num&#233;riques (les petites DV) l'outil qui lib&#232;re son geste et son &#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet Ren&#233; Pr&#233;dal, Le Cin&#233;ma &#224; l'heure des petites cam&#233;ras, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;aste devient filmeur. A partir de 1996, son cin&#233;ma s'autonomise d'une mani&#232;re radicale. En se d&#233;sengageant des structures cin&#233;matographiques classiques, son cin&#233;ma s'engage sur un terrain autobiographique. &lt;i&gt;Soi&lt;/i&gt; devient mati&#232;re m&#234;me de l'image et construction d'un geste filmique. De &lt;i&gt;La rencontre &lt;/i&gt;(1996) &#224; &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; (2009)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Au bout de l'image, la rencontre des morts &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en passant par &lt;i&gt;Le filmeur &lt;/i&gt;(2005), l'&#339;uvre de Cavalier exp&#233;rimente le chemin du filmage du quotidien et de l'intime, du saisissement du quotidien avec une cam&#233;ra num&#233;rique toujours en alerte.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un film politique ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le cin&#233;ma de Cavalier &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1990 bascule dans une nouvelle logique. En se d&#233;sengageant radicalement des formes et des formats impos&#233;s par l'industrie cin&#233;matographique, il ouvre des alternatives &#224; son cin&#233;ma. C'est la rencontre d'un parcours et des &#233;volutions technologiques qui favorisent ce geste. Les discussions engag&#233;es par Adorno sur le concept de mat&#233;riau sont f&#233;condes. Sans reprendre les enjeux de la pens&#233;e du philosophe, Adorno envisage le mat&#233;riau artistique comme &#171; s&#233;diment du contenu social &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Theodor W. Adorno. Ecriture, fragmentation et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le mat&#233;riau esth&#233;tique porte sur une question sociale et politique. Le parcours de Cavalier pose la condition mat&#233;rielle comme un engagement politique. A une question pos&#233;e au cin&#233;aste autour des d&#233;cisions esth&#233;tiques comme une position politique, Alain Cavalier me r&#233;pond : &#171; L'origine en est d'abord mat&#233;rielle : l'&#233;volution de la cam&#233;ra, de la lourdeur &#224; la l&#233;g&#232;ret&#233;, du couteux au bon march&#233;, les automatismes de la cam&#233;ra, bref, tout ce qui conduit la pens&#233;e cin&#233;matographique du filmeur ; politiquement le mat&#233;riel, son prix, l'&#233;conomie ambiante, c'est un geste politique d'utiliser un outil fiable mais bon march&#233;. C'est une attitude politique qui permet de tourner seul, &#234;tre seul face &#224; la personne que vous filmez, c'est politique, cela peut effectivement &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme politique. Il est &#233;vident que lorsque les conditions mat&#233;rielles s'am&#233;liorent, le cin&#233;aste est un homme plus lib&#233;r&#233; des contraintes de l'argent. C'est donc un homme qui politiquement peut &#234;tre plus fort comme filmeur et cin&#233;aste ind&#233;pendant, plus fort que s'il fait parti du syst&#232;me de l'argent parce que ces films coutent chers. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Alain Cavalier, Pater, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Les films que l'on consid&#232;re comme appartenant &#224; la veine autobiographique (&lt;i&gt;La rencontre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le filmeur&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt;) ne sont pas &#224; proprement parler des films politiques. Ils n'engage aucun discours politique (sinon &#224; la marge). Mais ils sont intrins&#232;quement politiques dans leur forme et dans l'organisation de cette forme. Les choix de Cavalier sont de nature politique. En tournant le dos au cin&#233;ma de l'industrie culturelle et en inventant une forme, il d&#233;finit un geste qui engage la d&#233;marche esth&#233;tique du r&#233;alisateur comme politique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; n'est pas un film politique mais il engage dans son processus une politique du film, un engagement dans l'id&#233;e m&#234;me du cin&#233;ma et du cadre. Ce film de Cavalier s'articule sur deux morts, sur deux cadavres et sur la confrontation cin&#233;matographique de deux positions : la place du mort et la place de la m&#233;moire, la question du cadavre et celle de l'empreinte du pass&#233;. Le film s'ouvre sur la mort de la m&#232;re et se poursuit sur la mort d'Ir&#232;ne, trente ans auparavant. Deux morts, deux images et deux filmages. Les morts rappellent les morts. La mort de la m&#232;re du cin&#233;aste fait revenir une autre disparue, Ir&#232;ne, femme du cin&#233;aste d&#233;c&#233;d&#233;e apr&#232;s un accident de voiture. Le c&#339;ur du film est une enqu&#234;te sur la possibilit&#233; cin&#233;matographique d'une m&#233;moire des morts. Le premier corps, c'est celui de la m&#232;re. C'est un dernier portrait. Le cin&#233;aste Alain Cavalier reformule cin&#233;matographiquement le geste du dernier portrait du d&#233;funt. Geste rare et d&#233;licat, &#233;loign&#233; chez Cavalier de toute morbidit&#233;. Ir&#232;ne, quant &#224; elle, est un corps absent. Un corps rendu invisible par la mort, par la brutalit&#233; d'un accident qui laisse une empreinte de douleur inapaisable. Le corps absent devient corps d'image faisait litt&#233;ralement d'&lt;i&gt;Ir&#232;ne&lt;/i&gt; une s&#233;pulture cin&#233;matographique, &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;L'ind&#233;cidable comme engagement esth&#233;tique &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Lorsqu'il sort sur les &#233;crans en 2011, &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; s&#233;lectionn&#233; &#224; Cannes et met en sc&#232;ne un acteur fran&#231;ais connu, Vincent Lindon. Les signes ext&#233;rieurs pourraient faire croire qu'Alain Cavalier aurait fait marche arri&#232;re et serait revenu vers un cin&#233;ma plus conventionnel. Il n'en est rien. &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; est le film le plus atypique et neuf que le cin&#233;ma contemporain a port&#233;. Ce film est une double exp&#233;rience : exp&#233;rience de ceux qui le font, et exp&#233;rience de ceux qui le regardent. &lt;i&gt;Pater &lt;/i&gt;est d'abord la proposition d'une exp&#233;rience v&#233;cue tant par les filmeurs que les regardeurs. Le projet pourrait se r&#233;sumer en un jeu. Alain Cavalier et Vincent Lindon d&#233;cident de faire un film ensemble. C'est un d&#233;sir qu'ont les deux hommes dans une relation dense et substitutive. Une relation p&#232;re-fils de substitution se dessine au long du film. L'id&#233;e est, au fil des rencontres, les deux hommes d&#233;cident de se transformer en pr&#233;sident de la R&#233;publique et premier ministre pour inventer une fable politique. Le film est inconfortable et fascinant car son dispositif est celui de l'&lt;i&gt;ind&#233;cidable&lt;/i&gt;. Il est impossible de statuer et de distinguer la r&#233;alit&#233; de la fiction, le jeu du &#171; je &#187;, le costume du v&#234;tement. Ce dispositif de l'&lt;i&gt;ind&#233;cidable&lt;/i&gt; n'est pourtant pas une m&#233;thode, c'est une exp&#233;rience et une aventure. Le film ne cesse de brouiller les fronti&#232;res, de multiplier les passages de la r&#233;alit&#233; &#224; la fiction, de l'acteur au personnage, &#224; la place de l'acteur dans le personnage et inversement. Le spectateur est perdu, mais cette d&#233;possession est le sens de l'aventure. Cette d&#233;possession vaut autant pour les spectateurs que les actants du film (filmeurs comme acteurs puisque Lindon et Cavalier sont en quelque sorte les deux). Le dispositif est d'autant plus complexe qu'il fonctionne sur un tissage d'effets de distanciation. Le film montre les coutures, moins pour souligner un discours (appuyer une politique au sens strict du geste) que pour dire l'aventure filmique. Alain Cavalier l'&#233;nonce clairement &#171; Nous, on m&#233;lange tout &#187;. Tout est en effet bouscul&#233;, jusqu'&#224; la place du filmeur. Il n'y a pas un cin&#233;aste qui engage un projet, il y a la rencontre de deux hommes qui finissent par assumer des r&#244;les et des positions communes (com&#233;dien &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; filmeur). La fin du film est exemplaire. Un dernier d&#233;jeuner est organis&#233; entre les deux hommes (Cavalier-pr&#233;sident et Lindon-ex-premier-ministre). Le plan large fixe montre les deux hommes se filmant chacun avec une cam&#233;ra, se passant la cam&#233;ra de main en main (l'alternance des champ/contrechamp et des plans subjectifs souligne la place du montage et donc de la conscience cin&#233;matographique de Cavalier). L'ind&#233;cidable tourbillonne lorsque dans le dialogue Cavalier dit &#224; Lindon &#171; C'est un film, c'est pas vrai &#187;, imm&#233;diatement contredit par Lindon qui affirme : si, si, si c'est un film, c'est que c'est vrai &#187;. La v&#233;rit&#233; de l'exp&#233;rience est v&#233;rit&#233; du cin&#233;matographique, v&#233;rit&#233; d'un mat&#233;riau qui vient critiquer autant le statut du politique que du jeu cin&#233;matographique : Alain Cavalier &#171; Je pense que le film se prend &#224; bras le corps dans les deux derniers plans. Ils sont en train de manger une fois de plus, parce que les hommes politiques d&#233;pensent beaucoup d'&#233;nergie. Il faut bien qu'ils mettent du bois dans la chemin&#233;e. Dans le dernier plan, il y a une cam&#233;ra qui les filme de profil tous les deux en train de manger apr&#232;s leur d&#233;faite aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Et, &#224; un moment, Vincent Lindon, alors que je suis en train de lui passer ma Grand Croix de la L&#233;gion d'honneur, sort la cam&#233;ra de dessous la table pour filmer l'&#233;v&#233;nement. Je ne m'y attendais pas. Et apr&#232;s, c'est moi qui le fais. Il ne pensait pas non plus que je me baisse et prenne ma cam&#233;ra qui m'attendait pour le moment auquel il y aurait quelque chose &#224; filmer. Moi, je savais que j'allais lui donner ma l&#233;gion d'honneur. Mais il ne le savait pas, lui. Ce qui fait que c'est l&#224; o&#249; vous parliez de politique, c'est qu'en g&#233;n&#233;ral, au cin&#233;ma, il y tellement de param&#232;tres pour r&#233;ussir un plan que c'est le r&#233;alisateur qui gouverne la boutique. L&#224;, on peut dire qu'il y a une certaine &#233;galit&#233; entre lui et moi. Et une certaine circulation, il n'y a pas de s&#233;paration, de compartiment. Dans le cin&#233;ma, il n'y a pas le Bien et le Mal. Ca n'existe pas. C'est litt&#233;raire. Les notions de justice, d'amour... si vous ne donnez pas une preuve cin&#233;matographique, &#231;a n'existe pas. Dire &#034;je t'aime&#034; au cin&#233;ma, c'est facile. Mais le prouver, c'est difficile cin&#233;matographiquement. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Alain Cavalier, Pater, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;L'engagement du portrait&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; vient apr&#232;s les films plus directement autobiographiques. La forme de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; h&#233;rite directement des libert&#233;s des films ant&#233;rieurs, sans effacer le geste du portrait et de l'autobiographie. Car &lt;i&gt;Pater &lt;/i&gt;est le portrait critique du politique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; le double portrait de Vincent Lindon et d'Alain Cavalier. Le geste de Cavalier &#224; l'&#233;gard de Vincent Lindon est le m&#234;me que celui du cin&#233;aste &#224; l'&#233;gard des m&#233;tiers dans ses &lt;i&gt;Portraits&lt;/i&gt;. C'est une magnifique travers&#233;e &lt;i&gt;&#224; la Cavalier&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'un acteur. C'est un portrait de l'acteur en action &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; en libert&#233; d'action. C'est cette exp&#233;rience qui engage enti&#232;rement le cin&#233;ma dans la simplicit&#233; &#233;quivoque du dispositif filmique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'autre portrait (en miroir) est celui de Cavalier lui-m&#234;me qui ne cesse de se mettre en sc&#232;ne, ou de mettre en image le corps dans ses films, qu'il s'agisse du corps du cin&#233;aste, ou du corps du film&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Amanda Robles, Alain Cavalier, filmeur, Le Havre, De l'indicence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'enjeu est d'abord de d&#233;jouer les formes du pouvoir du cin&#233;ma (pouvoir du dispositif &#233;conomique et id&#233;ologique, pouvoir du dispositif pulsionnel du r&#233;gime fictionnel comme dirait Lyotard dans &#171; l'acin&#233;ma &#187;). D&#233;barrass&#233; des structures de neutralisation et d'encha&#238;nement, l'engagement est corporel, celui du filmeur qui refuse l'id&#233;e d'&#234;tre com&#233;dien. Pourtant dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; Alain Cavalier est impliqu&#233; dans le jeu, engag&#233; par le dispositif m&#234;me du film (l'&#233;galit&#233; avec Lindon). C'est l'occasion pour Cavalier de dialectiser la question autobiographique &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; de penser l'image du politique. Le corps politique d'Alain Cavalier devenu pr&#233;sident de la R&#233;publique est mis en sc&#232;ne. Cavalier investit tous les codes du politique (costume, cravate, chaussures, chirurgie esth&#233;tique) pour les retourner, les renverser non pas dans le jeu fictionnel mais dans le dispositif filmique lui-m&#234;me : le costume se rapporte au biographique et au factuel (acheter un costume et porter un costume pour la premi&#232;re fois depuis longtemps), la cravate se r&#233;duit &#224; l'anecdote (In&#232;s de la Fressange). Au d&#233;but du film, Alain Cavalier est pr&#233;sent par ses mains qui composent une assiette pour un d&#233;jeuner, puis une voix off qui joue d&#233;j&#224; sur les fronti&#232;res entre r&#233;alit&#233; (achat de costume) et fiction (annoncer au personnage Lindon qu'il est choisi pour &#234;tre premier ministre). Il appara&#238;t ensuite en costume de pr&#233;sident. Cavalier joue au long du film sur cette image, cette apparence du politique (se regarder dans le miroir et parler de chirurgie esth&#233;tique). Le fonds du film est de mettre en sc&#232;ne le corps du politique par un dispositif d'&#233;cart, un brouillage g&#233;n&#233;ralis&#233; des fronti&#232;res. Cela passe par des temps et des espaces complexes, notamment les cuisines et tables o&#249; l'on se retrouve pour d&#233;jeuner, les couloirs et les espaces entre les portes. Jouer la politique, c'est saisir certains codes et en d&#233;jouer d'autres. Dans &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, le pouvoir est litt&#233;ralement entre les portes. Un plan au milieu du film r&#233;sume le dispositif complexe du film. C'est un &#233;change entre le pr&#233;sident, le premier ministre et un troisi&#232;me ministre. Les trois personnages sont entre deux portes et discutent d'une photographie compromettante que le premier ministre ne veut pas utiliser durant sa campagne pour les &#233;lections. Apr&#232;s une coupe, le pr&#233;sident qui &#233;tait parti, reprend place dans le champ, avec un verre d'eau &#224; la main. Le pr&#233;sident-Alain Cavalier se repositionne &#224; c&#244;t&#233; de Vincent Lindon qui est au centre du cadre. Cavalier sourit en inclinant la t&#234;te et en regardant la cam&#233;ra avec un petit air complice. Ce plan r&#233;sume le dispositif filmique autant son enjeu esth&#233;tique. Ce qui est mis en sc&#232;ne, c'est autant le pouvoir que le corps m&#234;me du r&#233;alisateur. Ce qui pourrait passer pour une fac&#233;tie est autant une marque &lt;i&gt;ind&#233;cidable&lt;/i&gt; du film qu'une rupture de code. Le regard-cam&#233;ra&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les analyses autour des enjeux esth&#233;tiques et politiques du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; laiss&#233; au montage est une adresse au spectateur. Le quatri&#232;me mur explose. Le spectateur est intriqu&#233; dans les fronti&#232;res brouill&#233;es du film. Il lui appartient &#233;galement de penser la situation. L'engagement esth&#233;tique de ce regard est le lieu d'une pens&#233;e filmique du spectateur. Il appartient pleinement au &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; du film. Son regard n'est plus celui d'un spectateur absorb&#233; par une narration qui l'enfermerait dans un &lt;i&gt;stimulus&lt;/i&gt;, il est au contraire un regardeur, acteur de l'action au m&#234;me titre que les protagonistes principaux du film. Tout l'esprit de &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; est dans ce regard de Cavalier. C'est la mise &#224; nu du cin&#233;ma par son filmage, m&#234;me. En mettant &#224; nu la fiction et la fiction intrins&#232;que du politique par une repr&#233;sentation ind&#233;cidable, Cavalier filme avec &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt; l'acte de cr&#233;ation cin&#233;matographique. Le dispositif filmique est un engagement dans l'art comme pens&#233;e &lt;i&gt;commune &lt;/i&gt;du politique par une libert&#233; in&#233;dite, conquise dans l'acte cin&#233;matographique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet Ren&#233; Pr&#233;dal, &lt;i&gt;Le Cin&#233;ma &#224; l'heure des petites cam&#233;ras&lt;/i&gt;, Paris, Klincksieck, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Au bout de l'image, la rencontre des morts &#187; dans &lt;i&gt;L'art dans tous ses extr&#234;mes&lt;/i&gt;, L'universit&#233; des arts, Klincksieck, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir S&#233;bastien Rongier &#171; Theodor W. Adorno. Ecriture, fragmentation et dissonance du monde &#187; dans &lt;i&gt;Le Style des philosophes&lt;/i&gt;, Besan&#231;on, Editions Universitaires de Dijon et Presses Universitaires de Franche Comt&#233;, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Alain Cavalier, &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien Rongier, &lt;i&gt;Nouvelle Revue P&#233;dagogique&lt;/i&gt; (NRP), Editions Nathan, n&#176;55, mai-juin 2013, p. 8. Entretien en partie in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Alain Cavalier, &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;, le cin&#233;ma politique &#187;, Entretien avec S&#233;bastien Rongier, &lt;i&gt;Nouvelle Revue P&#233;dagogique&lt;/i&gt; (NRP), Editions Nathan, n&#176;55, mai-juin 2013, p. 8. Entretien en partie in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Amanda Robles, &lt;i&gt;Alain Cavalier, filmeur&lt;/i&gt;, Le Havre, De l'indicence &#233;diteur, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les analyses autour des enjeux esth&#233;tiques et politiques du regard-cam&#233;ra dans Antoine de Baecque, &lt;i&gt;L'histoire-cam&#233;ra&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
