<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://sebastienrongier.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
	<link>https://sebastienrongier.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://sebastienrongier.net/spip.php?id_rubrique=73&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
		<url>https://sebastienrongier.net/IMG/logo/siteon0.jpg?1637577897</url>
		<link>https://sebastienrongier.net/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La question amateur. Entretien avec Bernard Stiegler </title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article416</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article416</guid>
		<dc:date>2022-06-30T17:19:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Stiegler Bernard</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien in&#233;dit (mardi 20 juin 2006)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot118" rel="tag"&gt;Stiegler Bernard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous &#233;tions le mardi 20 juin 2006 face au Centre Georges Pompidou, dans les bureaux de l'&lt;i&gt;IRI&lt;/i&gt; que venait de monter Bernard Stiegler. Nous travaillions alors Pierre Dumonthier et moi &#224; un num&#233;ro de revue, un livre peut-&#234;tre, autour de la question de la pratique amateur, ainsi que sur la cr&#233;ation d'une revue d'&#233;cole d'art &lt;i&gt;Josefine&lt;/i&gt;. &lt;br/&gt; J'avais eu des &#233;changes nourris avec Steigler au fil des ann&#233;es, entre les rendez-vous d'&lt;i&gt;Ars Industrialis&lt;/i&gt;, le d&#233;veloppement de l'&lt;i&gt;IRI&lt;/i&gt;, les &#233;changes avec remue.net et le s&#233;minaire de l'IRCAM. Des ann&#233;es foisonnantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s cet entretien, les &#233;changes avec Stiegler se sont prolong&#233;s au point de concevoir un festival pour Pompidou. J'&#233;tais all&#233; assez loin dans les propositions et puis rien ne s'est fait.&lt;br/&gt;
Je crois qu'une petite partie de cet &#233;change a paru dans la revue &lt;i&gt;Josefine&lt;/i&gt; (sans avoir &#233;t&#233; consult&#233;, m'&#233;tant &#233;loign&#233; de cette revue et son projet).&lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L480xH480/stiegler-8e258.jpg?1750038602' width='480' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;Bernard Stiegler &#169; Philippe Matsas/Leemage&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La question amateur. Entretien avec Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pour commencer, peut-&#234;tre de s'entendre sur le terme &lt;i&gt;amateur&lt;/i&gt;. Au&lt;i&gt; &lt;/i&gt;del&#224; de son histoire et de son actualit&#233;, vous demander ce que vous entendez par le mot amateur, notamment avec le concept d'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; que vous mettez au centre de cette question ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'abord pourquoi est ce que je m'int&#233;resse &#224; cette figure de l'amateur ? C'est ce qui va nous conduire &#224; r&#233;pondre &#224; votre question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je m'int&#233;resse &#224; ce que j'appelle &#171; le fait esth&#233;tique total &#187;. J'entends par l&#224; qu'un fait esth&#233;tique est un circuit dans lequel il y a une &#339;uvre ou des &#339;uvre, ou un dispositif &#8211; qu'en g&#233;n&#233;ral on appelle une &#339;uvre. Il y a en principe l'auteur de cette oeuvre. Et, il y a un destinataire ou des destinataires. Je pense que si on veut comprendre ce qui se passe dans ce qu'on appelle parfois l'exp&#233;rience esth&#233;tique, il faut d&#233;crire tout le circuit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On ne peut pas se permettre soit de rester dans l'&#339;uvre, soit de rester du cot&#233; de l'auteur ou du destinataire. Il faut d&#233;crire tout le circuit. Ce circuit je lui ai donn&#233; un nom. Je l'ai appel&#233; le circuit de l'exclamation. C'est par ailleurs un circuit du d&#233;sir. Pour moi, les &#339;uvres ne sont pas simplement des &#339;uvres d'art. Les &#339;uvres sont plus g&#233;n&#233;ralement des tenseurs du d&#233;sir. Ce sont des choses, ou des gens d'ailleurs, qui tendent le d&#233;sir. Ce sont des intensificateurs du d&#233;sir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cela m'a amen&#233; &#224; les r&#233;fl&#233;chir en termes d'organologie min&#233;rale : avec le temps, les circuits du fait esth&#233;tique total se transforment pour des raisons organologiques. Les magn&#233;tophones ont par exemple transform&#233; le rapport au son. Ce n'est plus le m&#234;me rapport qu'avec la seule notation de la musique. De m&#234;me, la photo a chang&#233; beaucoup de choses dans la mani&#232;re de regarder, etc.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a donc des circuits organologiques articul&#233;s sur des circuits sociaux. Ces circuits constituent ce que j'appelle des affections de r&#244;le esth&#233;tique (au sens o&#249; Ranci&#232;re parle de partage du sensible, sans aller plus loin ensemble avec ce concept).&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cela &#233;tant dit, le fait esth&#233;tique total d&#233;signe un circuit sur lequel circulent des affects. Pour moi, les affects renvoient toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; la &lt;i&gt;filia&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#224; ce qui se traduit en fran&#231;ais par &lt;i&gt;aimer&lt;/i&gt;. J'aime ou je n'aime pas, comme disait Roland Barthes. Une exp&#233;rience esth&#233;tique passe toujours, de pr&#232;s ou de loin, par cette exp&#233;rience. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il m'arrive souvent de dire : &#171; &#231;a m'int&#233;resse &#187;. Mais je ne me demande pas si j'aime ou si je n'aime pas. Je pense que c'est une question absolument nouvelle dans l'histoire de la vie esth&#233;tique. Je me trompe mais c'est en tout cas une sacr&#233;e question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je me suis mis &#224; m'int&#233;resser &#224; l'amateur pour plusieurs raisons. D'abord parce que je pose un public ou plus pr&#233;cis&#233;ment un destinataire. Parce qu'un public donne un cot&#233; espace public collectif.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le destinataire d'une &#339;uvre est inscrit sur ce circuit organologique. Il est destin&#233;, si je puis dire, par une &#339;uvre parce qu'il est plac&#233; sur un tel circuit. Et ce circuit est un circuit de l'amour. Appelons cela le circuit de l'amour de l'art. Cet amour de l'art, c'est ce que l'on peut appeler l'&lt;i&gt;amateurat&lt;/i&gt;. Il a une histoire, une histoire qui m'int&#233;resse. D'abord parce que je pense que ce qu'on appelle l'histoire de l'art est n&#233;e avec l'amateur d'art. Je prends le mot d'amateur d'art plut&#244;t dans le sens de collectionneur que de celui qui fr&#233;quente. Ensuite, dans les circonstances extr&#234;mement massives de l'histoire de l'humanit&#233;, le fait artistique comme fait de participation &#224; l'art a commenc&#233; par ce que dit Bakhtine &#224; propos du carnaval. Il y a une division du travail qui s'est faite tardivement entre les artistes et leur public. Mais il y a des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res o&#249; ce truc n'a aucun sens. Cela n'a pas de sens en Afrique traditionnelle, en Papouasie, ou dans la plupart des soci&#233;t&#233; pr&#233;-urbaine. Cela n'a ici pas de sens de s&#233;parer un artiste de son public. Cela ne veut rien dire. Ces moment-l&#224; sont des moments cultuels, des moments o&#249; l'art est li&#233; &#224; des cultes, &#224; des rites ou &#224; des f&#234;tes. Ce sont donc des moments &#233;minemment sociaux. C'est ce que j'appelle des synchronies sociales, des moments o&#249; les gens se retrouvent, constituant une callendarit&#233; suppl&#233;mentaire. Ou bien, ce sont des moments de soins tr&#232;s particuliers, comme par exemple le chaman qui va soigner une maladie, une possession. Ici tout un appareil esth&#233;tique se met en &#339;uvre parce que c'est comme &#231;a que le soin va &#234;tre produit. C'est ce qui va soigner les gens comme les candombl&#233; au Br&#233;sil etc. Ces choses-l&#224; existent toujours, y compris dans les pays industrialis&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il se trouve que nous les occidentaux qui vivons dans des mondes modernes voire &#171; postmodernes &#187; ou &#171; hyper modernes &#187; (mots auxquels je mets des guillemets), nous vivons dans un monde tout &#224; fait diff&#233;rent, un monde fait de divisions : nous consid&#233;rons les figures du public d'un cot&#233;, et l'artiste de l'autre. Entre les deux, il y a beaucoup de m&#233;diation que je ne vais pas d&#233;tailler (les professeurs d'art, etc.). Cette division des r&#244;les, j'appelle cela une instanciation des r&#244;les. Nous avons tendance &#224; les naturaliser et &#224; penser qu'il faut regarder les oeuvres d'art de cette mani&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais c'est une finalit&#233; tr&#232;s r&#233;cente. Il y a tr&#232;s peu de temps qu'on regarde les oeuvres d'art ainsi. M&#234;me au dix-huiti&#232;me si&#232;cle, les gens n'acc&#233;daient pas du tout &#224; la musique de cette mani&#232;re. Ils acc&#233;daient toujours &#224; la musique dans des conditions festives ou cultuelles. Ils n'allaient jamais au concert. Cela n'existait pas les concerts. C'est tr&#232;s tr&#232;s r&#233;cent cette id&#233;e de r&#233;unir des publics pour aller &#224; un spectacle. Cela appara&#238;t avec le roi soleil. Ce sont des circonstances tardives. Elles sont li&#233;es &#224; une &#233;volution de la vision du travail. Il faudrait &#233;galement penser cela dans une &#233;volution de la vision du travail : les gens qui travaillent dans les usines, la transformation de l'artisanat, etc. C'est toute une mutation sociale qui introduit cette transformation. Cela va s'aggraver consid&#233;rablement et v&#233;ritablement muter &#224; la fin du dix neuvi&#232;me si&#232;cle, et surtout au vingti&#232;me si&#232;cle avec l'apparition des industries culturelles qui vont v&#233;ritablement mettre une barri&#232;re entre ce qu'on appelle maintenant la production du fait esth&#233;tique et ce qui va malheureusement devenir sa consommation. Je dis malheureusement car un fait esth&#233;tique n'est pas consommable. C'est ce qui va produire une situation d'impossibilit&#233; d'acc&#232;s. Je consid&#232;re en effet qu'aujourd'hui, dans une tr&#232;s grande majorit&#233; des cas, on n'acc&#232;de plus aux &#339;uvres, y compris moi. Je vais vous donner un exemple qui choque beaucoup Pierre Boulez quand il m'entend parler comme &#231;a. Quand j'&#233;tais &#224; l'IRCAM, j'allais souvent &#224; des concerts. Cela faisait partie de mon travail de les organiser. J'entrais dans la salle, j'&#233;coutais une &#339;uvre. Je n'&#233;tais pas disponible du tout pour l'&#233;couter pour la premi&#232;re fois. Pour moi, il aurait fallu l'entendre vingt fois pour pouvoir commencer &#224; rentrer dedans. C'est une exp&#233;rience d'amateur de musique. Je sais qu'il faut du temps pour entrer dans les bonnes musiques, tout comme il faut du temps pour lire les bons po&#232;mes, et d&#233;couvrir les bonnes &#339;uvre en g&#233;n&#233;ral. Une oeuvre peut vous sauter &#224; la figure. Mais c'est assez rare. Ce qui est plus courant, et ce sont les &#339;uvres qui comptent le plus pour moi aujourd'hui, ce sont des &#339;uvres dans lesquelles j'ai eu du mal &#224; rentrer au d&#233;part. C'est aujourd'hui quelque chose de tr&#232;s important dans mon existence. J'ai cinquante quatre ans. Je vois bien qu'il y a des &#339;uvres qui ont tenu la route et ce sont celles qui m'ont demand&#233; du travail.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parlais de l'IRCAM parce que je pense que c'est un des grands probl&#232;mes de la musique contemporaine que d'avoir &#224; faire &#224; un public qui est soit un public de professionnels c'est-&#224;-dire des gens qui sont dans le business, des producteurs qui viennent l&#224; pour prendre des id&#233;es ; soit, pas de public du tout parce que le public n'est plus qualifi&#233; pour aller &#233;couter certain types de musique. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi ? Tout simplement parce que la musique savante, au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, par exemple, s'adressait &#224; des non professionnels mais qui &#233;taient tous musiciens. Les gens qui allaient &#233;couter des concerts &#224; la salle Pleyel en 1880 pratiquaient tous la musique. Autrement dit, c'&#233;taient des musiciens amateurs. Je pense qu'alors les situations de r&#233;ception des &#339;uvres, les situations d'exp&#233;riences des &#339;uvres &#233;taient toujours cadr&#233;es par des pratiques. Elles n'&#233;taient pas forc&#233;ment artistiques. Elles pouvaient &#234;tre religieuses, politiques, militaires. Mais elles s'inscrivaient dans des pratiques, c'est-&#224;-dire dans des sch&#232;mes op&#233;ratoires et moteurs. Il y avait des sch&#232;mes sensori-moteurs qui faisaient que la perception se produisait &#224; travers une action. Cette action pouvait consister &#224; r&#233;citer un Pater. Je pense que la situation de passivit&#233; absolue dans laquelle nous sommes a &#233;t&#233; induite tout r&#233;cemment, en particulier par l'industrie culturelle En musique, c'est tr&#232;s clair, la radio a cass&#233; la sc&#232;ne de participation. Le jazz, par exemple, se dansait. Et puis &#224; un moment donn&#233; avec la radio, on s'est mis &#224; &#233;couter du jazz sans plus rien faire. Ceci a &#233;videment des avantages. Proust parle du mus&#233;e comme une esp&#232;ce de sanctuarisation, comme une nouvelle exp&#233;rience de l'art. Malraux en parle aussi. Cela apporte aussi de nouvelles exp&#233;riences esth&#233;tiques. Elles m'ont &#233;norm&#233;ment int&#233;ress&#233;. Au d&#233;part, mon espace de travail, c'est la technique. J'ai beaucoup travaill&#233; sur la reproductibilit&#233;. Je suis surtout entr&#233; dans la musique par le jazz (Charlie Parker est devenu musicien par la radio). Je ne suis pas en train de dire que ces m&#233;diations culturelles conduisent in&#233;vitablement &#224; la destruction de l'exp&#233;rience esth&#233;tique. Je dis que cela cr&#233;e de nouvelles exp&#233;riences esth&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai &#233;t&#233; musicien de jazz, mais j'ai surtout &#233;t&#233; amateur de jazz. Je voulais jouer de la musique de jazz. Ce n'&#233;tait pas pour devenir cr&#233;ateur de jazz, je savais bien que je n'&#233;tais pas du tout capable. Non, c'&#233;tait pour pouvoir rendre ce que j'entendais quand j'&#233;coutais de la musique. Comme je n'&#233;tais pas bon, j'ai fini par laisser tomber. Je me suis mis &#224; chanter. Mais je ne chantais pas pour devenir chanteur mais j'avais besoin de chanter ce que j'entendais pour le donner &#224; entendre aux autres. Et comme je n'&#233;tais pas un bon chanteur non plus, je suis devenu DJ. J'avais une discoth&#232;que &#8211; j'ai mont&#233; un bistrot qui m'a d'ailleurs envoy&#233; en prison parce que c'&#233;tait un bar de nuit. Mais j'ai mont&#233; ce bistrot parce que mon truc dans la vie c'&#233;tait de faire &#233;couter aux autres ce que j'entendais (et donc ici en manipulant des platines). Ce que je veux dire, c'est que l'exp&#233;rience esth&#233;tique est l'exp&#233;rience d'un don et d'un contre don : je re&#231;ois quelque chose, j'ai besoin de le rendre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La figure de l'amateur m'int&#233;resse &#224; cause de cela, &#224; cause de ce don et de ce contre don. Vous savez ce que dit Plotin de l'amour : aimer, c'est donner ce qu'on n'a pas. On donne donc quelque chose qui nous d&#233;borde. Cela passe par nous. On le fait circuler.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'amateur, c'est celui qui donne quelque chose qu'il n'a pas. Il est inscrit dans un circuit de don et de contre don. Et l&#224;, j'entends l'amateur aussi bien au sens du musicien amateur, du com&#233;dien amateur, etc. que l'amateur-collectionneur-fr&#233;quentateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais ici pr&#233;cis&#233;ment on glisse progressivement d'un terme &#224; l'autre, de l'amateur au sens initial du terme (l'amoureux qui n'est pas un professionnel) &#224; la figure de l'amateur comme pratique permettant de retrouver une forme de participation effac&#233;e, la pratique disparue qui s'inscrivait dans un circuit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui. Mais moi, je voudrais ne pas les s&#233;parer ces deux figures. Je comprends que c'est pas si simple que &#231;a. Mais c'est ce qui m'int&#233;resse. C'est &#231;a mon chantier. Un v&#233;ritable amateur, dans le premier sens du terme comme dans le second, c'est celui qui a besoin de participer au fait esth&#233;tique de pr&#232;s ou de loin. Cela peut passer par une critique dans un journal, ou un cour. J'ai fille de sept ans. Elle a une institutrice qui est formidable. Elle fait faire des travaux sur l'art, sur la photo&#8230; A mon avis, c'est une amateur. Et elle travaille aussi avec les m&#244;mes pour pouvoir satisfaire son bonheur. Que fait-elle ? Joseph Beuys dirait de la sculpture sociale. Pour moi, un amateur c'est un sculpteur social. Il peut sculpter de diff&#233;rentes mani&#232;res. Cela &#234;tre aller copier des oeuvres dans les catalogues. J'ai fais &#231;a quand j'&#233;tais petit. J'ai fais des faux C&#233;zanne des faux Van Gogh. Enfin ! Des faux ! Je ne voulais pas faire des faux, je copiais. Et j'ai constat&#233; que je regardais infiniment mieux en copiant. Je voyais tout &#224; coup ce que je ne voyais pas quand je ne copiais pas. Donc, je me suis mis &#224; le faire. Ce n'&#233;tait pas pour devenir peintre. Mais je savais que mon oeil voyait avec les mains et que j'avais besoin de manipuler de la p&#226;te, de la couleur. Il fallait que je me confronte au truc pour pouvoir rencontrer finalement ce vert-l&#224;, comment il se produit et comment ce vert-l&#224; se met &#224; cot&#233; de telle ou telle couleur. Quand on a besoin de le refaire tout d'un coup on est confront&#233; &#224; des probl&#232;mes techniques qui nous font d&#233;couvrir des choses. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pour moi, faire &#231;a, c'est d&#233;j&#224; d'une certaine mani&#232;re &#234;tre un peintre amateur. Ou bien dire &#171; je vais &#233;crire sur Pascal Convert &#187;, ce que j'ai fait r&#233;cemment. Il y a un texte qui n'est pas encore publi&#233; mais qui va sortir bient&#244;t sur Pascal Convert. Pour moi, c'est la m&#234;me chose. Quand je regarde les &#339;uvres de Convert, j'ai besoin de les mettre en mots parce que c'est devenu mon amateurat &#224; moi, les mots. J'y suis plus &#224; l'aise qu'avec les instruments de musique ou les couleurs. Je suis devenu entre guillemets un &#171; amateur professionnel &#187;. Pour moi ? il y a les &lt;i&gt;amateurs-amateurs&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;amateurs-professionnels&lt;/i&gt;. Il y a des professionnels qui ne sont pas des amateurs. Ceux-l&#224; il faut les flinguer. C'est la peste. Il y en a beaucoup. Ce sont ceux qui n'aiment rien. L'amateur c'est celui qui aime.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Apr&#232;s, cette question de l'amateur (peintre musicien &#233;crivain) et l'amateur qui est collectionneur, vous avez raison, ce sont clairement deux figures diff&#233;rentes. Mais en m&#234;me temps, je veux aller le plus loin possible car c'est le m&#234;me m&#233;canisme qui se joue dans les deux. Quand vous regardez un amateur collectionneur, que fait-il ? Il agence des choses. Il est d&#233;j&#224; dans une manipulation. Il est d&#233;j&#224; une esp&#232;ce de peintre amateur. Parce qu'il dispose d'un espace, il prend des d&#233;cision, il travaille une mati&#232;re. Il se constitue un public, y compris lui-m&#234;me en tant que public. Et &#231;a c'est tr&#232;s important. Je vous disais que je suis devenu DJ, que j'avais une boite de nuit, que je passais des disques de jazz ou que je faisais venir des musiciens. Mais avant de faire tout cela, avec mon fr&#232;re a&#238;n&#233; et toute une bande de copains, on organisait des week-ends entiers o&#249; on &#233;coutait tout Coltrane sans arr&#234;ter. On commence &#224; huit heures du matin le samedi et on termine tard dans la nuit le dimanche. On faisait des performances, des exp&#233;riences. C'&#233;tait d&#233;j&#224; des collectifs. Pour moi, c'&#233;tait de la sculpture sociale. On ne prenait pas les disques dans l'ordre chronologique. C'&#233;tait d&#233;j&#224; du montage. C'&#233;tait d&#233;j&#224; du fait esth&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est en ce sens-l&#224; que je ne veux pas opposer les deux figures.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Maintenant il faut clairement les distinguer.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a par exemple une figure historique Fr&#233;d&#233;ric 2 de Prusse, grand commanditaire de musique, m&#233;c&#232;ne des musiciens de son &#233;poque. Il est aussi un musicien. Evidemment on ne le voit pas comme un musicien. Mais c'est &#233;dit&#233;. Comment se fait-il qu'il &#233;tait &#233;galement un musicien ? Parce qu'en fait tous ces gens l&#224; &#233;taient musiciens de pr&#232;s ou de loin. Cela faisait partie du mode de vie noble, non pas au sens de noblesse mais de savoir vivre, &#224; un moment donn&#233;, pour se consacrer &#224; ces pratiques que les romains appelaient les pratiques de l'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai dit, dans un livre, un peu pour emmerder les marxistes dont je fais partie (je revendique cette filiation, en tout cas marxienne sinon marxiste), qu'il y a un &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; du peuple. C'est une mani&#232;re de faire un grand bras d'honneur &#224; Marx : d'accord pour l'opium du peuple&#8230; et l'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; du peuple alors ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je l'ai combattu &#224; mort l'opium du peuple quand j'&#233;tais gamin. Je r&#233;p&#233;tais ce que disait Benjamin P&#233;ret &#171; quand on rencontre un cur&#233; il n'y a qu'une chose &#224; faire dans la vie : lui cracher &#224; la gueule &#187;. Maintenant quand j'y pense, je me dis &#171; mais quelle horreur &#187;. Ce que j'&#233;tais anti-cl&#233;rical.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aujourd'hui, vous allez &#224; l'&#233;glise d'Arrezzo et vous voyez les stations de Giotto : les fid&#232;les y sont venus l&#224; pendant des si&#232;cles. Ils ont pratiqu&#233; la peinture comme &#231;a. Et c'&#233;tait aussi leur &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;. Ils chantaient, ils avaient un rapport au chant religieux. Je pense qu'une soci&#233;t&#233; a absolument besoin de d&#233;velopper des pratiques populaires d'&lt;i&gt;otium&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parlais tout &#224; l'heure des candombl&#233;s. Ceux qui se maintiennent encore viennent d'Afrique avec une tradition tr&#232;s compliqu&#233;e du Br&#233;sil, parce que le Br&#233;sil c'est une stratification de toute sortes d'influences venant du monde entier, en passant par la sc&#232;ne rituelle traditionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; De l'&#233;glise d&#233;crite par Proust, en passant par l'orph&#233;on bourgeois, ou l'orchestre du coron, le patronat social du nord qui fait bosser les ouvriers mais qui d&#233;veloppe une fanfare, c'est ce qui d&#233;veloppe un &lt;i&gt;otium&lt;/i&gt; du peuple, c'est-&#224;-dire des pratiques sociales, des pratiques esth&#233;tiques de participation o&#249; les gens apprennent quelque chose et d&#233;veloppent des go&#251;ts ou un jugement. C'est ce que le nouvel opium du peuple qu'est la t&#233;l&#233;vision, a d&#233;truit. Ce n'est pas seulement la t&#233;l&#233;vision, mais c'est tout un dispositif. Appelons cela l'industrialisation de la culture qui a fait de la culture une fonction essentiellement d'organisation de la consommation et donc de destruction de ces pratiques parce que ces pratiques sont contradictoires avec nos habitudes de consommation. Voil&#224;, c'est l&#224; que la figure de l'amateur m'int&#233;resse. Et du collectionneur &#224; l'amateur au sens fort, il y a toute une palette apr&#232;s qui se d&#233;cline. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Nous rejoignons pr&#233;cis&#233;ment le fil conducteur envisag&#233;, passant d'une question esth&#233;tique g&#233;n&#233;rale pos&#233;e pour les d&#233;finition de l'amateur &#8211; je pense qu'il est important de garder au plus vif cette d&#233;finition plurielle de l'amateur &#8211; &#224; un enjeu politique. Mettre au centre de la question amateur un enjeu de d&#233;sir (et l'articulation &#224; votre pens&#233;e de la libido), c'est violemment poser la probl&#233;matique de la consommation. La figure de l'amateur est ici vitale et d&#233;terminante car on d&#233;couvre, ou red&#233;couvre, avec elle l'id&#233;e d'une pratique perdue, une pratique qui s'opposerait &#224; la passivit&#233; contemporaine. La pratique amateur n'est-elle pas un enjeu politique d&#233;terminant, et surtout comment l'inscrire dans ce champ et provoquer un engagement politique &#224; ce sujet ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La question des pratiques amateurs se pose aujourd'hui &#224; nouveau frais. J'ai fait faire une recherche. Pour travailler de mani&#232;re syst&#233;matique, j'ai fait faire une recherche par plusieurs personne sur ce qui s'est soutenu comme th&#232;se au cours des cinquante derni&#232;res ann&#233;es &#224; ce sujet. Z&#233;ro. Il n'y a rien du tout. C'est une question tabou, tr&#232;s d&#233;consid&#233;r&#233;e. Je parlais avec Boulez r&#233;cemment. Je me suis f&#226;ch&#233; avec lui parce qu'il consid&#232;re que c'est une question nulle et non avenue, voire m&#233;prisable. Il y a eu une esp&#232;ce de d&#233;n&#233;gation de cette figure de l'amateur qui a co&#239;ncid&#233; avec une destruction de cette figure.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je vais toucher ici &#224; des choses compliqu&#233;es qu'il faut manipuler avec des pincettes. Je ne sais pas s'il faudra le publier. Mais cette d&#233;n&#233;gation est li&#233;e &#224; la professionnalisation des amateurs avec les intermittents du spectacle. Une grande partie du probl&#232;me des intermittents, c'est la professionnalisation des amateurs. C'est une vraie question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cette question de l'amateur a &#233;t&#233; refoul&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Elle a &#233;t&#233; refoul&#233;e par le syst&#232;me des industries culturelles qui a structurellement besoin de les d&#233;truire. Car l'amateurat est le contraire m&#234;me de ce qu'est une industrie culturelle. Si on en avait le temps, je parlerais de Glenn Gould, parce qu'il avait un discours tr&#232;s int&#233;ressant sur cette question, notamment sur la cha&#238;ne hifi comme instrument de musique et d'&#233;coute.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'autre part, il y a une complicit&#233; de&#8230; appelons les &#171; les professionnels de la profession &#187;. Ils se sont bien entendus pour finalement se d&#233;barrasser du public. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le public est toujours chiant. Le public est par nature emmerdant. Moi, je consid&#232;re que ce sont les emmerdements que me cause le public qui me font travailler. Le public est toujours un probl&#232;me. Le public est b&#234;te, je suis toujours agac&#233; par les publics. Mais en m&#234;me temps, c'est la b&#234;tise du public qui me renvoie &#224; ma propre b&#234;tise. La b&#234;tise du public c'est celle que suis capable d'exp&#233;rimenter en moi-m&#234;me. En tous cas il y a eu une esp&#232;ce de conjuration des imb&#233;ciles et des industriels pour &#233;liminer cette figure qui est embarrassante. L'amateur est une figure embarrassante.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'amateur devient l'impens&#233; du professionnel.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Absolument. Je pense que cela devrait &#234;tre sa profession de foi. Mais il y a quelque chose qui s'est produit. Un grand d&#233;rapage. J'essaie de penser &lt;i&gt;organologiquement&lt;/i&gt; les profondes mutations techniques &#233;conomiques industrielles. Elles sont tr&#232;s peu pens&#233;es, pour ne pas dire pas pens&#233;es du tout. Sauf par quelques personnes. Benjamin pensait la chose, mais il y en a peu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aujourd'hui la question revient. Pourquoi ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a de nombreuses raisons, y compris une exp&#233;rience de ce qu'on appellerait la &lt;i&gt;k&#233;nose&lt;/i&gt; c'est-&#224;-dire l'exp&#233;rience du vide. Nous sommes tout de m&#234;me dans une situation un peu limite aujourd'hui. Et &#224; tous points de vue : &#233;conomiquement, politiquement, artistiquement, philosophiquement, scientifiquement. Ca ne va pas bien.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Une autre raison explique ce retour, raison qui explique la premi&#232;re. Nous vivons ce que j'appelle une situation de mis&#232;re symbolique. Nous y sommes tous expos&#233;s. Ce n'est pas simplement les gens des banlieues. C'est une mis&#232;re de vivre dans une soci&#233;t&#233; qui est partitionn&#233;e. Cela me rend toujours malade de penser que je fais des exp&#233;riences qui concernent moins de un pour cent de la population fran&#231;aise, parfois mois de z&#233;ro virgule un, parfois moins de z&#233;ro virgule z&#233;ro z&#233;ro un&#8230; C'est un probl&#232;me. C'est une situation que je ne peux pas accepter. Ca a toujours &#233;t&#233; comme &#231;a d'une mani&#232;re ou d'une autre. Mais je pense que c'est structurellement inacceptable. Et si on se satisfait d'une telle situation, c'est qu'on a tout l&#226;ch&#233;. C'est ce que je disais des professionnels qui n'aiment plus rien. C'est &#231;a qui induit &#233;galement une situation de mis&#232;re symbolique. Elle a consist&#233; &#224; structurellement d&#233;truire les circuits de pratiques d'amateurat, au sens le plus large du terme. Pourquoi ? Parce que ces circuits de pratiques cr&#233;ent des singularit&#233;s. Et les singularit&#233;s sont ennemies des &#233;conomies d'&#233;chelle. Or les &#233;conomies d'&#233;chelle, c'est ce qui fait la consommation. Il faut donc que la consommation d&#233;truise les singularit&#233;s. Il faut faire du standard, du pr&#234;t &#224; porter, du pr&#234;t &#224; consommer, du pr&#234;t &#224; go&#251;ter avec des go&#251;ts tout fabriqu&#233;s par un syst&#232;me qui est l&#224; pour vous dire &#171; cette ann&#233;e c'est &#231;a qu'on aime &#187;. Ca s'appelle les tendances. Le probl&#232;me ce n'est plus le go&#251;t mais les tendances. Le go&#251;t se fabrique, bien entendu. D'une certaine mani&#232;re, un artiste fabrique du go&#251;t. Sauf l'artiste qui fabrique du go&#251;t en allant au bout de son propre go&#251;t, comme la singularit&#233; de son propre go&#251;t. Tandis que fabriquer des go&#251;ts comme tendance, c'est trouver des go&#251;ts avec ce qu'on appelle des renifleurs. C'est tout un m&#233;tier. C'est trouver des cr&#233;neaux pour pouvoir exploiter un moment donn&#233; telle symptomatologie sociale que l'on va pouvoir &lt;i&gt;viraliser&lt;/i&gt; : il y a des gens qui se foutent des trucs dans le nez. Bien ! On va faire un march&#233;. D'o&#249; le d&#233;veloppement du tatoo et du piercing. Il y a des gens qui ne font qu'&#233;tudier ces trucs : il y a l&#224; un cr&#233;neau, on va l'exploiter pendant trois cinq ou dix ans, jusqu'&#224; &#233;puisement. Il y a clairement de telles tendances dans l'art contemporain, comme il y a un march&#233;, y compris le march&#233; de l'art contemporain qui s'est mis en place en syst&#233;matisant cela avec un vocabulaire et une technicit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Non seulement un vocabulaire et une technicit&#233;, mais le monde du marketing contemporain a d&#233;velopp&#233; de nombreux indices statistiques. Aujourd'hui, il y a dans les instituts de sondage des outils qui calculent et cat&#233;gorisent ce qu'on appelle le bruit m&#233;diatique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est ce qu'on appelle le buzz.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a des marchands d'art, des collectionneurs qui sont seulement des business man. Eux exploitent leur situation performative. Monsieur Pinaud, par exemple, l'exploite pour faire du fric parce qu'&#224; partir de l&#224;, il peut amortir ses choix. Ici l'amateur est &#233;galement devenu un professionnel de l'exploitation du march&#233; de l'art. C'est en fait un collectionneur qui n'est plus amateur, mais un business man qui a des techniques pour fabriquer.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est un champ extr&#234;mement complexe car on ne peux pas dire qu'il n'y a rien d'int&#233;ressant dans tout ce qui circule sur ce march&#233;. Tout le probl&#232;me est l&#224;. Il se passe, dans ce contexte-l&#224;, des choses tr&#232;s nouvelles. Mais le champ du march&#233; de l'art s'inscrit dans un dispositif beaucoup plus vaste. C'est une fois de plus ce que j'appelle la mis&#232;re symbolique. Elle consiste &#224; d&#233;sindividuer les gens, &#224; les hypersynchroniser, &#224; les d&#233;singulariser, &#224; transformer le singulier en particulier. Le singulier n'est pas calculable alors que le particulier est calculable. J'ai &#233;crit l&#224; dessus je ne vais pas y revenir. Mais il faut en faire une &#233;conomie politique tr&#232;s pr&#233;cise, au sens marxien. Il faut analyser l'&#233;conomie politique de tout cela, comme on l'a fait avec les physiocrates &#224; la fin du XVIII &#232;me si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ma th&#232;se est aujourd'hui la suivante : tout cela a conduit &#224; un &#233;puisement de la libido. Pourquoi l'esth&#233;tique est-elle devenue une fonction de l'&#233;conomie, une des principales fonctions de l'&#233;conomie contemporaine ? Parce que si vous voulez vendre une bagnole ou un t&#233;l&#233;phone, c'est le design, c'est le look qui compte. Ce n'est pas sa qualit&#233; intrins&#232;que qui fait vendre &#8211; les processeurs &#224; l'int&#233;rieur des machines Panasonic ou Nokia sont les m&#234;mes. Ce qui n'est pas la m&#234;me chose, c'est la mani&#232;re dont vous allez le socialiser par un circuit affectif. Le malheureux, c'est que les hommes politiques se vendent &#233;galement comme &#231;a. C'est un concept qui a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; aux Etats Unis, &#224; l'&#233;poque de Ford, au moment o&#249; on a voulu lutter contre la surproduction, etc. Cela a abouti &#224; une exploitation rationnelle de la libido. Mais cette exploitation, &#224; un moment donn&#233;, entre en contradiction avec elle-m&#234;me : quand je veux rationaliser la libido, je la tue. Ce n'est pas que la libido ne soit pas rationnelle, c'est qu'on a limit&#233; le rationnel &#224; certaine conception limit&#233;e du calcul. La raison n'est pas le calcul, c'est le motif. Autrement dit, c'est le d&#233;sir. En tout cas, c'est comme &#231;a qu'Aristote la d&#233;finit. C'est &#224; l'&#233;poque de Descartes qu'on transforme cela en d&#233;clarant que tout motif est calculable. Or ce qui fait que c'est un motif, c'est pr&#233;cis&#233;ment qu'il n'est pas calculable. Parce que c'est lui qui nous met en mouvement. Ce qui nous &#233;meut dans un tableau ou dans un &#234;tre, c'est qu'il nous parait incomparable, et donc incalculable, c'est lui qui cr&#233;e le mouvement. C'est l'incalculable qui cr&#233;e le mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le capitalisme a d&#233;velopp&#233; syst&#233;matiquement une calculabilit&#233; appliqu&#233;e au d&#233;sir. Et il a tu&#233; le d&#233;sir. Aujourd'hui on est en train de vivre cela. Et du coup qu'est ce qu'on voit surgir ? Les blogs, tous les sch&#233;mas participatifs, y compris S&#233;gol&#232;ne Royale et Nicolas Sarkozy, toute une nouvelle id&#233;ologie participative. C'est une invention de la figure de l'amateur, c'est-&#224;-dire du citoyen, parce qu'un citoyen, c'est un amateur de politique. C'est quelqu'un qui participe &#224; la politique, et dit &#171; il n'y a pas de professionnels de la politique, nous sommes tous des politiques c'est-&#224;-dire des amateurs de la politique ; nous aimons la soci&#233;t&#233;&#8230; &#187;. Aujourd'hui, un des probl&#232;mes de la professionnalisation, c'est celui des &#233;narques en France. Ils n'ont plus aucun rapport avec la citoyennet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est l&#224; qu'il y a un lien fondamental entre politique, art et vie de l'esprit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Je pense au blog mais j'aurais pu dire house musique, sampling ou vidjing, toute ces choses qui ont pullul&#233; depuis 1985. En 1985, je suis fier d'avoir lanc&#233; un des premiers travaux sur la house musique (j'enseignais dans une &#233;cole d'art &#224; l'&#233;poque). J'ai fait bosser mes &#233;tudiants sur ce fameux DJ de Bruxelles qui avait lanc&#233; ce disque dans lequel il utilisait le cri &lt;i&gt;sex machine&lt;/i&gt; de James Brown. L'agent de James Brown l'a attaqu&#233; en justice. C'est comme &#231;a qu'est n&#233;e la house musique. C'est ce proc&#232;s qui a socialis&#233; et pos&#233; le probl&#232;me du sample. Les DJ font de la musique au moment o&#249; apparaissaient les sampleurs Attari. C'est comme &#231;a qu'est apparu le probl&#232;me, il y a 21 ans. Depuis, il n'a pas cess&#233; de se d&#233;velopper. A l'&#233;poque, j'ai appel&#233; cela une lutherie &#233;lectronique pour les amateurs. Quand je suis arriv&#233; &#224; l'IRCAM, j'ai d&#233;couvert qu'il y avait un million de fran&#231;ais qui faisaient de la musique avec leur ordinateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Alors vous allez me dire est-ce de la musique ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais je m'en moque, moi, de savoir si c'est de la musique ou pas. Ce que je sais, c'est qu'ils &#233;coutent de la musique et qu'ils la manipulent. Donc, ils la pratiquent. Et m&#234;me ce que le ministre de la culture appelle de la &#171; piraterie &#187;, pour moi, c'est d'abord du renvoi. Quand on fait une &lt;i&gt;playlist&lt;/i&gt; et qu'on dit &#171; je t'envoie ma &lt;i&gt;playlist&lt;/i&gt; &#187;, on envoie les choix qu'on a fait. On est d&#233;j&#224; actif. On est en train de sculpter le social. Et &#231;a, c'est d&#233;j&#224; une pratique d'amateur. C'est l&#224; qu'on voit que quelque chose de tr&#232;s important est en train de se passer. C'est ce que j'appelle dans un livre qui va sortir au mois de septembre 2006 &#171; les nouveaux milieux associ&#233;s &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Permettez-moi une petite incidence : en ce moment nous sommes en train de parler. Nous sommes tous des &#234;tres parlants. Aristote dit que nous sommes tous des &#234;tre parlants. Les philosophes ont toujours d&#233;fini l'homme par le fait qu'il a la parole. Il se trouve que chez les Grecs, c'est aussi la raison. Mais qu'est ce que cela veut dire ce &#171; nous sommes tous des &#234;tres parlants &#187;, m&#234;me quand nous sommes sourds ou muets ? Cela veut dire nous sommes tous des &#234;tres symbolisants. Apr&#232;s tout, on peut &#234;tre sourd ou muet et symboliser par d'autre voies que la parole. Mais nous symbolisons. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela signifie que nous sommes dans un milieu o&#249; nous pouvons &#234;tre destinataires d'un &#233;nonc&#233; autant que nous pouvons &#234;tre destinateurs d'un &#233;nonc&#233;. Nous pouvons &#234;tre aptes &#224; entendre quelque chose, et nous sommes aptes &#224; le restituer &#224; quelqu'un d'autre. L&#224; je suis en train de vous parler et je ne vous parle que dans la mesure o&#249; je pose par principe que vous pouvez me r&#233;pondre. Si je posais comme principe que vous ne pouviez pas me r&#233;pondre, je ne vous parlerais pas. Je ne sais pas ce que je ferais mais je ne vous parlerais pas. Je vous parle, je pense que vous &#234;tes capable de m'&#233;couter parce que je sais que vous pourriez m'objecter quelque chose, ou reformuler ce que je dis, ou me poser une question&#8230; Vous &#234;tes parlant comme moi. Nous sommes inscrits dans ce qu'on appelle une &lt;i&gt;communautisation&lt;/i&gt;. Nous avons quelque chose en commun sur le plan symbolique qui fait que nous sommes des destinataires dans la mesure o&#249; nous sommes &#233;galement des destinateurs. Et &#231;a, c'est l'exp&#233;rience de la langue dans la langue. Nous faisons cette exp&#233;rience que tous nous avons voix au chapitre. Tout le monde parle. Et tout le monde m&#233;rite d'&#234;tre &#233;cout&#233;. Pourquoi ? Parce que dans sa parole s'entend une singularit&#233;. Ce n'est pas simplement qu'il ne parle pas comme les autres, qu'il a un accent, etc. Pour le dire dans le langage de Simondon, il s'individue en parlant. Il est une singularit&#233;. Cette situation-l&#224;, c'est ce que j'appelle les milieux associ&#233;s. Je veux dire que dans la langue on est tous associ&#233;s par la langue. Et dans associ&#233;, il y a soci&#233;t&#233;. Il y a le &lt;i&gt;socius&lt;/i&gt;. Le milieu linguistique est le milieu social par excellence. En r&#233;alit&#233;, tous les milieux humains devraient &#234;tre des milieux sociaux, de pr&#232;s ou de loin, d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je disais tout &#224; l'heure que l'amateur dans un circuit esth&#233;tique est forc&#233;ment de pr&#232;s ou de loin un destinateur, pas simplement un destinataire. Bien entendu, on n'est pas tous Michel Ange ou Emmanuel Kant. Quand j'enseigne la g&#233;om&#233;trie &#224; l'&#233;cole, je ne demande pas d'&#234;tre Thal&#232;s, Euclide ou Riman. Ce que je demande au m&#244;me &#224; qui j'enseigne la g&#233;om&#233;trie, ce n'est pas de me r&#233;p&#233;ter par c&#339;ur le th&#233;or&#232;me, c'est de le d&#233;montrer c'est-&#224;-dire de devenir lui-m&#234;me g&#233;om&#232;tre au niveau de ce th&#233;or&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est &#231;a ce que j'attends de toute forme de savoir. Autrement dit, j'attends qu'il s'associe &#224; la g&#233;om&#233;trie et qu'il soit potentiellement mis en position d'&#234;tre un g&#233;om&#232;tre. En puissance, pas en acte. Qu'il se mette dans une position de g&#233;om&#233;triser.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi je parle de cela ? Parce que je pense qu'&#224; partir du XIX si&#232;cle, pour des raisons qui sont li&#233;es &#224; ce que Marx appelle la prol&#233;tarisation et qui consiste &#224; faire que les gens perdent leur savoir et que le savoir passe dans les machines, tout &#224; coup l'ouvrier ne sais plus travailler parce qu'il ne travaille plus. Il n'est plus un ouvrier. Il est un esclave. Il sert une machine. C'est ce que dit, non pas Marx mais Gilbert Simondon lorsqu'il dit qu'on est d&#233;sindividu&#233; par la machine. Cette situation s'est d'abord d&#233;velopp&#233;e dans le monde du travail manuel, &#224; travers les gens des filatures, les gens des manufactures, etc. A partir du XX&#232;me si&#232;cle, cela s'est &#233;tendu &#224; toutes sortes d'autres domaines, non plus seulement du c&#244;t&#233; du travail, mais du c&#244;t&#233; de la consommation : &#171; Vous voulez prendre des vacances ? On va s'occuper de tout, de l'h&#244;tel, du voyage. Ne vous inqui&#233;tez pas, le soir, vous danserez le sirtaki. &#187; Et on vous d&#233;charge de votre existence. Ca a commenc&#233; par la radio et par la t&#233;l&#233;vision. &#171; Vous ne supportez plus votre femme. Pas de probl&#232;me. Le soir vous allez regarder la t&#233;l&#233;vision, vous n'avez plus besoin de vous parler. &#187; On a produit la destruction de ce que Simondon appelle les circuits de &lt;i&gt;transindividuation&lt;/i&gt;. Pour Simondon, le social c'est du transindividuel. Il y a des individuations. Il faut que ces individuations se transindividuent. C'est en communiquant les uns avec les autres qu'ils s'individuent. C'est une &lt;i&gt;transindividuation&lt;/i&gt;. Cela donne des inventions de mots, des inventions d'outils, des recettes de cuisine, des inventions de tout ce qu'on veut. Cela donne du social.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Au XX &#232;me si&#232;cle, s'est d&#233;velopp&#233;e une prol&#233;tarisation du consommateur. Cela a d&#233;truit non pas le savoir-faire du consommateur, mais le savoir-vivre du consommateur. Ce savoir-vivre, c'est ce qui faisait qu'auparavant l'individu n'&#233;tait pas un consommateur mais un amateur. Un amateur de toutes sortes de choses, notamment de peinture, de musique ou de tout ce qu'on veut. Il &#233;tait dans un circuit qui &#233;tait le circuit libidinal des affects produit par la &lt;i&gt;transindividuation&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On retrouve bien ce qu'on disait toute &#224; l'heure : il s'agit de renverser le consommateur pour le faire re-devenir amateur Et d'une certaine mani&#232;re, si j'essaie de remonter le fil de cette id&#233;e du &#171; tous ont droit au chapitre &#187;, ne retrouve-t-on pas ici quelque chose qui serait du c&#244;t&#233; du commun kantien ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On retrouve la question du &lt;i&gt;sensus communis&lt;/i&gt; du commun, mais d'un commun qui est le commun, disons, la communaut&#233; de ceux qui n'ont pas de communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Plut&#244;t la communaut&#233; que le commun&#8230; non pas le sens commun mais, le sens de la communaut&#233;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Qui passe par le sens commun aussi. Mais avec ceci, le sens commun qui renvoie &#224; cette communaut&#233;, c'est la communaut&#233; de ceux qui n'ont pas de communaut&#233;. Ce que je veux dire par l&#224; c'est qu'il s'agit de la communaut&#233; d'un destin &#224; venir mais qui n'est jamais pr&#233;sent. L&#224; o&#249; Kant est tr&#232;s important c'est quand il pose que cette communaut&#233;, en tous cas c'est comme &#231;a que je le lis, est intrins&#232;quement par d&#233;faut. On ne peut pas tomber d'accord sur le jugement. C'est &#231;a qui est g&#233;nial avec Kant, c'est qu'il dit : on est oblig&#233; de poser qu'il y a du commun, c'est-&#224;-dire de l'universel. En l'occurrence, on est oblig&#233; d'universaliser ses jugements esth&#233;tiques. Si je juge que cette chose est belle, je pose en droit qu'elle est universalisante et tous doivent la trouver belle. Et, en m&#234;me temps, le moment o&#249; on le pose, on fait l'exp&#233;rience qu'en fait, il n'y a pas accord. Donc, ce qui est commun, c'est le &lt;i&gt;dissensus&lt;/i&gt;, ce qu'on partage ...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le rien en commun...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est le rien en commun. Et c'est ce que j'appelle le d&#233;faut de communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; En fait ce n'est pas moi qui l'appelle comme &#231;a, c'est Georges Bataille. Evidemment cela renvoie au singulier. Pourquoi ? C'est ce que je disais tout &#224; l'heure sur le singulier qui est incomparable. Si vous dites un jugement universalisant est un jugement qui va comparer, vous allez faire le constat que vous ne pourrez jamais porter un jugement universel. Vous ne pourrez jamais d&#233;velopper votre jugement universel sur une oeuvre d'art. Ce n'est pas possible puisqu'elle est incomparable. Or un d&#233;veloppement analytique doit comparer. Aristote le dit d&#233;j&#224; dans &lt;i&gt;le trait&#233; de l'&#226;me&lt;/i&gt;. Deux mille trois cents ans avant Kant. On a donc &#224; faire &#224; une aporie : ce qui constitue la communaut&#233;, c'est son absence. C'est le d&#233;faut de communaut&#233;. Il faut pr&#233;cis&#233;ment affirmer ce d&#233;faut. C'est ce que j'appelle &#171; le d&#233;faut qu'il faut &#187;. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que les oeuvres d'art et les oeuvres de l'esprit sont fondamentales. Elles nous rappellent que nous pouvons oeuvrer &#224; produire ce commun qui fait d&#233;faut. C'est ce d&#233;faut qui fait que l'histoire de l'art depuis la grotte Chauvet (quarante mille ans) n'arr&#234;te pas d'explorer la puissance inou&#239;e de ce d&#233;faut . C'est ce d&#233;faut qui a fait que l'on est pass&#233; de Chauvet &#224; Lascau, de Lascau &#224; l'Egypte, etc.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce qui est vrai dans les arts est vrai dans tout, y compris dans le fait d'&#233;lever ses gamins. Mais &#231;a quand on en perd la pratique sociale, eh bien cela donne le discours de l'inserm sur le trouble des conduites c'est-&#224;-dire le fait que les m&#244;mes qui ont des d&#233;fauts il faut les foutre en h&#244;pital psychiatrique, il faut les mettre sous ritaline. Il faut les shooter, ou bien les foutre en taule.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui &#231;a c'est la cons&#233;quence voire la conclusion de ce que, il y a d&#233;j&#224; quinze ans, Fukuyama pr&#233;conisait dans son article autour de la fin de l'homme : la ritaline comme sortie de l'homme. En continuant sur cette lanc&#233;e, la figure &lt;i&gt;amateur&lt;/i&gt; est v&#233;ritablement l'espace de r&#233;sistance dans lequel le singularit&#233; r&#233;siste au conditionnement, si l'on entend &#233;galement le conditionnement comme une question du calculable.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je dirais que c'est aussi un espace d'invention. C'est ce qui m'int&#233;resse chez l'amateur : il ne fait pas que r&#233;sister, il invente. J'ai toujours l'obsession de passer de la r&#233;sistance &#224; l'invention. Parce qu'il faut se battre et que pour se battre, il faut inventer de nouvelles armes. Les armes, c'est ce que l'amateur invente. J'insiste l&#224; dessus parce que c'est tout l'objet d'un combat. Je crois que la question de l'amateur est une question &#233;minemment politique et qu'il faut mener des luttes. Pourquoi ? Parce qu'il y a des groupes d'int&#233;r&#234;t qui n'ont pas du tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que la figure de l'amateur se d&#233;veloppe. Parce que cela remet en cause de nombreux avantages acquis et des id&#233;es re&#231;ues. Bien s&#251;r dans l'industrie culturelle, mais aussi dans le monde de l'art. Il y a une sorte de ronron en tous cas pour ceux qui croquent dans le syst&#232;me.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Peut-&#234;tre ici de poser une petite contradiction par rapport &#224; ce que vous disiez pr&#233;c&#233;demment, en avan&#231;ant dialectiquement. Vous disiez &#171; tous ont voix au chapitre &#187;. Dans ce &#171; tous ont voix au chapitre &#187; il y a aussi une &lt;i&gt;tendance&lt;/i&gt; de l'air du temps induite par les industries culturelles, celle de donner cette illusion d'un &#171; tous ont voix au chapitre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Oui, bien entendu. Ce &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt;, c'est la question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai &#233;crit un petit texte que je vais bient&#244;t publier qui s'appelle &#171; l'adresse &#224; tous &#187;. J'y pose qu'une oeuvre d'art s'adresse &#224; tous.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Une oeuvre d'art qui dirait &#171; je ne m'adresse qu'aux allemands, par exemple, je suis une oeuvre nazi &#187;&#8230; m&#234;me un artiste nazi ne pourrait pas supporter &#231;a. C'est totalement contradictoire. Une oeuvre d'art s'adresse &#224; tous. Mais du coup, sont-ils tous des artistes ? Et comment faut-il l'entendre en restant sur le registre d'un Joseph Beuys ? &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Moi, j'adopte un principe : quand je fais de la philosophie, tous sont philosophes. Je pense qu'on ne peut pas faire de la philosophie si on ne pense pas priori que tout le monde est philosophe. Je suis devenu philosophe professionnel par accident, dans des circonstances particuli&#232;res qui ont fait que c'est devenu vital de faire de la philosophie. Il y a des gens qui font de la philosophie par hasard, parce qu'ils ont un professeur de lettres qui leur dit de faire Henri IV. On devient tous philosophes par accident. Mais en r&#233;alit&#233; c'est parce que on est tous philosophes. Je pose &#233;galement qu'on est tous artistes musiciens, etc&#8230; Sinon on ne pourrait pas entendre de musique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais on n'est pas tous artistes en actes, philosophes en actes.... C'est une pratique pour devenir artiste, philosophe.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; J'ai connu un type qui s'appelait Pablo R&#233;jas. Il travaillait &#224; l'usine et il faisait de la peinture la nuit. Un tr&#232;s bon peintre, un peintre de la r&#233;volution espagnole. Un ancien combattant de l'Espagne. Il peignait la nuit, dans sa cave &#224; Sarcelles, Mais il &#233;tait entre guillemets &#171; peintre amateur &#187;. Le parti communiste l'exposait parce que c'&#233;tait le peintre ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Entre celui qui n'a jamais m&#234;me rencontr&#233; le potentiel qu'il porte en lui &#8211; et il y en a beaucoup, il y a des gens qui n'ont jamais rencontr&#233; ce qu'ils portent en eux de musicalit&#233;, po&#233;ticit&#233; de la langue &#8211; et celui qui est Picasso, Le Bernin, il y a toute une gamme. La question de ce &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; est aussi une question politique : un grand d&#233;bat entre Socrate et Protagoras, texte que j'affectionne beaucoup et que j'ai beaucoup comment&#233;. Ce dialogue de Platon, &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt; porte sur le destin de la cit&#233;. Platon fait dire &#224; Socrate qu'il faut &#234;tre philosophe professionnel. Je r&#233;ponds qu'on est philosophe quand on n'est pas professionnel, on ne peut &#234;tre que philosophe amateur. C'est ce que veut dire &lt;i&gt;philo-sophie&lt;/i&gt;. Cela veut dire &lt;i&gt;amateur de sagesse&lt;/i&gt;. Sage professionnel, &#231;a s'appelle &lt;i&gt;sophiste&lt;/i&gt;. Les professionnels de la sagesse, ce sont les sophistes c'est-&#224;-dire les anti-philosophes. Ce sont donc des anti-citoyens. C'est &#233;videmment ce que la t&#233;l&#233;vision exploite. J'en ai d&#233;j&#224; parl&#233; dans &lt;i&gt;la mis&#232;re symbolique&lt;/i&gt;. Star acad&#233;mie, c'est par exemple cette mis&#232;re symbolique qui fait que tout le monde voudrait chanter. Du coup on fait effectivement venir des gamins sur la sc&#232;ne, sous les projecteurs. Mais on en fait de la chair &#224; canon. Parce qu'en r&#233;alit&#233;, on va les massacrer ces m&#244;mes ! On va faire fantasmer sur quoi ? Sur le fait qu'on va pouvoir monter sur les planches ? Comment ? On va se retrouver propuls&#233; comme Bruno Cocatrix a propuls&#233; Sheila ou Mireille&#8230; Mireille Mathieu qui n'&#233;tait justement pas Mireille. Parce que Mireille c'&#233;tait le petit Conservatoire de la chanson o&#249; l'on venait apprendre &#224; chanter. Aujourd'hui on va se dire qu'on n'a plus besoin de travailler. Aux Etats-Unis les jeunes ne veulent plus bosser pour gagner du fric. Ils jouent dans les casinos, etc. D'o&#249; un d&#233;veloppement des pathologies du jeu, avec des situations apocalyptiques sur le plan pathologique. On voit aussi cela en France aussi. J'ai &#233;crit, j'ai fait un mouvement contre le &lt;i&gt;rapido&lt;/i&gt; en France. C'est un scandale ces syst&#232;mes de&#8230; je ferme la parenth&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Comment devenir chanteur ? Comme &#231;a en claquant les doigts, parce que Endemol vous fait venir sur le plateau de TFI ? Comment je deviens subitement chanteur ? C'est la n&#233;gation m&#234;me de ce que c'est que le chant. C'est la n&#233;gation m&#234;me que le chant s'apprend. Le bonheur c'est d'apprendre &#224; chanter, ce n'est pas de chanter. N'importe quel chanteur qui chante apprend &#224; chanter, &#224; chanter quand il chante. Caruso quand il chante, Edith Piaf quand elle chante, au moment o&#249; ils chantent, ils sont en train d'apprendre &#224; chanter. Le peintre en train de peindre apprend &#224; regarder.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Alors &#233;videmment il y a une fantasmatique du &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; qui est tr&#232;s dangereuse dans ce discours sur l'amateur. Il faut donc faire attention avec un tel discours. C'est compliqu&#233; parce qu'il peut se faire instrumentaliser par une d&#233;magogie de l'amateur. Cela peut donner un discours anti-professionnel, un sens anti-intellectuel, anti-complexit&#233;, anti-tout ce qu'on veut. En bref, ce sont des formes de populisme et de d&#233;magogie.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le probl&#232;me c'est donc le &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt;. Donc qu'est ce que c'est le &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; ? C'est ce que Klee avait appel&#233; le peuple. Parce que c'est le peuple qui manque. Quand je disais tout &#224; l'heure que le commun fait d&#233;faut, je fais &#233;cho au propos de Paul Klee : &#171; le peuple manque &#187;. Le peuple, c'est ce qui, de temps en temps, appara&#238;t comme ce qui manque. Y compris dans des situations r&#233;volutionnaires. Quand il se soul&#232;ve, le peuple se constitue contre le fait qu'il manque. On n'est pas loin en ce moment d'une telle situation en France. Cela va peut &#234;tre mal tourner cette affaire. Il y a un moment o&#249; les &#171; professionnels de la politique &#187;, &#171; de l'art &#187;, etc. ne sont plus du tout reconnus comme repr&#233;sentants d'un peuple.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D&#232;s lors, le peuple se constitue. C'est l&#224; qu'il appara&#238;t. On n'est pas tr&#232;s loin de &#231;a en ce moment d'autant que les populismes politiques et industriels se manifestent pour exploiter la situation, au risque que &#231;a leur p&#232;te &#224; la figure.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est toute la question de la pratique amateur comme enjeu politique. Mais en prenant la question par ce biais, c'est le terme lui-m&#234;me qui se requalifie. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On a l&#224; l'autre versant. De la question esth&#233;tique pr&#233;c&#233;demment envisag&#233;e &#224; la question politique, toujours centrale, on aborde un troisi&#232;me temps qui est celui l'institution. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais la poser de mani&#232;re oblique, introduire la probl&#233;matique institutionnelle &#224; partir de la question du calcul, et de l'opposition calcul/ incalculable que vous envisagiez tout &#224; l'heure. Cette question est donc une fausse boutade : Comment concilier la question institutionnelle ou l'enjeu institutionnel de l'amateur avec la LOLF ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais dire deux choses au pr&#233;alable : d'abord je n'oppose pas calcul et incalculable. C'est pourquoi on cite dans le manifeste d'&lt;i&gt;ars industrialis &lt;/i&gt;ce vers de Claudel, qui n'a &#233;t&#233; souffl&#233; par Pierre Sauvanet : &#171; il faut qu'il y ait dans le po&#232;me un nombre qui emp&#234;che de compter &#187;. Le premier livre de philosophie que j'ai publi&#233; &#233;tait consacr&#233; &#224; Heidegger. J'essayais de montrer contre Heidegger que ce qui permet l'exp&#233;rience de l'incalculable, c'est le calcul. En musique, par exemple, tout est calculable, sauf l'exp&#233;rience de la musique. Les musiciens sont des gens qui font des calculs. Les musiciens tr&#232;s pointus sont des matheux. Donc je n'oppose pas le calcul et l'incalculable. Je dis seulement que l'incalculable n'est pas r&#233;ductible au calcul. Il faut calculer pour produire quelque chose qui n'est pas r&#233;ductible au calcul. La singularit&#233;, c'est du calcul tout le temps &#8211; en peinture aussi, le fameux nombre d'or. Et donc c'est de la technique. Parce que la technique c'est du calcul. Le probl&#232;me est que la technique est ce qui exc&#232;de la technique. Elle est au-del&#224; du calcul. C'est l&#224; que Nietzsche est tr&#232;s pr&#233;cieux. Le calcul, on pourrait finalement appeler &#231;a Apollon, la bonne mesure. Par ailleurs, ce qui donne sa dynamique &#224; cette bonne mesure, c'est Dionysos, c'est-&#224;-dire ce qui n'est pas calculable. Mais il n'y a pas Dionysos sans Apollon non plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Alors apr&#232;s la LOLF...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'&#233;tait une pique, un biais pour envisager le probl&#232;me...&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Non non, &#231;a m'int&#233;resse. Comme je suis &lt;i&gt;lolf&#233;&lt;/i&gt; et que j'essaye de tout politiser, il faut y revenir. Il n'y a pas un Stiegler &lt;i&gt;ars industrialis&lt;/i&gt; et un autre au Centre Pompidou. C'est le m&#234;me. Il ne faut pas compter sur moi pour mettre de l'eau dans mon vin au Centre Pompidou. C'est pourquoi mon discours sur la LOLF est le m&#234;me au Centre Pompidou ou &#224; &lt;i&gt;ars industrialis&lt;/i&gt;. Je suis dans une institution. Cette institution a des comptes &#224; rendre &#224; la repr&#233;sentation nationale. Cela ne me choque pas qu'il y ait des indicateurs de performance. Non seulement, cela ne me pose pas de probl&#232;me, mais je suis contre une fonction publique qui n'aurait pas de compte &#224; rendre. Je suis m&#234;me totalement contre. D'abord parce que les flics ont des comptes &#224; rendre quand ils font des trucs pas bien dans les commissariats de police, on leur envoie la police des police et on leur dit &#171; attendez qu'est-ce que vous avez foutu &#187;. Et on les met en taule. Il n'y a pas de raison que les conservateurs qui ne foutent rien au Centre Pompidou, on ne puisse pas les foutre &#224; la porte&#8230; &#231;a on ne pourra pas le publier , j'aurais un probl&#232;me !!&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Maintenant, le probl&#232;me de la LOLF ou d'autres choses qui permettent de mesurer les activit&#233;s. Il faut de la mesure, Quel est le crit&#232;re de mesure ? Quel est le m&#232;tre ? Si on me dit &#171; Stiegler, vous avez fait combien d'entr&#233;es cette ann&#233;e ? Vous avez augment&#233; de 4 % votre fr&#233;quentation. Boum, on vous tape 10 % de votre budget &#187;. Si c'est &#231;a le crit&#232;re, l&#224; je ne vais plus &#234;tre d'accord du tout. Car ils se trompent de m&#232;tre. Je ne suis pas l&#224; pour augmenter la performance financi&#232;re du Minist&#232;re de la culture. Je suis l&#224; pour augmenter l'individuation des personnes qui viennent au Centre Pompidou. Mais cela se mesure l'individuation. Comment ? Qualitativement. Il y a des mesures qualitatives et des mesures quantitatives. Ce que Kant appelle les grandeurs d'intensit&#233;s sont des processus qui ne sont pas quantitatifs mais qualitatifs. De quel ordre sont-elles ? Du jugement, du jugement critique. Vous n'allez pas juger d'une exposition par le nombre de personnes qui sont venues. Personne n'osera jamais. Aucun Minist&#232;re &#8211; j'esp&#232;re &#8211; n'aura jamais le culot de nous dire &#171; j'ai calcul&#233; la qualit&#233; d'une expo par le nombre d'entr&#233;es &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Enfin tout de m&#234;me, cela existe de plus en plus.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Pierre Dumonthier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est m&#234;me une tendance qui touche l'art contemporain en province.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Non, ils vont vous dire : &#171; je vais calculer l'efficacit&#233; d'un service &#187;. Ils n'oseront pas vous dire qu'ils ont calcul&#233; la qualit&#233; des oeuvres par le nombre d'entr&#233;es. Peut-&#234;tre qu'avec S&#233;gol&#232;ne Royal &#231;a va venir, parce qu'elle est pire que Sarkozy. Donc cela va peut-&#234;tre venir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais ils n'osent pas encore le dire, et le ministre Donnedieu de Vabre ne le pense pas.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le probl&#232;me c'est qu'il est oblig&#233; de se plier au Minist&#232;re du budget. Le probl&#232;me, c'est que c'est le Minist&#232;re du budget qui &#233;nonce les crit&#232;res de la LOLF. Le probl&#232;me ce n'est pas la LOLF, ce sont les crit&#232;res. Or, le probl&#232;me des crit&#232;res c'est le probl&#232;me de la critique. J'introduis ici un th&#232;me qui me tient beaucoup &#224; c&#339;ur. C'est le th&#232;me de cette institution qui va publier une revue qui s'appelle &lt;i&gt;l'amateur&lt;/i&gt;. Le gros probl&#232;me aujourd'hui, c'est qu'il n'y a plus de critique. Il n'y a donc plus de crit&#232;res. Les inspecteurs des finances d&#233;barquent et disent &#171; nous, on en a des crit&#232;res, on va vous en trouver, pas de probl&#232;me, vous avez d&#233;pens&#233; tant de fric, &#231;a a fait combien d'entr&#233;es ? &#187; La discussion n'est pas possible. C'est catastrophique ! Pourquoi n'y a-t-il plus de crit&#232;res ? Parce qu'il n'y a plus de critiques. Pourquoi n'y a-t-il plus de critiques ? Parce que la critique &#231;a n'est pas la promotion. Or les critiques sont devenus des organes de promotion et de marketing. C'est pas un hasard qu'un artiste comme Claude Closky qui a obtenu la prix Marcel Duchamp, un artiste dont on a beaucoup parl&#233;, fasse une oeuvre qui repr&#233;sente les grilles d'appr&#233;ciation de Pariscope, c'est-&#224;-dire deux &#233;toiles trois &#233;toiles, voil&#224; c'est son &#339;uvre. C'est int&#233;ressant, n'est-ce pas ! Tout &#224; coup cela montre comment la quantification et le sondage se sont substitu&#233;s &#224; la critique. Qu'est-ce qu'un sondage ? C'est quelque chose qui transforme des points de vue &lt;i&gt;qualitatifs&lt;/i&gt; en des choses &lt;i&gt;quantifiables&lt;/i&gt;. Au lieu de vous demander ce que vous pensez de l'Europe, on vous demande si vous voulez voter oui ou non au r&#233;f&#233;rendum ? Si on vous demande un peu plus on va vous demander de quantifier. Parce que tout doit se transformer en 10 %, en 20 %... &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'homme moyen lamine toutes les grandeurs intensives et leur substitue des grandeurs quantitatives. C'est tr&#232;s important de rapporter ce probl&#232;me &#224; celui de la critique. C'est mon chantier pour les ann&#233;es qui viennent. Pourquoi la critique ? D'abord parce qu'en Grec, &lt;i&gt;jugement&lt;/i&gt; vient de &lt;i&gt;krinein&lt;/i&gt; qui signifie &#171; cribler &#187;. Juger c'est cribler. Il y avait une chronique int&#233;ressante &#224; ce sujet dans &lt;i&gt;paris-art.com&lt;/i&gt;, le site d'Andr&#233; Rouill&#233;. Il y a eu un d&#233;bat il y a quelques mois sur la critique d'art, sur le jugement esth&#233;tique. Un critique a dit &#224; cette occasion qu'il n'avait pas &#224; expliquer pourquoi il trouvait cela bien. Rouill&#233; a r&#233;pondu quelque chose d'int&#233;ressant en disant qu'un jugement s'argumente. Plus ou moins bien, mais cela s'argumente. Aujourd'hui, il n'y a plus de critiques. Il y a eu une surchauffe critique extraordinaire dans les ann&#233;es soixante, une sorte d'hyper critique formidable. J'ai &#233;t&#233; form&#233; &#224; &#231;a. Et puis tout s'est effondr&#233; pour des raisons tr&#232;s compliqu&#233;es d'ailleurs : des raisons &#224; la fois esth&#233;tiques, philosophiques, mais aussi et surtout cela est li&#233; &#224; une marchandisation des choses. On a substitu&#233; &#224; la critique une quantification. Une des grandes questions qui se pose aujourd'hui, c'est de reconstituer des appareils critiques. Un amateur qui pratique la musique, il est inscrit dans un appareil critique. Moi, j'ai commenc&#233; par la guitare quand j'&#233;tais petit. J'&#233;coutais de la musique &#224; la mesure de ce que j'&#233;tais capable de jouer. C'est un appareil critique. Tout dispositif organologique des m&#233;diations techniques des arts en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale sont de appareils critiques. Par ailleurs on peut imaginer constituer des pratiques critiques amateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parle beaucoup de ma jeunesse, mais parce que, quand j'&#233;tais petit, je faisais de la musique en amateur, je faisais de la peinture en amateur&#8230; Pourquoi ? C'&#233;tait gr&#226;ce au parti communiste fran&#231;ais. Le maire de Sarcelles organisait des expositions en plein air. J'ai d&#233;couvert Lorjou, le cubisme.... sur l'avenue Joliot-Curie &#224; Sarcelles, l&#224; o&#249; il y a le march&#233; tous les dimanches. La ville de Sarcelles, communiste &#224; l'&#233;poque, organisait l'&#233;t&#233; trois ou quatre jours d'exposition en plein air. J'ai d&#233;couvert le th&#233;&#226;tre parce que il y avait sous un chapiteau un festival de th&#233;&#226;tre o&#249; l'on jouait le grand r&#233;pertoire pour le populo de Sarcelles. J'ai d&#233;couvert le cin&#233;ma parce qu'il y avait un cin&#233; club, et dans ce cin&#233; club j'allais voir tous les films Renoir, Fritz Lang. Apr&#232;s la s&#233;ance, il y avait une discussion sur le film. Il y avait un apprentissage du jugement, on s'exprimait. Je me souviens de films de Fritz Lang comme &lt;i&gt;Le diabolique docteur Mabuse&lt;/i&gt; avec Howard Vernon. Il &#233;tait de passage &#224; Paris. Il est venu &#224; Sarcelles, au centre Th&#233;odore Bullier, dans un petit truc de HLM. Il est venu expliquer comment Fritz Lang faisait ses sc&#233;narios, ses story board. C'&#233;tait g&#233;nial.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'appareil critique c'est &#233;galement l'apprentissage du jugement, l'apprentissage de la formulation du jugement&#8230; ce qui a aussi disparu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Pourquoi n'y a-t-il plus de cin&#233; club aujourd'hui ? C'est tout de m&#234;me incroyable ! Tout simplement parce que les industries culturelles les ont tu&#233;. Le moment de bascule, c'est quand le cin&#233; club est devenu le cin&#233; club de France 2 (&#224; l'&#233;poque Antenne 2). On y parlait vaguement. Claude Jean Philippe en a fait son fond de commerce professionnel. Et finalement, tout &#231;a a disparu.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On travaille ici au d&#233;veloppement d'un logiciel nomm&#233; &lt;i&gt;les lignes de temps&lt;/i&gt;. Il s'agit de faire des appareils critiques de films. On veut reconstituer des cin&#233; club. Quand on sort du cin&#233;ma, on pourrait recevoir sur son t&#233;l&#233;phone portable une ligne de temps sur le film que l'on vient de voir, une nouvelle forme de critique. On pourrait la t&#233;l&#233;charger sur son ordinateur, rentrer dans le film le d&#233;composer. La technologie permet de d&#233;velopper des appareils critiques puissants et raffin&#233;s. Il s'agit de les mettre en collectif. On peut faire des blogs avec cela, de vrais blogs de cin&#233;ma. Il s'agit de constituer des regards, de poser des questions, des engueulades pour que ce ne soit plus un nouveau Claude Jean Philippe qui dise ce que l'on doit aller voir, mais que chacun puisse se constituer comme un public. Je crois beaucoup &#224; cela. Mais il faut accompagner ce d&#233;veloppement par des instruments, des instruments critiques nouveaux. Ils conduisent &#233;videmment &#224; manipuler des images, c'est-&#224;-dire &#224; transformer le spectateur en producteur d'images&#8230; donc en cin&#233;aste amateur. Il s'agit de d&#233;velopper des pratiques.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si vous me permettez une petite parenth&#232;se personnelle, je me souviens d'avoir propos&#233; des formes de cin&#233; club &#224; un certains nombre d'amis qui s'int&#233;ressaient au cin&#233;ma mais &#224; qui, justement, il manquait des outils. Je leur proposais des programmations de films avec une probl&#233;matique. La s&#233;ance et la discussion &#233;taient l'occasion d'un d&#238;ner, d'une mise en rapport et d'une confrontation des id&#233;es. Les gens ressortaient tr&#232;s heureux, m&#234;me s'ils n'&#233;taient pas du tout d'accord. J'ai r&#233;p&#232;te l'exp&#233;rience &#224; plusieurs reprises, avec diff&#233;rents groupes. Je me suis aper&#231;u d'un essoufflement. Pourquoi ? Parce que l'enthousiasme de d&#233;part ne suffit pas &#224; la p&#233;rennit&#233; de la pratique. Parce qu'elle n'est pas assez ritualis&#233;e, inscrite dans un cadre social, ou de socialisation. C'est aussi la question pos&#233;e par les appareils critiques. N'y a-t-il pas une n&#233;cessit&#233; de retrouver une forme de ritualisation, de retrouver du symbolique ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Pierre Dumonthier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je voudrais juste faire un tout petit commentaire. Ce qui est int&#233;ressant dans la pratique amateur, c'est qu'au-del&#224; de ce qu'on peut appeler des rites, etc. &#231;a existe. Quoiqu'il arrive, &#231;a existe.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est quelque chose de r&#233;current. C'est ce qui fait son int&#233;r&#234;t. M&#234;me si elle n'est pas organis&#233;e, la pratique amateur existe, quoiqu'il arrive. La question reste de savoir comme la comprendre. Mais c'est l&#224;. Les gens travaillent avec l'informatique, avec la musique. Seulement ce n'est pas regard&#233;. Apr&#232;s on peut essayer de voir comment on peut la ritualiser. Mais de toute fa&#231;ons, c'est l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Juste pour rappeler que &#231;a nous &#233;chappe aussi.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cela dit, c'est vrai qu'il y a une &#233;conomie du temps.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je parlais du cin&#233; club quand j'&#233;tais gamin. En 1964, il y avait 30 % de la population qui avait la t&#233;l&#233;vision. Les gens devaient regarder en moyenne la t&#233;l&#233;vision dix minutes par jours. C'&#233;tait la moyenne g&#233;n&#233;rale. Aujourd'hui, on est &#224; quatre heures et quart de t&#233;l&#233;vision par jour, trois heures et demi il y a dix ans. Sans parler des nouveaux m&#233;dias. Il y a donc une captation du temps par tout un dispositif qui s'est substitu&#233; &#224; l'appareil critique. C'est aussi l&#224; qu'est le probl&#232;me. Il y a une guerre du temps, une &#233;conomie du temps. Mon propos est souvent mal per&#231;u mais je pense qu'il faut imposer des choses. Quand Jules Ferry a d&#233;cid&#233; que tout le monde devait savoir lire &#233;crire et compter, il l'a impos&#233;. Evidemment cela peut &#234;tre &#233;trange d'imposer les pratiques amateurs. Je ne dis pas qu'il faut les imposer de force, je pense qu'il faut porter institutionnellement la chose. S'il y a des gens qui font de la peinture &#224; Rueil-Malmaison, c'est parce qu'il y une &#233;cole avec une ville qui le finance. Si en Allemagne il y a beaucoup plus de gens qui font de la musique qu'en France, c'est parce que l'argent mis par les pouvoirs publics est beaucoup plus important qu'en France. Si en Hongrie vous avez encore des quatuors qui jouent ensemble le samedi soir, c'est parce que &#231;a existe toujours. Cela dit, il n'y en a plus pour longtemps. La Hongrie qui vient de conna&#238;tre des &#233;lections perturb&#233;es, est en train de se &lt;i&gt;marketiser&lt;/i&gt; &#224; toute vitesse. Il n'y en a donc plus pour longtemps. Aujourd'hui on n'est pas en Autriche-Hongrie, ni en Union Sovi&#233;tique. Mais on n'est plus &#224; l'&#233;poque de l'&#233;tat providence. C'est fini, que &#231;a nous plaise ou non. Moi cela ne plait pas, mais c'est comme &#231;a. En revanche, je pense que le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie passe aujourd'hui intrins&#232;quement, par le d&#233;veloppement de la culture. On voit que le syst&#232;me industriel est en train de s'intoxiquer, de produire ce que j'appelle du &lt;i&gt;capitalisme pulsionnel&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire quelque chose de plus en plus ing&#233;rable. On va passer par Sarkozy. Mais apr&#232;s il y aura bien pire que Sarkozy. C'est fini la soci&#233;t&#233; lib&#233;rale, d&#233;mocratique, etc. Termin&#233;. On voit bien que si &#231;a continue, &#231;a ne peut que conduire &#224; cette catastrophe sociale. Je pense qu'il faut inventer un nouveau mode de socialisation. De quoi ? Eh bien, un nouveau mode de production de ce que j'appelle une &lt;i&gt;individuation psychique et collective&lt;/i&gt;. L'individuation, c'est ce qui reconstitue de la singularit&#233;, du d&#233;sir. C'est donc de l'amour. C'est ce qu'il faut porter. Alors maintenant que ce soit port&#233; par l'Etat fran&#231;ais, par la ville de Rueil, par la Fnac, ou autres, j'en sais rien. Mais en tout cas, il va falloir que &#231;a soit port&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Parce qu'il y a bien pire que TF1. Il y a Skyrock qui a une politique bien pire que TF1. C'est un fait. Mais &#224; c&#244;t&#233; de cela, il y a aussi un mouvement des blogs. C'est un mouvement spontan&#233;. Il renvoie bien &#224; ces amateurs qui, &lt;i&gt;de toute fa&#231;on&lt;/i&gt;, sont l&#224;. Cela produit quelque chose. Et &#231;a, c'est une chance formidable. Il faut travailler avec cela. C'est ce qu'il faut outiller parce qu'il n'y a pas de tel espace sans outillage. Le probl&#232;me, c'est qu'un outillage technologique est industriel. Il est complexe, et donc co&#251;teux &#224; d&#233;velopper. Il faut donc que l'Etat et les grandes puissances industrielles acceptent ces d&#233;veloppements. Mais on y vient. Je suis certain qu'on y vient parce que les gens du monde industriel que je contacte nous &#233;coutent maintenant. Ils n'en sont pas encore &#224; financer cela. Mais on y viendra. Parce que tout ce machin y compris cette folie du march&#233; de l'art, aujourd'hui ultra sp&#233;culatif, on sait bien que &#231;a se casse la figure, que tout ce syst&#232;me est arriv&#233; au bord de ses limites. C'est d'ailleurs tr&#232;s int&#233;ressant. Mais en m&#234;me temps, on sait que &#231;a ne va pas durer. Il va falloir que &#231;a se recompose, peut-&#234;tre au prix d'un tr&#232;s fort conflit, un conflit social majeur, voire guerrier. Mais &#231;a peut aussi se faire autrement. C'est mon pari. C'est pourquoi je pense que le temps du consommateur est fini. Arrive le temps de l'amateur. Pour moi, c'est un mod&#232;le industriel. Il faut que cela soit port&#233; au niveau du mod&#232;le industriel. C'est pour cela que je cite Beuys. Car il l'avait compris. Apr&#232;s on peut discuter de beaucoup de choses sur Beuys.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;S&#233;bastien Rongier&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le seul moyen de sauver l'amateur, c'est de le porter &#224; ce niveau l&#224;. Mais vous &#234;tes le premier &#224; conna&#238;tre les conflits induits par cette question.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il y a une ligne &#233;trange, qu'on n'a peut-&#234;tre pas encore beaucoup envisag&#233;e en France : &#234;tre &#224; la fois sur le plan d'une critique de l'industrie culturelle &#8211; ligne Horkheimer et Adorno &#8211; mais sans oublier la grande perc&#233;e benjaminienne. Car lui a vu des moyens d'action &#224; l'int&#233;rieur de la critique de l'industrie culturelle, ce qu'Adorno et Horkheimer &#8211; et surtout Adorno &#8211; n'ont pas su envisager.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais on sait bien que dans cette ligne est extr&#234;mement fragile. Et pour prendre ce qui nous occupe, la question de l'amateur port&#233;e au niveau industriel, on sait la fragilit&#233; et la difficult&#233; de la probl&#233;matique. Il faut anticiper les rat&#233;s et les r&#233;cup&#233;rations in&#233;vitables, et de renouveler l'approche critique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Bernard Stiegler&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Si on avait le temps, il faudrait que l'on parle de la contre-culture. Elle a &#233;t&#233; le foyer de ce que vous venez de d&#233;crire, notamment Sans Francisco. C'est finalement tout ce qui a produit les mod&#232;les de l'industrie culturelle am&#233;ricaine des ann&#233;es 70-80, &#231;a a &#233;t&#233; le laboratoire des recherches d&#233;veloppement des nouveaux mod&#232;les marketing.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je ne m&#233;prise pas du tout cela. Le jazz faisait partie de cette contre-culture et je suis plut&#244;t du cot&#233; jazz. D'autre part, Hollywood qui est une industrie culturelle a produit de grands chefs d'oeuvres du cin&#233;ma. J'aime Resnais, Fellini et bien d'autres, mais les plus grands films viennent d'Hollywood, et donc l'industrie culturelle. Je pense qu'il y a eu une &#233;poque de la consommation heureuse, une &#233;poque que j'ai connue, celle des &#171; bonnes &#187; industries culturelles. Mais c'est fini, la consommation est profond&#233;ment malheureuse, et les industries culturelles ne produisent plus que des saloperies. Il n'y a plus rien qui sort des industries culturelles. Nous sommes dans une sorte de clivage et de fracture. D'un c&#244;t&#233;, il y a un monde industriel, un monde de l'esth&#233;tique industrielle. C'est l'horreur du marketing, l'horreur &#233;conomique qui massacre des esprits. Et d'un autre cot&#233;, il y a des formes qui deviennent des alibis comme un art contemporain radicalement coup&#233; de tout cela. Et paradoxale plus personne ne le regarde en dehors de Pinault. C'est quand m&#234;me emmerdant&#8230; Pas toujours mais souvent. C'est ce que j'appelle l'&lt;i&gt;hyper-diachronisation&lt;/i&gt;, une forme de d&#233;composition. Ce que je veux dire &#8211; et je comprends tr&#232;s bien ce que vous dites car c'est ma position &#8211; c'est qu'il faut &#234;tre dans les industries culturelles. C'est ce que je pr&#244;ne et pratique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Aujourd'hui il faut &#234;tre &#224; l'int&#233;rieur des industries culturelles, sur leurs bords et leurs limites. Il faut changer de mod&#232;le industriel. Et c'est pour &#231;a qu'on revient in&#233;vitablement vers l'&#233;conomie politique. Il faut que le monde des artistes, des &#233;crivains, des intellectuels m&#232;ne un combat. Il faut proposer un nouveau mod&#232;le industriel avec des LOLF dans lesquelles se d&#233;gagent des dispositifs capables de juger. C'est &#231;a les grands moments artistiques. Ce sont les moments o&#249; l'art est au coeur de la cit&#233;. Sans se revendiquer forcement comme tel. Mallarm&#233; n'a pas revendiqu&#233; de faire de l'&#233;conomie politique. Mais Mallarm&#233;, c'est de l'&#233;conomie politique. Il pense la po&#233;sie comme de l'&#233;conomie politique. C'est &#231;a les grandes pens&#233;es. Il pense la po&#233;sie depuis une pens&#233;e de l'argent. Pour moi, ce qui ne peut pas se requalifier &#224; un moment donn&#233; sur ce terrain-l&#224;, ne m'int&#233;resse pas beaucoup. Nous sommes aujourd'hui dans un cas tr&#232;s particulier de crise du mod&#232;le industriel dominant o&#249; la culture est devenue le coeur du mod&#232;le industriel. Il faut que les gens de la culture intellectuels, &#233;crivains, scientifiques, philosophes, se mettent &#224; penser, produire de nouveaux mod&#232;les industriels qui supposent de penser la technologie parce que la technologie c'est le probl&#232;me. Peu de gens pensent la technologie, parce que c'est compliqu&#233;. Mais ce n'est pas seulement la technique, ce sont des processus complexes qui bougent en permanence. Il faut avoir acc&#232;s &#224; des logiques industrielles. C'est ce qui nous ram&#232;ne &#224; des questions qui se posaient au d&#233;but du XX si&#232;cle dans l'art.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Questions S&#233;bastien Rongier, avec la participation de Pierre Dumonthier&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une oblicit&#233; ironique au regard de l'image : Cin&#233;ma de Tanguy Viel </title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article418</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article418</guid>
		<dc:date>2021-12-04T14:54:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Viel Tanguy</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>cin&#233;mati&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Mankiewicz</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Colloque L'ironie aujourd'hui : lectures d'un discours oblique&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot124" rel="tag"&gt;Viel Tanguy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;cin&#233;mati&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot21" rel="tag"&gt;Mankiewicz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais beno&#238;tement r&#233;pondu &#224; un appel &#224; contribution. Ma proposition avait &#233;t&#233; retenue mais l'universit&#233; dans laquelle j'&#233;tais encore avait refus&#233; de financer mon voyage et mon s&#233;jour. Je ne suis donc pas all&#233; &#224; Sfax pour parler d'ironie. Mais Alain Montandon et Mustapha Trabelsi ont gentiment propos&#233; d'accueillir mon texte dans les actes du colloques. D'o&#249; ma pr&#233;sence. Ce texte sur Tanguy Viel a &#233;volu&#233; depuis cette premi&#232;re approche de 2004. Mais je publie ici la version de publication : Une oblicit&#233; ironique au regard de l'image : &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; de Tanguy Viel, dans &lt;i&gt;L'ironie aujourd'hui : lectures d'un discours oblique&lt;/i&gt;, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2006 &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L302xH480/ironie_aujourd_hui-2d57e.jpg?1750114402' width='302' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une oblicit&#233; ironique &lt;br/&gt; au regard de l'image : &lt;strong&gt; &lt;strong&gt;Cin&#233;ma&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt; de Tanguy Viel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Interroger les formes actuelles en tra&#231;ant la circulation des images permet parfois de retrouver une litt&#233;rature contemporaine qui invente une r&#233;sistance aux fausses certitudes du romanesque. &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; de Tanguy Viel appartient &#224; cette litt&#233;rature qui d&#233;veloppe une voie oblique et renverse les lin&#233;arit&#233;s conventionnelles en questionnant les images depuis l'&#233;criture. &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; est le r&#233;cit d'une admiration et d'une d&#233;voration. Mais au fil de la lecture, on comprend progressivement que l'ironie n'est pas la marque d'un narrateur d&#233;vor&#233; par les images d'un film mais bien celle d'une instance auctoriale qui dessine dans l'&#233;criture du roman une distance ironique et critique. Penser l'ironie comme une forme inconcili&#233;e qui questionne plus qu'elle ne donne une r&#233;ponse tangible implique une pens&#233;e de l'&#233;cart qui ouvre une tension. L'oblicit&#233; que l'on d&#233;couvre dans le roman de Tanguy Viel prolonge cette forme dynamique et critique de l'ironie. En entrant dans &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;, on d&#233;couvre &#224; la fois un processus d'identification et l'instauration d'un &#233;cart renversant aussi bien les habitudes du regard que les conventions de lecture.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Limier&lt;/i&gt;, 1972) est le dernier film de Joseph L. Mankiewicz. Un &#233;crivain, c&#233;l&#232;bre pour avoir invent&#233; un nouveau Sherlock Holmes, d&#233;couvre que sa femme le trompe avec un coiffeur &#224; la mode. Il invite l'amant pour lui proposer un arrangement et surtout lui tendre un humiliant pi&#232;ge. Le film met en sc&#232;ne la confrontation f&#233;roce entre les deux hommes et le d&#233;sir de domination physique, sociale et psychique de l'un sur l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Il est beaucoup question de &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt; dans un roman de Tanguy Viel, &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tanguy, Viel.- Cin&#233;ma.- Paris : Minuit, 1999.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant le lecteur l'apprendra r&#233;ellement &#224; la toute fin du livre. Le narrateur de &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; raconte la relation particuli&#232;re qu'il entretient avec un film, glissant du r&#233;cit de la confrontation cin&#233;matographique entre le mari et l'amant &#224; ses propres rapports au film. Le titre de l'&#339;uvre cin&#233;matographique est donc connu tardivement. Aussi un lecteur qui ne conna&#238;trait pas l'ultime opus de Mankiewicz serait en droit de s'interroger durant une large partie de sa lecture sur l'existence de ce film. Entre le d&#233;ploiement d'une narration qui se faufile et l'incertitude de l'objet dont il parlerait, le lecteur manque de stabilit&#233; dans l'approche de &lt;i&gt;Cin&#233;ma &lt;/i&gt;s'il ne conna&#238;t pas l'existence de &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt;. Le roman de Tanguy Viel s'&#233;chappe en se d&#233;pla&#231;ant constamment et en ne cessant de recomposer ce que l'on croyait attendre de lui. Son statut n'est donc pas rigide et traverse une vari&#233;t&#233; de possibilit&#233;s. Il n'y a pas de doute, c'est un r&#233;cit autour d'un film. Mais &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; ne se r&#233;duit pas &#224; une telle description. Elle ne suffit pas. Peut-&#234;tre est-ce une analyse filmique ? L'id&#233;e est s&#233;duisante mais reste trop incompl&#232;te. Car elle occulte une autre dimension du r&#233;cit qui d&#233;crit une subjectivit&#233; compulsive.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le narrateur de &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; n'appara&#238;t pas imm&#233;diatement. Il commence par se cacher derri&#232;re le r&#233;cit du film. Il se dissimule. Il faut un long moment pour comprendre le rapport que le narrateur entretient avec le film. Le statut &#233;quivoque du narrateur laisse d'abord penser qu'il cherche &#224; partager une passion pour un film, &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt;. Mais on apprend tardivement qu'il s'agit effectivement du dernier film de Joseph L. Mankiewicz. L'incertitude laisse donc planer un doute. On identifie d'abord le narrateur &#224; un cin&#233;phile voire un &lt;i&gt;cin&#233;fils&lt;/i&gt;. De nombreux &#233;l&#233;ments d'analyses, des fragments d'une esth&#233;tique et peut-&#234;tre m&#234;me une d&#233;finition du cin&#233;ma de Mankiewicz apparaissent au long de la lecture. Lorsque le narrateur avoue &#171; Il y a des secrets qui nous &#233;chappent &#187; ou &#171; Et je dois dire : encore aujourd'hui il y a des choses dans ce film qui restent un myst&#232;re pour moi. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 16.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on peut y lire une d&#233;marche esth&#233;tique. L'art repose sur ses propres incertitudes et sa capacit&#233; de &#171; r&#233;sistance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 19.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et l'esth&#233;tique interroge cette possible d&#233;finition de l'art. Mais le &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; inclusif et identificateur pousse vers d'autres pistes. De plus, l'expression &#171; encore aujourd'hui &#187; ouvre le r&#233;cit sur une exp&#233;rience qui s'&#233;loigne des r&#233;flexions sur une esth&#233;tique cin&#233;ma. Pourtant lorsque le narrateur pr&#233;tend que &#171; [c]'est intuitivement qu'on comprend &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p., 17. La position du narrateur serait alors la r&#233;ponse &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il semble proposer une m&#233;thode d'analyse.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Cependant, la na&#239;vet&#233; du narrateur dans sa relation aux images tranche avec la piste cin&#233;philique : l'expression &#171; voir les images dans le bon ordre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 26.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la notion de reconnaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p., 84.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou encore la d&#233;couverte d'un proc&#233;d&#233; qui souligne l'ellipse, &#171; le tr&#232;s subtil proc&#233;d&#233; du journal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 64.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d&#233;signe une m&#233;connaissance du narrateur. La subtilit&#233; qu'il d&#233;couvre est en r&#233;alit&#233; extr&#234;mement classique. Le narrateur s'enorgueillit de sa d&#233;couverte mais ne semble pas conscient des enjeux cin&#233;matographiques d&#233;ploy&#233;s. Ces &#233;l&#233;ments permettent d&#233;j&#224; de percevoir une contradiction entre une argumentation explicative et une analyse bas&#233;e sur l'intuition qu'il met en avant. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La piste du cin&#233;phile n'est donc pas la bonne. Malgr&#233; les bribes &#233;parses d'analyse, on comprend tr&#232;s vite que l'image et le cin&#233;ma ne sont pas l'enjeu d&#233;terminant du narrateur. Le film est en r&#233;alit&#233; une nourriture. L'int&#233;r&#234;t de &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; est de renvoyer toute &#233;ventuelle analyse de type esth&#233;tique &#224; la seule subjectivit&#233; du narrateur. On pourrait faire une critique du relativisme contemporain qui distant la valeur critique des &#339;uvres. Mais ce serait une maladresse. Car &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; n'est pas un essai. L'instance romanesque prend toute son ampleur dans la confrontation &#224; la forme cin&#233;matographique et dans l'espace d'incertitude sur laquelle elle repose. La subjectivit&#233; est profond&#233;ment inscrite dans l'organisation romanesque de &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;. On pense d'abord que le narrateur parle &lt;i&gt;depuis&lt;/i&gt; le cin&#233;ma &#8211; le titre du roman entra&#238;nant sur cette piste hasardeuse, cette chausse-trappe. Or c'est &lt;i&gt;depuis&lt;/i&gt; le film qu'il parle, ou plus exactement c'est &lt;i&gt;depuis&lt;/i&gt; un film qu'il ne cesse de r&#233;p&#233;ter. Le narrateur n'est pas un cin&#233;phile. Car il est fix&#233; sur un film unique. &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; est le r&#233;cit de cette d&#233;voration.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La description qui ouvre le roman est celle du d&#233;but du film (m&#234;me s'il ignore le g&#233;n&#233;rique). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; Une voiture de sport, la voiture rouge de Milo Tindle, qui roule dans l'all&#233;e qui m&#232;ne au ch&#226;teau, au manoir qu'on voit de face et qui en impose. Tindle, c'est son nom, c'est un Anglais, et il se gare dans la cour du manoir, sur le gravier, avec sa voiture de sport rouge, avec sa veste &#233;triqu&#233;e tr&#232;s &#224; la mode dans les ann&#233;es soixante-dix. Il en sort, de sa voiture rouge (avec ses initiales inscrites sur le c&#244;t&#233;, sur l'aile droite, rajout&#233;es par-dessus la peinture, c'est &#233;crit : M.T., comme Milo Tindle).&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 9.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Par moments, la voix du narrateur, commen&#231;ant &#224; prendre le pas sur le film, sur le contenu de son organisation et sur sa mise en image, devient une &#233;vocation. La phrase s'allonge, s'emballe et suit mim&#233;tiquement l'enthousiasme du narrateur, tout en introduisant quelques bribes d'analyses. L'articulation subtile entre l'&#233;vocation enthousiaste du narrateur et les instants d'analyse construisent le trouble de la lecture. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mais l'analyse est toujours ramen&#233;e &#224; la dimension subjective du narrateur. &#171; [M]ais mon id&#233;e, c'est&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 19.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; rompt la simple &#233;vocation pour imposer une vision affirmative (&#171; c'est ind&#233;niable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) plut&#244;t qu'une interpr&#233;tation avan&#231;ant une proposition sur le narrateur (&#171; c'est exactement &#231;a, Milo demandant&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). De plus, on constate la m&#234;me tendance invers&#233;e dans la suite du texte. La dimension subjective retombe alors dans le film. On comprend qu'il s'agit finalement d'une m&#234;me chose construite sur un rapport autot&#233;lique et cliv&#233;. Le r&#233;cit organise un double va-et-vient entre le narrateur et le film qui abolit toute forme de distance et construit une parfaite identification au c&#339;ur de laquelle se d&#233;veloppe la subjectivit&#233; compulsive du narrateur. Evoquant &#224; la page 95 l'importance de la conscience de soi, on comprend qu'elle est intimement li&#233;e au film, comme dans un jeu de miroir. L'espace qu'on croyait &#234;tre celui d'un apprentissage est celui d'une fixation identificatoire. Aux derni&#232;res pages du livre, il parle enfin des com&#233;diens Lawrence Olivier et Michael Caine qui interpr&#232;tent les personnages du film. Il ne peut alors s'emp&#234;cher de les identifier &#224; leur r&#244;le, comme il se confond lui-m&#234;me au film. Il l'avoue d'ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; Mais je ne devrais pas parler d'eux comme &#231;a, et je ne dois pas les confondre avec leurs personnages, c'est une question de d&#233;ontologie, laisser &#224; chacun sa vie &#224; c&#244;t&#233; du film, je devrais mais c'est impossible, parce que moi-m&#234;me je n'ai pas de vie &#224; c&#244;t&#233; du film, je suis un homme mort sans &lt;/i&gt;Sleuth&lt;i&gt;.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 96.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le processus d'identification est ici clairement en marche. Il se d&#233;plie d'ailleurs au long de la lecture. La piste cin&#233;philique se r&#233;v&#232;le impossible. Elle c&#233;dant la place &#224; une &lt;i&gt;filmophagie&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt;, unique objet de l'app&#233;tit du narrateur. L'aveu est appuy&#233; par la premi&#232;re nomination du film. Les quatre vingt quinze pages pr&#233;c&#233;dentes se sont d&#233;velopp&#233;es dans la m&#233;connaissance effective du film. L'identification op&#233;r&#233;e par le lecteur glisse du film au narrateur puisque nommer le film, dire le titre du film, c'est avouer une perte, &#224; la fois la perte de soi mais aussi la perte de soi dans la domination de l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Car le jeu narratif est complexe dans les passages identificatoires, dans les jeux de manipulation et de domination. Le rapport du narrateur au monde est strictement organis&#233; autour du film de Mankiewicz. Son rapport aux autres est alors conditionn&#233; par ce rapport au film. Non seulement il cherche &#224; convaincre le monde entier que ce film est essentiel mais il cherche surtout &#224; en convaincre le lecteur lui-m&#234;me par une toile identificatoire.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Ce qui appara&#238;t insupportable au narrateur, c'est qu'on ne trouve pas le film, ce film, &lt;i&gt;formidable&lt;/i&gt;. Regardant d'une mani&#232;re compulsive (des centaines de fois avoue-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem., voir pp. 37, 49 ou 113.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), le narrateur veut qu'on aime ce film&#8230; son film. Ainsi, l'identification &lt;i&gt;Sleuth, c'est moi&lt;/i&gt;, induit-elle &lt;i&gt;aimer Sleuth, c'est m'aimer&lt;/i&gt;. C'est pourquoi le narrateur revient de mani&#232;re incessante sur les spectateurs &#224; qui il montre le film et qui n'appr&#233;cient pas le film. Il veut convaincre et devient pour cela autoritaire. Insidieusement, l'image du personnage-narrateur devient plus brutale et sourdement inqui&#233;tante tout au long du r&#233;cit.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; J'ai vu des gens penser et dire &#224; haute voix, pendant le film, dire que (&#8230;), ce sont des gens sans go&#251;t d'une part, sans discernement d'autre part, parce que, je le r&#233;p&#232;te, c'est enti&#232;rement fait expr&#232;s pour qu'on trouve &#231;a laid et maladroit.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 20 Mais la silhouette inqui&#233;tante du narrateur se d&#233;veloppe durant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; J'ai du mal &#224; comprendre qu'on ne trouve pas ce film formidable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 26.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est sans doute le c&#339;ur du r&#233;cit et le n&#339;ud psychologique du narrateur &#224; partir de quoi tout le r&#233;cit s'organise. La premi&#232;re tactique que le narrateur met en place pour s'opposer aux malheureux spectateurs qui ne trouvent pas ce film &lt;i&gt;formidable&lt;/i&gt;, ce n'est pas de les convaincre. Car le narrateur ne peut finalement adopter aucune argumentation dans son syst&#232;me identificatoire. L'abolition de toute distance ne permet aucun exercice critique, seulement une op&#233;ration d'adh&#233;sion qui refuse toute distance et toute r&#233;sistance. C'est pourquoi, selon lui, il faut &#234;tre en position d'accepter &#171; l'invasion de l'image dans le cerveau &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 100.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est lui-m&#234;me l'image. Il est convaincu d'&#234;tre lui-m&#234;me l'image occupant son esprit. Mim&#233;tiquement, il envahit l'espace et l'esprit du spectateur &#233;ventuel par ses commentaires et par ses explications pr&#233;alables. Les personnes qu'il invite &#224; voir le film avec lui savent tout avant le visionnage. Il r&#233;sume l'action, impose une explication et des cl&#233;s en anticipant l'action du film et rompt toute possibilit&#233; de d&#233;couverte individuelle du film. Tout contact doit pr&#233;alablement passer par lui. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est pourquoi le rapport au monde du narrateur s'organise autour du rapport au film, si bien que ses amis sont conditionn&#233;s par l'&#233;preuve du film. &#171; En cela je suis content : mes meilleurs amis n'ont jamais ri, et m&#234;me : ils sont devenus mes meilleurs amis parce qu'ils n'ont jamais ri&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 101.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rire est ici v&#233;cu par le narrateur comme une insupportable distance critique. L'int&#233;r&#234;t de ce d&#233;but de phrase n'est pas seulement d'afficher l'axiome de son existence dans cet ench&#226;ssement causal, finalement mis dos-&#224;-dos par les deux points, mais d'en poursuivre la lecture. A partir de cette causalit&#233; qui se clive, le narrateur s'emballe, la phrase entame une course folle tout au long de la page. Il explique alors les modalit&#233;s de ses constructions sociales et affectives &#224; partir de ce film. Il revient une fois de plus sur le &lt;i&gt;pas formidable&lt;/i&gt;, indique son autoritarisme explicatif et retourne brutalement dans le r&#233;cit du film de Mankiewicz. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; En cela je suis content : mes meilleurs amis n'ont jamais ri, et m&#234;me : ils sont devenus mes meilleurs amis parce qu'ils n'ont jamais ri, et non seulement cela, mais ils ont saisi profond&#233;ment l'&#339;uvre de Sleuth &#224; l'int&#233;rieur d'eux-m&#234;mes, voil&#224; ce que j'appelle, moi, des amis, des gens capables des marques les plus grandes de respect &#224; l'&#233;gard de Sleuth, tr&#232;s loin de la vulgarit&#233; du regard, et la vulgarit&#233; du jugement, des gens avec qui r&#233;ellement nous avons des choses &#224; dire, des vraies images, des espaces avec leurs dimensions, des expressions de visage, voil&#224; ce qui traverse nos mots quand on parle ensemble, et pas du tout des termes vagues, flottants, malpropres, pas du tout des &#171; pas formidables &#187;, parce que j'ai exclu les gens qui les prononcent, et je dois dire, je sais maintenant comment m'y prendre avec ce genre de personnes, une m&#233;thode extr&#234;mement dissuasive, je les sens venir, alors voil&#224; : je les invite quand m&#234;me, je leur donne rendez-vous en bas de chez moi, et dans l'escalier j'op&#232;re un r&#233;sum&#233; complet du film avant d'avoir enclench&#233; la cassette dans le magn&#233;toscope, un r&#233;sum&#233; complet de quand Milo Tindle, le parvenu (mais bien s&#251;r on ne le sait pas d&#232;s le d&#233;but normalement), quand il arpente l'all&#233;e avec sa voiture de sport rouge.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 101-102.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La phrase appara&#238;t &#224; plusieurs niveaux comme la mim&#233;tique de la construction mentale du narrateur. Ce dernier impose son commentaire, comme le souligne les adverbes de la parenth&#232;se. On peut parler d'une personnification du film. Au travers d'un pronom (&#171; nous avons des choses &#224; dire&#8230; &#187;), le film forme une troublante communaut&#233; avec le narrateur. Par ailleurs, il n'y a aucune distinction entre les notations subjectives et le r&#233;cit du film. Le r&#233;cit du film peut s'achever par une notation subjective, et inversement. Le mod&#232;le identificatoire repose donc sur une r&#233;ciprocit&#233; qui efface toute fronti&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est pourquoi la litanie des &lt;i&gt;pas formidable&lt;/i&gt; structure le r&#233;cit. Non seulement elle illustre le caract&#232;re r&#233;p&#233;titif et obsessionnel du narrateur, mais surtout elle souligne une instrumentalisation du rapport du narrateur aux autres &#234;tres. Car il n'y a, en fait, qu'une seule et unique relation du narrateur au monde. Elle est avec Sleuth. Car Sleuth est une personne et plus seulement le titre d'un film. La simple transformation typographique suffirait &#224; le prouver. En effet, page 96, parlant du titre, on peut encore lire &#224; trois reprises le titre en italique. Puis l'italique dispara&#238;t. L'hypostase est en marche.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; &#8230; je n'ai pas de vie &#224; c&#244;t&#233; du film, je suis un homme mort sans &lt;/i&gt;Sleuth&lt;i&gt;, oui &lt;/i&gt;Sleuth&lt;i&gt;, le titre original du film en anglais, pour moi ce n'est plus un nom de film, c'est le nom d'un ami, je dis &lt;/i&gt;Sleuth&lt;i&gt; comme je dirais &lt;/i&gt;Andrew&lt;i&gt;. Quelque fois je sors de chez moi et je m'excuse aupr&#232;s de Sleuth parce que je le laisse seul, et je fais tr&#232;s attention o&#249; je l'entrepose&#8230;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 96.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'identification am&#232;ne le narrateur &#224; penser et &#224; poser sa relation au film comme une relation intersubjective conduisant &#224; une v&#233;ritable personnification. C'est ainsi que Sleuth devient un &#234;tre dou&#233; de sentiments, notamment autour de l'exp&#233;rience du regard que l'on ferait de lui. Cette personnification visant &#224; balayer la cat&#233;gorie des &lt;i&gt;pas formidable&lt;/i&gt; (&#171; Sleuth n'est pas susceptible ; il d&#233;teste la m&#233;diocrit&#233; du regard, c'est tout. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 97.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), ach&#232;ve la fusion/confusion identificatoire entre le film et le narrateur. &#171; Mais au fond j'ai pens&#233; : tout ce que vous faites &#224; Sleuth, c'est &#224; moi que vous le faites. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 117.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Par l'exploration de ce rapport au monde, Tanguy Viel interroge moins l'image que le rapport &#224; l'image. C'est moins l'image que son identification qu'il travaille.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; Je dois les laisser parler &#224; ma place, non pas &#224; ma place, je suis l&#224; aussi, mais ensemble que les images et moi on parle ensemble, voil&#224; ce que je dois faire.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 43.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le &lt;i&gt;&#224; ma place&lt;/i&gt; &#233;voque un d&#233;placement et une substitution qui est imm&#233;diatement ni&#233;e pour renforcer l'omnipr&#233;sence et l'omnipotence de la subjectivit&#233;. La subjectivit&#233; ne peut &#234;tre &#233;vinc&#233;e car elle est &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; en devenant &#171; images &#187; mais surtout images &#171; ensemble &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La confusion identitaire est d'autant plus int&#233;ressante que le narrateur parle peu des images. Il ne dit pas grand-chose d'elles. Il parle parfois de ce qu'il voit et d&#233;crit quelques situations mais il se pr&#233;occupe peu des images et de l'&#233;criture filmique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le r&#233;cit qu'il d&#233;veloppe d&#233;borde le mat&#233;riau filmique pour &#233;laborer une autre forme, la sienne propre. La tentative d'&#233;puisement d'un film raconte en r&#233;alit&#233; la tentative d'&#233;puisement d'un psychisme qui tente de d&#233;vorer le film qui l'a englouti. C'est ce qui explique un rapport au monde uniquement li&#233; au film s'apparentant &#224; une forme cliv&#233;e et autot&#233;lique. Le langage du narrateur est celui de la r&#233;p&#233;tition. Outre la r&#233;p&#233;tition li&#233;e &#224; l'obsession des &lt;i&gt;pas formidable&lt;/i&gt;, on rencontre une volont&#233; dominante dans ses constructions argumentatives. Les r&#233;p&#233;titions appuy&#233;es et les tics d'un langage d'autorit&#233; trahissent l'incapacit&#233; argumentative. Sous couvert de l'enthousiasme, la multiplication de &#171; je le r&#233;p&#232;te &#187;, de &#171; mais bref (&#8230;) je dis &#187; ou encore de &#171; mais passons &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;trahissent bien une obsession autoritaire organisant son rapport au monde sur une (fausse) domination compulsive. La place de la subjectivit&#233; dans le r&#233;cit est donc d&#233;terminante. Car elle organise les faux-semblants sans jamais s'effacer, notamment dans le rapport au lecteur et aux personnages.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La tr&#232;s grande mobilit&#233; de l'instance narrative permet un moment de penser que le narrateur s'identifie au spectateur du film et &#224; n'importe quel spectateur. Si l'on a bien compris qu'il n'en &#233;tait rien, il maintient une certaine illusion durant le texte.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D&#233;butant par le r&#233;cit du film, le narrateur s'interrompt en soulignant : &#171; C'est toujours le d&#233;but pour nous non plus pour eux. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 15.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La phrase est plus ardue qu'il n'y parait car elle renvoie &#224; l'ambigu&#239;t&#233; et &#224; la complexit&#233; des instances qui se croisent. En effet, &#171; pour nous &#187; semble relier le narrateur au lecteur envisag&#233; en spectateur hypoth&#233;tique tandis que &#171; pour eux &#187; &#233;voque les personnages du film. Pourtant le narrateur participe &#233;galement &#224; la forme pronominale qui est dans le r&#233;cit quelque chose de connu. On le comprend gr&#226;ce &#224; une petite notation ant&#233;rieure (&#171; Et c'est vrai&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 13.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Elle accentue une connivence non pas avec le spectateur mais avec l'image qu'il raconte. Cette petite anticipation est l&#224; pour montrer la mobilit&#233; du narrateur et indiquer qu'il n'est d&#233;j&#224; pas l&#224; o&#249; il semble s'assigner une place. C'est de nouveau la saturation des &lt;i&gt;pas formidable &lt;/i&gt;qui permet de comprendre la v&#233;ritable place de l'interlocuteur pour le narrateur : il n'est qu'un spectateur qui se doit d'&#234;tre convaincu de caract&#232;re &lt;i&gt;irr&#233;futablement&lt;/i&gt; formidable de Sleuth/&lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; Moi je trouve &#231;a extraordinaire, et beau, et tout le monde doit trouver &#231;a extraordinaire, et beau, et grand, tout le monde, n'importe o&#249; dans l'univers, c'est irr&#233;futable.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 119.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le &#171; moi je &#187; qui ouvre cette affirmation, &#224; l'allure kantienne du beau universel et d&#233;sint&#233;ress&#233;, structure les relations identificatrices. La d&#233;marche interpelle obliquement l'interlocuteur (lecteur) qui glisse ostensiblement dans une position de spectateur. Le changement de place vise &#224; imposer un point de vue en mettant l'interlocuteur de son c&#244;t&#233; par une argumentation bas&#233;e sur l'&#233;vidence. Cependant l'identification d'une communaut&#233; de spectateurs ne forme pas une unit&#233; si tangible. Mais le narrateur parvient toujours &#224; s'&#233;chapper pour prendre une position de domination c'est-&#224;-dire l'int&#233;gration d'une id&#233;e autre du film. Sa m&#233;canique interne concentre tout dispositif autour du noyau subjectif. Sa mim&#233;tique substitutive n'int&#232;gre pas le spectateur. Elle reste concentr&#233;e sur le rapport moi/Sleuth. C'est pourquoi le narrateur s'affranchit toujours de la communaut&#233; du spectateur qu'il met en place pour la dominer car il est &#224; la fois le m&#233;ta-spectateur et le sur-narrateur de &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt; puisqu'il est Sleuth. L'organisation pronominale permet de le comprendre. Si l'id&#233;e d'une communaut&#233; est envisag&#233;e (&#171; et nous, spectateurs, on ne peut pas s'en tirer &#224; si bon compte&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 88.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une limite &#233;tant d&#233;j&#224; perceptible avec le passage du &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;on&lt;/i&gt;), elle est balay&#233;e imm&#233;diatement apr&#232;s :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; &#8230; nous, spectateurs, on se fait avoir tout le temps (&#8230;), je dis, moi, que nous spectateurs, on devient Milo d'abord, puis, (&#8230;) nous, spectateurs, on devient Andrew ensuite.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 89.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La structure pronominale est particuli&#232;rement serr&#233;e entre l'id&#233;e d'une communaut&#233; marqu&#233;e par pronom personnel &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;, puis par une nomination pr&#233;cise (&lt;i&gt;spectateur&lt;/i&gt;), et enfin par la forme d&#233;grad&#233;e du pronom impersonnel &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; qui neutralise l'&#233;mergence d'une telle communaut&#233;. Au c&#339;ur du double d&#233;ploiement (et de la double n&#233;gation) qui cherche &#224; identifier le spectateur aux personnages du film, le noyau actif demeure la subjectivit&#233; doublement affirmative et dominatrice du narrateur (&lt;i&gt;je dis&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;). Une &#233;tude plus approfondie du syst&#232;me pronominal de ce r&#233;cit reste &#224; faire. On peut tout de m&#234;me noter que la forme impersonnelle du pronom &lt;i&gt;on&lt;/i&gt; prend une tournure identificatrice lorsqu'elle d&#233;signe la relation entretenue par le narrateur avec les personnages du film&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., voir pp. 59, 62 ou 99.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la tournure impersonnelle devient neutralisante quand elle d&#233;signe le rapport du narrateur au spectateur/lecteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., voir pp. 62, 74, 88, 89 ou 99.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me, l'utilisation de la forme neutre du pronom &lt;i&gt;il&lt;/i&gt; devient une substitution personnalisante lorsqu'elle duplique une assertion form&#233;e &#224; partir du pronom personnel &lt;i&gt;je&lt;/i&gt;. L'expression &#171; il faut dire &#187; est par exemple l'&#233;cho distinct de &#171; je veux dire &#187; et s'inscrit dans un m&#234;me r&#233;seau s&#233;mantique de l'autoritarisme. Le syst&#232;me qui se d&#233;veloppe autour du pronom vise bien l'&#233;jection de tout spectateur autre que le narrateur par un processus identificatoire et par l'affirmation r&#233;p&#233;t&#233;e de la puissance du narrateur. La strat&#233;gie face au spectateur est donc exclusive et dominatrice&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve p. 98 la m&#234;me construction syntaxique de double va-et-vient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi le spectateur est constamment envisag&#233; comme une possible menace qui attaque le film en &#171; projet[ant] leur m&#233;diocrit&#233; sur l'&#233;cran &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 93.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le lecteur est donc trait&#233; de la m&#234;me mani&#232;re que les autres spectateurs sont trait&#233;s. Il subit les r&#233;sum&#233;s, les anticipations et les discours de domination. Le lecteur est au c&#339;ur d'un tourbillon, assign&#233; &#224; une place de spectateur et subissant le r&#233;sum&#233; exhaustif du film avant son visionnage (comme par exemple la page 102 qui reprend, redit et r&#233;p&#232;te ce que l'on a d&#233;j&#224; &lt;i&gt;lu&lt;/i&gt; du film). &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le narrateur semble vou&#233; &#224; une r&#233;p&#233;tition compulsive. Soumis &#224; une finalit&#233; entendue comme commencement, le narrateur semble condamn&#233; &#224; poursuivre une voie obsessionnelle et un drame dans lequel aucun changement ne peut advenir. C'est la raison pour laquelle il ne saurait, par exemple, voir le film au cin&#233;ma. Il fantasme bri&#232;vement de voir la mort de Milo Tindle sur grand &#233;cran. Il se r&#233;tracte car aller au cin&#233;ma repr&#233;sente un danger &#171; par rapport bien s&#251;r &#224; [son] &#233;quilibre, [son] mental tr&#232;s fragile. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tanguy, Viel.- Cin&#233;ma.- Op. cit., p. 62.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience induirait une alt&#233;rit&#233; dans l'habitude de la reproduction du m&#234;me et entra&#238;nerait sans doute selon sa propre expression &#171; une grande d&#233;pression &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le narrateur est donc le symbole psychique d'une reproduction du m&#234;me r&#233;duisant toute forme de diff&#233;rence et concentrant sa puissance d'existence &#224; l'invariance et &#224; l'indiff&#233;rence. Il est l'incarnation des m&#233;canismes de reproduction appartenant au remake. &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; engage donc un r&#233;cit qui soul&#232;ve les enjeux de la dislocation par la reproduction du m&#234;me. On comprend que les modalit&#233;s r&#233;p&#233;titives du narrateur n'offrent aucune instance diff&#233;rentielle. En revanche, l'&#233;criture d&#233;ploy&#233;e par le livre permet de trouver un d&#233;tour oblique ouvrant &#224; la diff&#233;rence du narrateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; L'&#233;crivain de &lt;i&gt;Cin&#233;ma &lt;/i&gt;n'enferme pourtant pas la lecture dans la r&#233;pression r&#233;p&#233;titive m&#234;me s'il l'organise. Seule l'&#233;criture de Tanguy Viel est capable d'op&#233;rer une dimension &#233;mancipatrice, la perlaboration, selon la terminologie lyodardienne qui prolonge le dialogue avec le discours analytique. En termes freudiens, la perlaboration est un concept li&#233; au mouvement de la cure. Elle permet d'accepter et de surmonter une r&#233;sistance d&#233;j&#224; interpr&#233;t&#233;e. Elle est &#171; une r&#233;p&#233;tition mais modifi&#233;e par l'interpr&#233;tation et de ce fait susceptible de favoriser le d&#233;gagement du sujet &#224; l'endroit de ses m&#233;canismes r&#233;p&#233;titifs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J., Laplanche, J.-B., Pontalis.- Vocabulaire de psychanalyse.- Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Agissant comme une &lt;i&gt;attention flottante&lt;/i&gt;, la perlaboration permet &#224; Lyotard de transformer le processus d'&#233;mancipation analytique en concept esth&#233;tique. Pour lui, &#171; [l]a saisie esth&#233;tique des formes n'est possible que si l'on renonce &#224; toute pr&#233;tention de ma&#238;triser le temps par une synth&#232;se conceptuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois, Lyotard.- L'inhumain.- Paris : Galil&#233;e, 1988.- p. 41.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Envisag&#233;e sur un horizon kantien comme une finalit&#233; d&#233;gag&#233;e d'un but, la perlaboration interroge et travaille le potentiel d'incertitude et d'&#233;quivocit&#233;. On peut alors sortir de la synth&#233;tisation normative de la r&#233;p&#233;tition en la fissurant et en travaillant la tension m&#234;me de l'&#339;uvre afin de &#171; &lt;i&gt; rendre possible l'impossible &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Theodor W., Adorno.- Th&#233;orie esth&#233;tique./ traduit de l'allemand par Marc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'&#339;uvrer l'inconciliation qui est le c&#339;ur de la modernit&#233;. Cette &#171; r&#233;p&#233;tition modifi&#233;e &#187; ouvre &#224; la diff&#233;rence qui seule pr&#233;serve l'&#339;uvre de la normalisation et de la standardisation r&#233;p&#233;titive &#224; laquelle Adorno opposait l'authenticit&#233;, non pas entendue comme forme de l'original mais comme contenu de v&#233;rit&#233; de l'&#339;uvre dans son rapport au monde. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tanguy Viel ne r&#233;duit pas son &#233;criture &#224; seulement saisir la r&#233;p&#233;tition. Il inscrit un &#233;cart et une distance qui permettent &#224; l'&#339;uvre d'exister dans sa diff&#233;rence. Le narrateur finit par convaincre qu'il n'est pas un cin&#233;phile mais bien un &lt;i&gt;filmophage&lt;/i&gt; monomaniaque. Pourtant les notations cin&#233;philiques qui s'opposent &#224; la na&#239;vet&#233; et &#224; l'univocit&#233; du narrateur abondent dans le texte. On peut percevoir ces interstices comme la pr&#233;sence d'une &lt;i&gt;intentionnalit&#233; auctoriale &lt;/i&gt;selon les termes d'Antoine Compagnon, intentionnalit&#233; qui prend en charge obliquement certains aspects cin&#233;matographiques. Comment comprendre l'analyse de la place du revolver au cin&#233;ma&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tanguy, Viel.- Cin&#233;ma.- Op. cit., voir pp. 53-54.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou encore celle sur le nom Plodder/Doppler sinon comme la pr&#233;sence dissimul&#233;e dans le livre, au-del&#224; de l'instance narrative irr&#233;ductiblement concentr&#233;e sur un unique film et incapable de toute mise en perspective puisqu'elle serait immanquablement v&#233;cue comme une chute ou une trahison ? Il en va de m&#234;me pour les quelques phrases qui permettent aussi bien de comprendre l'ensemble du cin&#233;ma de Mankiewicz que la position m&#234;me du narrateur : &#171; Pour lui, revenir dans cette maison le dimanche soir, c'est revenir en fant&#244;me, c'est seulement hanter un vieux manoir&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 79.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma de Mankiewicz tient tout entier dans ces deux propositions. Il se d&#233;veloppe autour des axes du retour &#224; la maison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir The Ghost and Mrs Muir( L'aventure de Mme Muir, 1947, USA) ; House of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et surtout d'une v&#233;ritable th&#233;orie des fant&#244;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir The Ghost and Mrs Muir (L'aventure de Mme Muir, 1947, USA) ; All About (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui est celle du cin&#233;ma. Tanguy Viel ne c&#232;de pas &#224; la tentation du commentaire. L'enjeu de l'&#233;criture fait face aux r&#233;sistances du film et se confronte aux d&#233;faillances inh&#233;rentes &#224; l'&#339;uvre que le narrateur &#233;nonce mais qu'il est incapable de construire. La place particuli&#232;re de l'&#233;criture trace une voie oblique qui est celle d'une modernit&#233; ironique. Il travaille une mim&#233;tique du suspense filmique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tanguy, Viel.- Cin&#233;ma.- Op. cit., voir pp. 58-59.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans la phrase en ponctuant le r&#233;cit d'un d&#233;compte (en anglais, souci na&#239;f et contradictoire du narrateur d'une v&#233;rit&#233; de l'original), de point de suspensions ou de r&#233;p&#233;titions soulignant l'id&#233;e d'un affolement. C'est au c&#339;ur du livre que l'on note la place particuli&#232;rement piquante de l'instance autoriale dans le r&#233;cit. Non seulement la moiti&#233; du livre co&#239;ncide avec celle du film mais surtout Tanguy Viel organise dans son &#233;criture une r&#233;flexion/r&#233;flection des enjeux de la mim&#233;tique psychique et esth&#233;tique (le remake). Organisant le r&#233;cit &#224; partir de la coupure du film qui traduit le passage &#224; la deuxi&#232;me partie, Tanguy Viel ouvre le nouveau volet par une nouvelle incursion dans la psychologie du narrateur. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; Et comment la vie s'accroche &#224; rien, et comment ce n'est pas rien, ce film, ces deux hommes, le contraire de rien, tout, tout pour moi, ce cahier pour continuer, il faut dire, c'est tout pour moi, c'est tr&#232;s important de comprendre ces choses &#224; quoi on s'accroche.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 63.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Les contradictions internes et oppositions vont se poursuivre dans la suite du texte. Le narrateur ne cherchera pas &#224; &lt;i&gt;comprendre&lt;/i&gt;. Il retourne imm&#233;diatement dans le r&#233;cit et &#233;vacue &lt;i&gt;sine die&lt;/i&gt; toute forme de r&#233;flexion. Le dire et la r&#233;p&#233;tition d'un dire unique sont la seule forme de compr&#233;hension et d'existence du narrateur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt; &lt;br/&gt; Comme s'accroche une main sur la corde de la sonnette, &#224; Sombremanoir.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La coupure radicale marque le retour au r&#233;cit. Elle d&#233;signe dans le r&#233;cit le passage &#224; la seconde partie du film alors m&#234;me qu'il n'y a pas de seconde partie du livre car il s'inscrit dans la continuit&#233; et dans le mouvement d'imm&#233;diatet&#233; du narrateur. L'intentionnalit&#233; autoriale se comprend par la place de cette coupure dans l'&#233;conomie du r&#233;cit et par les modalit&#233;s d'&#233;criture. En effet, la comparaison initiale entra&#238;ne la r&#233;p&#233;tition du verbe &#171; s'accrocher &#187; et inscrit clairement le passage des questions psychiques du narrateur &#224; l'image du film (sa description). En passant d'un sens figur&#233; &#224; un sens propre, c'est l'organisation de la r&#233;p&#233;tition qui instaure par l'&#233;criture la vibration d'une diff&#233;rence et qui propose une interrogation sur les conditions de ce passage. La question du remake prend alors la figure de cette seconde phrase verbale, incompl&#232;te et bancale. Elle a perdu toute structure principale. La notation descriptive qui renverse le r&#233;cit traduit la nature de la relation du narrateur au film ainsi que la structure du remake. La phrase suivante permet de le comprendre, le film de Mankiewicz &#233;tant marqu&#233; par une ellipse (&#171; L&#224;, il y a eu une ellipse : il y a eu deux jours dans le film qui sont pass&#233;s en trois minutes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem.&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Tanguy Viel utilise les ressources de la r&#233;p&#233;tition pour mettre &#224; distance la r&#233;p&#233;tition. Les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments esth&#233;tiques et litt&#233;raires sont ici &#233;labor&#233;s par un &#233;cart. La construction d'une mim&#233;tique fauss&#233;e traduit les propres limites de la tentation du remake. L'&#233;criture de Tanguy Viel d&#233;veloppe cet aspect par une oblicit&#233; ironique. L'ironie traduit alors la conscience critique d'une n&#233;cessit&#233; diff&#233;rentielle dans l'&#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La dynamique critique de l'ironie est un processus fragile qui repose sur un &#233;cart vital ouvrant &#224; une pens&#233;e qui refuse l'effectivit&#233; du monde. C'est pourquoi elle travaille l'incertitude contre l'&#233;vidence et contre le consensus. L'&#233;v&#233;nement ironique de &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; n'est pas li&#233; &#224; la construction du narrateur. Car il d&#233;signe au contraire une effectivit&#233; r&#233;ifi&#233;e du contemporain. L'ironie est nich&#233;e dans l'&#233;criture qui prend en charge les conditions de ses propres incertitudes pour tordre le donn&#233;. Le contenu de v&#233;rit&#233; de &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt; repose sur une &#233;criture traversant la contraction par une forme de r&#233;sistance qui critique les imm&#233;diatet&#233;s cursives et jouissives du contemporain normalis&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tanguy, Viel.- &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;.- Paris : Minuit, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p., 17. La position du narrateur serait alors la r&#233;ponse &#224; l'interrogation de Virginia Woolf &#171; raisonner ou intuitionner ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p., 84.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem.&lt;/i&gt;, voir pp. 37, 49 ou 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 20&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la silhouette inqui&#233;tante du narrateur se d&#233;veloppe durant le r&#233;cit : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'ai du mal &#224; comprendre qu'on ne trouve pas ce film formidable &#187; (p. 26)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; M&#234;me des amis &#224; moi [&#8230;], et j'en n'aurais pas &#233;t&#233; l&#224;, je ne les aurais pas aid&#233;s &#224; comprendre certaines finesses, ils penseraient encore que ce film n'est pas formidable. &#187; (pp. 28-29)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [I]ls ne sont pas excusables pour autant [&#8230;] on ne dit pas d'un film qu'il n'est pas formidable&#8230; &#187; (p. 29) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [E]t je ne voudrais pas avoir &#224; revenir l&#224;-dessus, [&#8230;] ni m'&#233;nerver encore sur certains qui n'ont rien vu, et pas trouv&#233; ce film formidable &#187; (p. 72) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [M]ais quand ils se permettent certains jugements, des jugements comme &#171; pas formidable &#187;, alors&#8230; Pas formidable, et &#231;a veut dire quoi, cette expression &#187; (p. 82)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Et dire que certains (qu'on me pardonne ici, qu'on me pardonne, mais j'insiste), dire que certains ne trouvent pas &#231;a formidable, cette expression si stupide, pas &#231;a formidable, &#231;a, Sleuth &#187; (p. 26)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 100.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, pp. 101-102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 96.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 117.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 119.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, voir pp. 59, 62 ou 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, voir pp. 62, 74, 88, 89 ou 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve p. 98 la m&#234;me construction syntaxique de double va-et-vient identificatoire. C'est le m&#234;me syst&#232;me d'illusion. Le pivot subjectif de la parole autoritaire plonge le spectateur dans le n&#233;ant en soulignant qu'il est bel et bien bern&#233; dans et par cette identification au &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; [N]ous, spectateurs, avec lui ou contre lui, parce qu'on devient de plus en plus Andrew &#224; ce moment-l&#224; du film, je veux dire, de plus en plus, c'est Andrew qui devient comme nous, bern&#233;s jusqu'au bout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tanguy, Viel.- &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;.- &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J., Laplanche, J.-B., Pontalis.- &lt;i&gt;Vocabulaire de psychanalyse&lt;/i&gt;.- Paris : Presses Universitaires de France, 1981.- p. 306.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois, Lyotard.- &lt;i&gt;L'inhumain&lt;/i&gt;.- Paris : Galil&#233;e, 1988.- p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Theodor W., Adorno.- &lt;i&gt;Th&#233;orie esth&#233;tique&lt;/i&gt;./ traduit de l'allemand par Marc Jimenez.- Paris : Klincksieck, 2004.- pp. 156-158.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tanguy, Viel.- &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;.- &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, voir pp. 53-54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;The Ghost and Mrs Muir&lt;/i&gt;( &lt;i&gt;L'aventure de Mme Muir&lt;/i&gt;, 1947, USA) ; &lt;i&gt;House of Strangers&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Maison des &#233;trangers&lt;/i&gt;, 1949, USA) ; &lt;i&gt;Five Fingers&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;L'affaire Cic&#233;ron&lt;/i&gt;, 1952, USA) ; &lt;i&gt;The Barefoot Contessa&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt;, 1954, USA) ; &lt;i&gt;Cleopatra&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Cl&#233;op&#226;tre&lt;/i&gt;, 1963, USA) ; &lt;i&gt;The Honey Pot&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Gu&#233;pier pour&lt;/i&gt; &lt;i&gt;trois abeilles&lt;/i&gt;, 1967, USA) ; &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Limier&lt;/i&gt;, 1972, USA).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;The Ghost and Mrs Muir &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;L'aventure de Mme Muir&lt;/i&gt;, 1947, USA) ; &lt;i&gt;All About Eve&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Eve&lt;/i&gt;, 1950, USA) ; &lt;i&gt;People Will Talk&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;On murmure dans la ville&lt;/i&gt;, 1951, USA) ; &lt;i&gt;The Barefoot Contessa&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Comtesse aux pieds nus&lt;/i&gt;, 1954, USA) ; &lt;i&gt;Suddenly Last Summer&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Soudain l'&#233;t&#233; dernier&lt;/i&gt;, 1959, USA) ; &lt;i&gt;The Honey Pot&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Gu&#234;pier pour&lt;/i&gt; &lt;i&gt;trois abeilles&lt;/i&gt;, 1967, USA) ; &lt;i&gt;Sleuth&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Limier&lt;/i&gt;, 1972, USA).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tanguy, Viel.- &lt;i&gt;Cin&#233;ma&lt;/i&gt;.- &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, voir pp. 58-59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nos rencontres modernes (de Baudelaire &#224; Duras)</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article368</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article368</guid>
		<dc:date>2021-12-03T14:40:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Baudelaire, Charles</dc:subject>
		<dc:subject>Duras Marguerite</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Litt&#233;rature</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Recherches en Esth&#233;tique, &#171; La rencontre &#187;, num&#233;ro 12, octobre 2006&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot62" rel="tag"&gt;Baudelaire, Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot114" rel="tag"&gt;Duras Marguerite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot156" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et toujours suivre le chemin de la revue Recherches en esth&#233;tique. Voici le texte tel qu'il a paru, sans ajout ni modification.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L333xH480/recontre_ree_-_copie-cc14a.jpg?1751018108' width='333' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos rencontres modernes&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; (De Baudelaire &#224; Duras)&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La rencontre ? Un mod&#232;le et une tentation, celle d'un monde qui s'ouvre sur un avenir. Pourtant l'&#233;vidence de la rencontre a &#233;t&#233; largement secou&#233;e par la modernit&#233;. Elle la questionne. Elle interroge son d&#233;roulement, son authenticit&#233;. Elle prend acte de son &#233;puisement, et de son caract&#232;re d'&#233;vidence. La modernit&#233; vient mesurer les lendemains. Quels lendemains ? Impossible de faire le tour d'une telle question. On pr&#233;f&#232;rera une autre strat&#233;gie, celle du motif : quelques pistes lanc&#233;es autour de Baudelaire et de Duras pour ouvrir un autre regard sur ces rencontres qui n'ont peut-&#234;tre plus lieu. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Deux figures tut&#233;laires en guise d'introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Roland Barthes envisage dans ses &lt;i&gt;Fragments du discours amoureux&lt;/i&gt; la rencontre comme un &#171; temps heureux &#187; qui se situerait entre &#171; le premier ravissement &#187; et les futures &#171; difficult&#233;s du rapport amoureux &#187;. C'est ce temps &#233;trange et fragile que Jean Rousset explore &#233;galement dans le romanesque, mettant en valeur la puissance narrative de ce moment.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Le temps d'un regard, d'une aspiration et d'un basculement. Quelque chose se d&#233;robe : le corps, la voix, l'esprit. Un tremblement qui envahit en jaillissant d'un plissement de joie. Quelque chose ouvre un avenir. Douceur du commencement et temps du rebond amoureux pour Barthes, pouvoir d'engendrement et d'encha&#238;nement pour Jean Rousset.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La forme de la rencontre, c'est le regard. Evoquant le Dom Juan de Saint-R&#233;al, Rousset en r&#233;sume l'enjeu : &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La rencontre des regards est canonique, rien l&#224; de particulier ; ce qui est port&#233; dans ce texte &#224; un degr&#233; rare d'intensit&#233;, c'est l'&#233;loquence muette de ce long &#233;change oculaire ; l'effet produit par la premi&#232;re vue : &lt;i&gt;&#233;blouissement&lt;/i&gt; imm&#233;diat, &lt;i&gt;ravissement&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;air interdit&lt;/i&gt;, constitue en m&#234;me temps l'aveu mutuel d'une passion et le pressentiment de son d&#233;nouement heureux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Rousset, Leurs yeux se rencontr&#232;rent, Paris, Corti, 1981, p. 72.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Pour le dire rapidement, voir, c'est aimer. Racine a tout dit l&#224;-dessus : &lt;i&gt;Ph&#232;dre&lt;/i&gt; condense d&#233;finitivement la question dans ces vers :&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Je le vis, je rougis, je p&#226;lis &#224; sa vue.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Un trouble s'&#233;leva dans mon &#226;me &#233;perdue ;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler,&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Je sentis tout mon corps et transir et br&#251;ler. &#187; (I, 3)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Maints fois rappel&#233;s et comment&#233;s, ces vers restent exemplaires des r&#233;cits d'une rencontre amoureuse, entre violence et sid&#233;ration. Cette dynamique du regard a envahi toute la litt&#233;rature. Le premier moment du visible amoureux, celui de la rencontre des regards, est un moment de fascination et de stup&#233;faction. Stase et extase : moment d'arr&#234;t &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; d&#233;placement. Intensit&#233; int&#233;rieure et ravissement ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Violence du rythme racinien. Soul&#232;vement des contradictions : voir, c'est ne plus voir ; p&#226;lir, c'est br&#251;ler ; transir, c'est rougir. Pour Ph&#232;dre, ce &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; est signe d'un traumatisme. C'est le sympt&#244;me d'un effondrement, un bouleversement sentimental &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; organique. Le &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; est imm&#233;diatement bascule du d&#233;sir dans le tragique. C'est aussi cela mettre en marche le r&#233;cit. Seulement ici la passion est mortelle et le d&#233;sir pathologiquement tragique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; On ne reviendra donc pas sur la longue tradition qui prolonge les diff&#233;rentes formes de rencontres. En proposant quelques motifs autour de la modernit&#233;, on tentera d'autres chemins et d'autres distances.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Motif baudelairien : passage&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Face &#224; ces mod&#232;les, la modernit&#233; vient jouer un autre son de cloche&#8230; le son f&#234;l&#233; d'une cloche baudelairienne. Face aux formes classique de la rencontre, on d&#233;couvre une rupture des cha&#238;nes causales : une affaire de suspension. Quelque chose est mis &#224; mal, en d&#233;sordre. Quelque chose est trou&#233;, ab&#238;m&#233;. C'est ce qui pr&#233;cipite l'&#233;lan de la rencontre dans une brisure et fait entendre une f&#234;lure. Le moment de la rencontre dans une brisure n'est plus dans l'&#233;lan du coup de foudre. Ce n'est plus un moment stimulant et ouvert sur l'avenir. Quelque chose s'est rompu. Quelque chose se brise dans le regard. Moment d'interruption dans l'id&#233;e m&#234;me de la rencontre. Moment qui n'encha&#238;ne plus rien, qui ne semble plus capable d'engendrer une quelconque dynamique.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Baudelaire donne imm&#233;diatement la mesure de ce bouleversement moderne. Le po&#232;me &#171; A une passante &#187; ouvre ce renversement. Ce texte est d&#233;cisif pour comprendre les enjeux de la modernit&#233; qui s'annonce. Mais &#171; A une passante &#187; est d'abord le r&#233;cit d'une rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Tout est l&#224; : l'homme, la femme, le lien, le regard, la sid&#233;ration. Mais rien n'est plus &lt;i&gt;comme avant&lt;/i&gt;. C'est la violence bris&#233;e que l'on d&#233;couvre au d&#233;tour des vers baudelairiens. La conscience moderne se fonde sur les ruines des cr&#233;ations harmonieuses ou des &#233;lans vers l'&#233;ternit&#233; et le d&#233;sir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; La rencontre ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; C'est d&#233;sormais l'irruption d'une impuissance. C'est toujours l'exp&#233;rience d'un choc, un bouleversement reposant sur le &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. Ici plus rien ne s'encha&#238;ne sinon le d&#233;nuement du fragmentaire, l'attention &#224; l'&#233;branlement radical du pouvoir de nommer.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La rue assourdissante autour de moi hurlait. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est le premier vers. Le po&#232;te est l&#224; plant&#233; au milieu du vers comme au milieu de la rue envahissant l'espace d'un brouhaha violent. Ce &#171; moi &#187; qui essaye d'&#233;merger au milieu des sons bruyants de la ville n'a plus le lustre des po&#232;tes d'antan. Il est m&#234;me un peu piteux dans sa solitude &#233;cras&#233;e. Il est presque pitoyable, attendant seulement une renaissance incertaine, fantasmant un d&#233;sir dans le sillon d'une passante. C'est cette femme qui surgit de la rue, passe et dispara&#238;t. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Une femme passa, d'une main fastueuse&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Soulevant, balan&#231;ant le feston et l'ourlet ; &#187; (vers 2 &#224; 4)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; La rencontre est l&#224;, dans ce premier regard. Non pas premier, mais unique. Cette femme qui passe (moment unique achev&#233; et d&#233;finitif, le pass&#233; simple en somme) sid&#232;re litt&#233;ralement le po&#232;te, autant troubl&#233; par le deuil que la beaut&#233; ; c'est un regard qui boit &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; La douceur qui fascine et le plaisir qui tue. &#187; (vers 8)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Ce fut comme une apparition &#187; commenterait Fr&#233;d&#233;ric Moreau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gustave Flaubert, L'&#233;ducation sentimentale, Paris, GF-Flammarion, 1985, p. 50.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ici nulle rencontre, nul espoir, nul avenir qui rebondisse de la rencontre &#224; la rencontre amoureuse. Il ne s'abandonne pas &#224; l'&#233;merveillement mais exp&#233;rimente l'apparition comme une absence : la rencontre est un scintillement qui s'&#233;puise bient&#244;t dans la disparition et l'ignorance. Il n'y a plus de place pour la rencontre. Les regards ne se croisent plus. La rencontre est devenue intenable. Ce que la modernit&#233; explore, c'est cet intenable. La rencontre n'est d&#233;sormais possible que dans le d&#233;sordre et la dispersion (du po&#232;me, du r&#233;cit ou de l'image). Le moment moderne de la rencontre est devenu fugitif. Il ne r&#233;-encha&#238;ne plus rien : pas de nouvelle vie, pas de moment inaugural. Reste une exp&#233;rience d&#233;cisive dans son impuissance, celle de la modernit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Un &#233;clair&#8230; puis la nuit ! &#8211; fugitive beaut&#233; &#187; (vers 9)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; C'est le vers central du po&#232;me et le point nodal d'une d&#233;finition de la modernit&#233; : tension rythmique du temps et enroulement du visible. Le coup de foudre ? C'est un vieux coup qui h&#233;site encore. Il dispara&#238;t dans l'incertitude d'une trou&#233;e typographique : syntaxe d&#233;structur&#233;e, d&#233;formation du fugitif et perc&#233;e dans l'incertitude. Abolition de la rencontre dans sa tentation. Intensit&#233; du trouble et du renversement dans le d&#233;chirement des points de suspension. Dans le creux du rythme po&#233;tique, une typographie trou&#233;e qui recueille un silence au milieu du fracas du monde. Discontinuit&#233; du temps dans le choc, le trouble et la bascule dans le d&#233;sastre intime. Les rep&#232;res sont perdus. Ni le temps, ni le lieu ne sont disponibles. Reste un constat qui claque dans une cascade pronominale et une incertitude qui r&#233;sonne comme l'&#233;cho n&#233;gatif du monde assourdissant. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! &lt;i&gt;jamais&lt;/i&gt; peut-&#234;tre ! &#187; (vers 12)&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le sillon baudelairien ouvre une nouvelle voie, longue d'exp&#233;riences silencieuses et apor&#233;tiques. En faire le compte-rendu serait aussi long que fastidieux. On ne choisira que le temps d'un &#233;clair pour aller directement chez Duras pour tenter un dialogue et un prolongement, au motif de la rencontre. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;strong&gt;Motif durassien : ravissement&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le ravissement de Lol V. Stein&lt;/i&gt; est une &#339;uvre centrale dans l'univers durassien. Outre l'articulation au &lt;i&gt;Vice Consul&lt;/i&gt; et aux variations d'&lt;i&gt;India Song&lt;/i&gt; (voix radiographique, corps cin&#233;matographique, espace textuel), &lt;i&gt;Le ravissement de Lol V. Stein&lt;/i&gt; convoque les fant&#244;mes qui irisent l'&#339;uvre (Anne-Marie Stretter, entre autres) et met en place les dispositifs &#224; venir. &#338;uvre charni&#232;re, donc. &#338;uvre d&#233;terminante de la d&#233;possession et de l'impouvoir : il en va de la rencontre comme de l'&#233;criture. Un foudroiement, un mutisme et un &#233;videment. Le ravissement est une question complexe et trouble, car contradictoire. C'est un rapt &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; une fascination, un emportement et une sid&#233;ration, l'action d'une force violente et l'intensit&#233; d'un &#233;tat joyeux. Le ravissement oscille donc entre la violence mortelle et la disponibilit&#233; heureuse&#8230; prisme de rencontres allant de la violence du &lt;i&gt;ravisseur&lt;/i&gt; au transport du &lt;i&gt;ravissant&lt;/i&gt;. Pour Marianne Massin, cette contradiction est inh&#233;rente &#224; l'id&#233;e de ravissement. C'est &#224; la fois sa force et son ambigu&#239;t&#233;. La question est l' &#171; ind&#233;termination de l'identit&#233; propre arrach&#233;e &#224; sa stabilit&#233; pass&#233;e et de l'&#233;ventuelle destination de transport bouleversant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marianne Massin, Les figures du ravissement. Enjeux philosophiques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette remarque n'est pas sans rappeler et faire r&#233;sonner le passage baudelairien de l'inconnue en deuil. C'est ce m&#234;me germe de choc, de rupture et de contradiction qui se d&#233;ploie chez Duras. Mais, en retrait de la tradition, l'&lt;i&gt;&#233;pochalit&#233;&lt;/i&gt; moderne de la rencontre baudelairienne ou durassienne ne d&#233;bouche sur aucune conversion heureuse. Aucun temps heureux ne jaillit de ce moment d'arr&#234;t. Car les regards ne se rencontrent plus. Ils s'&#233;puisent au contraire dans le vide et la coupure des regards qui ne se croisent plus. Intensit&#233; suspensive du passage chez Baudelaire. Motif du ravissement d&#233;plac&#233; par Duras. Deux mani&#232;res d'envisager l'&#233;lan bris&#233; du d&#233;sir.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le ravissement de Lol V. Stein &lt;/i&gt; : l'histoire d'une rencontre et d'un &#233;videment, une rencontre que l'on voit&#8230; que l'on dit voir et la rupture que l'on veut comprendre.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; L'histoire, c'est celle de Lol V. Stein et de ses fian&#231;ailles bris&#233;es le soir d'un bal au casino de T. Beach. Son fianc&#233;, Michael Richardson, croise ce soir-l&#224; Anne-Marie Stretter : c'est la rencontre. Il y a bien rencontre, au sens classique. C'est un coup d'arr&#234;t et un renversement. Surgissement du d&#233;sir et de l'&#233;merveillement balayant tout le reste. Le reste, c'est Lol V.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; D'un ravissement l'autre. De la rencontre amoureuse classique na&#238;t un autre regard, &#224; c&#244;t&#233; du noyau central de la sc&#232;ne. Ce n'est pas le ravissement amoureux entre Anne-Marie Stretter et Michael Richardson qui int&#233;resse Duras. L'enjeu est d&#233;plac&#233; par la triangulation des regards. Toute la tension est port&#233;e sur le regard en l'absence de toute r&#233;ciprocit&#233;. Lol V. Stein &lt;i&gt;voit&lt;/i&gt; la rencontre, ce ravissement qui ouvre en elle une b&#233;ance inachevable et infinie. A elle la blessure du rapt qui arrache. L&#224; o&#249; le nouveau couple de danseurs de T. Beach conna&#238;t le vacillement heureux, Lol V. subit passivement le rapt d'elle-m&#234;me. Elle plonge. Dans l'obs&#233;dante question du &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;, elle plonge dans la suspension d'elle-m&#234;me (la suspension baudelairienne comme fil de dialogue). Nous sommes entr&#233;s dans l'autre ravissement, celui qui &#171; arrache &#224; la stabilit&#233; des certitudes, ou confort des pr&#233;cisions. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 243.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; Duras d&#233;plie ce motif dans la figure instable et incompl&#232;te de Lol, &#233;ternellement suspendue &#224; la disparition du couple Stretter-Richardson, mais disparition qu'elle veut &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt;. Or, le roman de Duras repose justement sur cette tension du visible : un acte de narration fragile et incertain. Est-il possible de &lt;i&gt;dire&lt;/i&gt; l'exp&#233;rience de l'effondrement ? Mais dire ce voir de l'&#233;chapp&#233;e est &#233;galement ce qui &#233;chappe au narrateur. Car le narrateur n'est pas Lol, ni Tatiana qui a assist&#233; &#224; l'&#233;v&#233;nement. Le narrateur est cet amoureux ravi par l'apparition de Lol, bien des ann&#233;es plus tard ; un amoureux qui voudrait percer le myst&#232;re de ce moment et l'&#233;tat permanent de ravissement (autre tentative de rencontre &#8211; le narrateur vers Lol &#8211; qui se heurte &#224; l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der &#224; Lol). Ce paradoxe narratif, fondamentalement apor&#233;tique chez Duras, est pos&#233; d&#232;s le d&#233;but du texte. Le narrateur interroge le jeu des regards. Quels &#233;taient les regards ce soir-l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; C'&#233;tait impossible de le savoir, c'est impossible de savoir quand, par cons&#233;quent, commence mon histoire de Lol V. Stein &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V. Stein, Paris, Folio-Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; Le glissement temporel renforce l'incompr&#233;hensible. L'histoire ne commence peut-&#234;tre jamais car la narration du ravissement est celle d'une &lt;i&gt;&#233;pochalit&#233;&lt;/i&gt; de la rencontre : &#171; Lol, suspendue, attendit, elle aussi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 18.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le ravissement de Lol V. Stein&lt;/i&gt; est le r&#233;cit de cette suspension, le r&#233;cit d'une temporalit&#233; enroul&#233;e sur elle-m&#234;me. Comme ce pr&#233;nom mutil&#233; et palindromique (Lol), le temps de Lol est celui d'un retour qui ne fait jamais retour ni ne s'ach&#232;ve v&#233;ritablement. Elle reste dans l'instant de la s&#233;paration qui est la rencontre pour l'autre : deux formes du ravissement qui renversent les stabilit&#233;s. Lol ne s'en rel&#232;ve pas. Elle n'en revient pas (stup&#233;faction et mouvement suspendu, au loin). Lol n'est plus qu'une apparition d'elle-m&#234;me, un fant&#244;me errant &#224; l'int&#233;rieur d'un souvenir. Elle est d&#233;sormais &#171; cette calme pr&#233;sence (&#8230;), cette dormeuse debout, cet effacement continuel (&#8230;), cette virtualit&#233; constante et silencieuse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 33.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le noyau de Lol, c'est la fissure, la brisure, une f&#234;lure qui la rend indisponible, &#224; l'abandon (et disponible &#224; l'abandon). Elle reste un myst&#232;re pour le narrateur (et donc pour le lecteur) car c'est &#171; une identit&#233; de nature ind&#233;cise &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 41.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle est aussi opaque que la nuit de la rencontre, celle de Richarson avec Anne-Marie Stretter, et celle de Lol V. Stein avec le ravissement. De ces rencontres, on ne sait finalement rien. On tente, on r&#233;p&#232;te, on reconstruit des trou&#233;es. On suit des lignes de f&#234;lures.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &#171; J'aime &#224; croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un &#233;clair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. C'aurait &#233;t&#233; un mot-absence, un mot-trou, creus&#233; en son centre d'un trou, de ce trou o&#249; tous les autres mots auraient &#233;t&#233; enterr&#233;s. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire r&#233;sonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis &#224; tout autre vocable que lui-m&#234;me, en une fois il les aurait nomm&#233;s, eux, l'avenir et l'instant. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 48.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt; &lt;i&gt;Le ravissement de Lol V. Stein&lt;/i&gt; est l'exp&#233;rience de ce creusement du mot-absence, le mot &lt;i&gt;ravissement&lt;/i&gt; qui n'appara&#238;t que dans le titre. Mais toute l'&#339;uvre en est l'expression. L'instant de la rencontre-s&#233;paration est celui d'un ravissement o&#249; les regards ne se croisent plus. Mais il laisse les formes vides, obs&#233;d&#233;es seulement par la possibilit&#233; de &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; encore. C'est la possibilit&#233; passive d'un voir sans retour de regard, l'inaccomplissement fatal de toute rencontre. Que reste-t-il de cet &#233;pisode ? On r&#233;pondrait avec Baudelaire : &#171; Un &#233;clair&#8230; puis la nuit ! &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br/&gt; &lt;br/&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean Rousset, &lt;i&gt;Leurs yeux se rencontr&#232;rent&lt;/i&gt;, Paris, Corti, 1981, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gustave Flaubert, &lt;i&gt;L'&#233;ducation sentimentale&lt;/i&gt;, Paris, GF-Flammarion, 1985, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marianne Massin, &lt;i&gt;Les figures du ravissement. Enjeux philosophiques et esth&#233;tiques&lt;/i&gt;, Paris, Grasset/Le Monde de l'&#233;ductation, 2001, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 243.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Marguerite Duras, &lt;i&gt;Le ravissement de Lol V. Stein&lt;/i&gt;, Paris, Folio-Gallimard, 1994, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fant&#244;mes cin&#233;matographiques et nouvelles technologies de l'image</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article393</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article393</guid>
		<dc:date>2021-12-03T14:23:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>fant&#244;me</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Conf&#233;rence de 2004 publi&#233;e en octobre 2006 aux Editions Klincksieck&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique73" rel="directory"&gt;2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot94" rel="tag"&gt;fant&#244;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le s&#233;minaire INTERARTS de Paris est devenu ma seconde maison pendant une dizaine d'ann&#233;es. J'ai retrouvais des connaissances et j'y &#233;coutais des inconnus. Toujours avec grand plaisir les jeudis de libert&#233;. En 2004-2005, le th&#232;me &#233;tait &#171; Arts et nouvelles technologies &#187;. Marc Jimenez m'avait propos&#233; d'y participer. Le jeudi 2 d&#233;cembre 2004, j'y parlais &#171; Fant&#244;mes cin&#233;matographiques et nouvelles technologies de l'image. Une version est publi&#233;e publi&#233; en octobre 2006 aux Editions Klincksieck dans l'a collection &#034;L'universit&#233; des arts&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, j'amorce et reprends des &#233;l&#233;ments qu'on retrouvera dans &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/s4/spip.php?rubrique45&#034;&gt;&lt;i&gt;Th&#233;orie des fant&#244;mes&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L286xH480/cre_ation_face_a_nt-a8270.jpg?1750006146' width='286' height='480' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
