<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://sebastienrongier.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
	<link>https://sebastienrongier.net/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://sebastienrongier.net/spip.php?id_rubrique=82&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>S&#233;bastien Rongier (Fragments)</title>
		<url>https://sebastienrongier.net/IMG/logo/siteon0.jpg?1637577897</url>
		<link>https://sebastienrongier.net/</link>
		<height>96</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>M. Night Shyamalan : fant&#244;mes et (super-)h&#233;ros (deux articles)</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article540</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article540</guid>
		<dc:date>2026-01-17T12:23:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Shyamalan M. Night</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Deux articles dans le num&#233;ro sp&#233;cial M. Night Shyamalan de La Septi&#232;me obsession&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot159" rel="tag"&gt;Shyamalan M. Night&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-01-16_a_18.59_04.png?1768587078' width='500' height='668' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-01-16_a_18.57_43.png?1768587153' width='500' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Sixi&#232;me sens&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;&#201;loge de l'incr&#233;dulit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Le fant&#244;me est un spectateur comme les autres&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Night Shyamalan aime les retournements narratifs. Le &lt;i&gt;twist&lt;/i&gt; est une de ses marques de fabrique. Sixi&#232;me sens sorti en 1999 a acquis une grande part de sa c&#233;l&#233;brit&#233; sur cette d&#233;marche cin&#233;matographique. Sa logique de renversement repose essentiellement sur des choix de point de vue. Le trouble de &lt;i&gt;Sixi&#232;me sens&lt;/i&gt; repose sur le fant&#244;me qui ignore sa condition, th&#232;me que l'on retrouve dans &lt;i&gt;Les Autres&lt;/i&gt; d'Alejandro Amen&#225;bar, autre film de fant&#244;mes sorti en 2001. Cette p&#233;riode cin&#233;matographique aime jouer avec la cr&#233;dulit&#233; ou l'intelligence du spectateur en s'appuyant sur des structures narratives en chausse-trappe (&lt;i&gt;Usual suspects&lt;/i&gt; (2001) de Bryan Singer), ou des mises en abyme infinies (&lt;i&gt;eXistenZ&lt;/i&gt; (1999) de David Cronenberg ou &lt;i&gt;Dans la peau de John Malkovich&lt;/i&gt; (1999) de Spike Jonze). Le film de Shyamalan s'inscrit dans ce moment en tordant le genre et la connaissance du motif fantomal. De plus anciens comme l'extraordinaire film d'Herk Harvey &lt;i&gt;Le carnaval des &#226;mes&lt;/i&gt; (1962) avaient d&#233;j&#224; fait trembler les fronti&#232;res. Car les fant&#244;mes ont toujours exerc&#233; une emprise d&#233;cisive sur les narrations cin&#233;matographiques de &lt;i&gt;Boulevard du cr&#233;puscule&lt;/i&gt; (1950) de Billy Wilder &#224; &lt;i&gt;Gu&#234;pier pour trois abeilles&lt;/i&gt; (1969) de Mankiewicz en passant par &lt;i&gt;La Maison du diable&lt;/i&gt; (1963) de Robert Wise. Le fant&#244;me est celui dont la condition m&#234;me bouleverse les fronti&#232;res entre les vivants et les morts. Est-il &#233;tonnant de le voir brouiller les formes narratives ? &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un film d'apprentissage&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de &lt;i&gt;Sixi&#232;me sens&lt;/i&gt;, le psychanalyste Malcolm Crowe (interpr&#233;t&#233; par Bruce Willis) est bless&#233; par Vincent, un ancien patient qu'il n'a pas su soigner. Le m&#233;decin re&#231;oit une balle dans le ventre. Apr&#232;s un long fondu au noir, on retrouve le praticien devant la maison de Cole Sear, un jeune gar&#231;on dont il veut s'occuper car il semble souffrir des m&#234;mes troubles que Vincent. Tout se joue ici. Le spectateur comble automatiquement une absence. Il compl&#232;te un trou, suture une blessure, prolong&#233;e par un long fondu au noir. La gravit&#233; de la blessure est effac&#233;e par des images qui en supplantent d'autres. La logique narrative op&#233;r&#233;e par le montage d&#233;borde tout r&#233;alisme. M&#234;me les codes classiques du cin&#233;ma sont ignor&#233;s par le spectateur, un long fondu au noir laissant en g&#233;n&#233;ral peu d'espoir. En adoptant le point de vue empathique de Malcolm, le spectateur s'identifie &#224; un fant&#244;me qui s'ignore&#8230; et qu'on ignore. M. Night Shyamalan s'appuie sur notre d&#233;sir de fiction qui semble toujours plus fort (et plus persuasif) que les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent sous nos yeux. Il nous faudra d&#233;nouer les fils de notre aveuglement et canaliser notre d&#233;sir pour imposer notre intelligence&#8230; ou se laisser porter par la fiction. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sixi&#232;me sens&lt;/i&gt; repose sur un triple apprentissage. Le psychanalyste doit d'abord comprendre qu'il n'appartient plus au r&#233;el. Il doit apprendre sa propre mort, faire le deuil de lui-m&#234;me et devenir enfin le fant&#244;me qu'il est depuis la deuxi&#232;me s&#233;quence du film. En cela, &lt;i&gt;Sixi&#232;me sens&lt;/i&gt; est avant tout le r&#233;cit d'apprentissage de la spectralit&#233;. Et ce n'est pas chose facile, y compris pour le spectateur qui reste coinc&#233; dans l'aveuglant point de vue du m&#233;decin. C'est ici qu'arrive le deuxi&#232;me apprentissage. Le spectateur doit comprendre la nature des images et la duplicit&#233; de la mise en sc&#232;ne. Il doit d&#233;placer son regard, ajuster son attention en changeant de point de vue, accomplissant ainsi l'apprentissage du spectateur. En se rapprochant du point de vue de l'enfant, un nouveau parcours se dessine. Le moment central est la r&#233;v&#233;lation du secret de Cole. Dans une chambre d'h&#244;pital, ce dernier livre son secret &#224; Malcolm et donne la cl&#233; du film : &#171; Je vois des morts. Ils marchent dans la rue comme des gens normaux. Ils ne se voient pas entre eux. Ils ne voient que ce qu'ils veulent voir. Ils ignorent qu'ils sont morts. Je les vois tout le temps &#187;. La r&#233;v&#233;lation n'est finalement pas un rebondissement pour l'action ou la narration. C'est le d&#233;clencheur d'une prise de conscience qui mettra encore du temps &#224; s'&#233;claircir, Cole ne s'adressant pas au psychanalyste mais au fant&#244;me qui s'ignore. L'homme r&#233;pond en m&#233;decin et non en fant&#244;me pour permettre &#224; Cole d'&#233;voluer. Ce que Malcolm lui propose est de se demander ce que veulent ces apparitions. Et peut-&#234;tre m&#234;me de le leur demander. Le spectateur qui d&#233;couvre alors ce que voit Cole au moment de ce troisi&#232;me apprentissage, celui d'un enfant faisant face &#224; ses peurs. Le spectateur apprend avec Cole que les fant&#244;mes veulent &#234;tre &#233;cout&#233;s et aid&#233;s. Nous sommes l&#224; dans la fonction traditionnelle de l'apparition du fant&#244;me dans la culture occidentale. Le fant&#244;me survient au milieu des vivants pour signifier une mort probl&#233;matique qui emp&#234;che tout repos dans l'au-del&#224;, ou pour &#233;voquer le monde de l'au-del&#224;. La cure de Cole est donc de parler aux morts pour vaincre sa peur et pour les aider &#224; r&#233;soudre leurs probl&#232;mes de fant&#244;mes. C'est &#233;galement ce qui lui permet de trouver sa place dans le monde des vivants. Il faut cependant attendre la fin du film pour que le changement de statut de Cole soit effectif. Le jeune gar&#231;on est litt&#233;ralement devenu un psychanalyste de fant&#244;mes. Il a pris la place qu'occupait Malcolm. Ce d&#233;placement permet &#224; Malcolm de prendre conscience de sa v&#233;ritable situation fantomale et de refaire son propre parcours pour enfin accepter sa mort et sa condition de disparu. Par rebond, le spectateur comprend la duplicit&#233; narrative et analyse les signes qui auraient d&#251; l'alerter (le fondu au noir apr&#232;s la balle dans ventre, la mise en sc&#232;ne ou encore l'&#233;nonc&#233; litt&#233;ral &#171; Je vois des morts &#187;).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;flexion sur l'image&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire un film de fant&#244;me peut &#234;tre une occasion de r&#233;fl&#233;chir sur les images. Car le fant&#244;me est intimement li&#233; aux images. Le fant&#244;me est un entre-deux. C'est l'actualisation d'un vide. Le fant&#244;me est un mort contrari&#233;. Il revient pour dire que quelque chose ne s'est pas correctement pass&#233; dans son &lt;i&gt;mourir&lt;/i&gt;. Soit il a &#233;t&#233; assassin&#233; sans qu'on le sache, soit les rites fun&#233;raires sont incomplets ou absents. Le fant&#244;me revient pour signifier son m&#233;contentement et montrer son impossible d&#233;part. Il ne peut plus appartenir au monde des vivants, ni aller dans le monde des morts. C'est une forme intervallaire qui hante. Pour signifier sa pr&#233;sence incertaine, il doit trouver une forme, prendre une apparence, un corps d'apparition qui signifie sa situation impossible. Le fant&#244;me trouve alors une image de lui-m&#234;me qui s'appuie sur le vivant qu'il &#233;tait pour dire le disparu qu'il est devenu et le d&#233;sordre g&#233;n&#233;ral de sa situation. C'est donc une forme vacillante entre pr&#233;sence et absence, apparition et disparition. Le fant&#244;me donne donc &#224; voir une &lt;i&gt;image&lt;/i&gt; lui-m&#234;me. Cette id&#233;e d'image comme mode d'apparition essentiel du fant&#244;me est d'autant plus importante qu'elle se niche dans l'&#233;tymologie m&#234;me des termes qui d&#233;signe la notion d'image dans la tradition grecque ou latine. Si l'apparition du fant&#244;me vise &#224; produire un r&#233;cit (r&#233;parateur), son mode d'apparition comme image (et mati&#232;re sonore) va articuler le fant&#244;me aux technologies de l'image et de la repr&#233;sentation. De la photographie au cin&#233;ma, des ombres th&#233;&#226;trales aux r&#233;cits fantastiques, l'imaginaire fantomal est aussi culturel que technologique. Les effets sp&#233;ciaux qui vont g&#233;n&#233;ralement accompagner les repr&#233;sentations cin&#233;matographiques du fant&#244;me trouvent leur origine dans l'imaginaire traditionnel de la forme vaporeuse mais aussi de l'accident technique qui conduit &#224; la naissance de la photographie spirite. Alors que le cin&#233;ma hollywoodien d&#233;veloppe une strat&#233;gie des effets sp&#233;ciaux &#224; la faveur du renouveau des images par les technologies num&#233;riques, Shyamalan choisit de confier la logique du fant&#244;me &#224; de strictes questions de mise en sc&#232;ne. En l'absence d'effets sp&#233;ciaux, il pense son cadre pour travailler l'apparition fantomale et duper le spectateur&#8230; tout en lui donnant les cl&#233;s pour comprendre l'entourloupe. Deux s&#233;quences embl&#233;matiques du film s'encha&#238;nent et jouent parfaitement sur cette pr&#233;sence du fant&#244;me cach&#233; en m&#234;me temps que montr&#233; par la mise en sc&#232;ne. Entre la rencontre entre Malcolm et Cole dans sa maison, puis le d&#238;ner du m&#233;decin avec sa femme, Shyamalan multiplie les jeux de mise en sc&#232;ne qui devraient perturber le spectateur, accroch&#233; au point de vue de Malcolm. La s&#233;quence de rencontre du m&#233;decin et de l'enfant en pr&#233;sence de la m&#232;re qui ne regarde ni ne s'adresse une seule fois &#224; Malcolm, multiple les champs-contrechamps et joue sur une mise en sc&#232;ne des regards tr&#232;s subtile. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;quence suivante prolonge les conditions de pr&#233;sence des formes &lt;i&gt;in absentia&lt;/i&gt;. Malcolm rejoint sa femme au restaurant pour un d&#238;ner d'anniversaire. La s&#233;quence est un t&#234;te-&#224;-t&#234;te qui tourne mal, la femme de Malcolm ne lui adressant pas la parole. Plut&#244;t que reprendre le dispositif du champ-contrechamp, M. Night Shyamalan structure la sc&#232;ne en plan-s&#233;quence. Ce choix permet d'approfondir la duplicit&#233; &#224; partir du motif de la dispute. Ce que l'on prend pour de la mauvaise humeur est en r&#233;alit&#233; le d&#233;sespoir froid d'une veuve : Anna ne regarde pas Malcolm. Car il n'y a rien &#224; voir. Un regard jet&#233; n'est pas adress&#233; &#224; Malcolm mais au bruit, &#224; l'&#233;clat hors-champ d'un couple qui rit fortement, accroissant la tristesse de la jeune femme. Anna est seule devant son caf&#233;, comme elle est seule &#224; pouvoir payer son addition. Aucun couvert n'attendait Malcolm. Sa place est vide. Comme le regard de la femme. Le champ-contrechamp aurait valid&#233; une logique de dispute alors que le plan-s&#233;quence et la mobilit&#233; de la cam&#233;ra amplifient la solitude tragique de la jeune femme. La relecture para&#238;t &#233;vidente. La question se situe justement dans la relecture. L'enjeu du regard r&#233;trospectif est de placer le spectateur en position fantomale, absorb&#233; qu'il est par le discours de Malcolm. L'effet de revenance (revoir le film) devient alors conscience du regard hantologique (le point de vue du fant&#244;me). De plus, le dispositif de M. Night Shyamalan induit &#224; la fois la duplicit&#233; de la mise en sc&#232;ne et de la narration et la pr&#233;sence des signes permettant de saisir le trouble entra&#238;n&#233; par la pr&#233;sence des fant&#244;mes. D&#232;s lors, le spactateur devient un fant&#244;me comme les autres. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'image comme deuil&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence par un enterrement. Des familles en deuil, une maison remplie de personnes relatant leurs propres ou racontant les deux ann&#233;es de maladie et d'agonie de la jeune Kyra. Dans la chambre m&#233;dicalis&#233;e, entre poup&#233;es et peluches, Cole retrouve le fant&#244;me de la jeune fille. C'est la premi&#232;re personne que Cole d&#233;cide d'aider, suivant les conseils de Malcolm qui l'accompagne jusqu'au seuil de cette chambre. Kyra lui confie une bo&#238;te dans laquelle se trouve une cassette vid&#233;o. Cole donne cette bo&#238;te au p&#232;re &#233;plor&#233; et lui pr&#233;cise &#171; Elle voulait vous dire quelque chose. &#187; Le p&#232;re ouvre la bo&#238;te et regarde bient&#244;t la bande vid&#233;o. Tout commence par un spectacle de marionnettes. Les jeux d'enfants (jouer aux marionnettes et filmer le jeu) cachent des v&#233;rit&#233;s indicibles&#8230; comme en son temps Hamlet avait mis en sc&#232;ne la mort du dans un spectacle pour se souvenir de son p&#232;re, son fant&#244;me. Derri&#232;re le jeu r&#244;de la mort. Kyra la filme en direct. En laissant tourner la cam&#233;ra, elle montre la preuve, l'&#233;vidence : la m&#232;re empoisonne le repas de sa fille.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de Cole est donc de faire &#233;clater la v&#233;rit&#233; &#224; la fois pour le repos de l'&#226;me tourment&#233;e du fant&#244;me de l'enfant mais aussi pour prot&#233;ger la petite s&#339;ur de cette derni&#232;re de la folie meurtri&#232;re de la m&#232;re. Le cadre est celui d'une famille stable et traditionnelle disloqu&#233;e par cette figure de l'infanticide m&#233;d&#233;en. Cet &#233;pisode met en sc&#232;ne le meurtre de l'enfant par sa m&#232;re gr&#226;ce aux images. La r&#233;v&#233;lation de l'abomination passe par les images tourn&#233;es par l'enfant elle-m&#234;me. Ce qu'elle n'a pu dire, elle le montre. Le dispositif est redoutable car il travaille la question de l'image entre trace et t&#233;moignage. La jeune fille a film&#233; sa m&#232;re &#224; son insu. Cole a pour mission de trouver la cassette et de la donner au p&#232;re afin de mettre au jour les causes de sa mort. La cassette vid&#233;o devient l'image d'une absence, d'un effacement, le meurtre de l'enfant par sa m&#232;re, cach&#233; aux yeux de tous. Lorsque le p&#232;re ouvre la bo&#238;te la cassette est doublement pr&#233;sente &#224; l'&#233;cran, un miroir refl&#233;tant l'image de la VHS. Le d&#233;doublement des images prolonge la dure condition des fant&#244;mes qui inventent des images pour signifier leur condition. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fant&#244;mes sont ici des images qui apparaissent pour probl&#233;matiser le visible et l'invisible, l'absence et l'apparition (avec une mise en abyme &#224; l'int&#233;rieur de la s&#233;quence li&#233;e au th&#233;&#226;tre de marionnettes). Le fant&#244;me est l'apparition d'une image. C'est le revenir des morts sous forme d'image comme seule coexistence possible entre morts et vivant. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-01-16_a_18.58_27.png?1768587170' width='500' height='359' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;Split&lt;/i&gt;-&lt;i&gt;Glass&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Une trilogie du (super)-h&#233;ros&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;
&lt;strong&gt;Une po&#233;tique de la fragilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;br/&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins de vingt ans (2000-2019), la trilogie de M. Night Shyamalan propose de repenser la forme du super-h&#233;ros avant m&#234;me qu'elle ne s'impose &#224; Hollywood. Il prolonge dans ses trois films une logique alternative qui fait du cin&#233;aste un plus grand lecteur de comics qu'un admirateur de blockbusters marveliens. Il faut replacer la sortie d'&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt; dans son contexte. Lorsque le film para&#238;t en 2000, nous sommes encore loin de la d&#233;ferlante que nous connaissons. Le super-h&#233;ros est une denr&#233;e rare et p&#233;rissable. Tim Burton a r&#233;nov&#233; l'image de Batman en 1989 et le &lt;i&gt;Spider-Man&lt;/i&gt; (1999) de Sam Rami (pr&#233;c&#233;d&#233; de &lt;i&gt;Blade&lt;/i&gt; en 1998) ouvre une br&#232;che qui ne se concr&#233;tisera que dix ans plus tard avec la mise en place d'une logique d'Universe (Marvel puis DC). &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000, M. Night Shyamalan pratique d&#233;j&#224; un pas de c&#244;t&#233; par rapport &#224; un imaginaire culturel (le super-h&#233;ros de &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt;) et une &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; cin&#233;matographique qui n'est qu'un air du temps. Dix-sept ans plus tard, apr&#232;s bien des errements de carri&#232;re, le r&#233;alisateur revient avec &lt;i&gt;Split&lt;/i&gt; (2017) interroger la figure du &lt;i&gt;super-h&#233;ros&lt;/i&gt; par une m&#234;me logique de contre-pied, tout en reprenant certains ressorts de l'univers Marvel. Il enfonce le clou deux ans plus tard avec Glass (2019) qui forme l'arc d'une v&#233;ritable trilogie d'anti-super-h&#233;ros, ou de super-h&#233;ros &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; et sombres, contre-mod&#232;le cin&#233;matographique d'un genre devenu dominant mais que le cin&#233;aste avait th&#233;oris&#233; avant m&#234;me l'apparition du mod&#232;le.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la trilogie de Shyamalan est avant tout une question de po&#233;tique : o&#249; situer la m&#233;taphore du super-h&#233;ros ? est-elle dans un univers qui se d&#233;gage du monde ou au contraire s'ancre-t-elle dans le r&#233;el ? &lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt; est d'abord l'histoire d'un homme qui essaye de sauver sa famille apr&#232;s un accident de train en d&#233;cidant de trouver qui il est. &lt;i&gt;Split&lt;/i&gt; est l'histoire d'une jeune fille qui affronte un pr&#233;dateur aux identit&#233;s multiples et &lt;i&gt;Glass&lt;/i&gt; est le r&#233;cit de trois hommes fatigu&#233;s et bris&#233;s &#224; qui on refuse la complexit&#233; de leurs existences. Bien s&#251;r, David Dunn (interpr&#233;t&#233; par Bruce Willis) s'av&#232;re &#234;tre autre chose qu'un simple gardien de s&#233;curit&#233;. Elijah Price (interpr&#233;t&#233; par Samuel L. Jackson) lui r&#233;v&#232;le son identit&#233; et ses pouvoirs hors du commun, tout en affirmant finalement ses v&#233;ritables desseins particuli&#232;rement sombres. Bien s&#251;r, Kevin Crumb (interpr&#233;t&#233; par James McAvoy) n'est pas seulement un homme qui souffre de troubles d'identit&#233;s au point de kidnapper et violenter des jeunes filles. Il est celui qui cache au milieu de ses 23 identit&#233;s, une vingt-quatri&#232;me, plus bestiale, qui d&#233;passe les cadres humains. Enfin Glass, en rassemblant ces trois figures cherche &#224; confronter les forces hors du communs et &#224; montrer toutes les puissances &#224; l'&#339;uvre. Dans ce qui ressemble plus &#224; un conte moral qu'&#224; un film d'action, le monde d&#233;peint par Shyamalan nous ressemble.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le super-h&#233;ros n'est pas extraordinaire&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma contemporain a impos&#233; un mod&#232;le de super-h&#233;ros reposant sur l'extraordinaire. Tout d&#233;borde et exc&#232;de l'homme ordinaire ou commun, lequel s'efface d'ailleurs progressivement des films Marvel ou DC. Il reste &#224; voir des corps incroyables, des pouvoirs inimaginables et des actions spectaculaires et infinies. Le corps &lt;i&gt;extra-ordinaire&lt;/i&gt; appartient &#224; la machinerie du blockbuster. Shyamalan contrarie les mod&#232;les par un minimalisme anti-spectaculaire. L'univers est celui d'une ville am&#233;ricaine ordinaire, Philadelphie. Un homme prend le train pour un rendez-vous, un autre sillonne les rues pour se rendre chez sa psychiatre, un troisi&#232;me tombe dans les escaliers du m&#233;tro. Le monde est ordinaire. Certains ont des enfants, un couple qui bat de l'aile, d'autres ont une m&#232;re protectrice. La maison de David Dunn est simple et sans &#233;clat. Rien n'est s&#233;duisant chez lui, ni sa vie ou son existence, ni son costume de &lt;i&gt;h&#233;ros&lt;/i&gt;. Shyamalan choisit de filmer l'infra-ordinaire et le long chemin pour sortir de la banalit&#233; sans pour autant la quitter. Ce n'est pas le surhomme qui int&#233;resse Shyamalan, c'est l'humanit&#233; et la fragilit&#233; derri&#232;re la figure extraordinaire. Le cin&#233;aste reste au niveau des drames ordinaires et quotidiens, au milieu desquels arriverait la possibilit&#233; d'un d&#233;passement. M. Night Shyamalan prend soin dans cette trilogie de vider l'arch&#233;type. L&#224; o&#249; le super-h&#233;ros est une pure ext&#233;riorit&#233; (un corps extraordinaire &#224; l'int&#233;riorit&#233; minimale), Shyamalan renverse le propos en travaillant l'int&#233;riorit&#233;. Ses personnages (super-h&#233;ros ou super-vilains) ne quittent jamais le monde des humains, ni m&#234;me leur propre humanit&#233;. Ils vieillissent et meurent. En cela le chemin de Dunn (&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;) et de la B&#234;te (&lt;i&gt;Split&lt;/i&gt;) est assez similaire. C'est un long parcours, un parcours avant tout int&#233;rieur. Le cheminement de Dunn est plus psychique que physique. La dimension physique est r&#233;duite &#224; la seule s&#233;quence des poids soulev&#233;s pour signifier sa force incroyable. Avant de rev&#234;tir sa longue cape de pluie, David Dunn est un &#234;tre de parole &#224; la recherche d'un sens. De m&#234;me, pour Crumb, avant l'assomption de la B&#234;te, il faut tout un processus int&#233;rieur. La vingt-quatri&#232;me entit&#233; arrive litt&#233;ralement des confins psychiques du personnage. C'est ce que Shyamalan met d'abord en sc&#232;ne, un d&#233;placement int&#233;rieur. Dans le cas de Dunn, cela ressemble &#224; un chemin de croix. Pour Crumb, c'est le vertige de la spirale des identit&#233;s. Mais Shyamalan tourne le dos &#224; la spectacularisation pour imposer une mise en sc&#232;ne qui rend possible la croyance en un mythe moderne ancr&#233; dans le r&#233;el.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce postulat n'emp&#234;che pas le cin&#233;aste de conna&#238;tre les codes du cin&#233;ma de super-h&#233;ros et de jouer avec eux. La s&#233;quence post-g&#233;n&#233;rique de &lt;i&gt;Split&lt;/i&gt; qui introduit le personnage de Dunn et donc articule ce film &#224; l'univers d'&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt; est passionnante &#224; plus d'un titre. Elle double la logique du twist qu'affectionne le cin&#233;aste. Elle est &#233;galement un clin d'&#339;il au syst&#232;me Marvel qui &#233;rige la s&#233;quence post-g&#233;n&#233;rique en mod&#232;le narratif. C'est enfin un jeu avec la compagnie Disney, propri&#233;taire des droits d'Incassable qui a rendu possible cette articulation, m&#234;me si la s&#233;quence post-g&#233;n&#233;rique de &lt;i&gt;Split&lt;/i&gt; (version cin&#233;ma) est int&#233;gr&#233;e au film comme s&#233;quence finale dans l'&#233;dition DVD.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le temps des f&#234;lures &lt;/strong&gt; &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'iconographie des affiches des trois films ne nous trompe pas. C'est une trilogie de la f&#234;lure. Les trois personnages principaux sont des &#234;tres bris&#233;s. On pourrait croire qu'&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt; &#233;tablit un dualisme comme on en trouve souvent dans les films d'action, et en particulier dans les films de super-h&#233;ros. D'un c&#244;t&#233;, le h&#233;ros incassable et de l'autre c&#244;t&#233; le m&#233;chant qui se brise d&#232;s qu'on le touche, le personnage d'Elijah Price, atteint de la maladie des os de verre, se brise le corps &#224; chaque chute ou &#224; chaque choc re&#231;u. La canne en verre d'Elijah est le symbole et la m&#233;tonymie de cette fragilit&#233;. Mais il s'agit ici d'un faux dualisme, Shyamalan &#233;tant infiniment plus dialectique. Le personnage de Dunn a autant de d&#233;fauts que de probl&#232;mes. C'est un neurasth&#233;nique qui porte sur lui la tristesse d'un homme bris&#233; de l'int&#233;rieur. Avant qu'il ne r&#233;ussisse &#224; recoller les morceaux &#233;pars de sa vie familiale, le personnage n'est pas tr&#232;s sympathique. C'est plut&#244;t Price qui para&#238;t plus attachant &#224; cause de ses fragilit&#233;s et de sa personnalit&#233; plus fantasque, m&#234;me si sa coiffure pourrait signifier et r&#233;v&#233;ler des f&#234;lures et des d&#233;s&#233;quilibres cach&#233;s. Les codes couleurs des personnages accompagnent cette logique plus dialectique que dualiste distinguant le vert de Dunn du violet de Price. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout la B&#234;te, vingt-quatri&#232;me identit&#233; de Crumb qui porte litt&#233;ralement les f&#234;lures du monde entier. Il se pose en protecteur des &#234;tres bris&#233;s, &#224; commencer par Kevin. Ses multiples identit&#233;s (la Horde) se r&#233;v&#232;lent comme autant de formes de protection contre les violences du monde (abus maternels notamment). La B&#234;te se pose en protecteur des &#234;tres broy&#233;s par la soci&#233;t&#233;. Il s'adresse aux SDF de Philadelphie en s'identifiant &#224; eux. Il sauve Casey Cooke (interpr&#233;t&#233;e par Anya Taylor-Joy) de sa sauvagerie car elle est reconnue par les traces sur son corps comme un &#234;tre marqu&#233; par les signes de la brisure. En ce sens, Kevin Wendel Crumb serait l'image invers&#233;e sinon d&#233;form&#233;e de Dunn. Sachant que le personnage de Kevin existait dans le sc&#233;nario original d'&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt; avant d'&#234;tre &#233;cart&#233; pour des raison d'&#233;quilibre, l'effet miroir n'est peut-&#234;tre pas si surprenant.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Scolastique du super-h&#233;ros&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bande dessin&#233;e (le &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt; am&#233;ricain) est l'objet de toutes les attentions et de toutes les sp&#233;culations dans la trilogie de Shyamalan. Elle est d'abord ce qui fait sortir Elijah de chez lui. Enfant conscient de sa maladie, Elijah Price ne veut plus quitter sa chambre. Sa m&#232;re lui fait un cadeau. Seulement l'enfant doit aller le chercher sur un banc en face de chez lui, au milieu des autres enfants. Le cadeau est un comics de super-h&#233;ros (une &#233;dition limit&#233;e de &lt;i&gt;Active Comics&lt;/i&gt;). La BD devient le lien avec le monde ext&#233;rieur et bient&#244;t un s&#233;diment anthropologique. La BD d&#233;forme, grossit et amplifie. Elle permet de croire encore au mythe et &#224; l'extraordinaire, et tout simplement aussi de croire au r&#233;cit (comme Shyamalan en quelque sorte). Il s'agit donc d'accorder une importance au geste et &#224; la parole qui font l'histoire. Dans le film, le &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt; est d'abord montr&#233; &#224; l'envers, impliquant ensuite un mouvement circulaire, formant presque une spirale. Chez Shyamalan, les mouvements de cam&#233;ra renvoient moins &#224; ceux des personnages qu'&#224; leurs &#233;motions. On peut donc se demander si cette giration envisage, pr&#233;dit ou annonce l'entr&#233;e dans la folie sp&#233;culative d'Elijah. C'est d'ailleurs le dessin original de cette m&#234;me couverture de &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt; que Price adulte refusera de vendre &#224; un acheteur idiot, Shyamalan jouant alors sur les reflets comme pour annoncer que la bande dessin&#233;e est ici une image miroir qui r&#233;fl&#233;chit la r&#233;alit&#233;. Car Elijah Price produit un discours tr&#232;s articul&#233; au sujet des &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt;. Pour lui, cette production artistique garde les traces de v&#233;rit&#233;s cach&#233;es ou inconnues. Fort de sa lecture et de son &#233;tude des &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt;, il cherche &#224; v&#233;rifier l'existence du super-h&#233;ros dans la r&#233;alit&#233; de Philadelphie. C'est l'herm&#233;neutique qui produit la possibilit&#233; du &lt;i&gt;Super&lt;/i&gt;. Au centre d'&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;, il y a un d&#233;bat, une &lt;i&gt;disputatio&lt;/i&gt; (apr&#232;s une &lt;i&gt;lectio&lt;/i&gt; des bandes dessin&#233;es) durant laquelle Elijah expose ses th&#233;ories &#224; David Dunn, en pr&#233;sence de son fils. Apr&#232;s un premier rejet de David, la suite du film est un long &#233;change entre les deux hommes. Le d&#233;bat oral est au c&#339;ur de la trilogie : dialogue entre David et Elijah (&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;), dialogue de la Horde entre elle ou &#233;change avec la psychiatre Karen Fletcher mais aussi avec la prisonni&#232;re Casey Cooke (&lt;i&gt;Split&lt;/i&gt;), enfin dispute-discussion avec Ellie Staple, la psychiatre au double-jeu dans &lt;i&gt;Glass&lt;/i&gt;. Elle cherche &#224; convaincre les trois protagonistes qu'ils se prennent pour des super-h&#233;ros alors qu'ils ne sont que des hommes ordinaires qui d&#233;lirent un d&#233;sir fou, celui de s'identifier et de se confondre avec des personnages de &lt;i&gt;comics&lt;/i&gt;. Cette logique discursive pr&#233;cise et convaincante d&#233;stabilise David et le Horde. Le doute est ici le ferment de la manipulation. Elijah qui feint l'absence catatonique poursuit son projet issu de ses analyses des images. Il ma&#238;trise les images, celles qu'il expose et vend au d&#233;but d'&lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;, celles qu'il lit depuis l'enfance et celles qu'il manipule &#224; la fin de &lt;i&gt;Glass&lt;/i&gt;. C'est parce qu'il est un v&#233;ritable expert de l'image qu'il peut travailler les images de vid&#233;o-surveillance et rendre public une r&#233;alit&#233; cach&#233;e. &lt;i&gt;In imago veritas&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dialectique du d&#233;sordre&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s &lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;, la m&#232;re d'Elijah &#233;nonce deux cat&#233;gories de m&#233;chants : &#171; le m&#233;chant-soldat qui combat le h&#233;ros avec ses mains, et la menace v&#233;ritable, le g&#233;nie du mal, qui combat le h&#233;ros avec son cerveau. &#187; Dans ce film, le m&#233;chant n'est finalement pas le terrifiant tueur en s&#233;rie qu'affronte Dunn. Le d&#233;sordre vient toujours de l'impossibilit&#233; de conna&#238;tre imm&#233;diatement les identit&#233;s de chacun et leurs assignations. C'est justement ce qui int&#233;resse Shyamalan, mettre en d&#233;sordre les places et les arch&#233;types. Les 23 identit&#233;s qui prot&#232;gent Kevin de sa faiblesse sont autant de d&#233;placements possibles et de subversion d'une cat&#233;gorie binaire ou dualiste. La Horde est une entit&#233; dialectique complexe qui tente de maintenir un &#233;quilibre dans le d&#233;sordre, entre la protection de Kevin et la protection du monde ext&#233;rieur de Kevin lui-m&#234;me. Car le d&#233;sordre et les identit&#233;s multiples rendent possible l'expression de la pulsion du &#231;a dans une entit&#233; propre. La B&#234;te serait en quelque sorte le fruit de cette bataille contre la faiblesse et les abus d'enfance. L'&#233;quation &#233;nonc&#233;e par la m&#232;re d'Elijah semble fonctionner avec l'arriv&#233;e de la B&#234;te. Mais une fois de plus, d&#232;s &lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;, Shyamalan montre qu'il y a toujours un m&#233;chant plus m&#233;chant que le personnage qu'on nous pr&#233;sente comme le &lt;i&gt;m&#233;chant&lt;/i&gt;. Dans le huis-clos que constitue &lt;i&gt;Glass&lt;/i&gt;, les m&#233;chants sont identifi&#233;s. Il n'est qu'&#224; regarder le spectacle de leurs actions. Or nous savons que ce n'est jamais ainsi que le cin&#233;ma de Shyamalan fonctionne. Le d&#233;sordre des personnages s'appuie sur une d&#233;route du genre. Tout le monde meurt &#224; la fin. Tous les personnages, bons ou m&#233;chants (&#224; quelque degr&#233; que ce soit) sont assassin&#233;s &#224; la fin du film. Sans le moindre &#233;tat d'&#226;me. Il y a toujours un &lt;i&gt;plus m&#233;chant que le m&#233;chant&lt;/i&gt;. C'est en l'occurrence le docteur Ellie Staple (interpr&#233;t&#233; par Sarah Paulson) qui endosse ce r&#244;le. Elle est une femme ordinaire sans pouvoir qui appartient &#224; une soci&#233;t&#233; secr&#232;te qui endosse le r&#244;le de rendre impossible l'&#233;mergence de formes de super-h&#233;ros. Elle est l'esprit et le bras arm&#233; de l'ordre contre toutes les formes de d&#233;sordre&#8230; ce contre quoi, en quelque sorte, Shyamalan ne cesse de se battre en proposant une po&#233;tique de la fragilit&#233;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La chim&#232;re Godard</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article510</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article510</guid>
		<dc:date>2022-11-22T18:13:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Godard, Jean-Luc </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un num&#233;ro sp&#233;cial Godard de La Septi&#232;me obsession&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot185" rel="tag"&gt;Godard, Jean-Luc &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La disparition du cin&#233;aste aura &#233;t&#233; l'occasion pour Nicolas Tellop de monter un hors-s&#233;rie magnifique autour de Godard. Il m'a propos&#233; de participer &#224; cette nouvelle aventure de &lt;a href=&#034;https://www.laseptiemeobsession.com/jean-luc-godard&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Septi&#232;me obsession&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Pas simple. Alors je me suis amus&#233; &#224; rappeler les formes &#233;tranges que Godard peut prendre dans ses films (une voix dans un autre corps et diverses autres choses). Le texte s'intitule &#171; La chim&#232;re Godard &#187;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/7e_me_obsession_godard.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/7e_me_obsession_godard.jpg?1669140690' width='500' height='415' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;Jean-Luc Godard, la chim&#232;re du cin&#233;ma&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un &#234;tre en transformation. Ses m&#233;tamorphoses ont &#233;t&#233; multiples, cr&#233;ant parfois d'&#233;tranges cr&#233;atures cin&#233;matographiques. Le cin&#233;ma de Godard a travers&#233; les bouleversements de la modernit&#233; artistique et culturelle, formant et d&#233;formant des go&#251;ts, des habitudes et des comportements. Cependant la mise en sc&#232;ne de soi, et l'interrogation &#224; partir de sa propre image est une ligne continue dans la vie artistique du cin&#233;aste, au risque, parfois, de s'identifier avec un peu trop de s&#233;rieux au cin&#233;ma dans son ensemble. Comme toujours chez Godard, il n'y pas une conception mais des modes d'&#234;tres, des &#233;volutions et des ruptures. La mani&#232;re dont Godard s'inscrit dans la premi&#232;re partie de son &#339;uvre (disons jusqu'au &lt;i&gt;M&#233;pris&lt;/i&gt;) rel&#232;ve souvent du jeu, du clin d'&#339;il ou de la cr&#233;ation de v&#233;ritables chim&#232;res cin&#233;matographiques. Peut-&#234;tre est-ce l&#224; un fil commun qui, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre directeur, permettrait de r&#233;unir symboliquement les diff&#233;rents moments de l'&#339;uvre ? La vocation profonde du cin&#233;ma serait d'inventer des formes in&#233;dites et incommensurables en collant des fragments de mondes qui ne seraient pas con&#231;us pour cohabiter ensemble si un geste de cr&#233;ateur n'en avait d&#233;cid&#233; autrement. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une pr&#233;sence diffuse&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme d'autres cin&#233;astes avant et apr&#232;s lui, Godard se met en sc&#232;ne dans ses films. Cette logique de signature apprise d'Hitchcock se v&#233;rifie de film en film sans &#234;tre syst&#233;matique. Godard est celui qui reconna&#238;tra Michel Poiccard dans &lt;i&gt;A bout de souffle&lt;/i&gt; (1960). Le jeune homme est gar&#233; rue de Berri dans sa d&#233;capotable, lisant un journal. Il attend Patricia qui doit sortir des bureaux du &lt;i&gt;New York Herald Tribune&lt;/i&gt;. L'homme interpr&#233;t&#233; par Godard vient d'acheter &lt;i&gt;France Soir&lt;/i&gt; qui diffuse l'image du tueur. Il se pr&#233;cipite vers des policiers pour d&#233;noncer le fuyard. Le personnage est muet mais fait basculer le film, annon&#231;ant la mort de Poiccard, de toute fa&#231;on perdu. On le croise &#233;galement dans une gare dans &lt;i&gt;Le Petit soldat&lt;/i&gt; (1960). Mais cette pr&#233;sence physique du r&#233;alisateur dans son &#339;uvre n'est-elle pas d&#233;j&#224; une forme de citation ? Car la citation est une grande affaire godardienne et cette pr&#233;sence-signature est d'ores-et-d&#233;j&#224; un geste de reprise cin&#233;matographique. Il suffit de se souvenir du court-m&#233;trage de 1963 &lt;i&gt;Le Grand escroc&lt;/i&gt; dans le film &#224; sketches &lt;i&gt;Les plus belles escroqueries du monde&lt;/i&gt;. Dans ce film qui se d&#233;roule &#224; Marrakech, une reporter, Patricia Leacock (interpr&#233;t&#233;e par Jean Seberg), d&#233;cide de descendre dans la M&#233;dina pour filmer les gens. Avant de quitter sa chambre d'h&#244;tel, elle teste sa petite cam&#233;ra. Le contrechamp fictif montre d'abord un palmier (ce que l'on pourrait voir d'une fen&#234;tre ouverte). Puis, elle se retourne face cam&#233;ra et filme. On d&#233;couvre alors Jean-Luc Godard, dehors, coiff&#233; d'un tarbouch marocain, portant de larges lunettes et fumant contre un mur. Le faux-raccord est &#233;vident et la surprise est appuy&#233;e par un joyeux regard-cam&#233;ra de l'actrice. Ce jeu est r&#233;p&#233;t&#233;, soulignant la place ironique occup&#233;e par le cin&#233;aste dans le contrechamp de la cam&#233;ra de fiction. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Godard aime &#233;galement pratiquer l'autocitation. Ses films ant&#233;rieurs sont rappel&#233;s dans les suivants. C'est une pr&#233;sence dans l'&#339;uvre par l'&#339;uvre, une pr&#233;sence in absentia qui valide autant un processus cr&#233;atif que la fabrication d'un monde in&#233;dit. Dans &lt;i&gt;Une femme est une femme&lt;/i&gt; (1961) le personnage d'Alfred, arrivant chez Angela et &#201;mile qui se disputent, d&#233;clare &#171; &#201;coutez, d&#233;cidez-vous, &#224; la tv chez Marcel, ils passent &lt;i&gt;A bout de souffle&lt;/i&gt;. J'voudrais pas l'louper. &#187; Or Alfred est interpr&#233;t&#233; par Jean-Paul Belmondo, acteur de ce premier film. Le com&#233;dien comme le cin&#233;aste s'amusent joyeusement avec ces d&#233;placements fictionnels et autres gestes iconoclastes. Godard prolonge cela en pla&#231;ant dans &lt;i&gt;Le M&#233;pris&lt;/i&gt; (1962), l'affiche italienne de &lt;i&gt;Vivre sa vie&lt;/i&gt; (1963). Cette image immense en accompagne d'autres (&lt;i&gt;Vanina Vanini &lt;/i&gt; de Rossellini, &lt;i&gt;Psychose&lt;/i&gt; d'Hitchcock, &lt;i&gt;Hatari&lt;/i&gt; d'Hawks) sur les murs d&#233;cr&#233;pis de la &lt;i&gt;Cinecitt&#224;&lt;/i&gt;. L'affiche est en arri&#232;re-plan d'un moment essentiel au d&#233;but du film, celui de la rencontre de Camille avec Fritz Lang, puis avec le producteur Prokosch. &lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une forme fragmentaire&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s ses d&#233;buts de cin&#233;aste, Jean-Luc Godard construit &#224; partir de son corps des &#234;tres de cin&#233;ma &#233;tranges et d&#233;routants, des formes hybrides, pures inventions cin&#233;matographiques. Apr&#232;s &lt;i&gt;Une histoire d'eau&lt;/i&gt;, Godard r&#233;alise en 1958 un second court-m&#233;trage intitul&#233; &lt;i&gt;Charlotte et son jules&lt;/i&gt;. Le film ne sortira qu'en 1961 mais il pr&#233;c&#232;de bien A bout de souffle et semble &#234;tre une pr&#233;figuration matricielle de son premier long m&#233;trage. On retrouve dans ce film Anne Colette qui jouait d&#233;j&#224; dans un autre court-m&#233;trage de Godard intitul&#233; &lt;i&gt;Tous les gar&#231;ons s'appellent Patrick ou Charlotte et V&#233;ronique&lt;/i&gt; (1957). Mais c'est surtout une des toutes premi&#232;res apparitions cin&#233;matographiques de Jean-Paul Belmondo qui y interpr&#232;te le r&#244;le de Jean. Essentiellement tourn&#233; dans la chambre du jeune homme, le film est quasiment un monologue de ce dernier qui croit que Charlotte revient apr&#232;s l'avoir quitt&#233;. Elle le regarde p&#233;rorer et multiplier les saillies misogynes plus outranci&#232;res les unes que les autres. Mais c'est un curieux hasard qui va d&#233;cider du destin cin&#233;matographique en &lt;i&gt;chim&#232;re&lt;/i&gt; de Godard dans ce film (et au-del&#224;). Le tournage s'est d&#233;roul&#233; sans prise de son direct, faute de moyen. La postsynchronisation avait &#233;t&#233; act&#233;e pour chacun. Seulement, le jour de l'enregistrement des voix, Belmondo n'est pas l&#224;. Il a &#233;t&#233; rattrap&#233; par l'arm&#233; qui le contraint &#224; aller faire son service militaire. C'est la raison pour laquelle Jean-Luc Godard va enregistrer la voix de ce court-m&#233;trage. Le personnage de Jean devient alors une v&#233;ritable chim&#232;re de cin&#233;ma : le corps de Belmondo et la voix de Godard, premier acte d'une subversion qui se prolongera tout au long de la carri&#232;re du cin&#233;aste. L'autre moment chim&#233;rique de la voix de Godard est sans doute &#224; (re)d&#233;couvrir &#224; la fin de l'intense &lt;i&gt;Vivre sa vie&lt;/i&gt;. Ce grand film des visages (celui d'Anna Karina dialoguant avec celui de Ren&#233;e Falconetti dans un champ-contrechamp &#233;galement chim&#233;rique) est &#233;galement une &#339;uvre dans laquelle la voix de Godard produit un &#234;tre &#233;trange et improbable. Dans le dernier tableau de ce film qui en compte douze, Nana (Anna Karina) est dans la chambre d'un jeune homme qui lit et dit &#224; voix haute la nouvelle &#171; Le Portrait ovale &#187; d'Edgar Poe. Le jeune homme est interpr&#233;t&#233; par Peter Kassovitz mais sa voix de lecteur est celle de Jean-Luc Godard. Une fois de plus, l'inad&#233;quation chim&#233;rique produit une forme purement cin&#233;matographique qui trouble les fronti&#232;res du r&#233;el et de la fiction. En effet, coupant un moment la lecture avant l'instant fatal de la fin de la nouvelle, le couple discute. Le jeune homme dit alors : &#171; C'est notre histoire : un peintre qui fait le portrait de sa femme&#8230; tu veux que je continue ? &#187; Cette voix de l'autre, qui est-elle ? Est-ce celle du personnage ou du r&#233;alisateur lui-m&#234;me ? Quel est le statut de ce possessif &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; ? Est-ce l'histoire des protagonistes ? Ou celle que vivent Godard et Karina au moment de ce tournage ? D&#232;s lors, qu'est-ce qui continue : la lecture de la nouvelle ? La vie de l'actrice et du r&#233;alisateur ? Ou tout simplement le film ? Sans doute tout cela &#224; la fois. Car la forme hybride con&#231;ue avec la voix de l'autre produit un &#233;cart infini ouvrant tous les possibles&#8230; un peu comme cette autre voix au d&#233;but du &lt;i&gt;M&#233;pris&lt;/i&gt; (1963). La voix du g&#233;n&#233;rique est rest&#233;e c&#233;l&#232;bre pour sa pr&#233;sentation orale des cr&#233;dits du film et pour la citation (fautive, ou presque vraie) d'Andr&#233; Bazin. La voix est hautement ind&#233;cidable. On a longtemps cru qu'il s'agissait de Godard avant d'envisager un com&#233;dien anonyme, ou une collaboration non cr&#233;dit&#233;e de Samy Frey, voire de Michel Subor. Le doute et l'incertitude demeurent, faisant de ce moment une forme fragile dans laquelle on reconna&#238;t par moment le timbre du cin&#233;aste vaudois. Comme s'il s'agissait non pas d'une simple imitation mais d'une citation de la voix de Godard par celle d'un autre. Cette voix incertaine est &#224; l'image du film et de la strat&#233;gie auctoriale de Godard dans &lt;i&gt;Le M&#233;pris&lt;/i&gt; comme dans son &#339;uvre. Cette logique se diffracte dans l'ensemble du film. Des fragments du cin&#233;aste s'immiscent dans la fiction. Le personnage de Paul, interpr&#233;t&#233; par Michel Piccoli, est un miroir de Godard. L'acteur le constate le premier apr&#232;s que Godard ait lui-m&#234;me choisi le chapeau du personnage. Il est identique &#224; celui du cin&#233;aste et Piccoli sait alors que Paul sera une copie cin&#233;matographique de Godard (et Camille une forme &#224; distance de Karina). Cette duplication se v&#233;rifie &#224; la fin du film lorsque Paul quitte le tournage de Fritz Lang. A l'arri&#232;re-plan, comme une sorte d'&lt;i&gt;eidolon&lt;/i&gt; fragile de Paul, l'assistant du cin&#233;aste allemand pr&#233;pare la prise. On entend une voix famili&#232;re. On reconna&#238;t la silhouette avant qu'elle ne se cache derri&#232;re Fritz Lang qui converse avec Paul. Godard est toujours l&#224;, tapi au fond de son plan, venant compl&#233;ter la figure diffract&#233;e du cin&#233;aste dans son film. Ironiquement, la voix de Godard qui donne les indications de tournage est doubl&#233;e en italien sur le tournage pour l'&#233;quipe technique locale. Le dernier plan du film qui n'est pas celui du tournage de l'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt; de Lang montre l'&#233;tendue de la mer M&#233;diterran&#233;e et s'ach&#232;ve par un &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt; de Godard&#8230; doubl&#233; par l'assistant italien qui ach&#232;ve le film par &lt;i&gt;Silenzio&lt;/i&gt;. La voix de Godard devient un &#233;cho sur la surface des images. C'est la sienne mais devient un autre, elle est un corps plastique, mobile et changeant. Elle est devenue un corps de cin&#233;ma, objet de toutes les citations int&#233;rieures. D&#232;s lors que verra-t-on dans ses films ult&#233;rieurs quand le corps de Godard appara&#238;tra dans ses films ? De quelle citation sera-t-il le fruit ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Musidora et Olivier Assayas</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article509</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article509</guid>
		<dc:date>2022-10-12T10:51:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Assayas, Olivier</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Musidora</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un ouvrage collectif sur la figure de Musidora&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot109" rel="tag"&gt;Assayas, Olivier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot164" rel="tag"&gt;Musidora&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/musidora.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/musidora.jpg?1665571840' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parution le 20 octobre du volume collectif &lt;i&gt;Musidora qui &#234;tes-vous ?&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le projet a &#233;t&#233; initi&#233; par Carole Aurouet, Marie-Claude Cherqui et Laurent V&#233;ray. Il a &#233;t&#233; publi&#233; par les &lt;a href=&#034;https://www.editionsdegrenelle.fr/musidora/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;ditions de Grenelle&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon article &#034;Incarner Musidora&#034; revient sur le film d'Olivier Assayas &lt;i&gt;Irma Vep&lt;/i&gt;. Ce texte a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; avant la magnifique s&#233;rie d'Olivier Assayas &lt;i&gt;Irma Vep&lt;/i&gt;... encore du grain &#224; moudre qui amplifie la place de Musidora et d'Irma Vep chez Olivier Assayas... et pour le monde des images contemporaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Louis Malle dans tous ses &#233;tats</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article508</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article508</guid>
		<dc:date>2022-10-12T10:43:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Malle Louis</dc:subject>
		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Participation au volume con&#231;u par Philippe Met&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Malle Louis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1179 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/louis_malle.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/louis_malle.jpg?1665571383' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; &lt;a href=&#034;https://sebastienrongier.net/spip.php?article383&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; ma rencontre avec Philippe Met et son invitation &#224; participer &#224; son vaste projet am&#233;ricain autour de Louis Malle. La volume a paru en anglais aux &#233;ditions de la Columbia University.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une version remani&#233;e et amplifi&#233;e d'in&#233;dits que Philippe Met propose en France dans ce volume &#233;dit&#233; par &lt;a href=&#034;https://lesimpressionsnouvelles.com/catalogue/louis-malle-dans-tous-ses-etats/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Impressions nouvelles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y retrouve mon article consacr&#233; &#224; &lt;i&gt;Vanya 42e rue&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'invitation de Christine Masson et de Laurent Delmas, j'ai pu &#233;voquer Louis Malle et ce volume sur France Inter, le 23 avril 2022 dans l'&#233;mission &#034; &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/on-aura-tout-vu/on-aura-tout-vu-du-samedi-23-avril-2022-6709744&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On aura tout vu&lt;/a&gt; &#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Parodie ou l'amour du cin&#233;ma</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article507</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article507</guid>
		<dc:date>2022-10-12T10:32:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Rongier S&#233;bastien</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un article paru dans La Septi&#232;me obsession &#034;Com&#233;dies U.S.&#034;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot4" rel="tag"&gt;Rongier S&#233;bastien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion du num&#233;ro juillet-ao&#251;t 2022 de &lt;i&gt;La Septi&#232;me obsession&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; la &#034;Com&#233;dies U.S.&#034;, j'ai envoy&#233; ce petit article autour de la parodie, occasion de revenir sur l'immense Mel Brooks et le trio ZAZ. Un bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1178 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/parodie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/IMG/jpg/parodie.jpg?1665570705' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La parodie, il faut beaucoup aimer le cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parodie est un des mauvais genres du cin&#233;ma. Mais il est pr&#233;sent d&#232;s les premi&#232;res heures du septi&#232;me art sans conna&#238;tre jusqu'ici de coup d'arr&#234;t. Aussi paradoxal que cela puisse para&#238;tre, il est sans doute le genre qui recouvre tous les autres (policier, aventure, film catastrophe, fantastique, horreur, etc.), formant le cin&#233;ma le plus citationnel des &#339;uvres m&#233;tafilmiques. A ce petit jeu-l&#224;, on pourrait dire, en guise de provocation, que Mel Brooks battra toujours &#224; plate couture Jean-Luc Godard qui s'y conna&#238;t pourtant en citation. La g&#233;n&#233;alogie est infinie mais de Buster Keaton &#224; Abbott et Costello, de Laurel et Hardy &#224; Jerry Lewis ou Ben Stiller, ou encore de Polanski &#224; Sam Raimi ou Wayans, les cin&#233;astes et com&#233;diens n'ont pas manqu&#233; pour se moquer du cin&#233;ma lui-m&#234;me. Mais s'agit-il seulement de se moquer ? L'imitation s'amuse de la r&#233;f&#233;rence qu'elle convoque. Souvent, elle la malm&#232;ne, et peut parfois la critiquer. Mais la plupart du temps, la satire joue avec la r&#233;f&#233;rence. En la tordant et la d&#233;faisant, elle en rappelle le sens et la puissance. La parodie peut donc aussi &#234;tre une forme d'hommage. Dans les ann&#233;es 1970-1980, le genre parodique acquiert une telle sophistication qu'il produit de v&#233;ritables chefs-d'&#339;uvre avec des cin&#233;astes comme Mel Brooks ou le trio Zucker-Abrahams-Zucker (ZAZ).
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cin&#233;ma du cin&#233;ma : quel cin&#233;ma !&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parodie est &#224; la fois un jeu avec le film ou la forme cit&#233;e et avec le spectateur dont on esp&#232;re qu'il connaisse la source transform&#233;e par le jeu ludique. Le cin&#233;aste s'adresse donc au cin&#233;ma comme au cin&#233;phile. Cette double adresse est toujours assum&#233;e et parfois m&#234;me pouss&#233;es au-del&#224; des limites imaginables. La mise &#224; nue des codes du cin&#233;ma pour provoquer le rire se double d'une profonde r&#233;flexion avec le genre ou le cin&#233;ma tordu par le geste parodique. La parodie ne produit pas un discours sur le cin&#233;ma mais cherche &#224; provoquer le rire par un d&#233;placement qui prend toutes les formes possibles : citation d&#233;form&#233;e d'un cin&#233;aste, d'un genre ou d'un film, tout s'organise autour d'une force circulaire qui &#233;vacue le film original pour ne garder qu'un pr&#233;cipit&#233; dans le gag, et un dialogue in&#233;dit avec les films convoqu&#233;s.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;aste qui aura eu toutes les audaces est de toute &#233;vidence Mel Brooks qui multiplie les coups de g&#233;nie de films en films. Ses choix sont toujours radicaux : &lt;i&gt;Les Producteurs&lt;/i&gt; (1968) parodie la com&#233;die musicale &#224; partir de la figure d'Hitler et du nazisme. &lt;i&gt;Le Sh&#233;rif est en prison&lt;/i&gt; (1974) s'amuse avec le western et le racisme anti-noir. &lt;i&gt;Frankenstein Junior&lt;/i&gt; (1974), film en noir et blanc part sur les traces du film de James Whale pour aller ailleurs. Mel Brooks s'amuse plus tard avec Dracula, Robin des Bois, Star Wars ou les films historiques. Il faut &#233;galement se souvenir de l'audace de &lt;i&gt;Silent movie&lt;/i&gt; (1976) dont la traduction fran&#231;aise, un peu idiote, dit pourtant la puissance du film. &lt;i&gt;La Derni&#232;re folie de Mel Brooks&lt;/i&gt; est un hommage au burlesque et au cin&#233;ma muet. C'est d'ailleurs un film muet. Beaucoup de musique mais pas une parole audible alors que de nombreuses stars apparaissent dans le film. Burt Reynolds, James Caan, Liza Minnelli, Anne Brancroft ou Paul Newman jouent le jeu du &lt;i&gt;Silent Movie&lt;/i&gt;. Tous sauf un. Le personnage interpr&#233;t&#233; par Mel Brooks, Mel Funn est un cin&#233;aste qui cherche &#224; produire un film muet. Tous acceptent sauf une star : le mime Marceau apparait grim&#233; et dans son costume de sc&#232;ne. Il atteint difficilement son t&#233;l&#233;phone, se battant contre le vent qui souffle depuis sa fen&#234;tre. Il &#233;coute la proposition et refuse un r&#244;le en disant &#171; Non &#187;. La seule phrase entendue dans &lt;i&gt;Silent Movie&lt;/i&gt; est &#233;nonc&#233;e par le mime le plus c&#233;l&#232;bre du monde qui fait ici une de ses tr&#232;s rares incursions dans une film. L'ironie cin&#233;matographique est &#224; son comble dans un film aussi inimaginable&#8230; un film muet en 1976. D'autant qu'il s'agit d'un film muet dont le sujet est celui d'un cin&#233;aste tentant de r&#233;aliser un film muet. La mise en abyme permet au geste parodique de s'approfondir en s'appuyant sur le cin&#233;ma lui-m&#234;me. Le cas le plus embl&#233;matique est &lt;i&gt;Le Sh&#233;rif est en prison&lt;/i&gt;. A l'occasion de la bagarre finale et de la course-poursuite entre le sh&#233;rif et le m&#233;chant, le film sort de sa narration et traverse les autres plateaux de tournage, attenant au western. Une com&#233;die musicale devient un nouveau champ de bataille, tout comme le restaurant du Studio. La rupture narrative la plus insolente &#233;tant ce m&#233;chant du western qui entre dans un taxi et demande : &#171; &lt;i&gt;Sortez moi de ce film&lt;/i&gt; &#187; pour se retrouver quelques instants plus tard dans une salle de cin&#233;ma qui diffuse &lt;i&gt;Le Sh&#233;rif est en prison&lt;/i&gt;, le film que nous sommes en train de regarder. Cette puissance du jeu avec les fronti&#232;res du r&#233;cit participe de la fonction ludique et significative de l'ironie parodique. Mel Brooks s'appuie sur le cin&#233;ma pour faire du cin&#233;ma, pour parler du cin&#233;ma et se moquer du cin&#233;ma. L'hommage parodique le plus rigoureux et &#233;clatant est sans doute &#224; chercher dans &lt;i&gt;Le Grand Frisson&lt;/i&gt; (1976), compilation de d&#233;placements comiques de films d'Hitchcock. Mel Brooks ne se refuse rien et va au bout de la citation et du d&#233;tournement, y compris avec la sc&#232;ne de la douche de &lt;i&gt;Psychose&lt;/i&gt;. Cette s&#233;quence embl&#233;matique est pens&#233;e par Mel Brooks avec un brio in&#233;gal&#233;. Le noir et blanc hitchcockien est par exemple cit&#233; par l'encre noire du journal coulant dans la baignoire, le journal rempla&#231;ant le couteau meurtrier. Ce d&#233;tail de mise en sc&#232;ne prouve la conscience aigu&#235; de Brooks face aux enjeux esth&#233;tiques du cin&#233;ma qu'il parodie. Si les ZAZ sont plus syst&#233;matiques, ils aiment aussi jouer avec les codes du cin&#233;ma et de l'audiovisuel d'une mani&#232;re plus allusive et ludique, notamment en s'appuyant sur les acteurs qu'ils emploient. La pr&#233;sence de Peter Graves et de William Snatner dans &lt;i&gt;Y a-t-il enfin un pilote dans l'avion&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Airplane 2&lt;/i&gt;) permet de convoquer leurs ethos cin&#233;matographiques et donc leurs r&#244;les embl&#233;matiques dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Mission impossible&lt;/i&gt; pour l'un ou la sage &lt;i&gt;Star Trek&lt;/i&gt; pour l'autre. C'est encore ce savoureux moment de &lt;i&gt;Hot Shots ! 2&lt;/i&gt; (1993) o&#249; Charlie Sheen croise sur une rivi&#232;re son p&#232;re Martin Sheen qui reprend quelques instants son r&#244;le dans &lt;i&gt;Apocalypse Now&lt;/i&gt;. En se croisant, il se congratulent pour leurs r&#244;les respectifs dans &lt;i&gt;Wall Street &lt;/i&gt; (1987) d'Oliver Stone, suspendant un instant la fiction pour mettre en jeu le cin&#233;ma dans ce clin d'&#339;il &#224; tiroir.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une m&#233;canique folle&lt;/strong&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penchant pour la sortie des marges du r&#233;cit, ce jeu constant avec la r&#233;flexivit&#233; cin&#233;matographique est au c&#339;ur du processus parodique. La torsion citationnelle et le d&#233;r&#232;glement fictionnel accompagnent un go&#251;t prononc&#233; pour l'exc&#232;s. Le mod&#232;le parodique est celui de l'outrance. Il ne s'agit du plein mais du trop-plein. Les ZAZ ont pouss&#233; le mod&#232;le au plus loin. Les gags s'encha&#238;nent &#224; un rythme impressionnant, la r&#232;gle &#233;tant de ne jamais laisser le spectateur au repos en lui proposant un v&#233;ritable feuilletage comique, les gags pouvant se superposer entre jeu sonore ou visuel, situation de premier ou d'arri&#232;re-plan, gag unique ou r&#233;p&#233;titif. Les strates peuvent &#234;tre multiples et se faire &#233;cho d'un film l'autre. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut jouer avec la connaissance du spectateur, impliquant g&#233;n&#233;ralement une r&#233;f&#233;rence large, connue du plus grand nombre. Le d&#233;but de &lt;i&gt;Airplane&lt;/i&gt; s'amuse avec la r&#233;f&#233;rence des &lt;i&gt;Dents de la mer&lt;/i&gt;. Parfois ce n'est pas un film mais un genre ou un univers cin&#233;matographique qui est &#171; maltrait&#233; &#187; par le geste comique. Mais il peut &#233;galement laisser place &#224; une parodie de l'&#233;poque (pastiche du disco de &lt;i&gt;La Fi&#232;vre du samedi soir&lt;/i&gt;, citation de la plage de &lt;i&gt;Tant qu'il y aura des hommes&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;Airplane&lt;/i&gt;, nombreuses r&#233;f&#233;rences satiriques &#224; Reagan dans &lt;i&gt;Airplane 2&lt;/i&gt;), ou &#224; un jeu citationnel tr&#232;s r&#233;f&#233;renc&#233; (argot noir chez les ZAZ par exemple ou r&#233;f&#233;rences &#224; la culture juive chez Mel Brooks) &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parodie est plus g&#233;n&#233;ralement un cin&#233;ma de l'absence de r&#232;gle, ou plus exactement de son affranchissement constant. La structure temporelle des &lt;i&gt;Airplane&lt;/i&gt; n'a strictement aucun sens, le h&#233;ros Ted Stricker traverse les d&#233;cennies sans aucune difficult&#233;. et les anachronismes sont l&#233;gion. La signification est suspendue (en vol) pour une rythmique du gag, et un jeu d'accumulation tant visuelle que sonore des formes comiques. Dans &lt;i&gt;Airplane 2&lt;/i&gt;, Peter Graves tente d'&#233;teindre l'ordinateur de vol, la situation narrative fait r&#233;f&#233;rence &#224; 2&lt;i&gt;001, l'odyss&#233;e de l'espace&lt;/i&gt; de Kubrick tout en utilisant les codes et la musique de la s&#233;rie &lt;i&gt;Mission impossible&lt;/i&gt;. Les s&#233;quences d'a&#233;roports sont &#233;galement l'occasion de multiplier en m&#234;me temps les gags sonores et visuels, parfois sans rapports entre eux. C'est la m&#234;me tentation qui anime Mel Brooks dans&lt;i&gt; La Folle histoire de l'espace&lt;/i&gt; ou dans &lt;i&gt;La Folle histoire du monde&lt;/i&gt;.
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est outrepassement, y compris pour les r&#232;gles du go&#251;ts. Le b&lt;i&gt;on go&#251;t&lt;/i&gt; n'a pas sa place dans ces films revendiquant une certaine vulgarit&#233;, voire une vulgarit&#233; certaine, sans doute inad&#233;quate avec notre &#233;poque. Les motifs sexuels, religieux ou scatologiques sont les th&#232;mes de pr&#233;dilection de ce cin&#233;ma. La danse aquatique des rabbins noy&#233;s par l'Inquisition &#224; la mani&#232;re d'un ballet de Busby Berkeley est un sommet dans &lt;i&gt;La Folle histoire du monde&lt;/i&gt; (1981) de Mel Brooks. Le pilote automatique en baudruche l&#233;g&#232;rement obs&#233;d&#233; sexuel dans &lt;i&gt;Airplane&lt;/i&gt;, la vie sexuelle des pr&#234;tres et toutes les accumulations graveleuses sont autant de miroirs brandis au visage des conservatismes. Sans parler du coq transform&#233; en fl&#232;che meurtri&#232;re dans &lt;i&gt;Hot Shot ! 2&lt;/i&gt;. La parodie use et abuse &#224; dessein de ces motifs. C'est un jeu, une farce, un rire lib&#233;ratoire ouvert et radical. La d&#233;mesure parodique est la libert&#233; que le cin&#233;ma s'accorde &#224; lui-m&#234;me contre toutes cl&#244;tures id&#233;ologiques et culturelles. La parodie n'a d'autre id&#233;e que de s'amuser du monde cin&#233;matographique avec le spectateur pour mieux faire comprendre ce qu'est aimer le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Annette de Leos Carax</title>
		<link>https://sebastienrongier.net/spip.php?article460</link>
		<guid isPermaLink="true">https://sebastienrongier.net/spip.php?article460</guid>
		<dc:date>2022-01-30T11:19:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Rongier</dc:creator>


		<dc:subject>Cin&#233;ma</dc:subject>
		<dc:subject>Carax, Leos </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Fiche-analyse pour les C&#233;sar des lyc&#233;ens&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;2022&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Cin&#233;ma&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://sebastienrongier.net/spip.php?mot184" rel="tag"&gt;Carax, Leos &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A l'occasion des C&#233;sar des lyc&#233;ens 2022, j'ai r&#233;dig&#233; la j'ai r&#233;dig&#233; une fiche proposant quelques pistes d'analyse du film de Leos Carax. Cette analyse &#233;tait &#224; destination des enseignants et des &#233;l&#232;ves participant &#224; ce dispositif.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1029 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L416xH600/annette-54c1d.jpg?1750038602' width='416' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;p&gt;Voir &lt;a href=&#034;https://eduscol.education.fr/1801/cesar-des-lyceens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.
&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1039 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://sebastienrongier.net/IMG/pdf/dossier_annette.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://sebastienrongier.net/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1773078898' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
