Notes de chantier

Trois chantiers occupent l’esprit, à défaut du temps qu’on voudrait leur consacrer. D’abord un chantier plus strictement théorique. Le carton de notes est au-dessus de la tête, la liste des livres, des œuvres, des films s’allonge de jour en jour. Et il faudrait avoir le temps de la bnf pour avancer comme on voudrait. En attendant, faire autrement.


Le deuxième projet tourne autour de Mallarmé, et son coup de dès. Quelques prémices ici. Mais difficile de savoir où le projet va, quelle direction il prend. On laisse faire en se plongeant dans les biographies de Mauron et surtout Steinmetz, cette dernière seulement parcourue lors de sa sortie. Cette fois-ci, lecture plus serrée. Pourquoi lire ces biographies ? Je me pose la question, peut-être pour tordre une habitude acquise par des études marquées par le structuralisme. Dans sa version pure et dure. Prendre un peu de champ, de distance, sans pour autant verser dans l’ineptie contraire dénoncée par Proust. Aller contre soi pour mieux s’y retrouver ensuite, même si, en l’occurrence, la navigation est à l’aveugle. Et puis de ressortir les essais, quelques uns, et surtout les œuvres de Mallarmé pour accompagner, peut-être, une partie de l’été.


Le chantier le plus saillant, c’est le texte en cours que pour l’instant j’appelle « Scènes de l’abandon ». C’est d’ailleurs le début de ce texte (enfin, son début provisoire) que je lirai au Cent quatre dimanche 28 juin.

Curiosité de l’écriture freinée par des redécouvertes et donc un travail à faire qu’on n’attendait pas. Le texte se situe à la fin des années 1970 dans une brasserie qui a un jude box, et surtout des wall-box : des boîtes assez sommaires dans lesquelles on pouvait faire défiler les titres des 45 tours qui grossissaient la machine. Souvenir d’avoir tourné pendant des heures ces machines-là sans nécessairement écouter quoi que ce soit. Bref, me voici me replongeant dans les tubes de la période [1]. Et c’est assez gratiné. J’avais préparé une belle longue liste de chansons et de chanteurs, commencé à travailler une organisation qui ne soit pas chronologique quand, c’est totalement idiot, je me suis souvenu qu’un 45 tours avaient deux faces (je vous l’avais dit, c’est idiot) et qu’il me fallait donc mettre le titre de la face B (ou B side dans la vie contemporaine). J’aurais pu tricher en arguant du fait que certaines wall-boxes ne mettaient que la face A, mais cela n’aurait pas été juste dans l’évocation de ces cartons dentelés qui écrivaient en majuscules grasses ces titres. Alors, nécessité pour moi de partir à la recherche de ces faces B de disques disparaissant (à défaut des chansons).

Bien loin d’avoir terminé et ce qui n’est vraiment pas le cœur du texte prend soudainement une importance considérable parce qu’elle prend un temps fou et implique peut-être des points d’appui pour le texte, des tuteurs qu’on ne soupçonne pas. On en est donc là, non pas du texte mais de ces recherches-là :

Alexandrie Alexandra - disco (Carrère), Lucie - SOS d’un terrien en détresse (Barclay), Pars - Lettre à la petite amie de l’ennemi public n°1 (Pathé-Marconi), Saturday night fever - Down the road (RSO - Polydor), Il ne rentre pas ce soir - Le parking maudit (Barclay), Rivers of Babylon - Brown girl in the ring (Carrere), Porque te vas - Seguire amando (Hispa vox), Fais comme l’oiseau - Leda Leda (CBS), Message personnel – Première rencontre (WEA), Il ne rentre pas ce soir, Paroles, paroles - Pour ne pas vivre seul (Orlando Sonopresse / Barclay), Ça plane pour moi - Pogo pogo (Vogue), Le téléphone pleure - Quand la pluie finira de tomber (Flèche), Le zizi - Les majorettes - (Wea), Vanina - Runaway - Mille et une vies - (CBS), Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes ? - La lettre - (RCA), Y.M.C.A. - The women (Barclay), Le chanteur - Si je suis fou (Riviera LM), Oxygene II / Oxygene VI (Motors), Imagine - It’s So Hard (Apple), Let The Music Play - Let The Music Play (instrumental) (20 Th Century), Gigi l’amoroso - Il venait d’avoir 18 ans (Orlando), Le Loir et Cher - Viviane (Barclay), Le Sud - The Garden (CBS), On ira tous au paradis - Je cherche un job (AZ)



Des dizaines d’autres titres attendent de compléter la liste. Et peut-être, après, de tout reprendre pour recomposer, reconstruire la liste, la liste en texte.
Beaucoup reste à faire. A tous les niveaux.

Sébastien Rongier - 21 juin 2009

[1] Je n’ai choisi que les tubes même si j’aurais pu mettre des 45 tours qui m’entraient pas dans ce panel. L’alimentation des jukebox se faisaient par un distributeur officiel qui, a priori, ne laissaient guère de marge de manœuvre. Mais je suis bien placé pour savoir que les cafetiers pouvaient mettre leurs propres disques, voire les disques de certains clients. D’où, par exemple, un jukebox composé des officiels Dalida, Patrick Juvet, et de Eddy Mitchell, et surtout des Sex Pistols, Clash et autres Patrick Coutin qui ont bercé mon enfance et qui n’entraient vraiment pas dans les cadres des jukebox de la fin des années 1970. Aujourd’hui on aurait presque inversé la tendance mais c’est une autre histoire.