De France Culture à Michaux : remue.net aller et retour

Se rendre à Radio France (c’est la première fois), c’est se dire qu’on va jeter un œil à l’intérieur du ventre et c’est se souvenir de ses propres vies radiophoniques, notamment autour des années 1983-1985 quand les radios fm étaient encore interdites. On les disait même pirates (décidément ces résurgences sémantiques, elles collent). Elle s’appelait Ohm 89 cette radio, au bas de la rue Joubert, dans l’arrière boutique d’un disquaire [1]. On avait les clés, la liberté. C’était l’enfance et un auditeur de temps à autres.

Même dans le bazar des travaux, Radio France, on sent tout de suite que c’est plus professionnel.




Toute cette rondeur devrait rassurer ! Mais c’était sans compter avec les ascenseurs. Pour se rendre au Studio 153, il faut monter cinq étages. Avantage du bâtiment moderne : l’ascenseur dont la fonction mécanique est assez simple et heureuse : permettre grâce à une astucieuse machinerie reposant sur un système de contre-poids, de monter (ou descendre) des étages, des niveaux et tout un tas d’autres situations à dominante verticales.

Disons que là je l’ai bien senti la verticalité, et nous n’en menions pas large quand les hoquetements et crissements se sont répétés au point que la machine faisait des sortes d’arrêt technique autonome pour reprendre son souffle et tenter l’assomption d’un nouvel étape.

Life under de lift : Philippe de Jonckheere tente des blagues sur un building à Chicago, François Bon twitte, Xavier de la Porte appelle des pompiers qui ne viennent pas, ou plus exactement qui nous cherchent à des niveaux où nous ne sommes pas, et les autres, dont moi, ne pensent qu’à une chose (calmement), le bonheur d’une petite série d’escalier, histoire de renforcer les abdo-fessiers.
Par un méandre mécanique qu’on n’explique et dont on ne cherche même pas l’explication, les portes se sont ouvertes sur... le rez-de-chaussée. Une marche, deux marches, trois marches, etc. jusqu’au Studio 153, c’est assez chouette, cette visite des escaliers.

Si d’aventure, on avait à m’inviter de nouveau à Radio France (rêvons un peu, et pas seulement d’escaliers), me sentirais assez comme cette petite fille, hésitant sur l’ascenseur.

 [2]

L’émission, on en dira rien, elle n’existe dimanche. Je vous rappelle que Place de la toile, c’est le dimanche.

Très passionnante, précise et claire Leyla Dakhli à propos d’Internet et la Tunisie.

Et puis après remue.net qui a pratiqué un bel étoilement, avec des voix, des positions fortes, parfois distinguées, une belle énergie et le plaisir d’être ensemble, le tout sous la conduite de Xavier de la Porte (un chaleureux merci à lui pour son invitation, et un amical salut aux remuements annoncés de son côté...).

Philippe De Jonckheere (codeman) et Patrick Chatelier, à l’écoute





Au second plan (suivez la mèche), l’homme de la radio, Xavier de la Porte au travail




Et quand tout est fini, qu’on est tous repartis après un chouette moment sur d’autres Ondes, bord-cadrer François Bon, et le laisser le regard flotter sur les lignes de celle qu’on écoute.






























Une fois de retour, finir de préparer les dernières lignes droites du rendez-vous de samedi... et chercher, pour les raisons qu’on imagine, un texte extrait de La nuit remue d’Henri Michaux. Relire. Et finalement trouver. Allez, en avant-première :

« Est-ce pour regarder qu’ils sont venus sur cette plage, ces deux-là ? Ou pour s’effrayer, pour être glacés d’épouvante à cet étrange spectacle qu’ils voient, qu’ils sont seuls à voir ?
Et rien pour digérer leur épouvante. Aucun soutien. Pas de corps. Il n’y aura donc jamais personne pour avoir un corps ici.
Mais peut-être l’effroi passé, tourneront-ils le dos au papier, amants, silencieux, appuyant l’un contre l’autre leur maigreur délicate, seuls à eux deux, de l’autre côté du monde, venus ici comme un détail du hasard, repartant inaperçus vers d’autres landes. »







Bookmark and Share


Sébastien Rongier - 14 janvier 2011

[1] Pour ceux qui auraient oublié, c’était un type qui fumait dans son magasin, qui avait des goûts bizarres pour la majorité et qui vendait des vinyls : 33, 45, et maxi 45 tours

[2] Photogramme issu d’un film néerlandais non essentiel De Lift de 1983 dans lequel un ascenseur fou (encore la faute de la technologie) tuait et mangeait littéralement les occupants... alors qu’on le sait bien c’est le moyen de transport le plus sûr, après les escaliers de Radio France !