Les morts voulaient leur vie en beau ! (W.B. 15)

Les morts voulaient leur vie en beau !

Ce n’est pas parce qu’on est mort que tout doit être noir, gris et solitaire. C’est sans doute une pétition collective, une class action espagnole qui a produit ces effets. Sous l’influence d’un Benjamin lecteur de Baudelaire, les morts de Portbou ont demandé au « mauvais vitrier », comme le narrateur du poème en prose quelque chose qui ressemblerait à une tache de paradis, une touche de couleur…

C’est comme un écho qui plane

« …. vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ?... »




Une chanson baudelairienne sardonique et intempestive

« La vie en beau ! la vie en beau ! »




Les mots planent dans les cimetières de Portbou

« …. vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ?... »



Les autorités ont alors pris la mesure des morts de Portbou et ont offerts aux morts les couleurs chamarrées du paradis pour transporter l’eau transparente des robinets aux fleurs.




Je ne vois pas d’autre explication que baudelairienne à cette présence des arrosoirs en plastique de couleur dans le cimetière de Portbou. Ils ont l’insolite coloré et l’insolence d’être oubliés n’importe ou négligemment pendu à l’endroit le plus proche, formant un geste tachiste sur l’horizon des allées et la découpe des arbres.







L’arbre à arrosoir est à lui seul l’installation la plus étrange. Et curieusement, il a cette vertu de nous replacer, de nous donner la mesure de notre place. Nous appartenons avec notre regard à ce monde encore plastique, aux couleurs vives et agaçantes. Nous profitons du ciel en discutant avec les morts, avec nos morts et plus tard nous serrerons des vivants et parlerons sans doute avec eux de ce dieu plastique, le Styrène dont le chant a été si extraordinairement filmé par Alain Resnais film aux allures duchampiennes, le Styrène de Portbou, dieu du cimetière qui sans doute n’est pas loin de s’acoquiner avec le Cerbère si proche.









L’ensemble des Variations W.B.





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Sébastien Rongier - 16 décembre 2012